L’incinération de livres à Kinshasa a réduit en cendres des milliers d’ouvrages en quelques heures et déclenché la colère du monde du livre congolais. Le 3 août 2026, vers 14 heures, au pont Cabu, dans la commune de Kasa-Vubu, des agents du Service national ont brûlé des livres appartenant à des bouquinistes, parmi lesquels des manuels scolaires, des ouvrages scientifiques, des œuvres littéraires et des documentaires. En réaction, écrivains, éditeurs et vendeurs de livres ont adressé un mémorandum aux autorités et réclament une indemnisation.
La destruction s’est produite pendant l’opération d’assainissement que le Service national, un organe placé sous l’autorité de la présidence congolaise, mène à Kinshasa depuis la mi-juillet 2026. Cette campagne doit dégager les espaces publics occupés sans autorisation. Installés de longue date sur ces trottoirs, les bouquinistes ont vu leur stock détruit au même titre que les installations jugées illégales.
Après l’incinération de livres à Kinshasa, le mémorandum des acteurs du livre
Réunis autour de l’Union des écrivains congolais, des bouquinistes et un collectif d’intellectuels ont rédigé un mémorandum adressé au commandant du Service national, avec copie au président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, à la Première ministre et à la ministre de la Culture. Les signataires qualifient la destruction d’« autodafé » et parlent d’une récidive, des livres de bouquinistes ayant déjà été brûlés à Kinshasa en 2013. Richard Ali, secrétaire général de l’Union des écrivains congolais, reconnaît l’utilité de la campagne de propreté mais juge la destruction des livres inexcusable, et demande à l’État de réparer le préjudice subi par les bouquinistes.
Le mémorandum réclame une commission chargée d’évaluer les pertes et d’indemniser les victimes, la reconnaissance du métier de bouquiniste, la création d’espaces dédiés à la vente de livres et un soutien public à l’ensemble de la filière du livre.
Les bouquinistes, seule librairie abordable de Kinshasa
Les bouquinistes de Kinshasa vendent des livres d’occasion de droit, d’économie, d’histoire et de littérature, posés à même le sol ou sur des tables. Dans une ville où un livre neuf reste un achat coûteux, ces étals sont l’un des rares moyens d’accéder à la lecture pour les habitants aux revenus modestes. Ces ouvrages de seconde main s’y revendent et s’y échangent à bas prix, d’un lecteur à l’autre. On y trouve aussi des textes de la littérature africaine difficiles à dénicher ailleurs à ce prix.
La revendication n’est pas nouvelle. En juin 2012, après une saisie de livres par la police, l’Association des bouquinistes du Congo affirmait avoir obtenu du ministre de la Culture la promesse d’un règlement. Quatorze ans plus tard, les bouquinistes du pont Cabu réclament toujours un emplacement protégé.
Les bouquinistes de Kinshasa ne sont pas des vendeurs de passage. Réunis depuis 1962 au sein de l’Association des bouquinistes du Congo, forte de plus de cinq cents membres, ils restent dispersés dans la ville faute d’un emplacement attribué. Le pont Cabu comptait parmi leurs points de vente les plus anciens.
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