La cession de droits en Afrique, un marché à structurer

par La redaction
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La cession de droits est un maillon essentiel de l’industrie du livre, au même titre que l’édition, la diffusion ou la distribution. Elle permet à un ouvrage de circuler au-delà de son édition d’origine, par la traduction, la publication sur un autre territoire, la coédition ou l’adaptation dans d’autres formats. Pour une maison d’édition, c’est à la fois une source de revenus et un moyen d’exporter son catalogue. Ce travail est assuré par des responsables de droits ou des agents, qui repèrent les marchés utiles, présentent les titres à des partenaires étrangers, négocient les contrats et suivent l’exploitation des droits cédés.

En Afrique, la cession de droits reste peu structurée à l’échelle du continent. Les foires du livre sont nombreuses, mais rares sont celles qui réservent un espace aux négociations de droits. Selon les événements, les cessions se traitent dans des marchés spécialisés ou au sein de programmes professionnels plus généralistes. Les données sur le nombre de contrats conclus et les montants générés restent limitées, ce qui rend difficile une lecture d’ensemble.

Nairobi, un espace dédié aux droits depuis 2023

Kenya Publishers Association

La Foire internationale du livre de Nairobi a créé en 2023 le Rights Café, avec l’organisation kényane eKitabu, l’Association des éditeurs du Kenya et le Réseau africain des éditeurs (African Publishers Network). Pour la première fois dans la foire kényane, un espace était réservé aux rencontres professionnelles autour des droits de publication et de traduction.

La première édition a réuni des professionnels du Kenya, du Nigeria, du Rwanda, du Ghana, du Malawi, de Tanzanie et d’Ouganda, face à des acheteurs et des intermédiaires venus d’Argentine, du Brésil, de France, d’Allemagne, d’Inde, d’Italie, des Pays-Bas, du Royaume-Uni et des États-Unis. Le programme aborde aussi la maîtrise des contrats, les connaissances juridiques des auteurs et des éditeurs, et les difficultés de la négociation. Nairobi offre ainsi l’un des rares dispositifs du continent où cette activité est clairement inscrite dans la programmation d’une foire. La 27e édition se tiendra du 23 au 27 septembre 2026 au Sarit Expo Centre.

À Accra, deux foires ouvertes aux professionnels

Accra accueille deux rendez-vous. La foire All African Book Fair, qui s’est tenue du 26 février au 1er mars 2026 à la Bibliothèque nationale pour enfants, était d’abord une célébration littéraire, tournée vers les auteurs, la jeunesse et la diaspora. Elle s’ouvrait aussi aux agents et aux repéreurs étrangers et affichait une ambition d’échange professionnel et de mise en réseau internationale, sans marché de cession de droits dédié.

La Foire internationale du livre du Ghana, plus ancienne, est davantage tournée vers l’industrie. Sa 23e édition se tiendra du 27 au 30 août 2026 au Théâtre national d’Accra et réunira éditeurs, imprimeurs, libraires et bibliothécaires autour des occasions d’affaires et des partenariats internationaux. Son édition 2026 met l’accent sur l’édition inclusive et les formats accessibles, comme le braille, l’audio et les gros caractères, dans l’esprit du traité de Marrakech sur l’accès des personnes déficientes visuelles aux livres.

Dar es Salaam inaugure un marché consacré aux droits

Mashariki Expo – Mashariki Creative Economy Expo

En Tanzanie, le Mashariki Creative Economy Expo a ouvert un marché de cession de droits à Dar es Salaam, du 18 au 21 août 2026. Une partie clairement identifiée du programme lui était consacrée, avec un catalogue de titres et des sessions de négociation. Le rendez-vous s’adressait aux auteurs, aux maisons d’édition, aux agents et aux autres détenteurs de droits souhaitant présenter des œuvres à des acheteurs. Les titres pouvaient être proposés pour la traduction, la réimpression, l’audio, le numérique, l’édition éducative ou l’adaptation à l’écran. Un gala de remise de prix, le 21 août, a distingué des cessions en publication, traduction, licences et adaptations.

Maputo construit sa première foire professionnelle

La première Foire internationale du livre de Maputo est annoncée pour novembre 2026, avec une ambition qui dépasse le modèle des petits salons locaux. L’Association mozambicaine des éditeurs et des libraires veut associer un événement grand public à une foire professionnelle organisée autour des droits, des rencontres entre éditeurs, des présentations de manuscrits et de la formation.

Sa présidente, Sandra Tamele, a expliqué à la revue Publishing Perspectives vouloir rompre avec le modèle local des petites foires réduites à quelques tables de vente. Le projet reprend des mécanismes observés à Francfort, Bologne, Sharjah ou au Caire, mais adaptés à un marché beaucoup plus petit. L’association recense 27 éditeurs et 7 libraires établis pour environ 32 millions d’habitants, avec une distribution limitée et un accès aux librairies très inégal hors des grandes villes.

Une dimension internationale est intégrée dès la conception de la foire, autour des traductions, des coéditions, des échanges de droits, des accords de distribution et des licences. La question des langues y tient une place particulière. Le portugais est la langue officielle, mais de nombreuses langues sont parlées au Mozambique, et les organisateurs veulent développer les traductions entre elles, aussi bien que l’exportation des auteurs mozambicains.

Le Caire, la force du marché arabophone

La 57e Foire internationale du livre du Caire s’est tenue du 21 janvier au 3 février 2026 et a accueilli environ 6,2 millions de visiteurs. Elle comprend un volet professionnel, dont le programme Cairo Calling, actif depuis 2015, qui rapproche éditeurs et agents étrangers du marché arabophone.

Pour les cessions de droits, l’atout du Caire tient au nombre de maisons arabophones réunies au même endroit. Un éditeur qui cherche un partenaire pour une traduction arabe y trouve un bassin d’acheteurs sans équivalent en Afrique.

Rabat, les échanges entre le français et l’arabe

Rabat occupe une position particulière entre les espaces francophone et arabophone avec le Salon international de l’édition et du livre. Les transactions se traitent au sein des rencontres professionnelles entre maisons. Sa 31e édition, du 30 avril au 10 mai 2026, s’est tenue alors que Rabat devenait Capitale mondiale du livre de l’Unesco, avec la France invitée d’honneur, en écho au Maroc reçu au Festival du livre de Paris en 2025. Un programme professionnel réunissait une trentaine d’acteurs français autour de l’écosystème du livre, dont une responsable des cessions de droits. Les négociations portent sur des titres français destinés au marché marocain, mais aussi sur des œuvres marocaines ou maghrébines recherchées ailleurs.

Où se vendent, pour l’instant, les droits des livres africains

Paris Book Market : « Le monde entier est venu pour les éditeurs ...

Paris book market 2023 – Photo Olivier Dion

Faute de grand marché de cession de droit sur le continent, une partie des droits africains se négocie encore dans les foires internationales, où éditeurs et agents d’Afrique se déplacent. Quatre rendez-vous dominent :

  • À Sharjah, aux Émirats arabes unis, la foire du livre est devenue l’un des plus grands marchés mondiaux d’achat et de vente de droits. Elle courtise le Sud global, accueille des délégations africaines et propose un fonds de traduction de 300 000 dollars, versé pour les contrats signés sur place.
  • À Londres, en mars, s’ouvre chaque année la saison des droits vers l’anglais
  • À Francfort, en octobre, se tient la plus grande infrastructure de droits au monde. La foire y a ajouté une plateforme en ligne, Frankfurt Rights, où un éditeur peut inscrire son catalogue et régler à distance une partie de ses cessions.
  • Pour l’espace francophone, le rendez-vous est parisien. Le Paris Book Market, en juin, réunit plus de 330 éditeurs étrangers venus repérer la production de langue française avant la rentrée littéraire de septembre.

Des outils pour préparer les cessions

La professionnalisation pour la cession des droits passe aussi par la préparation des catalogues, des contrats et du suivi commercial. L’Alliance internationale de l’édition indépendante met à disposition une boîte à outils pour les éditeurs qui veulent acheter ou vendre des droits à l’international. Elle réunit un rétroplanning de participation aux foires, des outils de prospection, des tableaux de suivi, un glossaire français-anglais et un kit juridique consacré aux contrats de cession et aux droits numériques.

Il n’existe malheureusement pas de statistique consolidée sur le nombre de cessions de traduction ou de coédition conclues chaque année en Afrique, ni sur les revenus qu’elles génèrent. Cette absence de données empêche de savoir quelle part des échanges reste intra-africaine, combien de titres passent d’un marché anglophone à un marché francophone ou arabophone, ou quels genres circulent le mieux.

Ce panorama des marchés de cession de droits en Afrique n’est pas exhaustif. D’autres foires du continent réservent peut-être un espace à la cession de droits sans que l’information soit accessible en ligne. Afrolivresque continuera de suivre ce marché et de compléter ce tableau.

Si vous connaissez une foire, un dispositif ou des chiffres que cet article n’a pas mentionnés, écrivez-nous, et nous mettrons cette page à jour.

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