Haïti : Quand Yanick Lahens parle de la nuit d’Haïti au Festival Enlisant !

par Frantzley VALBRUN
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Ce week-end, dans Le jardin des immortels, nous avons eu l’honneur d’écouter et d’apprécier une très belle voix faisant rayonner la littérature haïtienne au-delà des frontières. Il s’agit de la romancière Yanick Lahens, la lauréate du prix Femina 2014 pour son roman Bain de lune.

Présente dans son costume d’invitée d’honneur, à l’occasion du lancement officiel de la 11e édition du Festival Enlisant, la célèbre écrivaine haïtienne Yanick Lahens revient une fois de plus sur la scène artistique pour parler de la nuit d’Haïti, à Port-au-Prince.

Selon l’auteure, qui s’est dite flattée d’avoir été invitée en qualité d’invitée d’honneur à ce festival de théâtre :

Ce que nous sommes en train de vivre, c’est ce que j’appelle l’état de poésie permanente d’Haïti. Et c’est quelque chose qu’à l’étranger, on n’imagine pas. On me demande toujours : comment faites-vous pour vivre en Haïti ? Qu’est-ce que vous faites en Haïti ? Nous, en Haïti, nous avons toujours cultivé précisément cet état de poésie qui fait barrage à la nuit, parce que nous sommes nés dans une nuit difficile, une nuit historique. Et cette nuit ne nous a jamais quittés. Nous avons donc développé l’art de cultiver ce que René Depestre appelle, dans un poème, l’état poétique que nous vivons tous les jours.

Elle a poursuivi en déclarant :

Au moment où nous sommes assis, il y a des drones qui tombent à quelques kilomètres. Il y a des gens qui meurent. Il y a des affrontements. Et nous voilà en train de parler de la beauté. Nous parlons du théâtre. Nous parlons de créations littéraires. Nous parlons d’art. Je crois que peu de gens s’imaginent à quel point l’écriture a façonné Haïti depuis nos premiers héros de l’indépendance, qui ont fait venir des secrétaires parce qu’ils avaient vu les Français en avoir, et qu’ils en voulaient également. Ils faisaient publier leurs textes à l’extérieur pour dire : voilà la révolution que nous imaginons.

À l’écoute du vibrant discours de Yanick Lahens, une réflexion s’impose à mon esprit. En Haïti, l’art est peut-être un prétexte pour parler de la beauté et habiter la vie. La romancière Yanick Lahens est cette voix qui nous prête sa voix et nous interpelle également afin que nous apprenions à comprendre ce pays autrement. Ici, la nuit est une métaphore, mais elle est parfois aussi la voix du silence. Un silence horrible !

Je pense que cette invitation n’a pas été faite par hasard. Si Yanick Lahens considère sa participation à ce festival comme un « bonheur » et également un « honneur », je constate, pour ma part, qu’il s’agit aussi d’une responsabilité. Car, lorsque les choses vont mal dans un pays et que les interventions de l’État sont entravées, il revient aux écrivains et aux écrivaines de la nation d’agir en conséquence. Non pas en simples amateurs, mais en tant que détenteurs d’une certaine puissance sur les mots, capables de proposer une lecture chirurgicale de la réalité, tout en maintenant une distance critique et intellectuelle. Il s’agit également d’éviter une sorte d’hémorragie politique, voire un épistémicide des idées. Sans doute, la parole que Yanick nous livre au Festival Enlisant est-elle bien plus qu’une urgence.

Yanick Lahens

Cette parole est un drame historique. Nous l’habitons autant qu’elle nous habite. Il faut pouvoir l’interroger, sans relâche. Sur ces entrefaites, le public est invité à découvrir, tout au long du Festival de théâtre Enlisant, les œuvres de l’écrivaine haïtienne Yanick Lahens, qui seront adaptées et mises en scène par de jeunes professionnels du milieu théâtral haïtien.

Cette édition se tiendra dans plusieurs établissements scolaires et espaces culturels en Haïti, du 9 au 15 novembre 2026. À cette occasion, le public, notamment les jeunes, aura l’opportunité de participer à des ateliers et d’assister à des mises en scène inspirées des œuvres de Yanick Lahens, figure emblématique de la littérature haïtienne contemporaine.

À travers cette initiative, l’équipe organisatrice entend favoriser le dialogue entre le roman et le théâtre, notamment par l’adaptation des œuvres romanesques de l’auteure. Elle souhaite ainsi ouvrir un espace de réflexion et d’échanges où le théâtre pourra retrouver toute sa place au cœur du débat public.

Bissap, tisane ou café ?

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