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Ada Bessomo: « Ecrire, pour moi, est travailler à réinventer : soi-même et le monde autour de soi. 

Kamerun : Le sursaut ne viendra pas des urnes !

La Librairie Éphémère de Fatim: appel à candidatures pour les exposants

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22 janvier 2024
Afrique CentraleInterviewsPoésie

Ada Bessomo: « Ecrire, pour moi, est travailler à réinventer : soi-même et le monde autour de soi. 

par Baltazar Noah 29 janvier 2026
Rédigé par Baltazar Noah

Dans cet entretien autour de Le monde virait au bleu, publié par Shanaprod en 2021, Ada Bessomo dévoile la matrice poétique qui irrigue son œuvre. Le bleu, couleur d’apaisement et de transformation, traverse son imaginaire comme une mémoire intime et un horizon de réinvention. Ses réponses révèlent une écriture habitée par les paysages, les silences et les filiations orales beti, mais aussi nourrie des voix du monde noir et des poètes européens. Entre poésie et réel, Ada Bessomo compose une langue dense et exigeante, qui se veut à la fois bouteille à la mer et acte de recréation. Cet entretien met en lumière une œuvre où le bleu devient souffle, mémoire et praxis de transformation.

Votre texte s’ouvre sur une phrase qui semble suspendre le monde dans une teinte unique : « le monde virait au bleu ». Comment cette couleur agit-elle dans votre imaginaire ? Est-elle une métaphore de la mélancolie, de la transcendance, ou un signe d’alerte ?  

Ada Bessomo : Le bleu est d’abord le lieu de mes apaisements. Ceci aussi loin que me portent mes souvenirs. Ce sont d’abord mes yeux de petit garçon portés vers le ciel, le lointain monde étalé bleu au-dessus de moi. Bien des fois il m’enseigne des leçons, ce ciel, surtout quand il est bleu dense. J’ai eu la chance de connaître mon grand-père maternel, totalement habité par les référents de sa culture natale, éloignés de tout contact, comme de toute domination des visions chrétiennes. Selon ces codes, je porte son nom, celui d’une société secrète aujourd’hui disparue. Il a donc veillé, je l’ai compris plus tard, à me permettre d’habiter les souffles de son environnement autant que possible sans craindre, sans négliger, sans douter des atours de la vie. C’est aussi avec le bleu que chez lui, le corps s’ouvrait aux transformations, par les tatouages par exemple. Que « le monde virait au bleu », est un peu professer ma foi en une humanité vouée au meilleur, au bout de toutes ses aventures. Le meilleur, la plus belle part à la vie donc, au-delà de ses vicissitudes, est ce qui domine mon imaginaire. C’est aussi la révérence envoyée à ce monde pour qui le bleu indique le travail sur soi, jusqu’à ses extensions mystiques.  

Le monde virait au bleu ada bessomoDans vos écrits, les paysages ne sont jamais neutres : ils deviennent des personnages, des témoins. Quelle part de votre expérience personnelle nourrit cette géographie intérieure ? Est-ce une mémoire intime ou une cartographie collective ?  

Ada Bessomo : L’idée que chaque instant intime pourrait figurer un ou plusieurs paysages me plaît assez. L’œil qui fouille l’intime est toujours l’élément d’un ensemble plus vaste, auquel j’aime à songer qu’il est lié de manière cohérente, intime. Je vous ai déjà parlé de ce monde dont je suis l’héritier. L’homme, ses actes et ses sentiments, y sont aussi observés, jugés, sanctionnés par ce qui les entoure. Il y a donc toujours cette tension, que négocie la poésie, entre la part intime de l’expression et l’architecture collective, aux éléments tous vivants, dont elle est née. 

Votre plume oscille entre la poésie et l’interpellation du réel. Comment négociez-vous cette frontière ? Est-ce un choix conscient de brouiller les genres, ou une nécessité pour dire l’Afrique contemporaine ?  

Ada Bessomo : J’appartiens à cette génération de personnes qui en Afrique a pu se hisser sur les épaules de ses pères, éduqués, marqués, eux, par la présence physique de la domination mentale tout à leurs côtés. Ils l’ont dit en ont transmis les témoignages de mille manières. La poésie est la voie qui m’a surtout marqué. Pendant ses mouvements, la poésie peinerait à faire la fine bouche devant quelque ressort du réel, par conséquent. En mouvement, la parole poétique est imprégnation permanente par le réel. L’enfant, par exemple, à qui son père souhaite de partir aussi loin de lui que possible, apprendre et affiner, affirmer sa sensibilité propre, n’épargne pas à ce dernier les inquiétudes nées de l’attachement à sa fille. Oui, l’Afrique contemporaine est pour moi la terre où s’additionnent les possibilités, en autant de moyens liés, d’être, de cohabiter, de marcher, de rêver…Je pense judicieux, pour cela, de m’attacher à refuser seulement ce qui pour moi serait un relevé plat de faits, gestes, sentiments. La relation de la poésie au réel est de totalité, c’est-à-dire ouverture à tout contenu, à tout moyen  servant l’Afrique que je vis, avec mes forces et mes fragilités.     

On remarque dans vos textes des pauses, des ellipses, des silences qui semblent aussi éloquents que les mots. Quelle fonction accordez-vous au non-dit dans votre écriture ?  

Ada Bessomo : Vous évoquez là des effets de rupture dans mon écriture. Ils sont ma manière de dire aussi, comme vous le notez bien. Parfois, le silence conforte amplifiant ce qui va de soi, parce que déjà évoqué, de manière explicite ou implicite, comme je le préfère davantage. Il engage aussi, le non-dit, une entente avec l’autre, l’interlocuteur. Comme une complicité suggérée, proposée au sujet de ce qui est servi par l’écriture. On pourrait ne pas manquer d’y voir aussi un effet induit du choix de la poésie comme volonté de trouver une certaine vérité du monde à partir du juste emploi des mots. Quant aux pauses, de façon plus nette, j’y recours plus souvent pour montrer aussi certaine accumulation, certaine persistance des thèmes qu’elles servent. Une certaine vanité aussi de la tentative du poète de ne plus être touché par ce qui, très souvent, ébranle ses vues, l’obsède presque au point de revenir toujours…

Quels auteurs, africains ou universels, vous accompagnent dans cette quête stylistique ? Vous revendiquez-vous d’une lignée, ou cherchez-vous à rompre avec toute filiation pour inventer votre propre souffle ?  

Ada Bessomo : J’ai été fabriqué par les poésies orales d’abord, écrites ensuite. Enfant, très tôt, la poésie orale m’a pris la main. C’était une poésie en langue africaine. Celle que j’ai d’abord parlée est la langue beti, du Cameroun. Les musiciens maîtres de cette langue sont mes maîtres et pères. Chez eux, le rythme des mots, les assonances, les images, de rendre vie à chaque élément, sont ce que je retrouve chaque fois que je les écoute. Trois m’accompagnent partout. D’abord Martin Messi, le Messi qui a toujours dit la fragilité de l’être, de l’artiste, du poète ; le Messi inquiet de retrouver dans sa cour, au petit matin, chat mort. Ensuite, le poète musicien gabonais, Zeng Ebome. Indépassable pour qui accède à la langue, unique, personnelle, qu’il a léguée à ses frères et sœurs. Lui, Pierre Claver Zeng Ebome, est la porte profane des grands initiés de la parole Mvet. Celle qui mène à inventer en permanence sa voie tout en remerciant un à un ses maîtres. Le troisième, nourri aussi de cet art total qu’est le Mvet, est Janvier Da’ak. 

Il y a enfin la langue anglaise, avec Sekou Sundiata. Comprenez que la poésie pour moi chemine avec la musicalité, la musique, sa mise en scène…   

La poésie écrite, elle, m’a donné des compagnons venus de partout. D’abord ceux du monde noir, de Langston Hugues, Amiri Baraka, Maya Angelou, Victoria Santa Cruz, Nicomedes Santa Cruz, Scott-Heron, à Damas, U’tamsi, René Depestre, Christopher Okigbo, Aimé Césaire, Antoine Assoumou, Chenjerai Hove… Enfin, des voix d’Europe vont avec moi, des Anciens français, aux contemporains, comme Rilke, Hugo, Saint-John Perse, Lorca, Rafael Alberti, etc.    

Ada Bessomo, vous écrivez dans une langue dense, parfois exigeante. Pensez-vous à un lecteur précis lorsque vous composez ? Est-ce un lecteur africain, francophone, universel, ou une figure abstraite qui vous guide ?  

Ada Bessomo : L’image qui me vient est celle de la mosaïque, parlant de lecteurs, car en fait pas un ne ressemble en tout point à un autre. Vain, auquel cas, de se guider par autre boussole que son désir de dire, en s’obligeant à la modestie que cette attitude implique : chaque poème est ma bouteille à la mer de mes frères et sœurs humains. L’autre élément de réponse, central, est la parole extraite de l’écriture. Selon le type, l’épaisseur, le sens de la parole, il y a toujours oreille qui pourrait la recueillir, la partager avec nous. L’attitude de départ est pour cela de dire, d’écrire d’abord, en ordre de sincérité avec l’inspiration. Certaine densité dans l’emploi de la langue me vient, comme le reste, toujours de manière spontanée, sous la dictée de ce que je ressens.    

Si l’on transpose votre métaphore chromatique au champ social et politique, que signifie ce « bleu » ? Est-ce une couleur de l’espérance, de la dépossession, ou de la réinvention du monde ?  

Ada Bessomo : Le bleu est bel et bien celui de la transformation, comme je l’ai dit plus haut. Dans la transformation, le parti pris est celui d’une amélioration de ce qui existait. Espérance par conséquence, en quelque part, surtout réinvention, car, pour continuer dans la veine du tatouage que mes ancêtres pratiquaient sur leurs corps, la poésie me permet d’agir, à ma manière, par la pensée, la mise en écriture de la parole, de suggérer la réinvention du monde. Ecrire, pour moi, est travailler à réinventer : soi-même et le monde autour de soi. 

Enfin, comment voyez-vous l’évolution de votre écriture ? Le bleu est-il une étape, une atmosphère passagère, ou la matrice d’un cycle littéraire que vous souhaitez prolonger ? 

Ada Bessomo : Je vis très loin de la terre de mes rêves, le Cameroun, depuis très longtemps. Je lui ai consacré mes deux premières publications. Le premier, par une composition qui visait à montrer la dislocation effectuée, la fêlure installée par cette distance. Le deuxième recueil désigne sans détour mon pays, par un quartier de sa capitale : Obili. L’état d’esprit est également indiqué : le blues. Un clin d’œil aussi à ceux que j’aime, restés là-bas. Le monde virait au bleu clôt ce cycle pour explorer d’autres états d’esprit surtout. Il est probable que le bleu désormais teinte mon écriture de manière plus remarquée, au-delà des sujets qui attirent son attention.

 

Propos recueillis par Baltazar ATANGANA dit Nkul Beti, critique littéraire

noahatango@yahoo.ca

29 janvier 2026 0 Commentaires
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Kamerun Le sursaut ne viendra pas des urnes !
Afrique CentraleNotes de lecturePoésie

Kamerun : Le sursaut ne viendra pas des urnes !

par Baltazar Noah 16 octobre 2025
Rédigé par Baltazar Noah

En pleine période électorale, alors que les regards sont tournés vers les résultats du scrutin du 12 octobre 2025, Jean-Pierre Noël Batoum publie « Révolution ! », un recueil qui tombe comme une gifle dans le silence ambiant. Ce n’est pas une œuvre politique au sens classique — c’est un cri poétique, un appel viscéral à la transformation profonde du Kamerun.

Kamerun n’a pas besoin d’un héros. Il a besoin d’un peuple debout !

Je viens de finir « Révolution ! » de Jean Pierre Noël Batoum. Et franchement, j’ai dû m’arrêter. Respirer. Revenir en arrière. Relire. Ce texte ne se lit pas comme on lit un poème. Il vous prend à la gorge, vous secoue, vous regarde droit dans les yeux et vous dit : « Tu fais quoi, toi, pour ton pays ? »

Ce n’est pas une œuvre de salon. C’est une marche. Une traversée. Une parole qui vient du fond de la terre, du sang des ancêtres, du cri des jeunes qui n’en peuvent plus. Ce texte, c’est le Kamerun qui parle. Pas celui des discours, mais celui des silences. Celui des douleurs qu’on cache, des rêves qu’on étouffe, des espoirs qu’on vend à bas prix.

« Il nous faut une Révolution 

Spirituelle, profonde

Qui remette la Transcendance

Au cœur de notre existence

Comme le Poteau sacré

Dans la cour du village. » P.33

Un cri contre la médiocratie…un appel à la lumière

Jean-Pierre Noël Batoum publie « Révolution ! »Jean-Pierre Noël Batoum ne nous caresse pas dans le sens du poil. Il nous met face à nous-mêmes. Il parle de la médiocratie comme d’une sorcière qui se nourrit du sang des enfants. Il parle de ces hommes et femmes obscurs qui planifient le malheur du peuple. Il parle de cette fatigue qu’on connaît tous, ce découragement qu’on respire sans même s’en rendre compte.

Mais surtout, il parle de lumière. De feu. De transformation. Il appelle à une révolution lente, enracinée, qui commence dans les tripes, dans les familles, dans les cœurs. Une révolution qui ne cherche pas à faire du bruit, mais à faire du bien. Une révolution qui refuse les héros couchés et préfère un peuple debout.

Et puis il y a cet appel aux artistes. Pas ceux qui cherchent la lumière des projecteurs, mais ceux qui portent la lumière intérieure. Ceux qui créent parce qu’ils n’ont pas le choix. Parce que la vie les pousse à accoucher du vrai. Parce que le pays a besoin d’eux pour rêver autrement.

« Il nous faut une Révolution !

Regarder dans les yeux

Cette veuve noire tapie dans chaque bureau ;

Cette gangrène qui tisse sa toile dans toute l’administration : On devra tailler, amputer, déraciner ![…]

Aux premiers rangs les Artistes !

Dans la variété et la diversité de leur déploiement,

De la littérature, du cinéma, de la musique,

De la plasticité, de la danse…

Des Artistes et non pas des hommes et femmes

S’épuisant pour une visibilité éphémère

Prompts à salir les autres,

A descendre dans la gadoue de la médiocre superficialité…

Des Artistes qui savent se laisser prendre

Aux tripes et dans le cœur. » P. 21-23

Une terre à faire renaître, pas à vendre

Ce texte m’a traversé. Il m’a parlé comme peu de textes savent le faire. Il m’a rappelé que le Kamerun n’est pas une terre à vendre, mais une terre à faire vivre. Une terre à aimer. Une terre à faire renaître.

Et dans ce moment où les urnes viennent à peine de se refermer au Cameroun, le 12 octobre dernier, où les visages se tendent et les espoirs se croisent, ce texte tombe comme une vérité nue : la vraie révolution ne viendra pas d’un bulletin, mais d’un sursaut. Un sursaut intime, collectif, profond !

Il nous faut une révolution au Kamerun. Et ce texte en est déjà une :

« Il nous faut une Révolution,

Dans un refus net et catégorique de tout combat,

Ravageur d’énergie,

Entre les 237 enfants de cette Unique Mère Patrie,

Dont l’arc vert-rouge-jaune nimbe le ciel du monde ;

Où les idées se frottent dans une saine émulation,

A l’ombre de chaque arbre,

Dans chaque village,

Dans chaque quartier,

Les enfants buvant la sagesse des Piliers de la maison

Les vieillards accueillant les folies lumineuses de la Jeunesse…

Faut-il une Révolution ! » P.29

16 octobre 2025 1 Commenter
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Affiche La Librairie Éphémère de Fatim
EuropeÉvénements

La Librairie Éphémère de Fatim: appel à candidatures pour les exposants

par La redaction 8 octobre 2025
Rédigé par La redaction

La Biblio de Fatim lance l’appel à candidatures pour participer à la première édition de La Librairie Éphémère de Fatim (LEF), un événement inédit dédié aux littératures africaines et afrodescendantes. La rencontre se tiendra les 18 et 19 octobre 2025 à la Cité Fertile (Pantin), un tiers-lieu culturel emblématique de la région parisienne.

Un marché du livre dédié aux littératures africaines et afrodescendantes

Imaginée par Fatoumata Cissé, fondatrice de La Biblio de Fatim, la Librairie Éphémère de Fatim se veut un lieu vivant et accessible dédié aux littératures africaines et afrodescendantes. Elle a pour vocation de rapprocher les créateurs, les éditeurs et le public autour d’une même passion.

Pendant deux jours, la Cité Fertile accueillera un marché du livre afrocentré qui réunit auteur·rices, maisons d’édition, libraires, illustrateur·rices et collectifs. La LEF propose une expérience à taille humaine pour encourager la vente directe de livres et nourrir des échanges authentiques avec les lecteurs.

Les conditions pour exposer à la Librairie Éphémère de Fatim

Les candidatures sont ouvertes à tous les acteur·trices du monde littéraire africain et afrodescendant : auteur·rices, maisons d’édition, librairies, illustrateur·rices, collectifs et structures culturelles. Chaque exposant·e disposera d’un espace dédié pour présenter et vendre ses ouvrages, avec une visibilité assurée sur les supports de communication de l’événement.

L’inscription, payante, est obligatoire et limitée à 18 participant·es par jour, afin de garantir une expérience conviviale et de qualité. Les demandes se font grâce à un formulaire disponible ici : Inscription exposant.e.s . Il reste 3 stands disponibles pour exposer le dimanche 19 octobre 2025. Une fois le quota de 18 exposant·es atteint, les inscriptions seront automatiquement clôturées.

L’accès à la Librairie Éphémère de Fatim est gratuite sur inscription. Pour vous inscrire cliquez sur ce lien.

 

8 octobre 2025 0 Commentaires
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Deux cœurs dans mon corps, paru aux éditions Project’îles, le premier roman de Na Hassi
Afrique de l'EstFictionNotes de lecture

Na Hassi signe son premier roman, Deux cœurs dans mon corps

par Niry Ravoninahidraibe 2 octobre 2025
Rédigé par Niry Ravoninahidraibe

Deux cœurs dans mon corps, paru aux éditions Project’îles, le premier roman de Na Hassi. Une poétique de la résilience et les douleurs sourdes d’une jeune femme à la recherche d’une mère.

Dans ce premier roman, le style de la poétesse devenue romancière se perçoit à travers une stylistique dans laquelle la poétique prend une place exceptionnelle. Na Hassi nous emporte dans sa poésie personnelle, dont elle use pour pouvoir donner forme à un personnage principal emprunt de doutes et faisant face au deuil. Les premières lignes annoncent la couleur et reflètent toutes les intensions de l’auteur :

« J’ai commencé à écrire après le décès de Nenibe. J’ai écrit un deuil silencieux en surface. J’ai écrit un vacarme caverneux en profondeur. J’ai écrit des hurlements dont j’étais le seul témoin. »

Deux cœurs dans mon corps est l’histoire d’une naissance, d’une transmission de valeurs et d’un vide générationnel, notamment avec l’absence d’une mère. L’auteure nous parle de trois générations de femmes : une enfant dénommée Marao, ainsi que sa mère, victime d’un inceste, qui abandonna le fruit de cette aberration à sa propre mère. Au commencement, l’enfant est avant tout une âme, une mémoire, une forme qui n’est pas encore tout à fait humaine, mais qui, petit à petit s’illustre par les sentiments qui la traversent et qui l’humanisent. Mais surtout, dans ce livre, les liens familiaux qui d’ordinaire participent à la construction d’une personne et qui s’apparent à des repères, sont des présences fantomatiques. Néanmoins, l’auteure a mis l’accent sur l’influence d’une grand-mère qui jusqu’à sa mort à nourri la jeune femme par des « hafatra », que l’on pourrait également percevoir comme des enseignements d’une femme âgée, qui à défaut de partager son vécu se contente de donner des recommandations à sa petite fille, pour que celle-ci puisse affronter la vie. Mais encore, cette grand-mère est présentée comme une figure influente pour Marao, car c’est elle qui va l’initier à l’amour de la littérature. 

Un roman qui rappelle la place privilégiée de la poésie dans la littérature romanesque malgache

Deux cœurs dans mon corps est paru chez Project’îles. La maison d’édition mahoraise publie une œuvre malgache qui rappelle les premiers romans malgaches en langue française, les plus anciens datant de 1925, notamment L’Aube rouge de Jean-Joseph Rabearivelo (1903-1937), le fameux poète malgache, connu pour sa poétique de la traduction, beaucoup moins pour son œuvre romanesque. Il en est de même avec Ary-Michel-Francis Robin (1896-1971), poète, aussi auteur de Sous le signe de Razaizay, Grand Prix Littéraire de Madagascar 1957, un autre roman historique qui marque la continuité d’un style porté par une revendication identitaire affirmée à l’aide de la sublimation de traits culturels malgaches dans la langue française. Ces deux romans, présentant le même style et sensiblement les mêmes propos signent les débuts de la littérature francophone malgache.  

Deux cœurs dans mon corps, paru aux éditions Project’îles, le premier roman de Na HassiDe son côté, en plus des passages poétiques qui participent à l’identité de l’œuvre, Na Hassi nous livre également un récit dans lequel elle met l’accent sur une pratique culturelle. Il est notamment question du déroulement de la présentation des condoléances dans certaines régions centrales malgaches. L’auteure a opté pour l’anaphore (Reprise du même mot au début de phrases successives d’après Larousse) pour suggérer toute la profondeur de chaque passage de ce dialogue, un symbole de solidarité malgache : « un échange de kabary. Sur la vie et la mort. Sur la précarité du souffle humain. Sur le fihavanana. Sur la consolation des vivants. Sur la paix de l’âme des vivants. Sur la paix de l’âme des défunts. Sur l’importance du soutien mutuel. Sur le pouvoir et le droit du Divin de reprendre à tout moment le souffle qu’il a donné […] Sur leur souhait de bien vouloir rester, mais que leur devoir envers les leurs les en empêchent. ». 

Na Hassi traite des tourmentes autour de la figure maternelle

Dans ce roman, il y a une femme que l’on perçoit comme la part manquante de l’histoire. Une ombre dans la vie de sa fille, mais également une jeune femme incomprise par sa mère. Celle-ci ne demande qu’à exister, et qui pour cela a choisi l’éloignement :

« je suis arrivée à Antananarivo. Pardon d’avoir fugué mais c’est uniquement d’ici que je peux me confier. Cela m’était impossible quand j’étais là-bas. Mes rêves se heurtaient à ton regard qui implorait, dès que l’idée de t’en parler. Alors je me taisais. Il m’a fallu m’éloigner pour me rapprocher de toi ».

Etonnement ces reproches s’accompagnent d’une entière confiance sur le devenir de sa fille:

« Prends soin d’elle, mais pas comme tu l’as fait avec moi. Surtout pas ».

L’auteure Na Hassi déroule au fil des pages l’émancipation de celle qui se soustrait de son rôle de mère. En définitive, le personnage de Marao ne connaîtra sa mère que par l’intermédiaire de lettres, sa grand-mère ayant préféré le mutisme à la vérité sur les circonstances de sa naissance. L’inceste est tût car l’objet du roman est la construction de Marao à travers les enseignements de sa grand-mère, son goût pour la lecture, ainsi que par l’absence pesante de sa mère. En somme, il s’agit d’une œuvre dans laquelle la poésie traduit un cheminement vers la résilience.

2 octobre 2025 0 Commentaires
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« Alors toi aussi » de Futhi Ntshingila
Afrique AustraleFictionHistoriqueLittératureNotes de lecture

Note de lecture : Alors toi aussi de Futhi Ntshingila

par Céline B. 14 septembre 2025
Rédigé par Céline B.

Alors toi aussi, de Futhi Ntshingila, est paru en poche en 2025 chez les Editions 10/18.

L’ouvrage comporte un glossaire de 7 pages très utile pour saisir les éléments de contexte.

Je savais parfaitement que l’oppresseur doit être libéré tout comme l’opprimé. Un homme qui prive un autre homme de sa liberté est prisonnier de sa haine, il est enfermé derrière les barreaux de ses préjugés et de l’étroitesse d’esprit. […] Quand j’ai franchi les portes de la prison, telle était ma mission : libérer à la fois l’opprimé et l’oppresseur .

Cette réflexion de Nelson Mandela (dans son autobiographie Un long chemin vers la liberté) aurait pu être le fil directeur de ce troisième roman de l’écrivaine sud-africaine.

Dans une maison de retraite, torturé par les remords et les regrets, Hans Van Rooyen achève sa vie hantée par les ombres des crimes commis durant l’apartheid, alors qu’il était policier. Sa rencontre avec Zoé Zondi, sa nouvelle infirmière de nuit, enfant de combattants de la liberté du mouvement « Umkhonto we Sizwe », le conduit à relire sa vie pour quitter l’enfermement des non-dits.

L’échange qui s’engage illustre le principe de la Commission de Vérité et de Réconciliation, portée par le Révérend Desmond Tutu : 

La justice que nous avons mise en œuvre en Afrique du Sud, ce que j’appelle la « justice réparatrice », contrairement à la justice punitive, n’est pas axée sur la sanction. Elle vise avant tout à guérir. Le crime a porté atteinte à la relation et c’est cette blessure qui doit être guérie. La justice réparatrice considère le criminel comme une personne, un sujet qui a le sens des responsabilités et la notion de honte, et qui doit être réinséré dans la société .

Ainsi, Alors toi aussi déploie la trame de l’histoire de l’Afrique du Sud, de la fin de la seconde guerre des boers au crépuscule du XIXᵉ siècle, jusqu’à la pandémie de COVID 19, en soulignant ses ponctuations : le contexte de l’implantation européenne et le développement du nationalisme afrikaners, l’institution de son émanation ultime, la politique d’apartheid ; mais aussi la lutte, aussi longue que constante, contre la colonisation et le racisme ; enfin, l’abolition du système ségrégationniste et l’établissement des fondations de la « Nation Arc-en-ciel ».

Dans le cadre de l’Afrique du Sud post-apartheid, et du huis clos imposé par le confinement sanitaire du printemps 2020, ce roman engage le lecteur dans une quête de rédemption au terme d’un jeu de cache-cache entre faux-semblants et vérité.

D’emblée, la structure de Alors toi aussi nous fait spectateur d’une conversation, dans un processus de restauration de la parole nécessaire à la réconciliation : au sein de l’État, entre deux camps que sont les adversaires et les bénéficiaires de l’apartheid ; au cœur des familles, traversées à chaque génération par une violence et une haine aussi institutionnelles qu’irraisonnées ; au tréfonds des consciences malmenées par les assauts irrépressibles des tourments intérieurs.

À travers le récit fictif d’histoires particulières, Alors toi aussi nous invite à appréhender la grande Histoire de manière incarnée, à l’aune de faiblesses humaines que le lecteur peut, sinon partager, du moins comprendre (la peur, la lâcheté, la colère, l’orgueil, la convoitise, l’avidité).

À cette occasion, Futhi Ntshingila porte un regard certes bienveillant, mais sans concession sur la société sud-africaine et les membres qui la composent.

« Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent » dit le psaume 82.

De fait, l’imprégnation spirituelle du récit est palpable, tout comme l’empreinte africaine de l’ « Ubuntu » : l’individu ne peut être considéré isolément et est appréhendé comme le maillon d’une chaîne (familiale, communautaire).

Or, le système ségrégationniste repose sur l’enfermement de l’altérité dans un carcan de stéréotypes, qui rompt cette complémentarité.

C’est bien là tout l’enjeu du chemin de rédemption emprunté par Hans Van Rooyen, et le prix du pardon : lever le voile sur ses propres failles, tomber le masque en donnant à voir sa vulnérabilité pour être en mesure, enfin, d’envisager l’Autre comme un autre Moi.

Nous portons de multiples masques, Mkhulu. Merci de m’avoir permis de déposer le mien un instant, et de m’avoir montré votre visage démasqué .

Il faut reconnaître l’immense pouvoir de la musique, admet Madala. 

L’ouvrage est rythmé en bruit de fonds par les standards de gospel et de jazz, devenus hymnes du mouvement des droits civiques américains, ainsi que par les références aux artistes de la lutte contre l’apartheid, Hugh Masekela, Miriam Makeba, ou Savuka.

Résonne aussi la voix de Carole Fredericks dans « Né en 17 à Leidenstadt » :

Si j’étais née blanche et riche à Johannesburg.

Entre le pouvoir et la peur

Aurais-je entendu ces cris portés par le vent 

Rien ne sera comme avant… 

Traiter des systèmes d’oppression tels que la colonisation et l’apartheid est un exercice difficile qui expose aux écueils, en particulier celui de tronquer une histoire complexe. Au contraire, Futhi Ntshingila a su rendre compte avec délicatesse du poids des violences et sacrifices supportés par les acteurs de l’apartheid, sans enfermer ses protagonistes dans les caricatures de victimes ou de bourreaux. Chacun est remis face à la responsabilité des choix effectués à chaque instant de son parcours. À travers le jeu des regards portés sur l’Autre, l’auteur analyse les ressorts de la complicité ou de la résistance à l’oppression d’un régime tyrannique.

Ce faisant, cet ouvrage de Futhi Ntshingila déplace le regard du lecteur vers ce qui fonde notre Humanité commune, le sens de la Vie : « je mets devant toi la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie » (Deutéronome, 30 :19)

14 septembre 2025 0 Commentaires
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[Note de lecture] - Ramsès de Paris d'Alain Mabanckou
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[Note de lecture] Ramsès de Paris d’Alain Mabanckou

par Luccia Ongouya 14 septembre 2025
Rédigé par Luccia Ongouya

Avec « Ramsès de Paris » publié aux éditions Seuil, Alain Mabanckou nous offre une nouvelle leçon de littérature.
Fidèle au style qui a marqué ses lecteurs depuis « Verre Cassé » et le prix Renaudot 2006 « Mémoires de
porc-épic », il ramène cette écriture créative, vive où l’humour et le sérieux s’entrelacent.

Le roman s’ouvre sur Jérémie Loubondo, alias Bérado, « prince de Zamunda », accusé sans preuve à la télévision congolaise de la diaspora, financée par le président à vie. Dans une communauté prompte à croire sans vérifier, cette accusation devient très vite la vérité. Pressentant la menace, Bérado accourt chez le mystérieux « Ramsès de Paris », figure tutélaire de la communauté africaine de la capitale française, qui « sait tout et voit tout ».
Au fil d’un dialogue autour d’un thé srilankais, Bérado se raconte : son enfance à Pointe-Noire, ses pérégrinations de Grenoble à Paris, son insertion dans l’univers de Zamunda grâce à Benoit. Le récit se construit ainsi comme une confession, ponctuée de retours sur son passé. La fin est inattendue et nous donne un retournement magistral qui rappelle les plus grands polars.
Ramsès de Paris Alain MabanckouÀ travers Bérado et d’autres personnages comme son frère Benoît, musicien raté en quête de reconnaissance, Alain Mabanckou explore les multiples visages de l’immigration africaine. Le mythe européen : en Afrique, l’Europe est perçue comme un lieu de réussite immédiate. La réalité : en France, beaucoup vivent dans des conditions précaires, usés par le travail, tout en entretenant l’illusion de la réussite par des apparences (vêtements de marque, envois d’argent).
Le roman dresse également une cartographie de l’immigration parisienne : les Chinois du Triangle de Choisy, les Arméniens du 9e arrondissement, Barbès et Château Rouge pour les communautés maghrébines et africaines. Chaque parcours d’immigration est unique. Alain Mabanckou, en donnant la parole à Bérado, insiste sur l’importance de laisser chacun raconter son histoire plutôt que de généraliser.

Le roman aborde des thèmes suivants :

  • L’exil et ses contradictions : boursiers abandonnés à eux-mêmes, difficultés de régularisation.
  • Les trafics : Ramsès de Paris incarne ces figures qui profitent des failles administratives pour
    vendre des identités de défunts à prix d’or.
  • L’universalité de la littérature : le roman multiplie les références à d’autres œuvres littéraires ou
    cinématographiques. Pour Alain Mabanckou, la littérature ne se limite pas à son cadre
    géographique ou culturel. Ce n’est pas parce qu’un texte parle du Congo qu’il doit se restreindre
    au Congo. Une œuvre peut trouver un écho dans d’autres parties du monde, à différentes périodes
    de l’histoire.
  • La place des femmes : Alain Mabanckou donne aux femmes un rôle essentiel. Elles apparaissent comme des piliers, des battantes, mais aussi en quête de reconnaissance. À travers différents portraits – mères africaines, femmes de la diaspora, européennes plus démonstratives – l’auteur questionne les attentes, les différences culturelles et les malentendus entre genres et cultures.

Comme toujours, Alain Mabanckou s’appuie sur son expérience personnelle d’enfant unique et d’écrivain de l’exil pour nourrir son récit. Pourtant, malgré la familiarité de ses thèmes, il parvient à surprendre par sa construction narrative et la force de ses retournements. C’est la marque des grands : avoir toujours un tour dans leur sac.

S’il fallait donner un titre à l’œuvre de Mabanckou en m’inspirant du style de ses chapitres dans « Ramsès de Paris » ce serait sans doute : « Attrape-moi si tu peux ».

14 septembre 2025 0 Commentaires
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[Note delecture] : Taxi poto-poto, un périple au cœur des capitales africaines
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[Note de lecture] :Taxi poto-poto

par Céline B. 5 septembre 2025
Rédigé par Céline B.

Voyager demeure une aventure très appréciée, puisqu’elle nous ouvre une infinité de possibilités : la découverte, l’apprentissage et l’épanouissement personnel. Cet enchantement est d’autant plus intense lorsqu’il s’accomplit par la route, il prend alors une tournure particulière. Il s’érige en un observatoire vivant, offrant à nos sens le défilé inépuisable des écosystèmes et de personnes. Il y a de ces livres qui sont semblables aux voyages et TAXI POTO-POTO est l’un d’eux.

Assise dans ces nuages, il me faut de longues heures pour rentrer chez moi. Et contre toutes attentes, je me retrouve auprès d’un voisin très loquace. Je décide donc de me recroqueviller comme à mes habitudes sur la lecture. À ma grande surprise, ce livre m’ouvre ses bras, il me fait dépasser ma destination. Moi qui avais pris le billet pour me rendre à Abidjan, finalement TAXI POTO-POTO m’envoie jusqu’à Pointe-Noire en passant par Dakar, Lomé, Cotonou, Libreville, Yaoundé, Kinshasa et Brazzaville.

De Brazzaville à Abidjan, l’Afrique a une singularité culturelle partagée dans ses circulations et ses ruelles, qui sont vêtues de ces métiers qu’on qualifie de « petits » et de « masculins », mais qui constituent une partie intégrante de son identité. Ceux qui les pratiquent sont sans doute parmi les meilleurs observateurs de nos habitudes traditionnelles et sociétales.

TAXI POTO-POTO représente amplement cette caractéristique. Le roman la décrit bien avec beaucoup de réalisme, un peu d’humour et dans un décor purement africain. Cet ouvrage écrit par un collectif d’auteur. e.s venant du continent africain paru le 12 mars 2024 et publié par les éditions Les lettres mouchetées, est un recueil de nouvelles qui illustre bien nos constructions sociales autour des thèmes universels comme les rêves, l’amour, le courage, la tradition, la débrouillardise, l’injustice sociale et la corruption qui meublent nos carrefours africains. Ce livre s’engage dans un objectif littéraire de description et de critique sociale.

Demi-Terrain à Brazzaville par Marien Frauney Ngombé

Cette nouvelle retrace l’histoire d’un vieux chauffeur de taxi, « Vieux Mat ». Un chauffeur pas comme les autres. Lui, il a d’autres objectifs, celui de vivre un lendemain meilleur avec celle qu’il aime et dont la classe sociale est diamétralement opposée à celle dont lui-même est issue. Entre périphéries de vie amoureuse et vie professionnelle, ce récit nous décrit la vie de nombreux hommes africains qui naviguent entre les incertitudes et qui espère en un Eldorado hors de l’Afrique. La ville de Brazzaville est décrite ici dans un langage clair et limpide comme un univers renfermant de nombreux contrastes dans laquelle le rêve et le désespoir sont des voisins de longue date. Ce récit me fait rêver ; il décrit bien la débrouillardise et la gaieté du personnage dans un ton rempli d’espoir.

Faces cachées à Libreville par Boris Sanadin

Comme toutes les belles capitales africaines, Libreville aussi regorge des taxis. Sous le poids des préjugés, la majorité s’entête à croire que ce m étier a un ventre vide. À la surprise générale, Boris Sanadin nous relate ce récit-témoignage de Ovenga un quinquagénaire, chauffeur de taxi, qui lui prétend le contraire dans un style confiant et rassuré :

« Je dois dire tout de suite qu’être chauffeur de taxi à Libreville nourrit son homme.»

Comment face aux immenses rackets des agents de la police, ce dernier réussit-il à tirer son épingle du jeu ? Ce récit m’étonne ! À en croire, tous les chauffeurs de taxi ne sont pas des débrouillards ou encore des malheureux. À travers ces passages, l’auteur ose dévoiler des fresques sociales de pauvreté, de corruption et d’incivisme dans lesquelles baignent nos taxis.

Les rêves meurent trop tôt à Kinshasa par Ramcy Kabuya

Qui peut connaitre la vie intime d’un homme plus que celui qui le conduit comme son ombre ? L’univers des chauffeurs personnels qui est malheureusement le plus souvent négligé peut se montrer très révélateur. Et cela, Ramcy Kabuya nous le démontre parfaitement dans ce récit. Cette place du chauffeur, humble et centrale, rend la lecture très intéressante. On y découvre comment, sans le vouloir, un simple employé qui détient les informations, même intimes sur son employeur, peut-être d’une utilité sans mesure.

Emmène-moi vite à Cotonou par Assia-Printemps Gibririla

« 2008 est une année importante dans le monde des Zémidjans ».

Le monde des chauffeurs, longtemps dominé par la gent masculine, se voit bouleverser par l’entrée d’une femme en son sein. C’est ce que l’autrice prend plaisir à nous décrire dans cette partie de l’Afrique où les femmes ne sont jamais restées en marge du développement. Cette histoire me séduit, puisque je me rends compte que les femmes aussi, de manière volontaire, demeurent à tous les niveaux de nos constructions sociales.

Pérégrinations d’une benguiste à Abidjan par Léa N’guessan

Abidjan, la capitale de la liberté africaine, partage également la réalité des chauffeurs de taxi et de leurs univers. Dans la langue nationale le noushi nationale, Léa N’guessan nous décrit les problématiques auxquels sont confrontés ces chauffeurs et les rues abidjanaises. Abidjan s’illustre ici dans des défis d’une urbanisation rapide et peu contrôlée. Ces travailleurs quotidiens qui naviguent entre la pression économique et le développement incarnent à la fois les limites du modèle actuel de mobilité et la nécessité urgentes de réformes structurelles.

Pointe-Noire, une ville qui ne s’ennuie pas par Fann Attiki

Contraste de couleur à Pointe-Noire.  Pointe-Noire, une ville qui ne s’ennuie nous narre l’histoire de la décrépitude des ruelles et de la circulation congolaise dans un style misérabiliste soutenu par des anecdotes et les fictions à l’africaine. Toujours le chauffeur de taxi au centre de cette mobilité, cette nouvelle évoque une immersion dans le quotidien des chauffeurs de taxi de Pointe-Noire, deuxième ville de la capitale du Congo. L’auteur y explore le rôle central que joue le secteur du transport dans la vie des Ponténégrins. Il y décrit également la symbolique sociale du taxi comme un espace de partage et de parole et une vitrine de découverte des inégalités sociales polluant les rues congolaises.

L’exception à Dakar par Ndèye Fatou Kane

« Alors, il est évident que leurs membres ne comprenaient pas qu’une jeune femme saine d’esprit puisse vivre seule dans une si grande maison, avec pour seule compagnie un jeune homme venue d’ailleurs, et comble d’ironie, elle conduisait un taxi »

Coup de surprise, une chauffeuse de taxi expérimentée sillonne la capitale sénégalaise. À travers ses trajets, on découvre les défis quotidiens auxquels une femme est confrontée dans un univers considéré masculin au Sénégal. Cette nouvelle nous présente le rythme effréné de ce métier à travers une personne pas attendue à ce poste, une femme. L’auteure utilise un style assez simpliste et fluide. Les émotions de notre chauffeuse de taxi sont contagieuses ; on ressent une fatigue mêlée de résilience et d’héritage. J’ai l’impression d’avoir pénétré le cœur d’une humaine submergée par des critiques. En refermant cette histoire, je ne considère plus les chauffeuses, comme de simple conductrice ou comme des femmes qui sont perdues dans leur orientation.

Ma ve Zamba akiba Yaoundé par Hem’sey Mina

Yaoundé, une ville africaine particulière. Je le ressens dans cette lecture avec un chauffeur de taxi désespéré tout comme ses clients et les rues dans lesquelles nous circulons. Dans l’immense capitale camerounaise, les taxis sillonnent. L’un d’entre eux, Ekang, est le personnage principal de cette nouvelle. À la fois simple et attachant, il nous plonge dans le quotidien rude, mais parfois remplis d’humanité d’un travailleur urbain. L’auteur, dans un style descriptif rempli de tristesse avec des notes d’espoir, nous fait découvrir un pan méconnu de la société camerounaise. Il valorise aussi le quotidien d’un métier souvent négligé. Notre chauffeur de taxi est conscient de la corruption et de l’injustice dans lequel baigne son pays, mais reste attaché à ses principes d’honnêteté en espérant un jour s’envoler pour l’Europe ou l’Amérique. Cette histoire me rappelle combien de fois la situation des pays africain fait penser aux africains que l’appel de l’Eldorado ne peut retenir sur place. Je sors de cette lecture avec un regard nouveau sur Yaoundé, une ville qui suffoque.

Bienvenue à Yovoland A Lomé par Sarah Assidi

Lomé, une capitale cachée. Je rencontre un Zémidjan, Koffi Beaugars. Il conduit une moto qui lui sert de taxi de transport et, je monte sur sa moto. Ancien étudiant diplômé d’une licence en anglais, il transporte les blancs pour gagner sa vie. Cette histoire racontée par le personnage lui-même nous dépeint la situation de la ville de Lomé, une ville sombre. Entre l’insalubrité et l’absence de profilage des ruelles, le chauffeur de taxi devient un moyen de découvrir la ville, mais aussi l’amour togolais.

TAXI POTO-POTO est un recueil qui rassemble plusieurs histoires issues de différents pays d’Afrique Noire, mais qui se réunissent toutes autour des chauffeurs et de leurs univers. Chaque histoire est comme une escale dans l’une des villes africaines. Le chauffeur, contre son propre gré, devient un poste vivant d’observation de nos sociétés. Les auteurs, dans des différents styles propres à chacun.e.s d’eux, nous font découvrir une pluralité de personnes : chauffeurs hautains, amoureux, débrouillards, heureux, policiers corrompus, femmes battantes.

Chaque histoire de TAXI POTO-POTO est autonome, mais toutes présentent les nombreux cadres, beaux ou tristes, qui meublent nos villes africaines. À travers des situations indépendantes, les auteur.es, dans un langage simple, dépeignent les réalités de nos villes africaines.

TAXI POTO-POTO est très accessible, mais porteur d’une critique profonde. Son originalité réside dans l’utilisation du taxi comme une métaphore de la lutte permanente, de la diversité sociale et du destin collectif africain noire. TAXI POTO-POTO se lit avec une grande aisance. C’est une œuvre qui dépasse un simple récit anecdotique pour devenir un musée social où chaque auteur.e réussit à transformer un chauffeur en un brassage social, du mouvement permanent et de la condition humaine en ville.

TAXI POTO-POTO permet de mieux voir une Afrique urbaine porteuse d’une pluralité de contradictions où l’espoir et la débrouillardise affrontent la corruption et les désillusions.

5 septembre 2025 0 Commentaires
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[Note delecture] : Taxi poto-poto, un périple au cœur des capitales africaines
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[Note de lecture] : Taxi poto-poto, un périple au cœur des capitales africaines

par Edmond Écrit 3 septembre 2025
Rédigé par Edmond Écrit

Paru en mars 2024, aux éditions Les Lettres Mouchetées, Taxi Poto-poto  est un recueil de neuf nouvelles. Sarah Assidi, Fanny Attiki, Assia-Printemps Gibrila, Ramcy Kabuya, Ndèye Fatou Kane, Hem’Sey Mina, Marien Fauney Ngombé, Léa N’Guessa’ et Boris Sanadin, toutes des plumes singulières, dépeignent avec un réalisme palpable, le quotidien urbain des mégapoles de l’Afrique sous le prisme de l’habitacle des taxis. 

Il y a dans Taxi Poto-poto, l’exhalaison de la poussière des rues des capitales africaines, l’ambiance électrique, gaie et parfois morne, et désordonnée qui les animent. Il y a une sorte de portrait dichotomique entre les grandes places versus les toits attristés des bidonvilles, les quartiers résidentiels versus les périphéries, et le grand fossé existant entre la classe des dirigeants et celle de la population dirigée. Chaque histoire est particulière, quoi qu’on puisse lire un certain nombre de points communs, comme celle de la lecture du quotidien africain au travers du volant. 

Demi-terrain à Brazzaville  de Marien Fauney Ngombé

C’est Marien Fauney Ngombé qui ouvre la voie de Taxi Poto-poto avec la nouvelle  Demi-terrain à Brazzaville. Cette nouvelle, empreint d’une sobriété stylistique, se déroule comme un zoom sur Brazzaville. L’histoire dessine, en parallèle, le portrait socio-économique du Congo, que le narrateur relate d’entrée de jeu par la dureté de la vie que vivent ses habitants. De même, la corruption gangrenant le pays et l’urbanisation défaillante, représentée par une description vivante des embouteillages dans les rues de Brazza, sont entre autres l’élixir du tableau que propose Demi-terrain à Brazzaville. 

Le premier décor mis en avant est celui d’une matinée routinière du personnage Matondo, alias Le vieux Mat. Marien Fauney Ngombé trace, au travers de ce dernier, la caricature de la vie des chauffeurs de Taxi au Congo. En effet, Le vieux Mat, est un rêveur, qui aspire à s’envoler pour l’occident avec sa jeune fiancée. Il lui faut pour cela se défaire de son contrat qui arrive bientôt à sa fin et surtout de son patron qui est en même temps son beau-père. Malgré ces épreuves, il parvient avec optimisme à les braver. Le vieux Mat se démarque de la mentalité optimiste des personnages. Contre les difficultés de la vie, les épreuves accablantes, les congolais trouvent occasion réjouissance, et ne manquent pas de profiter de la vie.  C’est d’ailleurs cela qui lie la plume de Marien Fauney Ngombé à celle de Boris Sanadin. 

Face cachée à Libreville de Boris Sanadin

Dans Face cachée à Libreville, nouvelle écrite par Boris Sanadin, on reste dans le voyage par les taxis au cœur des capitales africaines. Mais cette fois, avec Ovenga au volant.  Celui-ci semble maîtriser les gabonais comme le levier de vitesse de son véhicule. Leur emportement, leur ignorance et leur penchant aux goûts épicés de la vie ne lui sont plus étrangers. 

Par un langage modéré, et ironique, le lecteur est emporté dans les méandres historiques des places et des rues populaires du Gabon. Ovenga fait, par le déplacement de son taxi au milieu de ces quartiers, un tableau sociopolitique de son pays, en faisant même référence au plus récent fait marquant, le coup d’État du 31 août 2024. 

Boris Sanadin, par l’entremise d’Ovenga, traduit sans fards ni artifices les réalités de son pays, comme la difficile employabilité des jeunes, les lieux de débits de boissons de plus en plus croissants et le désintéressement de ses compatriotes vis-à-vis de leur histoire. Tel que se déroule l’histoire presque touristique, l’on est amené à se demander si le Gabon est aussi un pays où les rêves meurent tôt ? Peut-être si, peut-être non.

Les rêves meurent trop tôt à Kinshasa de Ramsay Kabuya

La prochaine nouvelle dans Taxi Poto-poto, Les rêves meurent trop tôt à Kinshasa de Ramsay Kabuya, nous emmène cette fois-ci à Kinshasa. Mais encore, et toujours, relatée depuis les yeux du volant — Car oui, les volants ont les yeux et les oreilles ici. 

Le narrateur, chauffeur personnel d’un homme à plusieurs casquettes, raconte ses allers et retour avec son patron. Une relation loyale entre les deux est décrite. Une loyauté qui lui vaut un cadeau exceptionnel, une voiture, et de belles promesses d’avenir. Hélas, tout cela est stoppé un jour par une mauvaise nouvelle, celle de la disparition de son patron. Certaines rumeurs tournent autour d’un assassinat politique, et d’autres autour du mystique. 

Les rêves meurent trop tôt à Kinshasa prend une autre trajectoire que les précédentes, car elle traduit un fait qui conforte l’idée de cette œuvre que le taxi ne voit pas seulement ce qui se passe sur les places publiques. Même les dilemmes et les affaires les plus privés ne lui sont pas voilés. 

Emmène-moi vite à Cotonou de Assia-Printemps Gibrila

Assia-Printemps Gibrila, nous emporte à Cotonou avec la nouvelle Emmène-moi vite à Cotonou. Comme le tour du Gabon, une conductrice nous fait visiter la capitale du Bénin par les places qui font son histoire. Elle retrace l’origine même du nom des peuples, ses traditions comme le Vaudou, par certains de ses rituels comme le culte du deuil, au grand marché,  par l’histoire des nanas Benz. Dans la suite des nouvelles qui nous ont menés de ville en ville, celle-ci, située à Cotonou, désacralise la question du genre dans le métier de taxi. Voilà ce qui fait sa singularité. 

Pérégrinations d’une «Benguiste » à Abidjan de Léa N’Guessan

Le périple se poursuit à Abidjan avec Gabin au volant. Par un langage particulièrement captivant à la manière des abidjanais, Léa N’Guessan nous fait parcourir les quartiers les plus célèbres de cette ville ivoirienne. Le trajet de Gabin avec sa cliente Ornella devient une ballade, où de la zone 4, nous sommes amenés au boulevard Valéry Giscard d’Estaing, puis à Treichville, ensuite à Abobo, quartier précaire de Côte d’Ivoire. Cette balade est aussi, par l’habitacle, un miroir qui reflète certaines réalités ivoiriennes, telles que la libéralisation et même la croissance du mouvement LGBT, qui autrefois était perçu comme une anti-valeur. De même, la condition de vie difficile de la population abandonnée à elle-même et les cas d’accidents routiers mortels dus à un désordre urbain sont mis à nu.

Pointe-Noire, une ville qui ne s’ennuie pas de Fann Attiki

À Pointe-Noire, c’est Fann Attiki qui prend le relais avec sa nouvelle Pointe-Noire, une ville qui ne s’ennuie pas. Le conducteur que l’on suit ici n’est pas qu’un chauffeur. Il est aussi philosophe à sa manière, méditatif, presque fataliste devant les mutations de sa ville. Ses pensées se frottent à la réalité crue d’une jeunesse livrée à la sexualité précoce, conséquence d’un nombre croissant de mères adolescentes. La ville, qui aurait pu être un havre de paix, se révèle plutôt comme une scène où la prostitution s’exerce désormais en plein jour, presque banalisée. L’autorité, quant à elle, n’a plus l’air de jouer son rôle de garde-fou. La police se révèle davantage bras armé des politiques que protectrice du peuple. C’est pour cela que, Pointe-Noire ne s’ennuie pas. Elle se nourrit d’anecdotes aux accents tantôt politiques, tantôt mystiques, qui rendent sa lecture à la fois captivante et inquiétante.

L’exception à Dakar de Ndèye Fatou Kane

Le voyage nous mène ensuite à Dakar, avec Ndèye Fatou Kane et sa nouvelle L’exception à Dakar. Ici, c’est une femme qui tient le volant, héritière d’une lignée presque mythique, petite-fille d’un pionnier du transport dakarois. Elle prouve par sa seule présence que conduire un taxi suffit à mener une existence paisible, digne et autonome. Pourtant, même au cœur de cette assurance, persistent les regards biaisés, les préjugés collés comme des poussières sur la vitre. Bien-sûr, l’héroïne n’en a cure. À la manière de la nouvelle d’Assia-Printemps Gibrila, celle-ci désacralise encore davantage la question du genre, en rappelant que le volant n’a pas de sexe, et que la route appartient à qui ose la parcourir.

Ma ve zamba akiba à Yaoundé de Hem’Sey Mina

Puis cap sur Yaoundé, où Hem’Sey Mina signe la nouvelle  Ma ve zamba akiba  dans Taxi Poto-poto. Ici, le ton change radicalement. Il n’y a plus de gaieté, ni de répit. La nouvelle est imprégnée d’une noirceur oppressante. Yaoundé, et peut-être par ricochet, le Cameroun, s’y révèle dans les visages abîmés des passagers, usés par les troubles politiques, les assassinats relayés quotidiennement par des médias saturés de drames. La jeunesse, en proie au chômage, glisse dans une délinquance violente : cambriolages, viols, insécurité grandissante. Les rêves, eux, semblent s’évaporer vers l’ailleurs, notamment vers le Canada, Eldorado fantasmé par tant de Camerounais. 

Dans cette atmosphère, le taxi n’est plus un métier au sens noble du terme, mais un radeau de fortune, un moyen de survie dans un océan sombre où l’avenir paraît s’éteindre.

Bienvenue à Yovoland à Lomé  Sarah Assidi

Enfin, c’est Sarah Assidi qui nous accueille à Lomé, dans Bienvenue à Yovoland. Ici, le conducteur n’est plus tout à fait un chauffeur de taxi, mais un conducteur de moto taxi. L’air se fait plus léger, presque ironique, comme la facilité avec laquelle il peut faufiler entre 4×4 et les gros camions. Sur sa moto, Koffi Beaugars,  balade ses clients,  les yovo – ces « blancs » que la langue togolaise a baptisés ainsi – avec un enthousiasme débordant. Parmi eux, Hélène, une passagère dont il tombe follement amoureux. Cette romance devient prétexte à un voyage bucolique à travers les villes togolaises : Lomé, Notsé, Sokodé… Autant d’étapes d’un périple à la fois touristique et sentimental, où l’humour se mêle à la tendresse.

Ainsi se conclut ce recueil Taxi Poto-poto, véritable fresque polyphonique des mégapoles africaines vues par le prisme du taxi. Chaque nouvelle, qu’elle se déroule à Brazzaville, Libreville, Kinshasa, Cotonou, Abidjan, Pointe-Noire, Dakar, Yaoundé ou Lomé, peint avec une justesse les fractures sociales, les espoirs tenaces et les désillusions qui jalonnent le quotidien urbain. Le taxi, personnage discret, mais omniprésent, se révèle témoin privilégié des petites joies comme des grandes tragédies, des illusions comme des désillusions. 

En définitive, Taxi Poto-poto ne se contente pas de nous balader d’un point A à un point B. Il nous ramène sans cesse au cœur palpitant de l’Afrique contemporaine, là où la route est toujours plus qu’un simple trajet.

3 septembre 2025 0 Commentaires
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« Alors toi aussi » de Futhi Ntshingila
FictionHistoriqueNotes de lecture

[Note de lecture] : « Alors toi aussi » de Futhi Ntshingila

par Paawana A. 2 septembre 2025
Rédigé par Paawana A.

Publié en 2024 par la maison d’édition Tropismes et traduit en français par Estelle Flory, Alors toi aussi — en version originale anglaise They Got to You Too — est un roman biographique de l’autrice sud-africaine Futhi Ntshingila. À travers une narration polyphonique, l’écrivaine nous révèlent les multiples facettes de la société sud-africaine post-apartheid.

Alors toi aussi est un voyage dans l’histoire d’une société lessivée par plusieurs siècles de colonisations successives et de ségrégation raciales, d’abord néerlandaise, puis anglaise, et leurs revers. L’amour, la haine, l’injustice, la résilience, le racisme, la révolte, l’espoir et la désillusion s’y côtoient et s’entrechoquent.

Dans un labyrinthe intergénérationnel, l’autrice nous fait remonter le temps, en commençant par le vieux Madala, un ancien policier Afrikaner, rude et austère, qui, au soir de sa vie, est en proie aux tourments de ses ignominies envers les Noirs — les « Kaffirs » dont il fut autrefois le maître. Enchaîné dans ses délires, il n’attendait plus qu’une confession libératrice, qu’il obtient grâce à son infirmière Zoe Zondi. En effet, seule la parole libère. Et l’autrice nous montre, à travers son ouvrage, l’intemporalité de cette libération. Universelle, elle devient une courroie intergénérationnelle, comme en témoignent Madala et son fils Joseph.

Joseph passe lui aussi par le même filtre, celui de la parole libératrice pour rompre avec son passé. Comme le dit le coach TaBigboy dans le roman :

« Quel homme n’a rien à cacher ? Tu sais que je ne suis pas né de la dernière pluie et que j’ai vu de nombreuses lunes croître et décroître. Ce que je peux te dire, c’est que quoi que tu lui caches, ça ne détruira pas votre relation. Le lien que vous avez est indestructible. Sois un homme et brave la tempête. Tu me remercieras quand cette enclume sera ôtée de ta poitrine. La honte n’est vivante que si elle est tue ; parle et tu seras libre. Bonne chance, Sonnyboy ! » Il se leva et s’éloigna, me laissant stupéfait. »

Ce roman de Futhi Ntshingila offre une perspective historique enrichissante. Il nous instruit sur les ferments de l’apartheid dans la société sud-africaine. Il livre des détails pointus sur l’histoire, comme l’origine des Boers, la politique de la terre brûlée pratiquée par les Anglais, ou encore les camps de concentration. Il revisite également le rôle des femmes dans les luttes identitaires. Plus subtiles que leurs homologues masculins, elles savent survivre aux situations les plus complexes. Oumagrootjie et Kristina en font la démonstration, alors que tonnaient au front les canons des Boers contre les Anglais. Elles mènent leurs paires des fermes voisines jusqu’au retour de leurs époux.

L’ouvrage de 212 pages est une mosaïque identitaire qui se lit d’une traite. Il oppose deux mondes : celui des colons blancs — Boers et Afrikaners — à celui des Zoulous autochtones. L’un revendique une suprématie par la force, l’autre une soumission tactique, mais résiliente. On y découvre pourtant l’indissociabilité de ces deux mondes, une interdépendance qui se lit non seulement à travers les histoires des personnages, mais aussi à travers la prose de l’œuvre, le choix de la langue et des mots. Futhi Ntshingila saupoudre l’histoire d’éléments linguistiques, zoulous, boers et afrikaans pour créer une mosaïque culturelle et émotionnelle.

Ode à l’amour, ce roman est également un exercice pour l’esprit. Il nous invite à philosopher sur notre condition humaine et sur la dualité de notre âme, mi-ange, mi-démon.

« Nous portons de multiples masques, Mkhulu. Merci de m’avoir permis de déposer le mien un instant, et de m’avoir montré votre visage démasqué. Je suis certaine que vous étiez un merveilleux petit garçon ; je l’ai entraperçu aujourd’hui. Nous sommes faits de folie, Mkhulu. De folie. Sous le vernis de nos pelouses soignées grouille un bouillon d’asticots et la lave dormante d’une douleur incandescente. »

Il est remarquable de constater l’aisance avec laquelle Futhi Ntshingila responsabilise ses personnages. Telle une armée en bataille, chacun est maître de son histoire. Ce style, à la première personne, met en relief les personnages et permet de traverser le temps. Je m’introduis avec aisance dans leur intimité. Cette communion crée un véritable attachement à cette œuvre romanesque. Alors toi aussi est une fiction vivante qui vous absorbe et vous entraîne dans son courant narratif. Impossible de s’en détacher sans être allé au bout.

Si l’œuvre revêt un caractère singulier par son optimisme, elle me laisse néanmoins sur ma faim. Futhi Ntshingila est pétrie de talent dans sa façon de raconter l’histoire de sa terre natale. Inutile d’aller chercher dans les livres d’histoire. Sa plume est sans pareil, et son œuvre sur la société sud-africaine post-apartheid est holistique. Je le recommande vivement à la lecture.

2 septembre 2025 0 Commentaires
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Le testament de Charles, de Christian Eboulé
Afrique CentraleEuropeFictionHistoriqueLittératureNotes de lecture

[Note de lecture] « Le testament de Charles » de Christian Eboulé

par Luccia Ongouya 5 août 2025
Rédigé par Luccia Ongouya

C’est lors de la première édition de Rive Noire Littérature, organisée par LaReus Gangoueus à Paris sous l’impulsion d’Afrolivresque, que je découvre ce roman qui allait me marquer profondément. Passionnée par l’histoire et la littérature, je ne pouvais manquer la table ronde sur l’écriture de la fiction historique. Deux auteurs y remettaient en lumière des figures majeures de l’histoire africaine : Mansa Moussa, dans L’eunuque et l’empereur de Solo Niaré, et Charles N’tchoréré, dans Le testament de Charles de Christian Eboulé.

J’achète les deux livres. L’un pour moi, l’autre pour un ami. Mais sur le chemin, je décide d’ouvrir quelques pages du Testament de Charles. Ce fut ma perte : le piège se referma sur moi.

Dès les premières lignes, on rencontre un homme en guerre. Un capitaine qui sent la mort approcher, et qui pourtant ne panique pas. Alors que ses soldats tremblent, lui semble prêt. Mais au lieu de penser à lui, il veut sauver l’honneur d’un soldat noir abattu froidement par un nazi. Qui, face à sa propre mort, prend le temps de rendre hommage à un cadavre ? C’est dans cet instant suspendu que commence la plongée dans la mémoire de Charles N’tchoréré.

Sous couvert de civilisation, on traque des hommes comme des fauves, on les pille, on les vole, on les tue, et ces horreurs sont présentées dans de beaux morceaux d’éloquence comme des bienfaits. 

Prince Kojo Tovalou Houénou, Paris, 24 février 1924

Capitaine, tirailleur, héros. Né au Gabon, naturalisé français, il devint la voix des tirailleurs sénégalais. Le roman est construit comme une mosaïque : les souvenirs se chevauchent, entre enfance coloniale, moments de guerre, mais surtout éveil de conscience. Cette fragmentation renforce l’urgence de lecture et fait qu’on est incapable de se détacher du texte.

Charles, c’est aussi l’histoire d’un enfant qui, comme tant d’autres, a été pris dans l’engrenage colonial. Élevé dans la foi catholique, obligé de renoncer au rite initiatique du Bwiti, il grandit entre deux mondes : celui de ses ancêtres et celui que la colonisation tente de lui imposer. Et ce tiraillement le suivra toute sa vie. Ni le plus brillant, ni le plus docile, il trace son chemin entre devoir, ambition et sacrifices.

Ce qui frappe, c’est cette tension permanente entre l’attachement aux racines et l’illusion de l’assimilation. Le grand-père de Charles, homme enraciné dans ses traditions, met en garde : « La France parle bien, mais agit mal. » Pourtant, Charles s’engage. Il veut croire à la promesse républicaine. Il sacrifie l’éducation de ses enfants, les attaches sentimentales. Pour quoi ? Pour quelle reconnaissance ?

À travers la trajectoire de Charles, Christian Eboulé tisse aussi une fresque puissante de l’Afrique à l’époque des grandes guerres. On traverse le Gabon, le Cameroun, le Sénégal, la France. Les frontières coloniales sont effacées tant que partout en Afrique, il y a ce sentiment d’être chez soi.

La plume de l’auteur mêle précision journalistique et souffle romanesque. On sent chez lui l’envie de rendre compte d’une période, de restituer à l’Afrique sa mémoire dans les deux guerres mondiales. Derrière le portrait de Charles se dessinent les visages oubliés des tirailleurs sénégalais, ceux que l’histoire officielle a trop souvent relégués à des notes de bas de page.

Mais ce roman ne se contente pas de raconter une vie héroïque. Il pose une question essentielle : comment conjuguer ce que nous sommes avec ce que la colonisation nous a fait devenir ? Entre ceux qui ont résisté, ceux qui se sont adaptés, et ceux qui ont voulu concilier les deux, une tension identitaire se dessine. C’est toute l’ambiguïté d’une Afrique tiraillée entre héritages, renoncements et renaissances.

Trois générations apparaissent :

  • Le grand-père, enraciné dans les traditions.
  • Le père, qui idéalise l’Occident au point de renier ses origines.
  • Charles, qui hérite de cette double tension, mais a (enfin) le choix.

Les personnages féminins du roman incarnent, quant à eux, des figures de sagesse et d’enracinement. La mère, fidèle aux traditions secrètes du Ndjembè. Claire, la Française qui lui parle de transcendance. Awa, la Sénégalaise, qui ouvre à Charles une voie spirituelle vers la paix. Elles ne sont jamais accessoires, mais bien les points d’ancrage de son parcours.

En refermant ce livre, une phrase de Charles résonne encore :

Comment ai-je pu vivre dans une telle inconscience, un état d’ensommeillement si profond, une ignorance si grande ?

À travers Le testament de Charles, Christian Eboulé offre bien plus qu’un roman, mais une clé pour comprendre un pan occulté de l’histoire de l’Afrique dans la période entre les deux grandes guerres et remet des noms sur ceux qu’on a toujours désignés par tirailleurs sénégalais.

C’est un roman à lire absolument, pour ne jamais oublier que l’histoire de la France est aussi, profondément, celle de ses anciennes colonies. Et parce qu’il est temps que les héros africains retrouvent leur place dans la mémoire collective.

5 août 2025 0 Commentaires
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