Le premier roman de Jerry Falade, un polar intitulé Call Me, I’ll Hide the Body, devait rapporter plus de deux millions de dollars à son auteur. Fin juillet 2026, ses agents l’ont retiré de la vente. Ils ne sont plus certains que le texte a été écrit par Jerry Falade seul, sans l’aide d’une intelligence artificielle, mais ils n’apportent aucune preuve. Le manuscrit avait pourtant remporté une enchère entre quatorze éditeurs, gagnée par Minotaur, une maison d’édition du groupe américain Macmillan. La parution était prévue pour 2028, et des studios de cinéma et de télévision se disputaient déjà les droits. L’affaire a été révélée par le quotidien britannique The Guardian.
Pourquoi les agents de Jerry Falade ont retiré le livre
Les doutes sont apparus lors de la vente aux enchères. Un éditeur a signalé des passages qui ressemblaient, selon lui, à du texte produit par une intelligence artificielle. L’agent principal de Jerry Falade, Marc Gerald, a d’abord fait confiance à l’auteur et renoncé à passer le manuscrit dans un logiciel de détection, jugeant ses explications convaincantes. Puis, lors d’une réunion le 29 juillet, la version de Jerry Falade a changé sur plusieurs points. L’agence a alors rompu avec lui et retiré le manuscrit des offres, en expliquant aux éditeurs qu’elle ne pouvait plus garantir comment le texte avait été écrit. Aucune preuve n’a été rendue publique.
Une décision d’abord juridique
Si le retrait a été aussi rapide, c’est aussi pour une raison de droit. En droit américain, un texte écrit par une intelligence artificielle ne peut pas être protégé par le droit d’auteur. Si une partie du roman venait d’une IA, l’éditeur ne serait pas sûr de posséder tous les droits sur le livre, ni les studios sur une future adaptation. Face à ce risque, la plupart des potentiels intéressés renoncent à l’achat de l’œuvre, même sans preuve. C’est ce qu’explique le site américain Deadline, spécialisé dans le cinéma et l’édition.
Jerry Falade dénonce un biais racial
Jerry Falade nie avoir utilisé une IA et accuse le milieu de l’édition anglo-américaine d’un préjugé racial. Il rappelle que trois auteurs noirs ont signé de gros contrats cette année, et que ces trois contrats ont ensuite été annulés ou remis en cause après des soupçons d’IA. Selon lui, dès qu’un auteur noir écrit un livre qui attire l’attention, on doute qu’il en soit vraiment l’auteur. Deux autrices noires américaines, Mia Ballard et HM Wolfe, ont connu les mêmes accusations cette année. Plus tôt en 2026, l’éditeur Hachette avait déjà retiré le roman Shy Girl de Mia Ballard après des rumeurs comparables. Il ajoute que des écrivains blancs reconnaissent ouvertement utiliser l’IA sans que leur carrière en souffre.
L’affaire n’est pas isolée. En juillet 2026, des soupçons d’IA avaient déjà entouré le Commonwealth Short Story Prize, là encore autour d’auteurs débutants.
Un soupçon impossible à lever
Aujourd’hui, aucun outil ne permet de prouver qu’un texte a été écrit par une IA. Les logiciels de détection se trompent souvent, et l’édition n’a aucune méthode standard pour vérifier un manuscrit. Tant qu’un tel outil manque, c’est à l’auteur de prouver son innocence, ce qui est presque impossible. Les auteurs débutants, sans notoriété ni relations, sont les plus exposés. Jerry Falade a confié à un journaliste qu’il se retrouvait seul, sans personne vers qui se tourner dans le milieu de l’édition.
L’Afrique au creux des lettres