Mobilisation internationale après vingt-cinq ans sans nouvelles de Dawit Isaak et d’autres écrivains, journalistes et dramaturges

par La redaction
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Dawit Isaak - 25 ans sans nouvelles

Vingt-cinq ans après l’arrestation de Dawit Isaak en Érythrée, plusieurs organisations de défense des écrivains et de la liberté de la presse se réunissent ce vendredi 2 octobre à Paris pour réclamer sa libération. Le journaliste, écrivain et dramaturge suédo-érythréen est détenu au secret depuis septembre 2001, sans avoir été inculpé ni jugé. Son lieu de détention et son état de santé actuels restent inconnus.

La rencontre est organisée à la Maison des Journalistes par le P.E.N. Club français, avec PEN Érythrée en exil, PEN Autriche et Reporters sans frontières. Elle doit débuter à 15 h 30 et réunir, entre autres, Antoine Bernard de Reporters sans frontières, Björn Tunbäck de RSF Suède, Awet Fissehaye de PEN Érythrée en exil, le journaliste Fathi Osman, le fondateur de Radio Erena Biniam Simon, la poète érythréenne Saba, Wolfgang Martin Roth de PEN Autriche ainsi que les filles du journaliste emprisonné Seyoum Tsehaye.

La mobilisation parisienne intervient deux semaines après une autre initiative internationale consacrée aux écrivains et journalistes érythréens arrêtés lors de la répression de septembre 2001. Le 18 septembre 2026, 188 écrivains ont signé une lettre ouverte adressée au président érythréen Isaias Afwerki pour demander une preuve de vie vérifiée de douze personnes détenues au secret depuis vingt-cinq ans.

Parmi les signataires figurent les prix Nobel de littérature Olga Tokarczuk et J. M. Coetzee, mais aussi Ben Okri, Tsitsi Dangarembga, Isabel Allende, Aminatta Forna, Yann Martel, Anthony Doerr, Colm Tóibín, Rohinton Mistry et le président de PEN International, Burhan Sonmez.

La lettre accompagne la campagne « Proof of Life », « preuve de vie », menée par PEN International avec PEN Eritrea in Exile et plusieurs centres PEN.

Douze voix réduites au silence depuis 2001

Le 18 septembre 2001, les autorités érythréennes ont interdit les journaux indépendants du pays. Plusieurs journalistes, écrivains et responsables politiques favorables à des réformes ont été arrêtés dans les jours qui ont suivi. Dawit Isaak a été arrêté à son domicile à Asmara le 23 septembre.

Cofondateur et copropriétaire du journal indépendant Setit, il avait publié des textes relayant les demandes de réformes politiques formulées par des responsables érythréens.

La campagne de PEN International porte aujourd’hui les noms de douze personnes : Amanuel Asrat, Dawit Habtemichael, Dawit Isaak, Fessehaye « Joshua » Yohannes, Matheos Habteab, Medhanie Haile, Sahle « Wedi-ltay » Tsegazeab, Said Abdelkadir, Said Idris « Abu Are », Seyoum Tsehaye, Temesgen Ghebreyesus et Yousif Mohammed Ali.

Le groupe rassemble des profils très différents de la vie culturelle et médiatique érythréenne. Amanuel Asrat était journaliste, poète, critique d’art et auteur de chansons. Fessehaye « Joshua » Yohannes était écrivain, journaliste, dramaturge, poète et parolier. Medhanie Haile était écrivain, journaliste et traducteur. Dawit Isaak écrivait aussi des pièces de théâtre. Temesgen Ghebreyesus travaillait comme journaliste tout en étant comédien, acteur et photographe.

Depuis leurs arrestations, leurs familles n’ont reçu aucune information officielle vérifiable permettant d’établir leur lieu de détention, leur état de santé ou, pour plusieurs d’entre eux, s’ils sont toujours en vie.

Des témoignages et informations non confirmés ont fait état au fil des années de décès en détention. Le Comité pour la protection des journalistes a recensé plusieurs de ces informations, tout en soulignant qu’elles n’ont pas toutes pu être confirmées de manière indépendante.

C’est précisément cette incertitude qui est au cœur de la campagne actuelle. PEN International demande une preuve de vie vérifiée et la communication du lieu de détention des douze personnes concernées.

Dawit Isaak au cœur de la mobilisation parisienne

Dawit Isaak avait quitté l’Érythrée pour la Suède en 1987 et obtenu la nationalité suédoise avant de revenir dans son pays après l’indépendance. En Érythrée, il participe au développement de Setit.

Il écrit en tigrinya, publie des textes et des pièces de théâtre et participe à la création du Shewit Children’s Theatre, destiné au jeune public.

Son emprisonnement n’a connu qu’une brève interruption. En novembre 2005, il est remis en liberté pendant quelques jours pour des raisons médicales avant d’être de nouveau incarcéré. Il n’a depuis lors été ni jugé ni autorisé à rencontrer un avocat.

Les informations disponibles sur sa situation restent fragmentaires. Les Nations unies ont fait état d’informations indiquant qu’il était encore vivant en 2020. En décembre 2025, après une visite officielle à Asmara, la ministre suédoise des Affaires étrangères Maria Malmer Stenergard déclarait que l’évaluation du gouvernement suédois était qu’il était vivant, sans que Stockholm ait obtenu de visite consulaire ou de preuve de vie directe.

Le mois dernier, Reporters sans frontières a lancé de son côté un appel soutenu par 133 journalistes de différents pays pour demander la libération de Dawit Isaak, Temesgen Ghebreyesus, Seyoum Tsehaye et Amanuel Asrat.

La campagne de RSF et celle de PEN ne couvrent pas exactement le même groupe. RSF concentre son appel de septembre sur quatre journalistes, tandis que PEN International maintient dans sa campagne « Proof of Life » la liste de douze écrivains et journalistes disparus après la répression de 2001.

Des appels internationaux restés sans effet

Le dossier de Dawit Isaak a également été porté devant le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire.

Dans son avis no 10/2023, adopté en mars 2023, celui-ci avait conclu que sa privation de liberté était arbitraire. Les experts avaient relevé l’absence de base légale fournie pour justifier sa détention, le lien entre son emprisonnement et l’exercice de ses libertés d’expression et d’association ainsi que l’absence de garanties judiciaires.

Le Groupe de travail a demandé aux autorités érythréennes de libérer Dawit Isaak immédiatement et sans condition et de lui accorder un droit effectif à réparation. Il a également demandé que son lieu de détention et son état physique soient communiqués.

Le dossier a été transmis au Groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées ou involontaires ainsi qu’à plusieurs rapporteurs spéciaux, dont celui chargé de la torture.

Le rapport de suivi publié en 2024 indique qu’aucune mesure n’avait été prise par le gouvernement érythréen pour appliquer cet avis. Le document précise aussi que le lieu où se trouvait Dawit Isaak et sa situation demeuraient inconnus.

Vingt-cinq ans après les arrestations de septembre 2001, les familles des douze écrivains et journalistes recensés par PEN International restent donc sans informations vérifiables sur leur sort. La campagne « Proof of Life » et la rencontre organisée à Paris ce 2 octobre  remettent cette question au centre de la mobilisation internationale.

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