Dans Épîtres sous les tropiques, Édouard D. Kolié nous raconte l’histoire bouleversante du jeune Cécé qui écrit pour survivre, comprendre et transmettre. À travers une série de lettres, Cécé, pris entre héritage traditionnel et aspirations du monde moderne, il interroge son identité, sa mémoire, et la société qui l’entoure. Un roman épistolaire qui restitue une parole, une trajectoire marquée par l’initiation, les blessures de l’injustice, l’appel des ancêtres et les contradictions du monde contemporain.
Dans cet entretien, Édouard D. Kolié revient sur ses choix stylistiques, son vécu et le rôle fondamental de la parole ancestrale dans son écriture.
Afrolivresque : Le livre est une série de lettres. L’écriture aide Cécé, le personnage principal, à raconter son histoire. Pourquoi avez-vous choisi ce style narratif ?
Édouard D. Kolié : Ce genre permet d’entrer dans les pensées profondes des personnages. Bien que le récit soit basé sur une fiction, le style épistolaire permet de produire un effet de réalité tout en créant une connexion intime entre le lecteur et les personnages.
De façon plus spécifique, j’ai été, moi-même, à l’enfance, celui qui écrivait et traduisait les lettres dans mon village, à un moment où les téléphones n’étaient pas envisageables.
Afrolivresque : Cécé est pris entre plusieurs mondes. Celui de la tradition et celui de la modernité. Est-ce que l’écriture du roman a été pour vous une manière de réconcilier ces mondes ou d’en prendre distance ?
Édouard D. Kolié : À travers l’histoire de Cécé, je voudrais interroger la jeunesse africaine face à la question universelle de l’identité culturelle. Ce personnage symbolise à la fois les tourments et les aspirations de cette jeunesse perdue à la croisée des vents culturels. Au fil des pages, on s’apercevra que ce roman appelle au retour à la source d’une part et d’autre part à s’ouvrir aux autres cultures, car la véritable sagesse réside dans la capacité à concilier les deux.
Afrolivresque : Quels souvenirs, réels ou intimes, ont influencé les passages liés à l’initiation, à l’école, à l’université ou aux conflits de générations que traverse Cécé ?
Édouard D. Kolié : Ce roman est né de souvenirs. Ce sont d’abord, les souvenirs de mon enfance paradisiaque vécue dans une contrée perdue dans les méandres de la Forêt guinéenne. Une enfance mise en couleur par mes grands-parents maternels et mes compères de jeu. Ce sont ensuite, les souvenirs immortels de mon initiation dans la profonde forêt sacrée, mon passage dans le camp des initiés. Immortels souvenirs dont je ne peux, malheureusement, parler ici. Ce sont des choses de la forêt sacrée. Elles ne se racontent jamais, du moins aux profanes.
Enfin, à cela s’ajoutent les souvenirs de mes années d’études primaires, secondaires et universitaires.
Ce foisonnement de souvenirs a marqué le personnage principal et donné à son existence une motivation : celle de faire la promotion de sa culture d’une part, et d’autre part, de combattre l’injustice et les discriminions de toute sorte.
Afrolivresque : La parole des anciens, les proverbes, les contes rythment le texte sans jamais l’interrompre. Quelle place accordez-vous à ces outils dans votre propre rapport à l’écriture ?
Édouard D. Kolié : Les proverbes et les contes sont des moteurs de transmission de la sagesse populaire africaine. Dans le pays kpèlè, ils servent d’outils d’éducation, de conseils et aussi de divertissement. De ce fait, pour un roman qui se veut traditionnel, il se devrait d’être un outil de promotion de ces valeurs ancestrales. De plus, grâce à leur fonction rhétorique, ces genres oraux permettent de souligner certains messages avec un accent particulier de persuasion.
Afrolivresque : Vous avez été initié très jeune dans la forêt sacrée. En quoi cette expérience a-t-elle façonné votre regard d’écrivain, votre rapport au récit ou au silence ?
Édouard D. Kolié : En tout état de cause, cet arsenal de savoirs qui y est acquis demeure vivace dans la vie de tous les jours de l’initié auquel il se réfère constamment dans ses écrits tout comme dans son silence, sans jamais rien dévoiler. L’expérience de la forêt sacrée ne peut ni ne doit s’expliquer (aux profanes).
Afrolivresque : Écrire un roman comme celui-ci demande du temps, mais aussi une certaine position intérieure. Qu’est-ce qui, pour vous, rendait ce moment d’écriture nécessaire ?
Édouard D. Kolié :D’abord, mon envie incessante de donner à lire ma culture, puis mon envie de participer aux luttes sociales pour défendre tous ceux dont on rabaisse ou bafoue les valeurs au nom de leur appartenance quelconque, pour que l’homme cesse de prendre pour un dieu en considérant les autres comme des bêtes. Pour que l’homme soit simplement homme, pas un dieu ou une bête, peu importe son origine et sa destinée, peu importe sa vision du monde et quelles qu’en soient les manières.
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L’Afrique au creux des lettres
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Ce roman est une vraie source d’inspiration pour de milliers de gens qui abandonnent leurs rêves à cause des désirs ancestraux et nous rapproche de nos moments vécus hors de nos familles pour notre insertion sociale. il me rappelle de mon oncle Kpitily ,Kouakpa et encore Kopé foromo ,……. Merci excellence Edo