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ActualitéAfrique de l'OuestÉvénementsIndustrieNon fiction

Un prix de non-fiction réservé aux femmes noires par Cassava Republic Press

par Chrystelle Ngoulou 21 février 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

La maison d’édition Cassava Republic Press a lancé, en octobre 2023, le Prix inaugural du manuscrit de non-fiction pour les femmes noires. Le prix est ouvert aux écrivaines noires émergentes et établies du monde entier. Le prix vise à récompenser et à publier des femmes noires d’Afrique et de la diaspora africaine qui ont produit des œuvres de non-fiction.

Un prix littéraire pour amplifier les voix des femmes noires

Avec ce prix, la maison d’édition Cassava Republic Press veut récompenser et valoriser les femmes noires qui font partie de la longue tradition des écrivaines noires en tant que créatrices de savoir et penseuses critiques. 

Le prix est financé par le gestionnaire de fonds de private equity Alitheia Capital et la Open Society Foundation Africa. La gagnante du Prix recevra un contrat d’édition avec Cassava Republic Press et une avance de 20 000 dollars. Les deux autres finalistes recevront une avance de 5 000 dollars et la possibilité d’un contrat d’édition.

Les soumissions doivent être des œuvres de non-fiction, et les mémoires simples ne sont pas acceptés. Les manuscrits qui intègrent un mélange de théorie et d’essais personnels dans un contexte plus large sont encouragés.

Nous acceptons les soumissions des quatre coins du monde. Si vous êtes une écrivaine noire établie ou émergente de non-fiction, soumettez votre manuscrit. Cela pourrait être votre chance d’être publié ! Faites connaître cette initiative révolutionnaire et aidez-nous à contribuer à la création d’un paysage littéraire qui reflète véritablement la diversité et l’éclat des voix des femmes noires.

Un jury prestigieux constitué de femmes noires

Le panel de jury du Prix inaugural du manuscrit de non-fiction pour les femmes noires est constitué de personnalités éminentes du monde des lettres avec des parcours diversifiés. On y retrouve :

Bernardine Evaristo, présidente du jury, est une autrice britannique renommée, notamment célèbre pour son roman « Girl, Woman, Other » (Fille, Femme, Autre en français), qui a remporté le Booker Prize en 2019. Evaristo explore souvent les thèmes de l’identité, de la race, du genre et de la sexualité dans son œuvre littéraire. Elle est également une militante active pour la diversité dans les arts et la littérature.

Sylvia Tamale est une éminente avocate et universitaire féministe africaine basée à Kampala, en Ouganda. Elle a été la première femme doyenne de la Faculté de droit de l’université Makerere en Ouganda. Elle a un diplôme en droit de l’université Makerere, une maîtrise en droit de la Harvard Law School et un doctorat en sociologie et études féministes de l’Université du Minnesota. Ses domaines de recherche incluent « Genre, Identité et Sexualité », « Femmes et Politique » et « Femmes du Tiers Monde et le Droit ».

Natalie Baszile est une auteure et cinéaste américaine. Elle est l’auteure de « Queen Sugar », un roman racontant l’histoire d’une femme afro-américaine qui hérite inopinément d’une ferme de canne à sucre en Louisiane. Baszile détient une maîtrise en études afro-américaines de l’UCLA et est diplômée du Warren Wilson College’s MFA Program for Writers. Son travail a été reconnu par la critique et a été nominé pour un NAACP Image Award. 

Carole Boyce Davies est une professeure d’études africaines et anglaises à l’université Cornell. Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages, dont « Left of Karl Marx : The Political Life of Claudia Jones » et « Black Women, Writing and Identity: Migrations of the Subject ». Elle a également édité plusieurs anthologies critiques sur la littérature africaine et caribéenne.

Panashe Chigumadzi est une journaliste, essayiste et romancière zimbabwéenne, née en 1991. Elle a remporté le prix littéraire K. Sello Duiker en 2016 pour son premier roman « Sweet Medicine ». Chigumadzi est par ailleurs connue pour son travail en tant que chroniqueuse pour des publications telles que The Guardian, Die Zeit et The New York Review of Books. Elle est actuellement candidate au doctorat aux départements d’études africaines et afro-américaines de l’université Harvard. En outre, elle est la fondatrice du Vanguard Magazine, un magazine web féministe. Son travail se concentre sur des thèmes tels que l’identité, la politique et les droits des femmes en Afrique.

La maison d’édition Cassava Republic Press, en tant qu’éditeur mondial reliant l’Afrique et la diaspora africaine, a lancé le Prix du manuscrit de non-fiction pour les femmes noires pour combler un manque historique dans le monde littéraire et pour célébrer les contributions littéraires exceptionnelles des femmes noires. 

La date limite de soumission du manuscrit est prévue pour le 30 juin 2024. Toutes les informations pour soumettre un manuscrit sont sur ce site.

21 février 2024 0 Commentaires
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Médiatrice Mujawamariya de Ayo Éditions
ActualitéEuropeÉvénementsLittérature JeunesseProfessionnels

Ayo Éditions lance une campagne Diversité dans les bibliothèques scolaires

par Chrystelle Ngoulou 20 février 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

Fondée par Médiatrice Mujawamariya, Katenda Bukumbabu et Alicia Eyongo, Ayo Éditions est une maison d’édition spécialisée dans la littérature africaine et afro-descendante.  La maison d’édition belge est la continuité de la maison d’édition Little Africans créée en 2019.

Ayo Éditions publie des ouvrages qui mettent en valeur les cultures africaines et afro-descendantes. Leur mot d’ordre est : oui, il est possible de changer le monde avec des livres où tous les enfants se sentent représentés en tant que héros en devenir et futur citoyen à part entière.

Il y a quelques semaines, une des cofondatrices, Médiatrice Mujawamariya a offert les livres Georges et la petite fée Kréyol et Fais de beaux rêves Kimi édités dans leur maison d’édition aux classes de ses filles. Son initiative ayant rencontré un grand succès auprès des enseignants et des élèves, Ayo Éditions a décidé de lancer une campagne Diversité dans les bibliothèques scolaires.

Si vous souhaitez offrir des livres mettant en avant des personnages “sans stéréotypes, exempts de racisme, dont les personnages principaux sont racisés” à l’école de vos enfants, suivez les instructions qui suivent :

“Pour tout le restant du mois de février, AYO éditions te donne un code promo avec une réduction sur tout notre catalogue, pour que toi aussi, tu puisses offrir des livres dans les classes de tes kids ! Il suffit de commenter 👉🏾 CODE 👈🏾sous ce post pour avoir ton code promo.”

 

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20 février 2024 0 Commentaires
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14ᵉ édition du Salon du Livre d’Abidjan
ÉvénementsActualitéAfrique de l'Ouest

Le Kenya, Serge Bilé et Lilian Thuram à l’honneur à la 14ᵉ édition du Salon du Livre d’Abidjan

par Acèle Nadale 20 février 2024
Rédigé par Acèle Nadale

Le Salon du Livre d’Abidjan (SILA), un événement littéraire de premier plan sur le continent Africain, s’apprête à ouvrir ses portes pour sa 14ᵉ édition. Prévu du 14 au 18 mai 2024, le salon réunira les acteurs du livre au Parc des Expositions d’Abidjan en Côte d’Ivoire. Cette année, le pays mis à l’honneur est la République du Kenya.

Le SILA 2024 s’articule autour du thème “Le livre qui soigne – Le livre catharsis”. Le choix de ce thème souligne le rôle essentiel de la littérature dans l’expression et le partage des émotions collectives et individuelles. Sous la présidence de la ministre de la Culture et de la Francophonie, Madame Françoise REMARCK, le salon entend aussi mettre en lumière la vitalité du marché du livre en Afrique et dans l’espace francophone.

Grand-Bassam, ville historique et première capitale de la Côte d’Ivoire pendant la période coloniale, accueillera cette édition du Salon du Livre d’Abidjan en tant que ville-hôte. Le lieu est emblématique, faisant le lien entre le passé et le présent, et est reconnu par l’UNESCO pour son importance culturelle et historique. Ce lieu emblématique qui fait le lien entre le passé et le présent est reconnu par l’UNESCO pour son importance culturelle et historique.

Lilian Thuram, l’invité spécial de cette édition, apporte une dimension supplémentaire au salon. Connu pour sa fondation Éducation contre le racisme et son engagement pour l’égalité, Thuram symbolise le lien entre la culture, le sport et les valeurs sociales, incarnant l’esprit de diversité et d’engagement qui caractérise le SILA.

Le SILA 2024 rendra aussi hommage à Serge Bilé, un écrivain, journaliste et producteur-réalisateur reconnu pour ses contributions littéraires et documentaires. Il est l’auteur du best-seller Noirs dans les camps nazis et fondateur de l’association d’Akwaba, qui promeut les liens culturels entre l’Afrique et les Antilles.

En outre, le salon rendra hommage à des figures telles que Daniele Béchir Ben Yahmed, veuve de Béchir Ben Yahmed, qui a contribué au rayonnement international de la littérature ivoirienne à travers son travail éditorial. Lawrence N’GAIJI, président de l’APNET et acteur influent dans l’industrie du livre en Afrique, sera également mis en avant pour son rôle dans le développement du secteur littéraire sur le continent.

Le Salon du Livre d’Abidjan 2024 est par ailleurs une plateforme pour les innovations avec le SILA Business, destiné aux professionnels du livre, et le SILA Legend, une cérémonie de distinction pour les acteurs du secteur. Avec des partenariats institutionnels croissants, le salon s’inscrit comme un espace d’échange, de découverte et de développement professionnel.

Les informations pour participer ou en savoir plus sur le Salon du Livre d’Abidjan sont disponibles à travers les canaux de communication officiels, notamment le site web www.silacotedivoire.org.

20 février 2024 0 Commentaires
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L'affaire Sylla de Solange Siyandje en lice pour Le Prix Polar en Séries
ActualitéEuropePolicier

« L’affaire Sylla » de Solange Siyandje en lice pour Le Prix Polar en Séries

par Acèle Nadale 19 février 2024
Rédigé par Acèle Nadale

Le festival Quais du Polar 2024, événement phare célébrant le genre policier en France sous toutes ses formes, a récemment dévoilé les sélections pour ses prix tant convoités. Parmi les distinctions, le Prix Polar en Séries, qui récompense les romans policiers possédant un fort potentiel d’adaptation en séries télévisées. Parmi les sélections cette année, L’affaire Sylla de Solange Siyandje.

"L'affaire Sylla" de Solange Siyandje en lice pour Le Prix Polar en Séries

Lire le livre

Publié chez Gallimard dans la célèbre collection Série Noire, L’affaire Sylla est une exploration des dynamiques sociales et judiciaires au cœur de la communauté afro-descendante de Paris. À travers le prisme de Béatrice Cooper, avocate engagée et perspicace, le roman plonge les lecteurs dans une affaire énigmatique où des décès suspects surviennent après des rémissions de cancer. L’auteure tisse une intrigue dans laquelle justice et vérité se cherchent dans un labyrinthe de secrets et de mensonges.

Solange Siyandje, elle-même avocate au Barreau de Paris et conseillère pour des dirigeants de start-up, imprègne son récit d’une authenticité rare. Sa transition de la réalité judiciaire au roman policier témoigne d’un talent remarquable pour narrer des histoires qui résonnent avec profondeur et pertinence. L’affaire Sylla est son premier roman. Sa passion pour la narration remonte à son enfance au cours de laquelle à elle inventait pour ses frères, sœurs. Elle a perpétué cette tradition avec ses enfants et maintenant en fait profité ses lecteurs.

 

19 février 2024 0 Commentaires
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Zora Neale Hurston-Eslanda Goode Robeson-Katherine Dunham dans l'exposition Déborder l'anthropologie au Quai Branly
ActualitéEuropeÉvénementsRégionsSociété

Zora Neale Hurston, Eslanda Goode Robeson et Katherine Dunham à l’honneur au musée du Quai Branly

par Chrystelle Ngoulou 19 février 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

La romancière Zora Neale Hurston, la journaliste Eslanda Goode Robeson et la danseuse Katherine Dunham, trois auteures noires ayant redéfini les codes de l’anthropologie, sont mises à l’honneur dans une exposition au musée du quai Branly à Paris.

Du mardi 06 février 2024 au dimanche 12 mai 2024, l’exposition « Déborder l’anthropologie » met en lumière trois militantes noires qui ont joué un rôle important dans la lutte pour les droits civiques aux États-Unis. À travers leurs portraits, l’exposition explore une autre facette de l’anthropologie. Ces femmes ont pavé le chemin de personnalités telles que le Dr Martin Luther King ou Angela Davis. Elles ont adopté une posture différente de celle des anthropologues blancs et ont ainsi rédigé une autre histoire de cette discipline.

Zora Neale Hurston, Eslanda Goode Robeson et Katherine Dunham ont collecté des matériaux anthropologiques et les ont transformés en œuvres artistiques ou politiques. Elles ont mis leur talent à profit dans la lutte contre le colonialisme, le racisme, et pour la défense des droits des femmes au 20ᵉ siècle.

L’exposition « Déborder l’anthropologie » présente aussi des archives de terrain, des photos et des films collectés en Afrique de l’Est, dans le sud-est des États-Unis, et dans les Caraïbes, témoignant du regard singulier qu’elles portaient sur leur époque. Ces documents illustrent comment elles ont contribué à une compréhension plus profonde et nuancée de l’anthropologie.

Déborder l'anthropologieZora Neale Hurston (1891-1960) était une écrivaine, anthropologue, et figure majeure du mouvement de la Renaissance de Harlem. Elle a joué un rôle central dans la préservation et la valorisation de la culture afro-américaine à travers ses travaux ethnographiques et littéraires. Élève de Franz Boas, père de l’anthropologie américaine, Hurston a contribué à l’anthropologie des traditions orales afro-américaines, mettant ainsi en lumière la richesse de la culture noire. Son œuvre la plus connue dans ce domaine, « Mules and Men », est un recueil de folklore afro-américain qu’elle a collecté lors de ses recherches de terrain. Ce livre, publié en 1935, est considéré comme une œuvre d’anthropologie, bien qu’il se lise comme une collection d’histoires courtes.
Son travail a été réévalué et réhabilité dans les années 1970, notamment grâce à l’écrivaine Alice Walker. Zora Neale Hurston a été une pionnière de l’interdisciplinarité, mélangeant littérature, anthropologie et engagement social pour mettre en avant la culture noire américaine.

Eslanda Goode Robeson (1895-1965) était une anthropologue, auteure, actrice et militante des droits civiques américaine. Elle est surtout connue pour son livre « African Journey », publié en 1945, qui constitue sa contribution la plus significative au domaine de l’anthropologie. Dans cet ouvrage, elle appelle à l’indépendance africaine et documente ses voyages et ses observations sur le continent africain, offrant un aperçu anthropologique précieux de la vie et des cultures africaines.
Eslanda, souvent appelée « Essie », a eu un parcours de vie marqué par ses voyages en Afrique coloniale en 1936, sa présence sur les lignes de front de la guerre civile espagnole, sa participation à la réunion fondatrice des Nations Unies, ses séjours dans le Berlin occupé par les nazis, la Russie de Staline et la Chine deux mois après la révolution de Mao.
Eslanda a critiqué l’anthropologie comme discipline universitaire après l’avoir découvert cette science à Londres, auprès de Bronislaw Malinowski.

Katherine Dunham (1909-2006) était une figure emblématique dans plusieurs domaines : danse, chorégraphie, anthropologie et militantisme pour les droits civiques. Dunham a obtenu sa licence en anthropologie à l’Université de Chicago, où elle a commencé à s’intéresser à la danse et à la culture des peuples noirs d’Amérique tropicale. Elle a poursuivi ses études jusqu’au niveau du doctorat, se spécialisant dans l’anthropologie de la danse, discipline académique dans laquelle est pionnière.
Sa contribution à l’anthropologie est marquée par son approche innovante de l’étude des cultures et des rituels traditionnels des peuples caribéens et brésiliens, qu’elle a intégrée dans ses chorégraphies et enseignements. Elle a documenté ses découvertes dans plusieurs ouvrages, dont « Katherine Dunham’s Journey to Accompong » (1946), qui relate ses études anthropologiques en Jamaïque, et « Island Possessed » (1969), reflétant son expérience en Haïti et son immersion dans la religion vaudou.

L’exposition « Déborder l’anthropologie » est ouverte à tous les publics et représente une occasion unique de découvrir l’impact et l’héritage de ces trois femmes remarquables dans l’histoire de l’anthropologie et au-delà.

19 février 2024 0 Commentaires
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Le Prix de littérature du Nigeria : Appel à candidatures
ActualitéAfrique de l'OuestÉvénements

Le Prix de littérature du Nigeria : Appel à candidatures

par Acèle Nadale 19 février 2024
Rédigé par Acèle Nadale

Le Prix de littérature du Nigeria, récompense annuelle de renommée, ouvre ses portes aux candidatures pour l’édition 2024. Ce prix est sponsorisé par Nigeria LNG (NLNG), entreprise importante dans le secteur de l’énergie au Nigeria et spécialisée dans la production et l’exportation de gaz naturel liquéfié. Il a pour objectif de célébrer et d’honorer l’excellence littéraire des auteurs nigérians. Avec une dotation conséquente de 100 000 dollars américains, ce prix s’inscrit comme une reconnaissance significative des talents littéraires du pays.

Chaque année, le Prix de littérature du Nigeria se concentre sur l’une des quatre catégories majeures du domaine littéraire : la fiction en prose, la poésie, le théâtre et la littérature pour enfants. Pour 2024, l’attention est portée sur la littérature pour enfants, une catégorie qui soutient la créativité et l’importance de nourrir l’imagination des jeunes lecteurs.

Les candidatures pour le Prix de littérature du Nigeria sont actuellement sollicitées et doivent être soumises au plus tard le mardi 2 avril 2024. Il est important de noter que toute candidature reçue après cette date ne sera pas prise en compte. Les écrivains nigérians, quel que soit leur lieu résidence, sont éligibles pour soumettre leurs œuvres, pourvu que celles-ci répondent aux critères d’éligibilité.

Pour les auteurs intéressés par cette opportunité, il est recommandé de visiter le site web dédié au prix, pour obtenir des informations complètes sur les modalités de participation. 

Le Prix de littérature du Nigeria est une plateforme exceptionnelle pour les auteurs nigérians de présenter leurs travaux et de contribuer à l’épanouissement de la littérature enfantine. Il offre également un soutien financier substantiel qui peut potentiellement transformer la carrière des auteurs lauréats.

19 février 2024 0 Commentaires
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Nyctalope
Le mot de la semaine

Nyctalope : Le mot de la semaine

par Chrystelle Ngoulou 19 février 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

Le mot de la semaine du 19 au 25 février 2024 est Nyctalope.

Définition : Qui est capable de voir dans l’obscurité totale, sans la moindre source de lumière, si ténue soit-elle. Le hibou est nyctalope.

La nyctalopie est la faculté de voir dans la pénombre ou la nuit, ou l’incapacité à bien voir dans un éclairage diurne, ayant pour conséquence de mieux voir dans la pénombre. Un nyctalope, dans la pénombre, ne perçoit pas les couleurs, mais seulement la forme des objets par différence de luminosité. Il s’agit d’une capacité de vision en faible lumière, par défaut, de la vision en plein jour.

Contrairement à certaines croyances, aucun cas de nyctalopie humaine n’a jamais été scientifiquement prouvé. La nyctalopie peut également être associée à des pathologies telles que l’achromatopsie, qui entraîne une dégénérescence des cônes, les cellules permettant la vision diurne en couleurs, sans affecter les bâtonnets, les cellules permettant la vision en faible luminosité.

19 février 2024 0 Commentaires
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Lettres méridionales, acte VIII D’un polar à un « autre » Chroniques d’enquêtes à Tombouctou et à Dakar (IIème partie)
Notes de lectureAfriqueAfrique de l'OuestFictionLettres méridionalesLittératurePolarPolicier

Lettres méridionales, acte VIII | D’un polar à un « autre » : Chroniques d’enquêtes à Tombouctou et à Dakar (IIème partie)

par Éric Tchuitio 16 février 2024
Rédigé par Éric Tchuitio

Nous voici donc maintenant à Dakar. Avant d’aborder cette merveille littéraire, je me dois, à mon modeste titre de curieux lecteur jusqu’ici plein d’assurance quant à son flair de bouquineur, de faire un aveu d’ignominie, celui d’être passé à côté de ce beau livre depuis sa parution en 2000. Encore une conséquence, me diriez-vous, du stéréotype savamment entretenu à l’égard des polars africains auxquels je n’ai vraiment jamais accordé d’intérêt particulier.  Et voilà que me sont passées sous les yeux de véritables perles de la littérature africaine.

Je m’évertuerai dans ce compte rendu à essayer de combler ce retard en couchant fidèlement sur papier, les émotions qui m’ont traversé en lisant d’une goulée ce roman.

Il est difficile, j’en conviens, de trouver le bon angle pour aborder un résumé suffisamment englobant de cette œuvre dont l’histoire se déroule à Dakar. Cette réflexion, croyez-moi, a occupé mon esprit depuis le dernier papier sur Meurtre à Tombouctou. Le fait est que ce roman est d’une polyphonie évanescente. Elle transbahute le lecteur dans un espace, le Sénégal, où, de façon diachronique, dans le fil de l’intrigue,  il se plonge dans l’Histoire politique de ce pays, et aussi par les différents plans focaux manifestés par le récit d’histoires toutes aussi passionnantes les unes que les autres d’attachants personnages secondaires. Le lecteur se fond ainsi en immersion dans les pratiques traditionnelles des ethnies qui font la diversité de ce pays, découvrant au passage le quotidien de la vie dans les villages ainsi que celui des habitants des zones urbaines.

Ramata d’Abasse Ndione, c’est également une audace, le culot d’une entrée par effraction dans un univers thématique peu habituel dans la littérature africaine, celui de la sexualité, voire de la liberté sexuelle, ici d’une quinquagénaire, dans une Afrique plutôt pudique. Tout ceci se télescope dans nos petites têtes alors même que toute notre attention est happée de bout en bout par la beauté narrative d’un destin hors du commun, fait de rebondissements, mais paradoxalement fascinant. Trêves de vaticinations, abordons peut-être tout simplement l’intrigue, l’histoire rocambolesque de Ramata Kaba.

C’est dans l’arrière-cour d’un bar malfamé des faubourgs de la ville de Dakar vers lequel les péripéties de la belle Ramata l’ont conduite, que l’histoire de notre héroïne sera retracée par une personne, fidèle client des lieux et qui l’y a connue du temps de ses bringuebalantes virées nocturnes. Mais qui est donc cette femme dont l’enivrante beauté a stoïquement résisté aux caprices de l’âge et qui gît là, dans l’anonymat de ce petit bar paumé de la banlieue dakaroise ?

Ramata d'Abasse Ndione

Lire le livre

Le destin de Ramata, alors jeune lycéenne à l’époque des faits, basculera un soir de manifestation étudiante durement réprimée par la police. C’est en tentant d’en échapper que son chemin croisera celui de Matar Samb, jeune homme issu de la haute bourgeoisie locale, dont la famille détient l’une des plus grosses fortunes du pays. Dire qu’il ne restera pas indifférent à la beauté de la jeune Ramata serait un exercice de litote. Il sera envoûté par sa beauté et sa passion prendra toute sa mesure dans le coup d’accélérateur qu’il donnera à la procédure pour rapidement prendre en épousailles celle dont il est fou amoureux.

Le voilà donc parvenu au sommet de sa carrière, brillant professeur de Droit et surtout Ministre d’État en charge de la Justice. Tout semble lui réussir. Ce décor idyllique, un tantinet enchanteur, sera rapidement rattrapé par la réalité. Tout partira d’un incident offrant un spectacle tel que sait en produire le quotidien de nos cités urbaines africaines, où on retrouve dans un antagonisme classique les pauvres et les nantis dans leur aversion à toujours faire à la piétaille la démonstration de leur pouvoir, comme si tous les signes ostentatoires de richesse trimbalés ici et là ne suffisaient pas. Au départ, il y a la témérité d’un gardien d’hôpital qui, conformément aux ordres donnés par son chef, refusera à Ramata l’accès à l’établissement, ce qui suscitera une altercation au terme de laquelle l’épouse du Garde des sceaux estimera avoir été humiliée et décidera d’infliger une punition au gardien, le nommé Ngor Ndong. La descente punitive sera exécutée par une escouade de policiers rendus sur les lieux pour venger l’honneur de la grande dame, cette correction tournera au drame, parce que le gardien décèdera sous les coups des barbouzes. Il faut par tous les moyens étouffer cette affaire et surtout éviter que le meurtre d’un simple agent de sécurité d’un hôpital ne vienne écorner l’ascension fulgurante d’un jeune loup du landerneau politique. Pour convaincre son mari, Ramata a un atout : sa beauté. Cette beauté cache en revanche une souffrance profonde relevant de l’intime : Ramata n’a jamais connu la jouissance sexuelle et impute cette défaillance à l’excision à laquelle elle a été soumise à l’âge de 12 ans.

De cette quête effrénée résultera une vie lascive faite de galipettes avec des amants recrutés dans le cercle amical le plus intime de son mari, son meilleur ami, le professeur de médecine, Armando Gomis par exemple, viendra rallonger la liste de la collection. Mais toute chose ayant une fin, Ramata Kaba aura finalement l’opportunité de découvrir le nirvana dans des conditions abracadabrantes…

A cinquante hivernages, et après plus de trente-cinq de vie sexuelle active, elle n’avait jamais ressenti la moindre satisfaction. (…) Elle avait fini par se décourager, elle resterait toujours avec son infirmité. Or, voilà que, grâce à un chauffeur de taxi, un inconnu, elle était parvenue, contre toute attente, au plus haut point de l’excitation génésique.

Alors qu’elle sortait de l’hôpital Le Dantec où elle venait de jouir du plaisir d’être grand-mère, elle emprunte un taxi pour rentrer chez elle, le chauffeur de taxi, qui la conduira plutôt aux encablures de la ville de Dakar pour la violer et l’y abandonner, n’est personne d’autre que le fils du défunt gardien d’hôpital, mort sous les coups de la police aux ordres de Ramata Kaba, il y a une vingtaine d’années, il s’appelle… Ngor Ndong, né le jour même du décès de son père.

Ramata c’est aussi le passage au crible de la société sénégalaise dont l’histoire politique a la particularité, contrairement à beaucoup de pays d’Afrique francophone, de proposer des alternances pacifiques au sommet de l’Etat, du départ de Senghor en 1980, à l’ancrage du pouvoir d’Abdou Diouf, battu en 2000 par Abdoulaye Wade, qui annonce la venue du Sopi, le changement en Wolof.

Ne nous laissons pas prendre au piège du fameux certificat d’alternance brandi çà et là comme la panacée affichée pour un fonctionnement démocratique des institutions et un bien-être des populations. Ici aussi les vices décriés ailleurs sont identifiables.

Abasse Ndione avec une gouaille posée, mais paradoxalement éloquente, fait le pamphlet de cette société où les changements de régime n’arrangent pas les choses. Ce sont des nantis qui y lancent une OPA sur la Justice aux ordres, rendue aux faveurs du dernier enchérisseur, une administration toujours plus corrompue, des fonctionnaires de police rivalisant de vénalité avec leurs collègues évoluant dans les pays dictatoriaux. C’est également la peinture satirique d’une société rurale esclave de pratiques archaïques. Un chapitre entier nous décrit l’horreur de l’excision encore présente aujourd’hui dans bien de régions d’Afrique.

Abasse Ndione, c’est une plume remarquable, un talent narratif déroutant. On a, en le lisant, l’impression apaisante de former, assis à même le sol, un cercle autour d’un feu à Dakar et d’être pris dans la captation du récit d’un de ces brillants conteurs des épopées du grand Mandingue. On pourrait certainement reprocher à Abasse Ndione la longueur de son texte avec un enchevêtrement de plusieurs histoires qui se superposent, mais croyez-moi, cela n’a rien de lénifiant devant la beauté de ce texte.  Je vous le recommande vivement.

Je vous souhaite une agréable lecture.

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Lettres méridionales acte VII D’un polar à un « autre » Chroniques d’enquêtes à Tombouctou et à Dakar (Ière partie)
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Lettres méridionales acte VII | D’un polar à un « autre » : Chroniques d’enquêtes à Tombouctou et à Dakar (Ière partie)

par Éric Tchuitio 16 février 2024
Rédigé par Éric Tchuitio

Vous avez certainement le souvenir que dans le précédent article consacré au roman Les voleurs de sexe du Gabonais Janis Otsiemi. Je vous fis la promesse de vous entretenir davantage sur le roman Noir (sans mauvais jeu de mots) en Afrique. Nous allons, une fois n’est pas coutume, dans une seule et même « lettre méridionale » suivre deux itinéraires littéraires. Le premier nous conduira à Tombouctou avec le roman Meurtre à Tombouctou de l’auteur Moussa Konate. Il nous aidera à démêler les écheveaux d’une scabreuse affaire de meurtre d’un jeune Touareg. Dans l’autre traversée littéraire, nous irons au Sénégal, à Dakar et c’est un destin hors du commun qui nous tiendra en haleine, celui de Ramata, titre éponyme du roman d’Abasse Ndione. Donc, sans plus tarder, cap vers la première de notre expédition littéraire en Afrique de l’Ouest, Tombouctou au Mali.

Avant d’aborder l’autre aspect de ce beau roman, celui qui à mes yeux lui confère toute sa splendeur, la fine description de la société malienne et de ses cultures en arrière-plan de l’élucidation du crime, parlons ici tout d’abord justement de l’intrigue. Les adeptes du roman policier, habituels consommateurs de ce genre, trouveront certainement à redire sur la qualité de l’intrigue. Ne me considérant pas comme en étant un, j’éviterai à dessein de jauger la qualité de l’intrigue, je m’épancherai par contre sur la peinture que l’auteur y fait en arrière-fond de la société malienne.

Nous sommes dans les encablures de Tombouctou, « la ville aux 333 Saints », un corps inerte vient d’être découvert sous un figuier. La tête fracassée. Il s’agit d’Ibrahim, dont l’inhabituelle longue absence plongea sa famille, la famille Aghaly, dans une profonde angoisse. C’est d’ailleurs son frère, qui, las de ne point voir son frère poindre, émerger des dunes dans le silence du désert où se trouve leur campement de Touaregs, décidera d’aller à sa recherche et fera la macabre découverte. De nombreux éléments constatés sur la dépouille le convainquent de ce qu’il s’agit ici d’un meurtre. Qui a tué Ibrahim ? Pour quelle raison ?

Le jeune homme est connu dans la cité pour sa candeur, son indolence teintée d’une certaine pusillanimité, rien qui n’augure a priori de relations tumultueuses à même de justifier un si violent funeste destin. Dans le même temps, cette fois-ci sur un autre théâtre, en plein cœur de « la perle du désert », des coups de feu sont tirés en direction de la fenêtre d’une chambre d’hôtel, occupée par un touriste français. La panique qui s’empare de la cité prend tout son sens parce que les tirs sont accompagnés de cris : « Sales français, vous allez tous mourir. Qu’Allah vous maudisse. » N’oublions pas que nous sommes dans une région en proie à d’attaques terroristes portant la signature du représentant local de la nébuleuse Al-Qaïda, Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb Islamique) ou alors de groupes salafistes armés à l’instar de Ansar Dine qui défraiera la chronique par la suite dans un conflit sans précédent dans l’histoire de ce pays d’Afrique de l’Ouest. Toute chose qui mettra en alerte le pouvoir central à Bamako. Il décide de prendre le taureau par les cornes, craignant la présence de terroristes derrière ces deux affaires. Les autorités ne sont d’autant plus pas rassurées que le policier en charge localement de l’enquête, le commissaire Touré, est pris en tenailles dans les méandres des réalités locales où Justice et traditions se confondent.

Le célèbre commissaire Habib, personnage principal de précédentes enquêtes de notre auteur, sera donc dépêché à Tombouctou pour tirer ces affaires au clair. Il sera accompagné d’un agent de renseignements français, le truculent Guillaume et bénéficiera comme à l’accoutumée de l’appui de son fidèle assistant Sosso. Le premier défi que se fixe le fin limier est de s’assurer qu’il n’existe un quelconque lien entre les deux affaires. L’autre difficulté pour notre enquêteur et son équipe sera de mener à son terme ses investigations sans que celles-ci soient influencées par les verdicts hâtivement prononcés par les protagonistes locaux. Il ne faut surtout pas qu’il soit happé par la thèse du conflit clanique fermement soutenue par le clan Aghaly et défendue par les populations locales qui voient derrière ce crime la main d’une famille Touareg rivale.

Meurtre à Tombouctou de Moussa Konaté

Lire le livre

Le commissaire Habib va dénouer l’énigme, évitant magistralement les écueils placés ici ou là pour brouiller les pistes, dans un mode opératoire totalement opposé aux méthodes connues en Occident, véhiculées et célébrées dans les productions occidentales, et ce quel que soit le support, le roman ou simplement les séries policières à la télévision importées généralement des États-Unis. Nous n’avons pas normalement sous nos yeux un enquêteur subissant permanemment le stress du temps, englué dans la rapidité et l’accélération des événements, essayant de ne point se laisser rattraper et de toujours avoir une longue d’avance. Le temps ici est a contrario comme figé, la cadence est lente, tel un sage africain, notre enquêteur en fait un allié, il s’en fait volontiers même l’esclave, laissant la religion rythmer les disponibilités des uns et des autres, tout ceci avec une efficacité captivante.

À mes yeux cependant, et ce, sans intention de sous-évaluer l’intrigue outre mesure, un autre aspect du roman est plus affriolant, c’est celui qui nous mène à la découverte sous la plume de l’auteur d’un autre Mali très éloigné des images folkloriques généralement esquissées sur papiers glacés et ornant les vitrines d’un bureau de voyagiste.

Moussa Konaté qui a livré ce manuscrit à son éditeur quelque temps avant sa brusque disparition en novembre 2013, fait montre d’un impressionnant doigté dans la description de la société malienne, avec ses langues, le Bambara, le Peul, le Soninké, le Songhaï, le Tamasheq ou le Dogon, et ce, sans tomber dans les dérives de la justification ou d’une vaine tentative laudatrice d’exalter une authentique et bienveillante culture africaine dans une perspective comparative.  De façon objective, et ce, sans volonté aucune de se prononcer, ni de nous influer, l’auteur nous permet de nous fondre en immersion à l’intérieur de la société malienne, y scrutant le mode de fonctionnement des groupes sociaux qui la composent, s’attaquant à des thématiques aussi diverses que passionnantes tels que le pouvoir des femmes dans la société Touareg, le poids et l’éloquence du silence, oxymore traité ici avec tact, l’inébranlable attachement de ces groupes à leurs codes traditionnels…

Les personnages ne sont pas en reste, leur hétérogénéité reflète bien l’universalité de ce livre : Gérard, le français, un écrivailleur qui s’est pris d’amour pour la cité médiévale et veut lui dédier un livre, ou alors notre débonnaire agent de renseignement français, Guillaume qui de manière goguenarde contribue dans d’édifiants échanges avec Sosso à saisir les clés de l’inaptitude toujours décriée des puissances étrangères dans leur prétendu devoir d’ingérence ignorant toujours à tort les réalités locales.

L’auteur fait preuve d’une audace inimaginable en se saisissant de thèmes tabous comme celui de l’orientation sexuelle dans les sociétés africaines en nous plantant un décor d’un Tombouctou n’apparaissant nulle part où la cité sanctifiée et magnifiée par de grands explorateurs comme René Caillé, l’empereur du Mandé Mansa Moussa, le voyageur Tangérois Ibn Battuta, ce même Tombouctou disais-je sera sous la plume téméraire de Moussa Konaté, le théâtre d’une vie noctambule totalement décalée, où lasciveté et commerce illicite de stupéfiants se tutoient aisément et ce avec une permissivité effarante.

« Les Tombouctiens se trompaient. Les jeunes policiers se trouvaient certes physiquement à Tombouctou, mais psychologiquement ils parcouraient une autre cité, où n’existaient aucune rue à la propreté douteuse, aucune maison délabrée, une cité rayonnante de richesse, bénie et mystérieuse, dont avaient parlé le savant Abderrahaman Sâdi, les explorateurs Ibn Battûta, René Caillé, Gordon Lang, une cité du savoir, bourdonnant de la rumeur de milliers d’étudiants, portant l’empreinte des monarques du Mandé, des architectes arabes, une cité de rêve. Non ils ne contemplaient pas le même Tombouctou que ses habitants ; ceux-ci étaient faits de tous les Tombouctou d’hier et d’aujourd’hui, tandis que nos deux policiers n’apercevaient que le Tombouctou des temps héroïques à travers le moindre objet, la moindre habitation, la moindre silhouette, et qui était incrustée dans leur mémoire pour toujours. En fait, de façon différente, Sosso, Guillaume et les habitants subissaient la magie de la ville, les premiers étant venus la cherche, les seconds la portant en eux depuis leur enfance »

Ce roman est un agréable condensé fait de gravité, d’humour, et de découvertes, avec des détours dans l’évocation de la richesse culinaire du pays (Fakouhoye) ou même simplement de sa richesse linguistique (l’alphabet Tifinagh). On chemine lentement vers la résolution d’une énigme, bercé et à la fois ballotté par la fascinante description de la beauté folklorique d’une société malienne bigarrée. Vous en ressortirez subjugués.

Je vous souhaite une agréable lecture et vous donne déjà rendez-vous pour le prochain arrêt qui se fera à Dakar au Sénégal.

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Lettres méridionales Acte VI Les voleurs de sexe
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Lettres méridionales Acte VI : Les voleurs de sexe

par Éric Tchuitio 16 février 2024
Rédigé par Éric Tchuitio

Je vais pour la première fois oser le pari de vous emmener, mieux, de nous embarquer dans un univers littéraire très peu exploré en Afrique, à tout le moins ne faisant encore pas l’objet d’une large diffusion, avec l’auteur Janis Otsiemi. Il s’agit du roman policier qui, dans sa terminologie a évolué vers ce qui est aujourd’hui communément appelé le polar.

La popularité du genre est incontestable, son succès indéniable : un livre sur quatre acheté en librairie de nos jours est un polar. Bon devant un tel succès, nous lecteurs du Sud, pouvons naturellement interroger la contribution et la place de notre continent dans ces records de vente. Je l’admets, le lecteur lambda n’est pas naturellement enclin à penser à des auteurs africains lorsqu’il veut se procurer un bon polar. Ce réflexe conditionné qui veuille que le Polar ne soit que l’apanage des auteurs occidentaux n’est, à y regarder de plus près, pas le fidèle reflet de la réalité.

Je dois moi aussi confesser que j’ai fait partie de cette pseudo caste élitaire africaine qui a toujours réduit le polar à un vulgaire divertissement, une sorte d’agrément que les Occidentaux nous ont glissé entre les mains, question de nous éloigner de la rhétorique pamphlétaire et vindicative du roman classique africain qui trouve beaucoup de grâce à nos yeux, indubitablement en raison des plumes contestataires, indociles, insoumises voire rebelles qui ont fait pendant des décennies sa notoriété.

Ma confession a également valeur d’acte de contrition car après avoir lu Les voleurs de sexe de l’auteur gabonais Janis Otsiemi, cette grille de lecture, condescendante à souhait à l’égard du roman policier a complètement été battue en brèche. Il faut d’entrée de jeu évacuer une contrevérité : il existe bel et bien un Polar africain.

L’écrivain malien, Moussa Konaté, disparu prématurément à l’âge de 62 ans en novembre 2014 en est un des dignes porte-étendards (Meurtre à Tombouctou, de Moussa Konaté, Métailié. Du même auteur : la Malédiction du Lamantin, Fayard noir).  Moussa Konaté nous embarque dans le récit d’une enquête de police destinée à démêler les écheveaux d’un crime, mais au-delà du récit de l’élucidation, tout le talent de l’auteur repose sur sa capacité à faire de l’enquête un prétexte pour mettre en perspective au fil du dénouement le choc entre tradition et modernité, la fine description d’une société attachée à la souveraineté de ses codes menacées dans son territoire par un terrorisme écornant sérieusement sa renommée.

On peut également citer dans le même registre, Agence Black Bafoussa du congolais Achille Ngoye publié en 1996 chez Gallimard.  Il convient d’évoquer également Trop de soleil tue l’amour (Julliard, 1999) dans lequel, Mongo Beti rompant avec l’anticonformisme qui a fait le marqueur de sa plume, décide de se lancer dans le roman policier en nous relatant les contours de l’enquête menée par le journaliste politique Zamakwé qui s’est retrouvé un matin avec un cadavre dans son placard.   Mais ne vous y méprenez pas, tout en respectant les codes du roman policier, Mongo Béti est resté fidèle à son antienne : l’importance de la question politique et la remise en question des déterminants sociaux sont traités ici avec une gouaille brillante.

Bon ! il est temps de parler de l’œuvre de Janis Otsiemi.

 

Les voleurs de sexe de Janis Otsiemi

Lire le livre

Le premier élément qui attirera automatiquement l’attention du lecteur africain quand il aura ce livre entre ses mains, c’est le titre. Ce titre nous renvoie à de folles rumeurs qui ont fait jaser les populations urbaines dans une vingtaine de pays en Afrique de l’ouest et centrale à partir des années 70.  Quelle que soit la date d’apparition de la rumeur, le scénario est resté le même : un homme vient juste d’accoster un autre ou alors l’a simplement effleuré, puis tout à coup ce dernier se plaint de ne plus pouvoir ressentir son sexe qui selon ses dires « s’atrophierait » ou aurait complètement « disparu ». A chaque fois la victime se lance à la poursuite du bourreau qui se voit contraindre sous la pression de la foule en furie de remettre en l’état les bijoux de famille disparus.  A l’évocation de ces faits insolites on en vient à se demander par quelle alchimie l’auteur gabonais parviendra-t-il, certes avec la liberté de la fiction, à fonder son roman sur l’élucidation de cette scabreuse affaire de subtilisation de sexe. Voilà qui a le mérite de nous convaincre d’attaquer le livre.

L’action du roman de Janis Otsiemi se décline en trois temps qui correspondent à trois intrigues différentes. L’action débute un samedi et s’achève un lundi, ce qui explique le découpage du roman en chapitres ayant pour titres les jours de la semaine.

Nous sommes à Libreville, un samedi, dans le quartier Akébé II, trois jeunes allant chercher dans la vingtaine, Benito, Tata et Balard qui tuent le temps à flâner dans le quartier sont les témoins d’un accident de la circulation. Chez nous, très souvent dans de telles circonstances on essaie évidemment de porter secours mais on a aussi le regard fouineur guidé par l’appât du gain, peut-être les victimes auraient-elles laissé quelque objet de valeur. C’est le cas pour les trois acolytes, qui outre une mallette d’argent contenant une somme de trois cent mille francs CFA, tombent nez-à-nez sur des clichés hautement compromettants pour le pouvoir en place sur lesquels on voit le jeune président de la république qui vient de succéder à son père, en pleine réunion d’initiation franc-maçonnique. Pour ce qui est de l’argent, il sera vite réparti en trois, c’est l’usage de la trouvaille qui opposera le trio : Tata propose de les vendre par le truchement d’une vieille connaissance journaliste chez un réputé fait-diversier du pays.

Dans le second temps et ce concomitamment au premier, il se raconte que des individus seraient délestés de leur organe viril dans la ville après avoir serré la main d’une personne ou que celle-ci les ait simplement touchés. Selon la rumeur les victimes auraient alors leurs sexes atrophiés. La psychose s’empare de la ville qui plonge dans une sorte de panique.  Le capitaine Pierre Koumba, grand amateur des paris hippiques, accompagné de son collègue Jacque Owoula doivent tirer ce phénomène au clair.

Dans le dernier temps trois délinquants, Khader, Pepito et Poupon échafaudent les derniers réglages du braquage qu’ils projettent. Leur cible, de nationalité chinoise, monsieur Li Chang dirige une entreprise d’exploitation forestière, la China Wood. Ce patron a la réputation d’infliger un traitement inhumain à ses salariés locaux. Tous les mois il se rend à la banque seul et sans escorte, pour y faire des opérations de retraits de fortes sommes d’argent destinées à la paie de son personnel. Les trois compères décident de le prendre en filature avant de le braquer. Ce faisant, ils s’entourent de toutes les précautions d’usage et s’associent des complicités nécessaires jusque dans les rangs de la police qui leur garantiront de tout le soutien logistique nécessaire. Sauf que les choses ne se dérouleront pas comme prévu.

En nous présentant ainsi trois intrigues superposées donnant le sentiment d’un certain enchevêtrement, en tenant le lecteur en haleine sans que ce dernier ne soit à aucun moment désarçonné, Janis Otsiemi fait montre d’un doigté et d’une précision d’orfèvre. Les dialogues sont d’un réalisme troublant avec une contextualisation de la langue, des codes empruntés au langage des bas-fonds de Libreville, des Gabonismes pouvant également être assimilés à des Camerounismes, preuve s’il en est de l’inéluctabilité de l’intégration sous régionale faisant ainsi fi des lourdeurs politico-administratives au niveau des politiques. Une créativité linguistique qui amena un grand quotidien français à dire que l’auteur « faisait des bébés à la langue française ».

« C’est Tata qui avait abordé Nathalie dans la rue un soir et l’avait présentée à Balard. Tata n’avait pas été plus loin que le cours secondaire première année, mais c’était un tchatcheur né quand il s’agissait de verber une fille. Des conquêtes, il en collectionnait comme d’autres, des chaussures de marque. Il avait levé sa première fille à douze ans quand certains malaxaient encore leur bangala avec un morceau de savon dans leur douche devant la photo de Kim Kardashian. Faut dire que la nature l’avait mieux garni que Balard avec son nez camard, son front bombé et sa taille de cocotier qui le faisait souvent passer dans la rue pour un Ouest-africain.
Tata avait appris toutes les ficelles du parfait dragueur à Balard. Et Balard avait suivi les règles à la lettre. À sa première rencontre avec Nathalie dans la rue, il avait réussi à lui arracher son numéro de téléphone. Puis une semaine plus tard, il l’avait invité au restaurant.

C’est Tata qui avait joué les financiers. Et cette nuit encore, c’est Tata qui avait de nouveau mis la main à la poche.
– Tu as tiré combien de coups ? demanda Tata.
– Deux !
Tata partit dans un fou rire. Balard ajouta aussitôt sur un ton rigolard dans le groin de Benito :
– Le premier a été en ton honneur, mon pote. Le second pour moi-même et mes ancêtres. »

Le roman de Janis Otsiemi décrit le quotidien de la gestion d’une cité africaine avec son cortège de basses artifices destinés à sauver les apparences à toutes les strates de la société : des politiques corrompus et véreux, des journalistes  immoraux, des policiers ripoux, de gangsters, d’escrocs à la petite semaine tous portés par un seul et même idéal, celui de tomber sur la combine qui leur assurera à plus ou moins long terme un éphémère confort.

J’ai commencé ce papier en vous parlant de mes appréhensions sur la force romanesque du polar, en évoquant l’expression de mes doutes sur la crédibilité de sa contribution à la traditionnelle fonction dénonciatrice des tares qui minent nos sociétés qu’on attribue à généralement à nos plumes du Sud. En concluant ce texte j’ai le sentiment que Janis Otsiemi nous a fait la démonstration de toute la finesse avec laquelle le polar tout en conservant sa fonction divertissante peut également s’arroger un rôle critique, dénonciateur et pamphlétaire à souhait à même de faire rougir un inconditionnel du roman classique africain. Une raison, et certainement pas la moindre de découvrir l’auteur gabonais et de lire ce beau polar.

Je vous souhaite une agréable lecture !

16 février 2024 0 Commentaires
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Dr. Carter Godwin Woodson l’homme à l’origine du « Black history Month »

par Chrystelle Ngoulou 14 février 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

Chaque année, au mois de février, les Afro-Américains célèbrent le Mois de l’Histoire des Noirs initié par le Dr. Carter Godwin Woodson. Cette célébration consiste en la reconnaissance et la célébration des contributions des Afro-Américains à l’histoire et à la culture des États-Unis. 

Ce mois a été créé pour mettre en lumière les réalisations des Noirs américains, allant au-delà des récits de racisme et d’esclavage pour souligner les réussites des Noirs. Le Mois de l’histoire des Noirs a été créé par le Dr. Carter G. Woodson, qui a établi la « Negro History Week » en 1926, qui est devenue le Mois de l’histoire des Noirs en 1976. 

Le Dr. Carter Godwin Woodson a choisi la deuxième semaine de février pour cette célébration, car elle coïncide avec les anniversaires d’Abraham Lincoln et de Frederick Douglass, deux figures importantes de l’histoire américaine liées à l’émancipation et à l’abolition de l’esclavage. 

Chaque année, un thème est choisi pour le Mois de l’histoire des Noirs, ce qui permet de se concentrer sur différents aspects de l’expérience afro-américaine et de mettre en lumière des domaines spécifiques de l’histoire et de la culture. Par exemple, le thème de 2022 était « Black Health and Wellness », qui rendait hommage aux chercheurs médicaux et aux prestataires de soins de santé noirs, particulièrement pertinent pendant la pandémie de COVID-19 qui a affecté de manière disproportionnée les communautés minoritaires. Le thème de 2024 est “Les Afro-Américains et l’art”.

Le Dr. Carter G. Woodson est un historien américain né le 19 décembre 1875 à New Canton, en Virginie. Fils de parents anciennement esclaves, il a travaillé dans les mines de charbon pour soutenir sa famille et n’a pas pu s’inscrire au lycée avant l’âge de 20 ans. Il a ensuite enchaîné les succès académiques jusqu’à l’obtention d’un doctorat à l’Université d’Harvard en 1912. Il devient ainsi le deuxième Afro-Américain, après W.E.B. Du Bois, à le faire.

En 1915, Woodson et quatre autres personnes ont fondé l’Association for the Study of Negro Life and History (aujourd’hui appelée Association for the Study of African American Life and History, ASALH), qui encourageait les chercheurs à s’engager dans l’étude intensive du passé des noirs, un domaine d’étude qui avait été largement négligé ou déformé par des historiens qui acceptaient et perpétuaient des stéréotypes racistes. 

Le Dr. Carter Godwin Woodson a également édité le premier numéro du magazine, The Journal of Negro History, en 1916, qu’il a dirigé pendant plus de trente ans. C’est en 1926 qu’il a établi ce qui est devenu le Mois de l’histoire des Noirs, devenant ainsi le « père de l’histoire des Noirs ».

Black History Month - La Mauvaise Éducation Des Noirs

Lire le livre

Dr. Carter G. Woodson a laissé un héritage littéraire significatif. Parmi ses ouvrages, le plus célèbre est The Mis-Education of the Negro publié en 1933. Cet ouvrage met en évidence les failles du système éducatif américain et appelle à une réforme qui valoriserait et intégrerait l’histoire et la culture afro-américaines. Il s’inscrit dans un contexte historique marqué par une ségrégation raciale profonde et des inégalités systémiques aux États-Unis. Dr. Carter G. Woodson soutient dans le livre que l’éducation reçue par les Noirs les conditionne à se percevoir comme inférieurs et les encourage à chercher des places subalternes dans la société. Il appelle ses lecteurs à devenir autodidactes, afin de penser de manière critique et de réaliser leur plein potentiel. Ses idées ont résonné avec les principes du mouvement des droits civiques, soulignant l’éducation comme un outil essentiel pour l’émancipation et la lutte pour l’égalité.

Dr. Carter Godwin Woodson est décédé le 3 avril 1950 à Washington, D.C., à l’âge de 74 ans. Son héritage perdure aussi à travers le Mois de l’histoire des Noirs et continue d’être pertinent. Cette célébration s’est exportée dans de nombreux pays ayant des populations africaines et afrodescendantes comme la Grande-Bretagne, le Canada, l’Irlande, la France, et depuis 2020 sur le continent africain, en Côte d’Ivoire.

14 février 2024 0 Commentaires
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St Valentin5 livres qui vous feront relativiser vos problèmes de couple
ÉvénementsListes de livres

Saint-Valentin : 5 livres qui vous feront relativiser vos problèmes de couple

par Chrystelle Ngoulou 13 février 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

La Saint-Valentin, c’est déjà demain et chez Afrolivresque, nous sommes pour la paix des ménages. Parfois, vous traversez des tribulations dans votre couple et pensez que c’est la 4ᵉ guerre mondiale. Après avoir lu ces livres, vous regarderez votre conjoint différemment. Vous lui ferez des bisous tous les jours.  Voici 5 livres pour vous faire comprendre que l’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs.

Les livres qui sont dans cette liste vous sont chaudement recommandés, tant pour les problématiques abordées, que pour la profondeur des personnages et le talent de conteuse des auteures. 

1- Reste avec moi de Ayọ̀bámi Adébáyọ̀

Quand le fait que ton mari ait pris une deuxième femme est le cadet de tes soucis dans le couple, tu sais que le niveau de tes problèmes est stratosphérique. Si tu as rencontré Yejide et Akin, tu comprends alors qu’une histoire d’amour peut aussi être source d’une pagaille indescriptible. 

Reste avec moi de Ayọ̀bámi Adébáyọ̀

Lire le livre

Éditeur : CHARLESTON

ISBN : 2368123393

Résumé : Avec pour toile de fond les bouleversements politiques du Nigeria des années 1980, le portrait inoubliable d’une femme qui fait le choix de la liberté… envers et contre tout.

Yejide et Akin vivent une merveilleuse histoire d’amour. De leur coup de foudre à l’université d’Ifé, jusqu’à leur mariage, tout s’est enchaîné. Pourtant, quatre ans plus tard, Yejide n’est toujours pas enceinte. Ils pourraient se contenter de leur amour si Akin, en tant que fils aîné, n’était tenu d’offrir un héritier à ses parents. Yejide consulte tous les spécialistes, médecins et sorciers, avale tous les médicaments et potions étranges… Jusqu’au jour où une jeune femme apparaît sur le pas de sa porte. La seconde épouse d’Akin. Celle qui lui offrira l’enfant tant désiré. Bouleversée, folle de jalousie, Yejide sait que la seule façon de sauver son mariage est d’avoir un enfant. Commence alors une longue et douloureuse quête de maternité qui exigera d’elle des sacrifices inimaginables.

 

2- L’autre moitié de soi de Brit Bennett

Quand Désirée rencontre Sam Winston, il a tout du parfait gentleman. Rien ne laisse transparaître la violence dont il est capable. Pour sauver sa vie et celle de sa fille, elle fuit dans sa ville natale qu’elle avait quittée sans se retourner des années plus tôt.

Lire le livre

Éditeur : AUTREMENT

ISBN : 2746751291

Résumé : Quatorze ans après la disparition des jumelles Vignes, l’une d’elles réapparaît à Mallard, leur ville natale, dans le Sud d’une Amérique fraîchement déségrégationnée. Adolescentes, elles avaient fugué main dans la main, décidées à affronter le monde. Pourtant, lorsque Desiree refait surface, elle a perdu la trace de sa jumelle depuis bien longtemps : Stella a disparu des années auparavant pour mener à Boston la vie d’une jeune femme Blanche. Mais jusqu’où peut-on renoncer à une partie de soi-même ?

Dans ce roman magistral sur l’identité, l’auteure interroge les mailles fragiles dont sont tissés les individus, entre la filiation, le rêve de devenir une autre personne et le besoin dévorant de trouver sa place.

 

3- Un mariage américain de Tayari Jones

Celestial aime Roy. Roy aime Celestial. Ils sont jeunes, beaux et éduqués, bref le rêve américain incarné. Mais à peine quelques mois après leur mariage, Roy est accusé injustement de viol. Le procès se déroule dans un Etat du sud des États-Unis connu pour son racisme historique. Roy écope de 12 ans de prison. Un mariage peut-il survivre dans ces conditions ? 

Un mariage américain de Tayari Jones

Lire le livre

Éditeur : Plon

ISBN : 2259278949

Résumé : Celestial et Roy viennent de se marier. Elle est à l’aube d’une carrière artistique prometteuse, il s’apprête à lancer son business. Ils sont jeunes, beaux et incarnent le rêve américain… à ceci près qu’ils sont noirs, dans un État sudiste qui fait peu de cadeaux aux gens comme eux. Un matin, Roy est accusé de viol. Celestial sait qu’il est innocent, mais la justice s’empresse de le condamner.
Les années passent, et la jeune femme tient son rôle d’épouse modèle jusqu’au jour où cet habit devient trop lourd à porter. Elle trouve alors du réconfort auprès d’André, son ami d’enfance. À sa sortie de prison, Roy retourne à Atlanta, décidé à reprendre le fil de la vie qu’on lui a dérobée…

Avec ce portrait de la classe moyenne noire du sud des États-Unis, Tayari Jones radiographie le couple et signe une histoire d’amour tragique et contemporaine qui explore les thèmes de la famille, de la loyauté, du racisme. Caustique et rigoureuse observatrice de son temps, cette auteure reconnue outre-Atlantique s’attaque en femme de lettres aux maux qui rongent la société américaine, et parvient à donner à ce texte fulgurant et âpre tous les atours d’un grand roman.

4- Le parlement conjugal de Paulina Chiziane

Le roman raconte l’histoire d’une quadragénaire, Rami, qui découvre que son mari a quatre autres femmes et foyers. L’intrigue repose sur comment cette femme mettra son époux Tony au pied du mur afin d’assumer sa situation de polygame et les responsabilités qui en découlent. Mais comme on le découvrira en cours de lecture, Rami n’est pas au bout de ses peines.

Saint-Valentin - Le parlement conjugal de Paulina ChizianeÉditeur : ACTES SUD

ISBN : 2742761187

Résumé : Se découvrant, après vingt ans de bons et loyaux services, un mari polygame, la première épouse s’allie à ses rivales pour ériger un parlement conjugal. La vie privée du « maître » n’est plus qu’objet de négociation publique dans l’arène politique qu’est devenue la famille élargie.

 

 

 

 

5- La danse de Pilar de Charline Effah

 En République Démocratique de Nlam, Pilar est cheftaine d’un groupe de danseuses à la solde du président, le Grand Camarade. Il concentre tous les pouvoirs. Il fait et défait les destins. Pilar est une de ses maîtresses. Elle jouit de l’influence que lui procure cette position et s’en sert pour parvenir à ses fins.

Mais Pilar veut donner le change, se tailler une image de respectabilité. Alors, elle choisit, en parallèle de ses activités, d’épouser Salomon et de fonder une famille. Le prélude d’une tragédie familiale qui vous tiendra en haleine.

Saint-Valentin - La danse de Pilar de Charloine EFFAHÉditeur : La Cheminante

ISBN : 2371271039

Résumé : Dans la République Démocratique de Nlam, Le Grand Camarade, un des nombreux noms par lequel on désigne le chef de l’État, est au pouvoir depuis plusieurs années déjà. Il a pu compter sur le soutien de Pilar, cheftaine des Lewai dancers, groupe de danseuses chargées d’assurer sa propagande. Si Pilar est, entre autres, l’une des maîtresses du Grand Camarade, elle rêve cependant d’amour et désire fonder une famille avec un homme qui ne serait qu’à elle seule. Quand elle rencontre Salomon, un anarchiste un peu perdu et en quête de reconnaissance, elle lui promet la gloire en échange d’un mariage. Mais Le Grand Camarade n’est pas prêt à laisser partir Pilar roucouler tranquillement dans les bras de Salomon. Des arrangements sont donc proposés au couple s’ils souhaitent garder leur niveau social et se maintenir en vie au point de briser l’armure familiale, réinventer les rôles, faire sombrer mari, femme et fils dans des compromis honteux jusqu’au drame.

À travers les époques, du Nigéria aux États-Unis, en passant par le Mozambique, ces livres vous feront relativiser les conflits et incompréhensions auxquels vous êtes confronté. Du moins nous l’espérons. Si ce n’est pas le cas, vous pouvez toujours prendre la plume, c’est thérapeutique.

Bonne Saint-Valentin !

13 février 2024 0 Commentaires
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« Trois Mensonges de la nuit » d’Assita Sidibé Où Jouis-Je Esthétique des intimités
Notes de lectureFictionLittérature

« Trois Mensonges de la nuit » d’Assita Sidibé : Où Jouis-Je ? Esthétique des intimités

par Charles Gueboguo 13 février 2024
Rédigé par Charles Gueboguo

Premier Ouvrage. Trois mensonges… Trois nouvelles. Se lisant d’une seule traite : « Aussitôt ouvert, aussitôt dévoré ! » (Deya). C’est que Assita Sidibé, c’est son nom, décortique avec finesse ce que recèle le paradoxe de la problématique des intimités. Elle plante une subtile esthétique de graines sibyllines. Le style est de peu de mots. Bien resserré. Maîtrisé autour d’une problématique déjà acquise, toutefois revisitée avec brio.

Comment extérioriser l’intime d’un soi par-delà les ruptures-morts, et provoquer l’économie d’une interaction avec l’autre qui ne se serait pas fait autrement ? Le dicible intime ainsi rendu est-il connaissable, c’est-à-dire, permet-il d’établir un rapport dialogique à l’autre qui serait pour lui manière-outil d’interprétation de mon intimité, et partant de la sienne ?

Dépouiller les zones ombragées de l’intimité

Les mensonges de la nuit deviennent ainsi des espaces par excellence qui permettent à Assita Sidibé, philosophe, de dépouiller ces zones ombragées de l’intimité. Ce faisant, elle fait ressortir analytiquement son paradoxe : la plus grande ouverture à l’autre intime (le fait d’être intime avec l’autre fait que j’ai qualification de possiblement naître avec lui, c’est-à-dire de le connaître dans le sens latin cum natum) et la plus grande fermeture (mais je ne peux naître avec lui que par une forme de son extériorité qu’il me fera connaître, en même temps qu’il internalisera lui-même, en extériorisant, ses mots/actes pour se dé-voiler à moi).

Trois mensonges… trois parallèles de dialogues ouverts entre extériorité et intériorité.

1 : « Moi Auguste, larguée par Corine, un jour faste, après trente-deux automnes à bâtir un temple ! » et en prime avec « des dégâts physiques de huit maternités » heureuses. Première nouvelle, « Le vide ».

2 : Antoine de Natale ou Don Antonio, « cinquante ans portés comme une couronne d’or… splendide Sicilien qui sentait bon l’eau de toilette et le chef de bande musclé…[cultivant] l’art de sourire avec ironie, de broyer le fonds des patrimoines sans remords ». Deuxième nouvelle, « Les misérables ».

3: La description de la « cérémonie d’enterrement la plus originale de la littérature ivoirienne de ces dernières années » (Gauz). Troisième nouvelle, « Le testament ».

« Jouissence »

Les trois approches, le testament vidé dévoilant nos misérables existences dans toute leur complexité, stipulent une objection à la jouissence. Ce néologisme est forgé avec la notion de « jouissance » en primo genèse, laquelle marque comme un stigmate assignataire l’« essence ». C’est la confusion qui existe entre mes espaces jouissifs et l’illusion intime que je les con-nais de fait.  Réduite à sa plus simple fusion (entre jouissance-essence, la jouissence), l’autre devient victime de la génitalité dans un système régulateur. En réalité, je ne connais pas l’autre de facto parce qu’il serait l’objet à travers lequel je jouis tous azimuts et vice versa, nous rappelle l’auteur.

C’est dans la jouissence qu’est fondée l’ontologie des mensonges de la nuit. Mensonges parce que celui qui s’est tenu en présence de l’intime a pu tomber dans le piège de « l’usurpation de certitude » (Cugno), en pensant qu’il connaît intimement l’autre. C’est le confort d’être en sécurité avec un « autre » dont l’altérité est neutralisée par l’habitude : plus de trente ans de mariage (« Le vide ») ; la confiance qui repose sur un fils et/ou une concubine (« Les misérables »). Ou la célébration moderne des obsèques d’Omar le bon vivant (« Le testament »).

Une usurpation de certitude

Ce confort est un mensonge, disons, une usurpation de certitude. Soit ! C’est pourquoi l’axe métaphysique qui ressort de ce premier ouvrage à propos de l’intimité est que l’intime ne sait pas donner accès à la profondeur de l’être. Ainsi posé, l’intime réside dans un espace original dans l’absolu, suggère l’auteure. En effet, ce qui reste remarquable, c’est la manière avec laquelle Assita Sidibé apporte un peu plus de variance dans la saisie de cette problématique. Dans celle-ci, « l’intérieur se donne comme extérieur et l’extérieur comme contenu de l’intérieur » (Cugno).

L’intérieur des faux-semblants est dépeint avec force dans ses apparences les plus visibles :

« Vêtus de nos plus beaux habits, nous accompagnions avec apparats et solennités la dépouille mortelle de notre ami Omar. On aurait dit un défilé de mode tant nous rivalisions d’élégance. Nous nous affrontions à coups de Chanel ou de Dior ».

Cet extérieur, dénudé de sa couverture en pagne wax, va dire le contenu intime des intérieurs de l’assistance :

« Le corps fut enseveli dans la froideur générale, comme une corvée. Quelques femmes pestaient déjà contre la chaleur torride qui risquait de gâcher leur teint ».

C’est la même esthétique dialogique entre l’extériorité et l’intériorité pour faire ressentir l’intime qu’on retrouve à travers le suicide de Don Antonio, le chef mafiosi. Son acte va dé-voiler son « réservoir des regrets et remords [intimes qui ont] certainement déversé son trop-plein, dans la nuit qui commençait déjà à envelopper la terre comme un mensonge ».

Entre intériorité et extériorité

Ce que l’intime révèle de plus étonnant donc, c’est l’écart entre cette intériorité et cette extériorité, nous chuchote intimement Assita Sidibé. L’intime va dès lors s’identifier sous la forme du plus extérieur : l’avis d’un divorce (Corine vs Auguste) ; le suicide (Don Antonio) ou un testament (Omar).

L’intime qui vient du latin intimus, et qui signifie « le plus intérieur », devient augustinien chez Sidibé, dans le sens de « plus intérieur à moi-même que moi-même »… et radical. Le divorce, la tromperie, le suicide, l’hypocrisie, les mensonges seront le reflet de cette incapacité d’être soi-même vis-à-vis de l’autre. D’où le reformatage et la projection d’une variante de soi-même qui peut apparaître étrange, soudaine, imprévue ou hypocrite pour les autres, tandis qu’ils demeurent le soi-même intime pour soi. De ce fait Assita Sidibé, kantienne, nous laisse postuler que tout comme l’égo, l’intime n’est pas quelque chose dont je puisse parler. Mais il est un sentiment qui prend forme dans l’extériorisation verbale ou actée. Il doit se donner à voir pour finalement se doter de la capacité d’aboutir à la constatation cartésienne : « je vois que je vois » ce qui a été extériorisé par l’autre intime. Cet autre, par ricochet, peut aussi se voir également à partir de l’extériorisation de l’entendement que je pense avoir eu de son extériorisation. Ici, il y a bidirectionnalité.

Par le seul fait de la capacité de voir qui en découle (l’intime extériorisé et mon entendement de cette extériorisation) on voit autrement, c’est-à-dire de manière bidirectionnelle. Sidibé nous rappelle subtilement que cette question de la vie intérieure et celle du sens de l’intimité poursuit son sens, même par-delà la mort ou la rupture. En effet, l’acte de divorce qui conduit à la rupture dans une relation, l’acte de se donner la mort, et l’acte de laisser ses dernières volontés, tous extériorisent des sentiments intimes bidirectionnels. Ici, est déconstruite l’idée d’une intériorité qu’on ne peut saisir que par la seule jouissence, d’une part. Tout comme ce serait un leurre de poser l’intérêt matériel comme source de motivation du manque de vérité de cet autre qui est mon intime avec qui je commerce, d’autre part.

Postuler pour l’intimité

Les justificatifs se résument plutôt, laisse ressentir Assita Sidibé, dans la question du désir. Mon désir colonisé, aliéné à un autre auquel j’aspire, que je désire être, que je désire posséder et qui ne m’est provisoirement pas accessible, mais que je désire faire con-naître. Pour ce faire, je devrais agir sur moi en extériorisant verbalement ou dans les actes ce désir-là, et accepter de n’être finalement rien aux yeux de l’autre (à qui j’aurais fait voir mon désir par l’extériorisation d’un acte : divorce, suicide, testament…) Postuler pour l’intimité, c’est accepter de devenir ce soi particulier, c’est-à-dire être rien parce que nos motivations profondes deviennent de facto transparentes (c’est-à-dire révélées dans l’acte extériorisé), et donc connaissables (susceptibles d’être vues et comprises autrement). N’est-il pas établi que « par le seul fait de comprendre, on comprend autrement » (Gadamer) ?

L’auteure ivoirienne, Assita Sidibé, dans ce premier opus, nous sert une trame intimement profonde. Elle permet de revisiter avec finesse la délicate et absconse question autour des intimités dans la littérature francophone. Un joyau qui fera sans doute trace dans la littérature francophone.

Trois Mensonges de la nuit (Equinoxe, 2017, ISBN : 9782376430117, 4500 Fcfa, 75p)

13 février 2024 0 Commentaires
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« Insoumises » de Conceição Evaristo L’insoumission d’une parole résiliente
Amérique LatineFictionLittératureNotes de lecture

« Insoumises » de Conceição Evaristo: L’insoumission d’une parole résiliente

par Sarah Assidi 13 février 2024
Rédigé par Sarah Assidi

« J’invente, Libia, j’invente ! Parle-moi un peu de toi, donne-moi les premiers vers et j’inventerai ensuite une histoire en prétendant que c’est la tienne… »

Le prélude d’une porte-parole

« Entre le fait et la narration, quelque chose se perd » débute Conceição Evaristo dans le prologue d’Insoumises récemment publié aux éditions Anacaona. Dans l’urgence de « combler l’omission » d’une parole afro-brésilienne tue, l’auteur endosse la figure d’une porteuse de parole qui se réapproprie des histoires de femmes. Dès le prélude, l’auteure annonce le ton et la couleur des récits de femmes qu’elle a regroupés, transformés et couchés sur papier. Il s’agit d’un travail d’invention « sans la moindre pudeur » dans le but de « tracer un écrit-vie ». Dès lors, l’écriture apparaît comme à l’intersection d’une tension entre le fait, la confidence et la narration de ces parcours de femmes qui ont offert leur parole, ainsi que leur confiance, à Conceição Evaristo.

Une réappropriation de la douleur : la puissance de la résilience

Dans une alternance entre récit descriptif et simulacres d’autofiction, la narratrice se réapproprie les violences physiques et symboliques des femmes qui se sont confiées. Cette réappropriation prend la forme de textes écrits au « je », comme si l’auteure avait voulu libérer les victimes de la charge de leur souffrance. Elle allège ces femmes des crimes douloureux tels que le viol collectif (Isaltina Campo Belo), la violence conjugale (Aramides Florença, Lia Gabriel), la maltraitante familiale (Natalina Soledad), l’inceste paternel (Shirley Paixao), le vol et l’exploitation d’enfant (Maria du Rosaire Immaculée), le racisme (Rose Dusreis, Régina Anastacia). Elle réexamine également les effets du temps sur le corps féminin, que ce soit à travers la question de la reproduction sociale (Mary Benedita), de la perte de libido du partenaire amoureux (Adelha Santana Limoneiro) ou du sentiment d’abandon (Libia Moira).

Toutefois, la réappropriation de la douleur ne se limite par à un glissement pronominal ou des mises entre guillemet, elle s’opère également par une sublimation de la résistance féminine portée par le choix des images convoquées pour évoquer les différents thèmes. Ainsi, l’homosexualité d’Isaltina est associée à l’enfantement d’un garçon qui habite en elle et qui n’attend que le moment d’ouvrir ses ailes et s’envoler, heureux ; la disparition de Maria du Rosaire au sein de son cercle familiale reprend l’image fluviale pour pointer un inaltérable désir de vivre :

À vrai dire, bien que j’eus continuellement l’impression de nager dans un fleuve aux eaux inconnues et dangereuses, je n’ai jamais cessé de nager. Je n’ai jamais cessé de vivre ;

la lutte de Mary Benedita contre le triste sort de sa famille paysanne la dote des vertus d’une matière minérale :

Je continuais telle une pierre, plus solide, plus déterminée dans mon désir de gagner le monde dit la peintre des tableaux tourmentés.

Témoignage et fiction

Insoumises Broché – 23 février 2018de Conceição Evaristo (Auteur), Paula Anacaona (Traduction)

Lire le livre

Tout au long de ses errances à la recherche d’histoires de femmes, Conceição Evaristo opère un travail de mise en avant de l’acte d’écriture. L’auteure, cette écouteuse d’histoire comme elle se nomme, insère par le biais d’un métatexte des commentaires plus ou moins courts, lors des descriptions de ses rencontres avec les différentes femmes. Ils nous rappellent que le travail de Conceição Evaristo est un travail de fiction : Isaltina et moi étions là, les personnages réels de ce texte, de sélection : je précise que l’histoire de Natalina Soledad était bien plus longue et, comme pour les auteurs, je n’en ai retranscrit qu’une partie. Je le répète : j’ai choisi et gravé ici ces passages uniquement, de quête de nouveauté :

Maria du Rosaire Immaculée avait la parole si facile que j’en vins à douter qu’elle eût une histoire à raconter, ou plutôt, que son récit m’apportât une quelconque nouveauté, et enfin de mise en avant : Écoute bien, ma fille, ce qui s’est passé.

Ces métatextes vont rompre avec le caractère linéaire des descriptions, et dédramatiser le contenu du propos. En interaction avec ces courts métatextes qui précèdent les témoignages fictifs, des questions sont intercalées au fil du récit, renforçant le mystère chargé de tabous des différents crimes :

Mais le vent tourne. Et c’est elle, ma fille qui m’apporta le vent du bonheur. Comment ? Je vais te le dire comment » (Isaltina), « Mais comment une petite fille née à Manhas Azuis, la septième de dix enfants d’une famille de petits paysans, pourrait-elle découvrir le monde, apprendre des langues, pendre des tableaux et jouer du piano ? Comment, my sister ? » (Mary Benedita),

Entre hommage et mise à nu

Si chaque témoignage nous parle d’amour déchu, déçu et souvent trahi, c’est un lien de fraternité et de solidarité qui ressort victorieux des rencontres entre Conceição Evaristo et ces femmes. Une fraternité criante venue rendre hommage à des parcours individuels de femmes dont l’union des récits est une revanche sur le passé. Réunies dans le texte de Conceição Evaristo, elles ne sont plus seules, tel que le rappelait Lia Gabriel : J’ai réparé ma vie, dont les ressorts rouillaient. Toute seule, j’ai imprimé de nouveaux mouvements à mes jours. Cette union de la douleur se dessine subtilement grâce aux corrélations des discours et aux mentions de célèbres femmes noires ayant subi la ségrégation telles que Nina Simone, artiste engagée dans la défense des droits civiques des Afro-Américains dans les années soixante, Toni Morrison, intellectuelle afro-américaine au verbe libre, ou encore Anastacia figure mythique de l’esclavage du XVIIIe siècle devenue une sainte populaire vénérée au Brésil. Les mentions s’étendent jusqu’au domaine de la religion, où, dans une allusion au syncrétisme et au milieu culturel afro-brésilien, sont évoquées : mère Menininha de Gantois, mère Meninazinha d’Oxum, les Reines de Condagas, Clémentina de Jésus, Dona Ivone, Lia de Itamaraca, Lea Garcia, Ruth de Souza, etc.

Par l’écriture de Conceição Evaristo, des maux passés sous silence font surface. La mise à nu du racisme de la société brésilienne ainsi que la survivance de pratiques héritées de l’époque esclavagiste traversent constamment la réappropriation des discours. Car ce qui se présente comme une révélation sous nos yeux, à nos oreilles, garde d’insondables profondeurs de non-vu et de non-dit. Et je précise : de non-écrit. Toutefois, la marginalisation, l’exclusion et le rabaissement des femmes noires brésiliennes victimes de racisme s’écrivent sous l’angle de leur combat et de leur persévérance.

Ainsi, ce qui se ressort de l’ensemble des rencontres, c’est une volonté de rompre avec le sérieux de la visite protocolaire d’une intellectuelle qui vient récolter de la matière pour son prochain texte, car Conceição Evaristo s’identifie aux femmes dont elle entend réinventer les mots pour en faciliter l’écho. Lors de la première entrevue, Isaltina si « honorée » de la présence de Conceição Evaristo enlace longuement l’écrivaine puis se reprend, gênée par « cette audace démesurée ». Conceição Evaristo, faisant mine de ne pas prendre son rôle très au sérieux, lui répond : « J’ai tellement aimé cette accolade que j’attends la même en partant ». Touchante, c’est peut-être cette accolade spontanée qui signifie au mieux la gratitude avec laquelle les femmes se sont confiées : celle vivace et consciente de la nécessité de mettre en mot des injustices trop longtemps tues.

13 février 2024 0 Commentaires
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Écorchées vivantes Une écriture de l’affranchissement
CaraïbesFictionLittératureNotes de lecture

« Écorchées vivantes »: Une écriture de l’affranchissement

par Sarah Assidi 13 février 2024
Rédigé par Sarah Assidi

Dans Écorchées vivantes, recueil aux éditions Mémoire d’encrier, neuf femmes haïtiennes, Sachernka Anacassis, Stéphanie Balmir, Edna Blaise, Martine Fidèle, Kermonde Lovely Fifi, Farah Angela Jean, Rébecca Odéna, Meggie Petit-Maître, Nedjmhartine Vincent, appellent au décloisonnement moral dans le but de faire sauter les barreaux pour la conquête de toutes les facettes de l’humain. Munies d’un appétit vorace de jouissance, elles manifestent l’urgence de faire tomber les masques de la bienséance pour mieux ressentir le monde. Dans ce monde où la complexité des situations empêche toute lecture monolithique, elles choisissent dans leur récit d’en assumer les paradoxes et les fêlures pour tirer toute la sève de leur écriture.

Un dépouillement libérateur

Dès le titre, certains seront heurtés par la violence de l’oxymore « écorchées vivantes ». Pourtant, ces deux qualificatifs ne sont pas si étrangers l’un à l’autre si l’on perçoit le premier dans son acception anatomique : celle d’une représentation du corps humain sans sa peau. Sans le tissu des barrières physiques et symboliques présentes en filigrane dans ces récits, les auteures nous montrent qu’il existe une vie, une volonté, des désirs et des combats. Ici, le dépouillement de la peau se fait textuel, non pas dans une écriture sans chair, bien au contraire, dans le nettoyage des peaux mortes qui empêchent d’avancer. Libérée, Kermonde Lovely Fifi est la première du recueil à annoncer cet affranchissement : Cette terre noire collée à notre peau. C’est le soufre d’un lointain au revoir. Dans une variation entre narration poétique et vers libres, l’affranchissement se prête aux injonctions et aux impératifs de l’écriture :

Donnez-moi de l’amour interdit

Un morceau de soleil palpitant sous les doigts

Donnez-moi ce cœur violé tant de fois

Que des mots ne suffiraient pas à égayer

Donnez-moi la haine d’un corps fatigué

Victime des heures de plaisir et de lâche fierté

Donnez-moi de l’amour

Donnez-moi de l’amour interdit

Face au viol et à la violence des corps et des mentalités énoncés tantôt implicitement, tantôt explicitement, les récits traduisent le dévoilement des mythes de la virginité et de la maternité. Chez nous, plus de pucelles. Plus d’innocence écrit Kermonde Lovely Fifi, la mère et la fille sont Deux itinérantes bloquées en chemin, à la recherche d’un rayon de soleil, dans le récit de Nejdmhartine Vincent. Hormis le premier texte de Kermonde où la mère exhorte sa fille de se battre et de faire du bruit, le recueil regorge d’appels aux mères conditionnées à penser l’épanouissement des filles via le mariage ou la maternité : Toi qui pouvais prendre le monde sur tes épaules, te voilà démunie sans un homme sous tes draps déplore Rébecca Odéna au souvenir de sa mère, dans sa Marche interdite. Ainsi, débarrassées des entraves des rôles à jouer, – à ce sujet, le motif du masque revient fréquemment dans le recueil -, les femmes assument une sexualité jouissive qui vient contrecarrer le flot de violence.

[bctt tweet= »Le recueil Écorchées vivantes a l’avantage de ne pas réduire la sexualité à un seul scénario » username= »Afrolivresque »]

Une ode au plaisir féminin

Couverture du livre "Écorchées vivantes"

Lire le livre

Le recueil Écorchées vivantes a l’avantage de ne pas réduire la sexualité à un seul scénario. Frôlant la folie et la mort, il inverse parfois les rôles, comme c’est le cas dans le texte de Meggie Petit-Maître qui, Du fond de l’asphalte, et bien sanglée dans son âge douteux, attend son amant pour tenter d’oublier son veuvage dans un marché de chair à ciel ouvert. Dans le récit d’Edna Blaise, le désir est sans fin, inflammable, cathartique et condamnable pour la narratrice qui multiplie les escapades et s’en vante allègrement. L’écriture se fait alors incisive, l’énoncé performatif s’adresse à la mère, allocutaire du discours :

Maman, je l’ai fait. Je l’ai fait, maman. Je n’en ai pas honte. Au contraire. J’ai joui. Plus jamais je ne te laisserai m’enfermer. Plus jamais ! C’est mon instinct naturel. Personne ne peut opprimer ce genre de désir.

Les figures d’opposition telles que le chiasme ou l’antithèse disent la résistance. Le but ? Se plonger en soi-même. C’est d’ailleurs la question que pose explicitement Sachernka Anacassis dans son texte Évasion solitaire, Qu’est-ce, vivre sans soi-même ? Où l’innommable se dessine : masturbation et homosexualité.

Jouissance est un mot trop faible pour signifier quelque chose d’aussi complexe. Pour certaines, jouir est tout ce qu’il y a de plus merveilleux. Pour d’autres, de plus étrange. Pour moi, un mélange des deux. Ma jouissance est mon souffle de vie tout comme elle m’asphyxie par moments. Je jouis souvent. Tout le temps. Chaque jour. Plusieurs fois par jour. Quand je le veux. Où je le veux. Comment ? Pourquoi ? Avec qui ? La seule explication possible est que je suis une femme unique. Avec un amour unique. Et une façon de jouir mille et une fois.

Au-delà de la dénonciation, de la subversion ou de la transgression, Écorchées vivantes s’interroge sur les moyens de s’affranchir aussi bien socialement que mentalement des différents conditionnements. La plurivocalité crée plusieurs niveaux de sens multipliant les manières dont les auteures expriment leur position face à elle-même et face à la société. En confrontant différents points de vue tels que celui de la nymphomane, de la soumise, de la folle ou encore de la rebelle, elles montrent un habile entrelacement des voix fictives et réelles. Trois invitations nous sont adressées : creuser les plaies pour mieux s’en départir, gratter les zones épineuses pour s’en dépêtrer, nommer l’indicible pour le faire exister.

13 février 2024 0 Commentaires
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Sans capote ni kalachnikov de Blaise Ndala l’Afrique dans le viseur
AfriqueAfrique CentraleFictionLittératureNotes de lecture

« Sans capote ni kalachnikov » de Blaise Ndala : l’Afrique dans le viseur

par Sarah Assidi 13 février 2024
Rédigé par Sarah Assidi

Je crains les Grecs même quand ils apportent des cadeaux.

Virgile , l.Eneide.

Dès la citation liminaire du roman de Blaise Ndala, nous sommes avertis : les apparences trompent et les cadeaux peuvent être mortels. Clin d’œil chargé d’ironie à l’argument fallacieux des empires coloniaux qui, chargés de bons sentiments, auraient apporté le développement et la civilisation avec eux, la citation nous met en garde sur la bienveillance des puissants.

Ces puissants ne sont pas les seuls à passer au crible de la critique d’un roman foisonnant d’anecdotes assassines, de figures détournées, et d’allusions médiatico-culturelles. Sans capote ni kalachnikov de Blaise Ndala (Mémoire d’encrier, 10 juillet 2017) est un roman qui déconstruit, démonte et défigure avec la même vigueur les postures bien-pensantes que celles égarées dans les jeux de pouvoir d’une société postcoloniale dont le nom résonne familièrement dans notre imaginaire « la Coganie ».

Bienvenue en Coganie : Blaise Ndala met en abyme le chaos

Le roman de Blaise Ndala met en scène un monde artificiel, scénarisé, où le laid se conjugue avec le beau, le factice avec l’authentique. Cette alliance des contraires est perceptible dans le ton tragicomique avec lequel le sujet est traité : une jeune canadienne, Véronique Quesnel, « prophétesse à Hollywood », coupable de mettre en lumière l’horreur de la guerre, se voit récompensée pour son documentaire Sona viols et terreur au cœur des ténèbres tourné en Coganie, à Kapitikisakiang dit « Kap » ou « Terre de la confusion ».

Le dessin du roman est posé : une remontée à rebours fracassante jusqu’au point culminant de la récompense à Hollywood. Cette remontée à rebours emprunte une diversité de supports ou les yeux inquisiteurs derrière la caméra, la télévision ou ceux des journaux intimes décrivent de manières distinctes le conflit en Afrique dans la région des Grands Lacs, mais aussi et peut-être surtout, les rapports Nord/Sud. La diversité des statuts des protagonistes offre des visions du monde qui s’entrecroisent et se répondent parfois, mais dont les thèmes demeurent plus ou moins inchangés : le mensonge et l’hypocrisie.

Mensonge et hypocrisie

Couverture du roman "Sans capote ni kalachnikov" de Blaise Ndala

Lire le livre

Le mensonge est au cœur du roman, il constitue la clef de voûte du dénouement. La route qui l’y conduit est pleine d’embûches et s’associe parfois à des instants de fulgurantes sincérités. Par exemple, Véronique est présentée au milieu du roman comme un personnage idéaliste qui cherche à sortir de sa zone de confort,

« Chérir sa liberté. Vouloir faire la différence dans une cause plus grande que sa petite bulle à soi, dans ce qui ne tourne pas rond autour de soi, dans la vie des autres. Et puis, c’est tout ? »

Mais son premier documentaire sur les autochtones n’aura pas le succès escompté et cet échec fera germer dans son esprit les propos plein de cynisme de son amie Marie-Claude Roy :

« Sauver le monde. C’est bien beau, tout ça : les cartes avec les mots agréables de Gandhi ou du Dalaï-Lama, qu’on vend chez Dollarama et à la pharmacie »

Et d’ajouter « La misère qui intéresse les gens d’ici, insiste Marie-Claude, c’est celle d’ailleurs ».

Ainsi, il faut fermer les yeux sur l’injustice et la violence de chez soi pour se tourner vers celle qui émeut et provoque des torrents d’indignation : la violence des sociétés africaines. Une fois consciente de cette indignation à deux poids deux mesures, la documentariste choisit de mentir sur l’identité de son « héroïne » Sona, en corrompant sa mère, jusqu’à ce qu’elle accepte de laisser la sœur jumelle de Sona, Sondji, s’envoler au Canada pour donner « un supplément d’âme » (et d’argent) à la dénonciation de violence du documentaire.

Le mensonge est également présent dans l’implicite des postures énonciatives. Le choix de l’ironie dédouble constamment les propos nous offrant une version des faits et son contraire pour laisser s’éclipser une « vérité » insaisissable. Les paroles rapportées par le narrateur principal, Fourmi rouge, alias caporal-chef, travestissent les actions et nous offrent un regard biaisé. Fourmi rouge, qui « tolère la France des débats télévisés et des philosophes sapés comme jamais » est-ce jeune naïf féru de cinéma et de téléréalité qui a un avis sur tout et qui entre en contre discours avec celui de Véronique la « canadienne ». Il commente l’actualité, assiste impuissant à la dégringolade de son sportif déchu Rex Mobeti, n’hésitant pas à défendre sa star du football, accusée d’opportunisme suite à l’indifférence magistrale avec laquelle il conçoit le sort de ses compatriotes de Coganie. Il est le cousin de Petit Che, appelé Corneille par l’oncle Victor, « l’esprit livre », comme il se qualifie.

Petit Che est quant à lui cultivé, sensible, rigoureux dans l’écriture de son petit carnet, adepte de poésie qu’il tient près de son cœur au combat, un « petit malin qui avait le nez plongé dans un bouquin chaque fois que le bataillon bénéficiait d’un répit entre deux opérations ». C’est le plus lucide qui finira par tirer profit lui aussi du mensonge en faisant publier son livre sous la menace de révéler la supercherie de Véronique. Le mensonge et l’hypocrisie font donc office de thèmes majeurs et servent à critiquer la manipulation du conflit en Coganie et le culte de l’image à l’échelle mondiale.

 Le culte de l’image : Jean le Gourou

Les images occupent une place importante dans le roman de Blaise Ndala. Elles questionnent la place que tiennent les représentations des sociétés africaines et occidentales à l’heure de la mondialisation. Elles interrogent également le rapport entre l’Occident et l’Afrique, mais toujours sous un angle humoristique. Le rapport de force est traité de biais et l’humour dans son sens bakhtinien[1] règne en maître. Il prend la forme de paroles rapportées, caricaturées, présentées sous un certain angle dans une manipulation d’images de l’opinion publique. Bien qu’aucun des personnages n’échappe à ce traitement humoristique, l’un d’entre eux manifeste clairement l’intention de signifier l’importance des images. Il s’agit de Jean le gourou, le « conseiller Image » qui succède à tous les caïmans du gouvernement renvoyés. Jean le Gourou appelle lors de son premier discours télévisé à « rentabiliser l’image de cette misère » et à faire des pauvres « un produit national brut », une « valeur refuge ». Ainsi, il appelle à reprendre le contrôle du pays non pas en réfléchissant aux problèmes structurels pour résoudre la pauvreté, mais à une stratégie d’appropriation de l’image de misère du pays. Le cynisme est à son paroxysme.

Le culte de l’image se manifeste également dans l’omniprésence que tiennent les plateaux télévisés dans le roman. Par exemple, il est constamment fait mention de l’émission « cœur à corps » où des stars en perte de notoriété cherchent à relancer leurs carrières en soutenant les enfants talibés du Sénégal ou les petites filles du Soudan. L’Afrique n’est pas sujet, mais objet d’observation, objet de convoitise médiatique, humanitaire, politique, et l’image l’emporte sur le fond du problème, pourvu que les rôles de chacun (e, s) soient maintenus. Sans protection (capote), ni arme (kalachnikov), l’Afrique est dans le viseur des médias tout genre confondu.

L’Afrique dans le viseur

À la fin du roman, l’œil de la caméra est explicitement associé à une roquette lancée contre les soldats du conflit. Métaphore de la guerre, l’œil de la caméra tient l’Afrique dans le viseur. Exhibée à l’œil international dans « un parfum de mondialisation tropicalisée », la médiatisation fait office de butin de guerre d’où viendront s’abreuver les acteurs de « l’égo-charité ».

En guise de clôture, nous assistons aux côtés du personnage le plus nuancé, le « médecin espagnol » à l’émission Question pour un champion spécial Afrique, il faut deviner les noms des dirigeants présents dans le roman. Dans une mise en abyme (l’émission de télévision au sein du roman) le conflit devient un jeu télévisé censé nous divertir et révéler la culture générale des participants. Pendant que les gens meurent sans filtres, les émissions créent des sujets de devinettes. Comme un appel à rester vigilant, le roman nous montre combien l’Afrique dans le viseur n’a pas fini de séduire…

 

[1] Mikhail Bakhtine, Esthétique et théorie du roman, Paris, Gallimard, 1975, p.129.

Né en République démocratique du Congo, Blaise Ndala fait des études de droit en Belgique puis s’installe au Canada en 2007. En 2014 paraît son premier roman, J’irai danser sur la tombe de Senghor (L’Interligne, Prix du livre d’Ottawa, avec un projet d’adaptation cinématographique en cours pour la France et les États-Unis), qui jouit d’un immense succès.

13 février 2024 0 Commentaires
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Hashley Auguste - Little Nappy
CinémaActualitéAuteursEuropeLittérature JeunesseMétiers

Hashley Auguste porte son univers de Little Nappy au cinéma

par Chrystelle Ngoulou 12 février 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

Little Nappy est une petite fille noire, héroïne d’une série de livres du même nom créée par Hashley Auguste. La série est destinée à cultiver l’estime de soi chez les enfants dès leur plus jeune âge. Le premier livre de la série a été publié en décembre 2018. 

L’idée du projet Little Nappy est née en 2015, année où l’auteure Hashley Auguste décide de renouer avec les cheveux naturels grâce au mouvement Nappy des Etats Unis. Elle crée ensuite la page  « Black Happy Hair » sur Instagram, dédiée à partager ses connaissances sur les cheveux crépus. Face à l’engouement et aux sollicitations croissantes des femmes cherchant des conseils pour leurs enfants, Hashley Auguste a vu l’opportunité de créer un personnage qui répondrait à ces besoins spécifiques. Elle démarre alors son aventure entrepreneuriale dans la promotion de l’estime de soi et de l’identité chez les enfants, en particulier les petites filles noires. 

Suivent des livres bilingues adaptés aux 7-12 ans, des livres éducatifs pour les 2-6 ans, des carnets, des poupées noires aux cheveux afro et même une chaîne YouTube. À travers ces créations, Hashley  Auguste cherche à valoriser la richesse de la double culture et l’acceptation de soi.

10 ans plus tard, Little Nappy passe du livre au grand écran

Le jour, Little Nappy est une petite fille comme les autres, mais la nuit venue, elle vole au secours des enfants en proie à des complexes. La projection au cinéma s’inscrit dans le cadre de l’événement « Little Nappy au cinéma », organisé par le ciné-club Viens en salle et Hashley Auguste. L’événement propose un goûter sucré, suivi d’une projection et d’une discussion autour de l’estime de soi animée par la réalisatrice. Il prévoit également des rencontres et des interventions d’entreprises engagées en faveur de l’enfance.

Le film d’animation « MISSION NAPPY » réalisé par Hashley Auguste, sera projeté le samedi 17 février 2024 au Cinéma Saint André des arts à Paris. Toutes les informations sont sur le site Little Nappy .

 

 

12 février 2024 0 Commentaires
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Stéphane PAir - Furie Caraibe - Haïti
ActualitéCaraïbesÉvénementsFictionPolar

Stéphane Pair : son polar à Haïti sélectionné pour le Prix Polar + de 10/18

par Chrystelle Ngoulou 12 février 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

Stéphane Pair est un auteur et journaliste radio français, connu pour son travail sur la chaîne publique France Info où il couvre les faits divers, les questions de justice et de société depuis près de dix ans. Dans ses œuvres, il mêle intrigue policière et contexte social et historique. Son vécu aux Antilles, ainsi que ses origines familiales en Guadeloupe, lui permettent de donner vie à des récits et des personnages authentiques. 

Dans Furie Caraïbe, l’auteur nous emmène à Haïti, dans les années 1970 et 1980, sous le régime des Duvalier​​. Le roman suit l’histoire de deux femmes fortes. D’une part, Rosalie Adolphe est une femme puissante travaillant pour le président François Duvalier. De l’autre, Sybille est la dernière survivante de la famille Sansaricq. Membre de la rébellion, elle cherche à venger sa famille tuée vingt ans plus tôt par le régime. 

Furie Caraibe de Stephane Pair

Lire le livre

Furie Caraïbe est publiée par les éditions 10/18. Il est le deuxième roman de Stéphane Pair après Élastique nègre. Le livre qui paraitra le 7 mars 2024 a été sélectionné pour le Prix Polar + de 10/18.

Le Prix Polar+ de 10/18 est un prix littéraire dédié aux romans noirs historiques. Il est organisé par les éditions 10/18 en partenariat avec la chaîne Polar+, Le Figaro Magazine et Les Libraires Ensemble. Pour sa deuxième édition, les éditions 10/18 ont sélectionné sept polars historiques couvrant différentes époques, de l’Antiquité aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. Le jury est composé d’abonnés à la chaîne Polar+, de libraires du réseau des Libraires Ensemble et d’un journaliste du Figaro Magazine.

 

roman / avec @Editions1018, on a décidé de remettre la grande Haïti au centre de la carte du monde avec une histoire de femmes fortes et dangereuses sous la dictature des Duvalier
👉🏽 en librairie le 7 mars prochain#furiecaraibe #haiti #litterature #roman #novel pic.twitter.com/71RKWkefrD

— Stephan Pair (@pairIDF) January 23, 2024

 

12 février 2024 0 Commentaires
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Appel à contributions de la revue Archipélies sur le thème de la "Transmodernité dans la littérature et les arts caribéens"
ActualitéCaraïbesMétiers

Appel à contributions de la revue Archipélies sur le thème de la « Transmodernité dans la littérature et les arts caribéens »

par Chrystelle Ngoulou 12 février 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

La revue Archipélies lance un appel à contributions pour son 18ᵉ numéro dont le thème est « Transmodernité dans la littérature et les arts caribéens ».

Ce numéro propose une réflexion sur l’identité caribéenne et ses nouvelles formes d’expressions, en mettant en lumière l’impact des théories du philosophe Édouard Glissant et d’autres intellectuels. Les contributions sont invitées à analyser les nouvelles dynamiques qui impactent les littératures et les arts des sociétés caribéennes, en considérant des concepts tels que la caribéanité, la transmodernité, la transculturation, la créolisation, l’anthropophagie littéraire, l’esthétique caribéenne et la transculturalité. Cet appel à contributions s’interroge sur la pertinence de l’espace caribéen en tant que terrain de recherche pour appréhender les différents champs d’expression de la postmodernité.

La revue Archipélies est une publication des Presses Universitaires des Antilles créée en 2010. La revue interdisciplinaire en Arts, Lettres, Langues et Sciences Humaines est tournée en priorité vers les mondes caribéens et américains. Elle aborde des sujets liés à la littérature et aux arts caribéens, et elle propose un espace de réflexion sur l’identité, la culture et les dynamiques contemporaines de la région. 

La date limite de réception des propositions d’articles est le 15 juin 2024. Si vous souhaitez en savoir plus sur les conditions de participation, rendez-vous sur le site de la revue.

12 février 2024 0 Commentaires
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VidéosAmérique du NordBiographie, mémoires et AutobiographieÉvénementsHistoireLittérature

Maboula Soumahoro, la plume qui nous offre « À perte de mère » de Saidiya Hartman en français

par Chrystelle Ngoulou 12 février 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

Lose Your Mother: A Journey Along the Atlantic Slave Route est un livre de Saidiya Hartman publié en 2007. Le roman aborde l’histoire de la traite atlantique des esclaves en racontant un voyage que Saidiya Hartman a entrepris le long d’une route des esclaves au Ghana.  

Saidiya Hartman est une écrivaine et universitaire américaine spécialisée dans les études afro-américaines. Elle enseigne au département d’anglais et de littérature comparée de l’université Columbia à New York. L’auteure mêle des recherches d’archives et d’analyse pour explorer les conséquences personnelles et historiques de la traite atlantique des esclaves.

En 2023 est paru À perte de mère, la version en français du livre traduit par Maboula Soumahoro aux éditions Presses du réel. 

Saidiya HartmanÀ perte de mère – Sur les routes atlantiques de l'esclavage

Lire le livre

Maboula Soumahoro est docteure en civilisations du monde anglophone, spécialiste en études africaines-américaines et de la diaspora noire/africaine. Maîtresse de conférences à l’université de Tours et présidente de l’association Black History Month, elle est l’autrice du Triangle et de l’Hexagone : Réflexions sur une identité noire (La découverte, 2020). Soumahoro a contribué de manière significative au dialogue sur la race, l’identité et la culture dans le contexte français et au-delà, en mettant en lumière les expériences de la diaspora africaine et en abordant les questions de racisme et d’inclusion. L’œuvre de Saidiya Hartman a été déterminante pour Maboula Soumahoro au cours de sa carrière universitaire. 

Dans cette partie de la retranscription de la vidéo, Maboula Soumahoro partage comment le travail de Saidiya Hartman a eu de l’influence sur elle.

Lose your mother c’est vraiment un livre qui m’a aidé à continuer de cheminer dans ma carrière et ma pensée universitaire, c’est-à-dire un moment où je me sentais un peu coincé en ne sachant plus quelle modalité d’écriture utiliser pour disséminer les idées, puisqu’il y a le côté élitiste de la recherche et du monde universitaire. 

Je m’intéressais à une façon de dire, d’énoncer, d’écrire qui ne laissait pas de côté le personnel, l’individu au sein de cette grande histoire. On peut parler de choses très abstraites, surtout quand on s’intéresse à la traite atlantique, quand on s’intéresse à l’esclavage, aux questions de racisme et discrimination de l’identité noire. On peut en parler de façon détachée, mais qu’est-ce qu’on fait de son propre corps ? De ses propres expériences lorsque l’on étudie ces thématiques ? 

Saidiya  Hartman m’a montré le chemin. Elle m’a montré une façon de raconter cette histoire qui est difficile, qui est incomplète, qui ne peut pas respecter les canons de l’histoire “traditionnelle” parce qu’il y a tant de manques. Et dans ces manques, c’est notamment le manque d’archive et le manque de voix des personnes qui ont été réduites en esclavage. Avec Lose your mother devenu À perte de mère, c’est ce que  Saidiya  Hartman a proposé et c’est quelque chose qui m’a touché.

12 février 2024 0 Commentaires
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Épiphanie
Le mot de la semaine

Épiphanie : Le mot de la semaine

par Chrystelle Ngoulou 12 février 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

Le mot de la semaine du 12 février au 18 février 2024 est Épiphanie.

Au figuré, littéraire, épiphanie signifie une prise de conscience soudaine et lumineuse de la nature profonde d’une chose. On parle des épiphanies de la musique, des épiphanies de l’amitié.

Synonyme : illumination.

Source : Larousse

12 février 2024 0 Commentaires
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Finaliste du Prix Des Libraires Du Québec 2024 - Voix / Éclairs / Tonnerres de Myriam J. A. Chancy
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Myriam J. A. Chancy, finaliste du Prix Des Libraires Du Québec 2024

par Chrystelle Ngoulou 10 février 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

Voix / Éclairs / Tonnerres de Myriam J. A. Chancy, traduit par Chloé Savoie-Bernard (Éditions du remue-ménage) fait partie des cinq finalistes du Prix Des Libraires Du Québec 2024 dans la catégorie Roman, Nouvelles, Récit HORS QUÉBEC.

Myriam J. A. Chancy est une écrivaine d’origine haïtienne, née en 1970, qui possède également les nationalités canadienne et américaine. Elle est reconnue pour son travail littéraire qui explore des thèmes tels que la culture haïtienne, le genre, la classe sociale, la sexualité et les études sur les femmes caribéennes. Elle a obtenu une maîtrise en littérature anglaise de l’Université Dalhousie en Nouvelle-Écosse, Canada, et un doctorat en littérature anglaise de l’Université de l’Iowa, États-Unis.
Myriam J. A. Chancy occupe la chaire Hartley Burr Alexander de sciences humaines au Scripps College du Claremont. En plus de son travail en fiction, Chancy a publié des ouvrages académiques sur la littérature caribéenne et les études féministes, contribuant significativement à ces domaines de recherche. Myriam J. A. Chancy a reçu plusieurs distinctions pour ses romans, dont le Guyana Prize in Literature Caribbean Award.

Voix / Éclairs / Tonnerres de Myriam J. A. Chancy

Lire le livre

Voix / Éclairs / Tonnerres est la traduction française de son roman What Storm, What Thunder, paru en 2021, salué par la critique et récompensé par l’American Book Award en 2022. C’est un récit polyphonique qui raconte le tremblement de terre qui a frappé Haïti le 12 janvier 2010. Le roman est basé sur des faits réels et chaque personnage raconte sa vie avant, pendant et après le séisme, comme dans un journal intime collectif.

Le roman est parmi les 24 œuvres sélectionnées comme finalistes pour le Prix des libraires du Québec 2024. Le Prix des libraires du Québec est une distinction littéraire annuelle organisée par l’Association des libraires du Québec (ALQ). Ce prix participe à la reconnaissance de la littérature et encourage la fréquentation des librairies. Il vise à rendre hommage aux auteurs dont les œuvres ont marqué l’imaginaire des libraires par leur originalité et leur qualité.
Dès à présent, les libraires à travers le Québec sont invités à voter pour désigner un lauréat ou une lauréate dans chaque catégorie. Les huit gagnants seront dévoilés et honorés le 16 mai 2024 lors du Gala du Prix des libraires du Québec. Bonne chance à Myriam J. A. Chancy.

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VidéosActualitéAfrique du NordÉvénementsSociété

La Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc accueille le patrimoine fossile africain

par Chrystelle Ngoulou 10 février 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

 La première exposition internationale sur le patrimoine fossile, ayant pour thème « L’Afrique : berceau des origines de la vie », a lieu à la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc à Rabat. Cette exposition, qui se tient du 6 février au 10 mars 2024, met en lumière le riche patrimoine fossile du continent africain et vise à offrir une fenêtre unique sur le passé, ainsi qu’à façonner un avenir durable. 

L’événement est le fruit d’un partenariat entre l’Université Mohammed V de Rabat, l’Université de Poitiers-France, la Fondation Ibn Rochd pour la Recherche et l’Innovation, la faculté des sciences de Rabat, le Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique– Gabon et la Bibliothèque Nationale du Royaume du Maroc. Il offre une occasion unique de découvrir et d’apprécier le patrimoine scientifique et historique lié au continent africain (Maroc, Gabon, Mauritanie, Namibie et Lybie) en exposant des fossiles très anciens datant de plus de deux milliards d’années.

La Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc (BNRM) est un établissement public construit en 2008. Elle abrite un riche patrimoine documentaire, notamment des livres d’histoire, de sciences, de géographie, d’économie, de sociologie, d’anthropologie et de psychologie, ainsi qu’un espace dédié aux périodiques comprenant un grand nombre de revues, magazines et journaux. La bibliothèque propose également des manifestations culturelles et artistiques telles que des conférences, des tables rondes, des projections de films et des expositions d’œuvres d’art. La BNRM offre un cadre propice à la recherche et à la réflexion, dans des conditions de confort optimales.

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VidéosActualitéÉvénements

Alice Walker, écrivaine et activiste américaine, a eu 80 ans aujourd’hui

par Chrystelle Ngoulou 9 février 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

Alice Walker est née le 9 février 1944 à Eatonton, en Géorgie. Elle est connue pour son engagement en faveur des droits des Noirs et des femmes. Son œuvre la plus célèbre est La Couleur pourpre, publiée en 1982 et prix Pulitzer pour la fiction en 1983. Le livre a été adapté au cinéma pour la première fois par Steven Spielberg. En 2023, c’est Oprah et le réalisateur Blitz Bazawule qui l’ont porté sur grand écran.

Alice Walker a écrit de nombreux autres romans, recueils de poésie et essais, abordant des thèmes tels que le racisme, le sexisme et l’identité. Elle est également reconnue pour son travail d’éditrice. Alice Walker a redécouvert et promu l’œuvre de Zora Neale Hurston, une écrivaine afro-américaine du début du XXe siècle, contribuant ainsi à la renaissance de l’intérêt pour Hurston dans les années 1970 et 1980.

Figure emblématique de la littérature américaine contemporaine, Alice Walker est connue pour avoir introduit le concept de « womanism ». Il s’agit d’une idéologie qui englobe les luttes des femmes noires et qui est souvent considérée comme plus inclusive que le féminisme traditionnel. Dans sa définition, »Le womanism est au féminisme ce que la pourpre est à la lavande », suggérant qu’elle perçoit le féminisme comme faisant partie du parapluie idéologique plus large du womanism. 

Dans ses écrits womanistes, Alice Walker met l’accent sur les « jardins des mères », qui représentent à la fois un lieu physique et un lieu de liberté spirituelle, de créativité et de pureté, et surtout quelque chose qu’une femme noire peut appeler sien, son espace personnel pour s’épanouir.

9 février 2024 0 Commentaires
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ActualitéAfriqueAfrique de l'OuestPolitiqueVidéos

Saïd Bouamama : « Magouilles au sommet » du Sénégal

par La redaction 9 février 2024
Rédigé par La redaction

Le report des élections présidentielles au Sénégal, initialement prévues pour le 25 février 2024, a été annoncé par le président Macky Sall le 3 février 2024. Cette décision, qui constitue une première depuis 1963 dans ce pays d’Afrique de l’Ouest considéré comme un modèle de démocratie, a plongé le Sénégal dans une crise politique et institutionnelle sans précédent. Le report de l’élection présidentielle au Sénégal soulève donc des questions profondes sur la stabilité politique et institutionnelle du pays, ainsi que sur l’avenir de sa démocratie. Dans sa chronique « Le Monde vu d’en Bas » sur la chaîne YouTube du média Investig’Action, Saïd Bouamama revient sur cette actualité.

Saïd Bouamama est un sociologue, militant associatif et politique algérien. Il est aussi un auteur prolifique qui a écrit de nombreux livres sur des sujets tels que le racisme, le colonialisme, l’immigration et les luttes de classe. Parmi ses œuvres les plus notables figurent La France. Autopsie d’un mythe national et Figures de la révolution africaine. De Kenyatta à Sankara. 

Saïd Bouamama est particulièrement impliqué dans les luttes syndicales et ouvrières, et celles liées à l’immigration et la lutte contre le racisme. Ses œuvres sont largement reconnues pour leur analyse critique et leur engagement envers la justice sociale.

9 février 2024 0 Commentaires
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Listes de livresAfriqueBiographie, mémoires et Autobiographie

Le football africain raconté par ses légendes : 10 biographies à découvrir.

par Chrystelle Ngoulou 9 février 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

La Coupe d’Afrique des Nations (CAN) est l’occasion de célébrer le football africain et de voir se déployer de nombreux talents. Suis-je la seule à ressentir une effervescence particulière pour cette session 2024 ? C’est probablement dû à l’entrain et l’enthousiasme du pays des Éléphants qui a reçu la compétition. Même si nos espoirs de voir la “jistice de dié” s’accomplir ont été balayés, je voulais vous partager une liste de livres pour continuer cette expérience de la CAN hors des pelouses vertes.

La sélection de livres que je recommande vise à enrichir la perception des lecteurs sur la profondeur et la diversité du football africain. De l’ascension de Didier Drogba à l’influence de George Weah au-delà du terrain, chaque livre raconte une histoire unique de triomphe et de détermination. Ces ouvrages, conseillés aux amateurs de football et plus, éclairent sur les expériences des plus grands noms du football africain. Dans cette liste, vous trouverez des récits de persévérance, de développement de talent, de course à l’excellence et de la façon dont ces athlètes de haut niveau impactent la vie de nombreuses personnes à la fois sur et en dehors du terrain.

 

1- Didier Drogba : « C’était pas gagné… » de Didier Drogba 

Un récit autobiographique qui retrace le parcours exceptionnel de l’une des figures les plus emblématiques du football africain, mettant en lumière ses succès, ses défis et son héritage.

Didier Drogba - C'était pas gagné de Didier Drogba 

Lire le livre

Editeur : Editions Prolongations

ISBN : 2916400362

Résumé :  A trente ans, Didier Drogba est une star planétaire. Mais son statut actuel dissimule un parcours jalonné d’incertitudes, de souffrances, de déchirures… Dans cette autobiographie, il se dévoile au fil de coups de cœur, de coups de gueule, de rires, de larmes, n’occultant aucun événement d’une existence dont le football n’est pas l’unique moteur. Enfant déraciné, marqué à vie par son départ de Côte d’Ivoire et sa séparation d’avec ses parents, ballotté au gré des déménagements d’un oncle footballeur, formé sur le tas en banlieue parisienne, Didier Drogba a déjà 24 ans, en 2002, lorsqu’il découvre la Première division française, à Guingamp, avant de se révéler bientôt comme un immense attaquant à Marseille, le club de son cœur, puis à Chelsea avec son mentor, José Mourinho. Mais le buteur ivoirien n’est pas seulement un grand sportif, il s’est aussi imposé comme un courageux et formidable artisan de la paix dans son pays d’origine miné par la guerre, comme un homme d’engagement et de passion.

 

2- Faim De Victoire : ma vie dans vos questions de Samuel Eto’o 

À travers un dialogue interactif, Samuel Eto’o partage son expérience, sa détermination et sa vision, offrant un modèle de réussite et d’engagement.

Lire le livre

Editeur : eFanswer 

ASIN ‏ : ‎ B071Y2TX5G

Résumé : Celle-ci n’est pas une simple biographie. Ce n’est pas un livre-interview ni l’histoire romancée d’une vie excellente. C’est une «social biography», un mode nouveau de raconter le vécu privé et professionnel d’une star. Elle a été créée grâce au projet eFanswer, une plateforme sociale-éditoriale qui permet aux utilisateurs d’interagir avec les stars en leur posant directement les questions qui les intriguent. En fait, les protagonistes de ces pages sont deux: d’une part, la célébrité qui se raconte et de l’autre, les utilisateurs de eFanswer qui, avec leurs questions, lui offrent l’occasion de découvrir quelque chose de plus sur soi-même.

Voilà donc pourquoi celle-ci n’est pas la classique autobiographie d’une star mais une véritable «social-biography», écrite à plusieurs mains, unique et exclusive.

 

3- Emmanuel ADEBAYOR, Le parcours d’un miraculé de Apelété ANANIVI

 L’histoire d’Adebayor, depuis ses modestes débuts jusqu’à sa reconnaissance internationale, est un témoignage de la capacité à surmonter l’adversité.

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Éditeur : Independently published

ISBN : 979-8782096106

Résumé : Méprisé et snobé par les dirigeants du football togolais, Emmanuel ADEBAYOR fait désormais partie des instances de la CAF. La légende du football Africain est nommée parmi les membres du comité technique et de développement de la CAF zone UFOA-B (Union du Football Ouest Africaine) et aura pour tâche d’assurer le développement de ce sport dans les différentes régions où la CAF intervient. Cette bonne nouvelle de la légende togolaise est un témoignage bouleversant qui montre véritablement que Dieu ne nous abandonne pas, mais plutôt, il tient beaucoup à nous et nous veut le meilleur. Ainsi dit la parole dans le livre de Jérémie 29 : 11 « Car je connais les projets que j’ai formés sur vous, dit l’Éternel, projets de paix et non de malheur, afin de vous donner un avenir et de l’espérance ».

 

4- Marc-Vivien Foé. Histoire d’un footballeur camerounais de Séverin Atangana 

Un hommage émouvant à la vie et à la carrière de Marc-Vivien Foé, dont le décès tragique a ému le monde du football.

Marc-Vivien Foé- Histoire d'un footballeur camerounais de Séverin Atangana 

Lire le livre

Éditeur : L’Harmattan 

ISBN : 2296990827

Résumé :  Cet ouvrage est le témoignage vivant de l’itinéraire d’un talentueux footballeur, d’un homme charitable aux qualités exceptionnelles, décédé le 26 juin 2003 au stade Gerland en France, au cours d’un tournoi. Le livre retrace le parcours sportif de Marc-Vivien Foé, depuis le Cameroun jusqu’en Europe, dans de très grands clubs de football, sans oublier les 64 sélections au sein des Lions indomptables du Cameroun. 

 

 

 

5- Sadio Mané. Le roi lion de Mamadou Koumé

 Cet ouvrage célèbre la carrière de Sadio Mané, mettant en avant sa contribution au football et son rôle comme source d’inspiration pour la jeunesse africaine.

Lire le livre

Éditeur : L’Harmattan

ISBN : 2140307178

Résumé :  Le plus illustre footballeur du XXe siècle, le Brésilien Pelé a déclaré à l’endroit de Sadio Mané qu’il « a déjà conquis les fans du monde entier pour son football. » Nombreux sont ceux qui partagent cette appréciation. Le jeune homme parti de son lointain village niché dans le Sud du pays figure aujourd’hui parmi les meilleurs joueurs de football. En dix ans, à force de travail et d’abnégation, il a gravi tous les échelons et a le meilleur palmarès d’un footballeur sénégalais depuis l’indépendance. Il est entré dans l’histoire du Sénégal par le football. Et par la grande porte avec ses co-équipiers en allant conquérir au Cameroun, en février 2022, le trophée de la Coupe d’Afrique des nations, objet de tant de désirs des Sénégalais depuis 1965. Dans cet ouvrage, des journalistes sénégalais s’expriment sur le joueur et l’homme. L’harmonie dans leurs appréciations renseigne sur les qualités techniques et humaines de Sadio Mané. De Bambali à Munich, le parcours du plus illustré des champions d’Afrique est revisité et révèle des aspects parfois inconnus du grand public.

 

6- Weah : mister george de Corea Massire 

Une exploration de la vie de George Weah. À la fois, footballeur légendaire en remportant notamment le Ballon d’Or en 1995, et figure politique. L’ancien président du Libéria est reconnu comme l’une des figures les plus emblématiques du football africain.

Lire le livre

Éditeur : Éditions Amphora

ISBN : 2851803174

Résumé :  Depuis trois ans, George Weah est une star incontestée du football mondial. Au-delà du sportif au sommet de son art, on ne peut s’empêcher d’avoir de l’admiration pour l’homme attachant et généreux ; le meilleur joueur mondial 1995 est également l’élu du peuple libérien. Son itinéraire est peu banal… Durant une enfance difficile, il fait son apprentissage du football sur les terrains vagues de Monrovia avant d’intégrer ses premiers clubs en Afrique. L’arrivée à Monaco lance ensuite réellement sa carrière, avant le transfert surprise dans l’un des clubs les plus prestigieux de France : Je Paris-Saint-Germain. Son départ pour le Milan-AC marque l’apothéose d’une carrière exceptionnelle. George Weah met son autorité morale au service du retour à la paix dans son pays meurtri par la guerre civile. Après avoir été sacré “Ballon d’Or” européen et meilleur footballeur du monde, “Mister George” reçoit, début 1997, le prix FIFA du fair-play avant d’être nommé ambassadeur de l’Unicef. Après Pelé, il est le second footballeur de l’histoire à être investi d’une telle mission…

 

7- Une vie de Lion de Roger Milla 

Le parcours de Roger Milla, héros de la Coupe du Monde 1990, et son influence durable sur le football camerounais et mondial. Milla est reconnu comme l’un des plus grands joueurs africains de tous les temps.

Lire le livre

 Éditeur : Editions Duboiris

ISBN : 2952231532

Résumé :  Footballeur surdoué de renommée internationale, le très populaire Roger Milla raconte, en texte et en images sa carrière exceptionnelle dans cette autobiographie inédite. Milla décrit ses débuts quand, enfant, il jouait pieds nus au Cameroun. Il évoque ses succès en Afrique qui lui valent le Ballon d’Or africain en 1976, puis aborde son arrivée en France à Valenciennes, où il doit affronter le froid et l’environnement du football professionnel. Il marque de son empreinte les clubs français tels Monaco et lesquels il gagne deux coupes de passage aux clubs de Saint-Etienne et Montpellier reste mémorable. Sa carrière prend une autre dimension avec ses participations aux Coupes du monde de 1982,1990 et 1994 où sa célèbre danse au poteau de corner enchante les supporters du monde entier. En 1990, alors qu’il est âgé de 38 ans, Milla réalise sa plus belle performance et propulse le Cameroun en quart de finale du Mondial où il fait trembler l’Angleterre. En 1994, il devient le plus vieux buteur de l’histoire de la Coupe du monde et le premier Africain à en avoir disputé trois phases finales. Grâce à des photos inédites, Roger Milla nous fait revivre les moments les plus forts de sa carrière et ses rencontres avec d’autres stars du football comme Pelé, Frantz Beckenbauer, Johan Cruyff, Ronaldo, Georges Weah et Michel Platini.

 

8- Diambars – Une école de la vie de Ndiassé Sambe et Aly Sileymane Ly 

Focus sur le projet Diambars, une académie de football au Sénégal, soulignant l’importance de l’éducation dans le développement des jeunes talents.

Diambars - Une école de la vie de Ndiassé Sambe et Aly Sileymane Ly 

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Éditeur : Saaraba Editions

ISBN : 2494527147

Résumé : Enfant des rues à Dakar, puis élève à l’institut de football Diambars, et aujourd’hui ingénieur en informatique à Arras. Milles vies en une. C’est le parcours inspirant d’Aly Sileymane Ly, fait de résilience, de travail, et de force mentale insoupçonnée, que nous raconte le journaliste sportif Ndiassé Sambe. Préfacé par Patrick Vieira.

A 8 ans, Aly, originaire du village de Thialma, passe ses journées à mendier dans les rues de Dakar. C’est un talibé, un élève d’une école coranique. Doué avec un ballon de foot, son destin croise celui de l’institut Diambars. Après quelques années d’apprentissage, le couperet tombe : Aly ne pourra pas devenir footballeur professionnel. C’est alors qu’il décide de remporter le plus grand match de sa vie. A 13 ans, celui qui n’était jamais allé à l’école met une énergie insoupçonnée, pour rattraper son retard.

 

9- Kodjovi Obilalé – Un destin foudroyé de Kodjovi Obilalé 

L’histoire d’Obilalé, ancien gardien de but togolais, gravement blessé lors de l’attaque terroriste contre l’équipe togolaise à la CAN 2010. 

Kodjovi Obilalé - Un destin foudroyé de Kodjovi Obilalé 

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Éditeur : Talent Sport

ISBN : 979-1093463254

Résumé :  Janvier 2010, l’équipe nationale du Togo s’apprête à disputer la coupe d’Afrique des nations en Angola. Elle n’arrivera jamais à destination. Son car est mitraillé. Trois personnes perdent la vie et une dizaine sont blessées. Kodjovi Obilalé, le gardien de but, est grièvement atteint par deux balles dans le corps. Il est déclaré mort par quelques journalistes, il est ressuscité par d’autres quelques heures plus tard. C’est le début d’un long calvaire. Son témoignage poignant et acéré nous fait vivre la trajectoire d’un footballeur africain à la recherche de la gloire : du Togo à l’Europe, du club de quartier à la sélection nationale, de l’agent véreux aux instances africaines corrompus. Une aventure humaine qui croise la route de personnalités diverses, la femme de Nelson Mandela, Philippe Pozzo di Borgo «Intouchables», Zinédine Zidane… Une magnifique leçon de vie pour ce Breton d’adoption qui a pu compter sur la solidarité, pas forcément là où il l’attendait.

 

10- I love this game de Patrice Evra et Bertrand Pirel 

Le récit autobiographique de Patrice Evra, ancien footballeur français né à Dakar. Au compteur, 81 sélections en équipe de France et une carrière dans plusieurs clubs prestigieux, notamment l’AS Monaco, Manchester United et la Juventus Turin.

I love this game de Patrice Evra et Bertrand Pirel 

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Éditeur : Hugo Sport

ISBN : 2755638419

Résumé :  Dans I love this game, l’autobiographie de Patrice Evra, la star de Manchester United et de l’équipe de France revient sur sa vie et sa carrière remarquables. I love this game est le témoignage très attendu de la légende internationale du football née au Sénégal, élevée en France, et un récit sincère des épreuves et des tribulations qui ont fait d’Evra la figure publique optimiste et inspirante qu’il est aujourd’hui. Dans ce témoignage, Patrice Evra se dévoile comme il ne l’a jamais fait auparavant, de façon franche, parfois choquante, mais toujours passionnante, car les choses n’ont pas été si simples, et il a dû se battre jusqu’au bout pour arriver au sommet. Victime d’abus sexuels lorsqu’il avait 13 ans, l’ancien footballeur a décidé de rendre cette histoire publique dans son autobiographie, pour venir en aide à d’autres enfants qui pourraient se trouver dans une situation similaire. Mais lire I love this game, c’est aussi découvrir sa passion pour le football, entrer dans les coulisses avec les joueurs et les managers avec lesquels il a travaillé, de Sir Alex Ferguson à Paul Pogba, qui le baptise « Tonton Pat », en passant par Didier Deschamps et Laurent Blanc. C’est aussi revenir – sans concessions et avec une totale sincérité – sur le chaos de Knysna et le coup de sang de Guimarães. Avec enthousiasme et finesse, Patrice Evra emmène le lecteur là où peu d’autobiographies de football osent s’aventurer. Une histoire de passion et de détermination face à l’adversité.

À travers les récits de succès et de lutte de ces légendes, découvrez la passion qui anime le continent pour le beau jeu. Bonne lecture.

 

9 février 2024 1 Commenter
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Joelle Avelino illustratrice de "Mama's scarf" de Chimamanda Ngozi Adichie
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Chimamanda Ngozi Adichie parle de sa collaboration avec Joelle Avelino, l’illustratrice de son dernier livre

par Chrystelle Ngoulou 9 février 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

La collaboration entre illustrateurs et auteurs dans la littérature enfantine est centrale, surtout quand il s’agit de représenter les enfants noirs de manière positive et valorisante dès leur plus jeune âge. Un exemple remarquable de collaboration réussie est le travail de Joelle Avelino, la talentueuse artiste qui a donné vie à Chino, le personnage principal du livre Mama’s Sleeping Scarf écrit par Chimamanda Ngozi Adichie.

Mamas-Sleeping-Scarf-Chimamanda Ngozi Adichie

Lire le livre

Publié le 5 septembre 2023, Mama’s Sleeping Scarf suit l’histoire de Chino qui trouve du réconfort et vit des aventures avec le foulard de nuit de sa mère pendant son absence. Le foulard devient un symbole de la célébration de la famille et un rappel tendre des objets quotidiens qui nous connectent à ceux que nous aimons.

Les illustrations de Joelle Avelino matérialisent la richesse du quotidien de cette petite fille et mettent en valeur les teintes de peau, les textures capillaires et les tenues aux couleurs chatoyantes. Joelle Avelino travaille avec des méthodes traditionnelles et numériques de dessin et de peinture pour créer des illustrations pleines vie et de couleurs chaleureuses. Ses influences culturelles, congolaise, angolaise et anglaise, lui permettent de créer des œuvres uniques.

Joelle Avelino a obtenu son diplôme en illustration et marketing à l’Université de Hertfordshire. Après avoir travaillé trois ans dans le marketing, elle réalise que ce n’était pas ce qu’elle souhaitait faire de sa vie. C’est en postant ses illustrations sur Instagram que sa carrière d’artiste freelance à plein temps a été lancée. Elle a notamment illustré l’édition du 25ᵉ anniversaire des mémoires de Baroness Floella Benjamin, Coming to England. Avelino collabore avec la Fondation Panzi créée par le Dr Denis Mukwege, qu’elle considère comme son héros, pour soutenir leurs œuvres caritatives.

Sur son blog, Joelle Avelino partage ses créations ainsi que les difficultés rencontrées pour conjuguer la maternité et sa carrière de freelance. Elle souligne l’importance de poursuivre sa passion créative pour montrer l’exemple à sa fille tout en gérant la culpabilité de son absence.

Dans cette vidéo, Chimamanda Ngozi Adichie parle du travail de Joelle Avelino dans Mama’s Sleeping Scarf.

 

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Portrait de l'auteur congolais Fiston Mwanza Mujila
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Fiston Mwanza Mujila : 20 000 Euros pour le Lauréat du Prix des Maisons de Littérature 2024

par Acèle Nadale 8 février 2024
Rédigé par Acèle Nadale

Dans le panorama littéraire contemporain, certains noms brillent avec une intensité particulière. Parmi ces étoiles, Fiston Mwanza Mujila qui vient d’être couronné en Allemagne par le Prix des Maisons de Littérature 2024 (Preis der Literaturhäuser), une reconnaissance prestigieuse accompagnée d’une dotation de 20 000 euros. 

Le 23ᵉ Prix des Maisons de Littérature, lui sera remis lors d’une cérémonie à la Foire du livre de Leipzig le 22 mars 2024. Cette distinction vient saluer l’œuvre de l’auteur. Depuis Lubumbashi, sa ville natale en République démocratique du Congo, jusqu’à Graz en Autriche, où il réside et travaille, il a su tisser des récits d’une puissance et d’une originalité incontestées.

Né en 1981, Fiston Mwanza Mujila s’est rapidement imposé comme une voix incontournable de la littérature africaine contemporaine. Après des études en lettres et sciences humaines à l’Université de Lubumbashi, il a embrassé une carrière d’écrivain polyvalent, s’exprimant aussi bien à travers la poésie, la prose que le théâtre. Son premier roman, Tram 83, publié en 2016, a été un véritable tremplin, lui valant de nombreux prix et une reconnaissance internationale, notamment grâce aux Internationaler Literaturpreis – Haus der Kulturen der Welt et Prix Etisalat de littérature. Son œuvre la plus récente, La danse du vilain, publié en 2022 chez Métailié, a remporté le Prix Les Afriques 2021.

Les romans de Fiston Mwanza Mujila invitent le lecteur dans la vie urbaine africaine. Ils explorent des thèmes tels que le chaos, la guerre, la dictature et les conditions de vie difficiles des personnes, particulièrement dans des mines dans lesquelles les travailleurs sont soumis à des conditions inhumaines. Son travail est connu pour sa représentation vivante et authentique de la vie en République démocratique du Congo, et il a refusé de modifier son style pour s’adapter aux attentes des lecteurs européens. Ses textes, imprégnés de rythme et de musique, ainsi que ses performances scéniques, où il incarne ses écrits avec une intensité remarquable, ont contribué à sa reconnaissance et à l’attribution du Prix des Maisons de Littérature 2024. 

Le Prix des Maisons de Littérature est une distinction annuelle allemande décernée par le réseau des Maisons de Littérature à des auteurs de langue allemande qui se distinguent par des concepts novateurs dans la médiation littéraire. Ce prix, doté de 20 000 euros, vise à soutenir et à promouvoir des approches originales de la présentation de la littérature, allant de la performance scénique, musicale ou visuelle à l’explication théorique de concepts littéraires. La cérémonie de remise des prix a lieu chaque printemps à la Foire du livre de Leipzig.

8 février 2024 0 Commentaires
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[Vidéo] Ava DuVernay nous invite dans son “territoire de liberté” à travers son adaptation du livre d’Isabel Wilkerson « Caste: The Origins of Our Discontents »

par Chrystelle Ngoulou 8 février 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

Lors de la Conférence TEDWomen 2023 à Atlanta, la productrice et cinéaste Ava DuVernay s’est entretenue avec Pat Mitchel, directrice éditoriale de TEDWomen. Au cœur de cette discussion se trouvait son dernier film, « Origin », une adaptation du livre d’Isabel Wilkerson, Caste: The Origins of Our Discontents.

Ava DuVernay honorée de mettre en images les mots qui l’inspirent.

Ava Duverney a confié qu’elle a dû lire le livre d’Isabel Wilkerson à trois reprises pour en saisir l’essence. Intriguée par certains passages du livre, elle a approfondi ses recherches pour trouver le fil conducteur qui a conduit à la naissance du film “Origin”.

« Les gens m’ont dit que c’était un livre inadaptable, donc la seule chose logique à faire était d’essayer de l’adapter »,

A expliqué Ava DuVernay à propos de son adaptation cinématographique. En effet, elle a dû relever le challenge de transformer une thèse anthropologique sur un phénomène social vieux de plusieurs générations et profondément enraciné à une intrigue que le spectateur peut suivre sur grand écran. D’où son choix de chroniquer la vie réelle d’Isabel Wilkerson lors de l’écriture de son livre. 

De plus, la réalisatrice a insisté sur sa complicité avec l’actrice principale du film, Aunjanue Ellis qui incarne l’autrice. Le film a été réalisé en 37 jours et sur trois continents grâce à des fonds indépendants donc limités. Cependant, cela lui a permis de choisir librement son casting. Cela a donné l’opportunité à l’actrice Aunjanue Ellis, une femme noire de 50 ans, d’être à la fois le personnage principal et apparaître seule à l’affiche d’un film à Hollywood.  

Caste: The Origins of Our Discontents d’Isabel Wilkerson

Caste: The Origins of Our Discontents d'Isabel Wilkerson

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Le livre Caste: The Origins of Our Discontents d’Isabel Wilkerson explore le système de caste aux États-Unis, le comparant au système de caste en Inde et à d’autres formes de discrimination à travers le monde. La lauréate du prix Pulitzer utilise une approche narrative unique qui met en lumière de nombreuses histoires individuelles et des parallèles pour créer une vue d’ensemble à travers le temps et l’espace. Isabel Wilkerson amène à une compréhension plus claire de l’ampleur et de la profondeur du système de caste. L’auteure soutient que le terme « caste » est plus approprié que le terme « racisme » pour décrire le système social américain. Dans son livre, elle met l’accent sur la façon dont les perceptions erronées sur la race ont défiguré l’Amérique. Caste est un best-seller du New York Times et a reçu des éloges pour sa puissante analyse de la société américaine.

 

8 février 2024 0 Commentaires
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Le Prix Littéraire Patrice-Emery Lumumba Une Opportunité pour les Auteurs Africains
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Le Prix Littéraire Patrice-Emery Lumumba : Une Opportunité pour les Auteurs Africains

par La redaction 7 février 2024
Rédigé par La redaction

Le Prix Littéraire Patrice-Emery Lumumba a été lancé lors du festival Buku à Kinshasa en mai 2023. Ce prix vise à récompenser les auteurs africains vivant sur le continent ou de la diaspora. Les participants peuvent soumettre un roman ou un recueil de nouvelles publié ou sous forme de manuscrit.

Le Prix Littéraire Patrice-Emery Lumumba est nommé en l’honneur de Patrice-Emery Lumumba, ancien Premier Ministre de la République Démocratique du Congo (RDC) et héros national. Il est soutenu par la fondation Lumumba, dirigée par Roland Lumumba, fils de Patrice-Emery Lumumba. Ce prix a pour objectif de mettre en avant le combat de Lumumba et d’immortaliser ses valeurs à travers les écrits, pour les générations futures.

La date limite de soumission des œuvres et manuscrits pour la première édition du prix est fixée au 1ᵉʳ mars 2024. Le lauréat recevra une somme de 2500 dollars et un contrat d’édition. Pour soumettre votre candidature, visitez le site du prix ICI

Le Festival Buku est un événement culturel qui se tient à Kinshasa. Il a pour objectif de mettre en avant l’industrie congolaise du livre, de rassembler les amoureux de la littérature, les poètes et les écrivains. Il offre une occasion unique de découvrir les talents littéraires et de célébrer la diversité culturelle du pays et du continent. 

Le Festival Buku de Kinshasa a été initié par l’ensemble des éditeurs congolais, des distributeurs et des libraires, avec le soutien de nombreuses associations passionnées de littérature. L’événement comprend des expositions de livres, des conférences, des rencontres avec des auteurs et des maisons d’édition. La première édition du festival a eu lieu du 5 au 7 mai 2023 à l’Académie des Beaux-arts de Kinshasa.

7 février 2024 0 Commentaires
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L’auteur nigérian Helon Habila nommé premier curateur en résidence du festival international de littérature de Berlin
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L’auteur nigérian Helon Habila nommé premier curateur en résidence du festival international de littérature de Berlin

par La redaction 7 février 2024
Rédigé par La redaction

Helon Habila, romancier nigérian de renom, a été désigné comme le tout premier curateur en résidence pour la prochaine édition du prestigieux festival international de littérature de Berlin. Cette décision, prise par un panel de sélection international, marque un tournant pour l’événement qui se tiendra du 5 au 14 septembre 2024 au Haus der Berliner Festspiele à Berlin.

Dès 2024, le festival, qui en est à sa 24ᵉ édition, innove en intégrant un curateur en résidence. Cette figure clé, en la personne de Helon Habila, aura pour mission de superviser la programmation des événements et des invités, en collaboration étroite avec le directeur du festival et son équipe, pour choisir un thème central qui guidera l’ensemble du festival.

Helon Habila, qui partage sa vie entre les États-Unis et le Nigeria, est l’auteur de quatre romans et de plusieurs nouvelles. Il a été honoré par de multiples récompenses, dont le Caine Prize for African Writing, et son roman Oil on Water (2010), un thriller écologique, a connu un succès international.

La relation de Helon Habila avec la ville de Berlin n’est pas récente, puisqu’il a été invité au festival à plusieurs reprises et a bénéficié d’une bourse du programme Artists-in-Berlin du DAAD en 2013. Habila considère sa nomination comme une preuve de l’engagement du festival à intégrer les écrivains dans sa vision et sa direction, soulignant l’importance de l’internationalisation et de l’égalité pour les auteurs à Berlin.

Priya Basil, auteure et membre du comité de sélection, souligne les qualités de Habila, notamment ses accomplissements littéraires, son engagement pour la justice et la diversité des voix littéraires, ainsi que son réseau étendu, comme des atouts pour offrir une programmation créative et diversifiée au festival.

Lavinia Frey, la directrice du festival, loue également Helon Habila pour son talent littéraire et sa connaissance approfondie de la littérature internationale. Elle est convaincue que son expérience en tant que professeur d’écriture créative enrichira le programme du festival.

Le festival, soutenu par la Peter-Weiss-Stiftung für Kunst und Kultur e.V., aspire à renouveler son offre culturelle en invitant des curateurs internationaux, ce qui permettra de mettre en avant une diversité de perspectives. Cette initiative est vue comme un moyen de transformer l’identité du festival pour les années à venir, en favorisant des collaborations internationales et en tissant des liens littéraires entre Berlin et le monde.

Le comité de sélection pour la curation est composé de personnalités influentes du monde littéraire et culturel. Il inclut Barbara Wahlster et le professeur Johannes Kister de la Peter-Weiss-Stiftung für Kunst und Politik e.V., Lavinia Frey, Timo Berger de Litprom, Priya Basil, Victoria Rodriguez Lacrouts du festival FILBA à Buenos Aires, Lola Shoneyin du festival de littérature Ake à Lagos, et Hans Jürgen Balmes, traducteur et ancien directeur de la littérature internationale chez S. Fischer Verlag.

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Notes de lectureAfriqueAfrique CentraleFictionLettres méridionalesLittérature

Lettres méridionales Acte V : « Petit Piment » d’Alain Mabanckou

par Éric Tchuitio 7 février 2024
Rédigé par Éric Tchuitio

J’ai fait partie des inconditionnels lecteurs de la première heure de Mabanckou , de ceux-là même qui ont avec extasie été séduits par l’écriture de l’auteur congolais, quand celui-ci avec un inimitable talent nous transbahutait avec truculence et force galéjades dans les pittoresques récits de Verre cassé (Éditions du Seuil, puis coll. « Points », 2006) du nom d’un des clients des plus assidus du «Crédit a voyagé », un des bars les plus atypiques de Brazzaville. Je l’ai encore suivi, tête baissée lorsqu’il en remit une couche avec Mémoires de porc-épic (Éditions du Seuil / (Prix Renaudot), puis « Points-Seuil », 2007) où avec amour et dérision il nous relate les péripéties du « double » de Kibandi, un porc-épic avec de redoutables piquants à l’origine de rocambolesques crimes commis sous les ordres de son maître, lequel était connu pour son inextinguible soif de sang et le cortège de crimes mis au crédit de son totem dans le village. Puis l’auteur prolifique a maintenu la cadence avec une production littéraire débordante, amorçant des projets aussi audacieux que captivants. Mais je le confesse, je n’ai plus voulu ou pas pu suivre par la suite l’auteur à succès, à tout le moins plus avec le même engouement. Ensuite vint… Petit Piment.

A l’invitation d’une collègue, je me rendis il n y a pas longtemps à Bruxelles, à une soirée littéraire consacrée à l’épopée littéraire de part et d’autre des deux rives du fleuve Congo. Y prirent part trois grands auteurs contemporains originaires du bassin du Congo; outre Alain Mabanckou, il y avait également In Koli Jean Bofane pour Congo inc : le testament de Birsmarck et Fiston Mwanza Mujila pour Tram 83.

En toute franchise j’en ai eu pour mon compte à maints égards. J’étais comme obnubilé par l’exceptionnelle faconde des trois auteurs qui nous promenèrent sur les deux rives du fleuve Congo, déclamant avec une poignante persuasion la Congolité de leurs œuvres mais en même temps leur universalité. Cette soirée posa les premiers jalons de ma «réconciliation» avec le roman de Mabanckou et acheva de me convaincre de lire également les deux autres auteurs présents ce soir-là. Mes notes de lecture sur leurs textes feront l’objet d’âpres commentaires sur ce même espace. En attendant parlons d’abord de Petit Piment.

Comme dans Lumières de Pointe-Noire l’auteur nous ramène dans la capitale économique de la République du Congo. A la différence de Lumières de Pointe-Noire où l’auteur nous a retracé avec beaucoup de gravité son retour sur la terre de son enfance vingt-trois ans après l’avoir quittée, avec Petit Piment, Alain Mabanckou remet une couche et renouant par le même coup avec la fiction. On la reconnait, sa plume : vive et colorée avec des images fascinantes.

Contexte historique de Petit Piment

Bien planter à l’avance le décor de l’histoire dans laquelle l’auteur nous embarque aiguillonnera le lecteur à plus d’un titre. L’espace d’abord : il est divisé entre Loango où se situe la première partie éponyme du livre et la ville, Pointe-Noire, où est abordée la seconde partie de cette belle histoire. Puis, le temps. Il est éminemment politique et recoupe l’Histoire de la jeune République du Congo. Vous me pardonnerez d’alourdir un tout petit peu mon texte, au risque de le rendre labyrinthique, en évoquant dans un effort succinct l’histoire politique de ce pays dont les remous impliquent des adaptations dans la posture des personnages du roman.

Au moment où ce territoire, la République du Congo, acquiert son indépendance le 15 août 1960, il a pour président Fulbert Youlou, un Abbé assez fantasque fermement opposé au communisme et partisan fervent du libéralisme économique, qui bascula trois ans plus tard dans une sorte de dérive autoritaire et totalitaire qui lui fit perdre le pouvoir en 1963. L’évocation de l’idéologie a toute son importance car les successeurs de Fulbert Youlou opteront pour un régime socialiste. C’est Alphonse Massamba-Débat qui est désormais aux commandes, et il se réclame d’une idéologie socialiste qu’il veut répandre sur toute l’étendue du territoire. Son pouvoir est lui aussi de plus en plus affaibli par les velléités de revanche d’anciens fidèles de l’ancien président, mais aussi par des luttes internes au sein de son propre camp alimentées par des contradictions idéologiques sur le modèle de socialisme.

Il sera de plus en plus isolé et un groupe d’officiers progressistes originaires du Nord conduits par le Capitaine Marien Ngouabi et Denis Sassou Nguesso, encore au Pouvoir aujourd’hui, prendront le pouvoir et Marien Ngouabi deviendra président le 31 décembre 1968. Le Congo entre alors dans une période de grande instabilité avec l’installation du « socialisme scientifique », l’instauration de la République Populaire du Congo en 1970, et qui atteindra son point culminant avec l’assassinat du président Ngouabi en mars 1977. A dessein, je n’aborderai pas la prise du pouvoir par Denis Sassou Nguesso, son départ en 1991, puis son retour après l’intermède démocratique, la seule au demeurant, de Pascal Lissouba et… son maintien au pouvoir jusqu’à nos jours. L’évocation de cette séquence de la tumultueuse Histoire du jeune pays nous servira à mieux comprendre l’impact des revirements idéologiques dans la vie et la gestion de l’orphelinat.

Trêve de rappels historiques ! Rentrons maintenant, si vous le voulez bien de plain-pied dans la trame du roman

Petit Piment d'Alain Mabanckou

Lire le livre

Petit Piment c’est l’histoire d’un enfant abandonné dans un orphelinat dirigé par une mission, catholique à Loango. L’orphelinat, géré à la base par des missionnaires religieux, deviendra propriété de l’Etat après le virement idéologique et sera cédé aux autorités locales qui y nommeront un directeur en la personne de Dieudonné Ngoulmoumako, dont l’agressivité des méthodes disciplinaires en fait un personnage extrêmement craint tant par les pensionnaires que par le personnel. Face à la rigueur, au climat de peur et de terreur imposé par le système, Ngoulmoumako et ses comparses que sont ses neveux tant de la filiation matrilinéaire que patrilinéaire, lesquels, selon ces filiations bénéficieront d’un traitement particulier et d’un traitement de faveur de la part de leur mentor, un personnage arrivera à créer le seul exutoire de gaieté pour les jeunes pensionnaires, il s’agit du prêtre Papa Moupelo, qui leur rend visite une fois par semaine. C’est d’ailleurs lui qui affublera l’orphelin Petit Piment d’un sobriquet kilométrique : « Tokumisa Nzambe po Mose yamoyindo abotami namboka ya Bakoko« , qui signifie en lingala « Rendons grâce à Dieu, le Moïse noir est né sur la terre des ancêtres« . Tout chez Papa Moupelo était motif de bonheur pour les pensionnaires : de l’arrivée tonitruante de sa guimbarde pétaradante, la crachotante 4L à l’apprentissage de nouveaux chants accompagnés de pas de danse, la fameuse danse de la grenouille, sortis tout droit de la forêt équatoriale du nord du Zaïre peuplée par les tribus pygmées.

Toute chose ayant une fin. La parenthèse enchantée de Papa Moupelo s’achèvera, et ce sera Bonaventure Kokolo, le meilleur ami de Petit Piment qui en appréhendera les premiers signes et confiera à son ami que Papa Moupelo ne viendra plus. Petit Piment quoique n’ayant au départ pas accordé le moindre crédit à cette affirmation devra se résoudre à en accepter l’implacable véracité.

Les conjectures sur l’avenir maintenant que Papa Moupelo ne sera plus là seront coupées court lorsque Dieudonné Ngoulmoumako accompagné des redoutables surveillants réunira d’un air solennel les jeunes pensionnaires dans le local jadis utilisé par Papa Moupelo et y défit un carton d’où en sortirent des foulards rouges et une plaque sur laquelle on pouvait lire :

LOCAL DU MOUVEMENT NATIONAL DES PIONNIERS DE LA REVOLUTION SOCIALISTE DU CONGO

Le départ soudain de Papa Moupelo est concomitant à l’entame d’une ère nouvelle dans l’Histoire du pays avec des bouleversements politiques qui auront un impact dans la vie de l’orphelinat. C’est le directeur de l’orphelinat en personne qui annoncera cette ère nouvelle, celle de la Révolution Marxiste.

Dieudonné Ngoulmoumako prit ses airs de grand orateur et nous expliqua que nous étions les bâtisseurs et les garants de la Révolution socialiste scientifique. Sur sa veste, « juste au-dessus de là où battait son cœur », comme disaient certains, une épinglette rouge brillait avec trois lettres : PCT. Il fallait bien se rapprocher pour lire, écrit en tout petit sous ces lettres : Parti congolais du travail …

Ce nouveau virement idéologique entraîne un décuplement de la brutalité de Dieudonné Ngoulmoumako qui voit ses méthodes de gestion faire l’objet d’un contrôle plus accru de la part des nouvelles autorités. Face à cette déferlante de sévérité, Petit Piment pense à s’enfuir. Deux pensionnaires de l’orphelinat l’aideront dans ce dessein : les terribles jumeaux Songi-Songi et Tala-Tala. Ces derniers décident de tenter leur chance en ville, à Pointe Noire, Petit Piment va les y suivre. Les jumeaux espèrent y trouver leur chemin de Damas avec toutes sortes de petits trafics. Les pérégrinations de Petit Piment mettront sur son chemin une dame, Maman Fiat 500, tenancière d’une maison close, dans laquelle travaillent une dizaine de prostituées. Elle décidera de prendre sous son aile Petit Piment à qui elle pourvoira un travail et un logis décents. Un lien affectif solide unira Maman Fiat 500 à Petit Piment. La décision populiste du maire de la ville de faire raser le lieu où se trouvait la maison close de Maman Fiat 500 plongera Petit Piment dans une sorte de démence.

Au moment de conclure ce papier j’ai le sentiment d’avoir omis d’y évoquer quantité d’éléments émouvants en rapport notamment  avec la force et le caractère attachant des personnages ou la pugnacité de l’écriture. Il demeure de toute évidence constant, Alain Mabanckou réussit avec ce roman un pari : celui de juxtaposer ou mieux d’enchevêtrer, c’est selon, le récit du quotidien d’un orphélinat perdu en pleine forêt équatoriale prolongé par des pérégrinations ponténégrines de jeunes délinquants avec l’évocation un tantinet grave de la situation politique d’une jeune république en proie à des changements idéologiques impactant sur sa société. Encore plus impressionnant est le talent avec lequel Alain Mabanckou nous décrit le doigté avec lequel les citoyens s’accommodent de ces changements, le grotesque dans la mise au pas des populations, à qui on fera écouter en boucle la voix chevrotante du président sur un support fourni par le gouvernement. Mabanckou utilise une plume qui à mon avis a toujours fait, tout au début du moins toute sa particularité. On la retrouve au cours d’une des consultations de Petit Piment en proie à une démence qui se livre à une intrigante réflexion sur les compléments circonstanciels :

Si je n’ai pas mes compléments « circonstanciels » quand il faut qu’ils soient là, je ne peux donc plus me souvenir du temps, du lieu, de la manière, etc.. et mes verbes ils sont désormais tout seuls, ils deviennent des orphelins comme moi et dans ce cas, plus rien ne m’informe sur les circonstances des actions que je pose, c’est d’ailleurs pour cela qu’on appelle ces compléments « circonstanciels ».

Ou alors

Et quand on n’a pas de famille, il vaut mieux ne pas avoir un nom de famille.

Elle est bien résumée là, toute la richesse, la densité et la tendresse du récit.

Je vous souhaite une agréable lecture !

7 février 2024 0 Commentaires
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Lettres méridionales acte IV: "La Légende de l’Assassin" de Kangni Alem
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Lettres méridionales acte IV: « La Légende de l’Assassin » de Kangni Alem

par Éric Tchuitio 7 février 2024
Rédigé par Éric Tchuitio

Au cours de mes vacances estivales, mes pérégrinations de lecteur m’ont conduit vers un pays dont, je l’avoue, ma curiosité de lecteur ne m’avait jusqu’ici jamais mené. Il est d’une évidence implacable que le pays ayant enfanté des écrivains de talent comme Théo Ananissoh, Kossi Efoui ou Sami Tchak reste à coup sûr une escale inratable dans une expédition littéraire en Afrique francophone, voire en Afrique tout court. Mais au fond, à bien y réfléchir, n’est-ce pas là exactement l’objectif que nous nous sommes assignés, découvrir et faire découvrir l’Afrique à travers ses lettres. Eh bien cap pour Lomé ou mieux pour la ville imaginaire de Ti-Brava au Togo, avec La Légende de l’Assassin.

Quand on a entre ses mains La Légende de l’Assassin, le dernier roman de Kangni Alem, on est indubitablement interpellé par la couverture. À sa vue, on est à court d’imaginations. Quelles sont les clés nous permettant de décrypter le regard à la fois fuyant et perçant du monsieur sur la page de couverture ? Cette photo de couverture prête à n’en point douter le flanc à moult conjectures.

Entre autres dans nos hypothèses, il y a la propension à céder à la tentation de l’associer à la narration des péripéties caustiques d’un escroc à la petite semaine sorti tout droit de l’antre périurbain de l’une multiples cités africaines où la survie quotidienne est le parfait alibi utilisé par tout margoulin aux abois. C’est vrai, l’évocation de l’assassinat dans le titre freinera nos ardeurs devant l’aspect chétif et valétudinaire, un tantinet sympathique, du personnage en photo. On se dirait, on y est ! Nous voilà servis d’un exercice littéraire qui consisterait à démêler les écheveaux des aspérités de l’intrigue, véritable polar à la sauce tropicale.

Nous n’en sommes pas trop éloignés, le roman s’orientant par moments vers le genre policier. Je ne pourrais bien entendu pas me dédouaner de l’exercice, ô combien fastidieux eu égard au style unique de Kangni Alem, de faire un résumé de ce livre.

Une plume d’une beauté envoûtante

Mais avant, j’aimerais dire quelques mots sur la plume de Kangni Alem. C’est en effet un style d’une profondeur et d’une beauté envoûtant. On pourrait facilement faire le reproche à Kangni Alem de nous asséner avec une syntaxe paraissant confuse caractérisée par le recours à des formules empathiques. De grâce, ne vous laissez pas dissuader par cette spécificité syntaxique obéissant à la plume traditionnelle de l’auteur.

En vous arrêtant en cours de chemin, vous auriez loupé l’occasion de vous embarquer dans les méandres d’une intrigue surfant sur plusieurs thèmes : la justice et son application, le rapport qu’entretiennent les populations dans les sociétés africaines avec cette justice, mais surtout la mise en exergue d’une relation somme toute nouvelle dans nos sociétés africaines, mais perceptible de manière recrudescente et exponentielle dans la majorité d’entre elles, il s’agit de la frontière devenue très mince entre le politique et le religieux. Et cette intrigue alors, parlons-en.

On se trouve encore empêtré dans la syntaxe difficilement cernable que déjà, il faut se retrouver dans dès le début du livre dans l’embrouillamini de l’anthroponymie des personnages, en l’occurrence le nom du personnage central, cité ici par les initiales K.A. qu’on pourrait associer au nom de l’auteur Kangni Alem.

Je m’appelle Apollinaire, j’ai soixante-dix ans, un diabète, du cholestérol et je fais de l’hypertension. Ce tableau clinique généreux pourrait surprendre, si je ne m’empressais d’ajouter qu’il ne m’empêche pas aussi de m’offrir, de temps à autre, quelques plaisirs, ceux- là même qu’un vieillard sous les tropiques ne se refuse pas, même avec un risque d’AVC suspendu au-dessus de sa tête.

Couverture du roman "La légende de l'assassin" de Kangni Alem

Lire le livre

Dès l’entame de La Légende de l’Assassin, le décor est planté, le narrateur en la personne d’Apollinaire, s’exprimant ici à la première personne du singulier, est un avocat, à la santé fragile qui à l’approche de sa retraite décide de ressasser le souvenir des affaires qui ont fait le succès de sa carrière et de passer au crible celles pour lesquelles il n’a pas eu gain de cause. L’homme à la santé chancelante retrace, par le même coup, le parcours de sa vie tant sur le plan familial que sur le plan professionnel.

Éminent avocat, ce professionnel du droit a cumulé au fil de sa distinguée carrière un impressionnant palmarès de succès judiciaires. Cependant, une affaire se démarque, remontant aux prémices de son parcours. Trente-quatre ans plus tard, fort de l’expérience et de la sagesse acquises, il est désormais convaincu de l’existence d’incohérences significatives liées à ce dossier. Ces réflexions ont ravivé des zones d’ombre longtemps oubliées, motivant cet avocat chevronné à résoudre ces mystères restés jusqu’alors inexplorés.

La narration s’appuie sur un double plan temporel avec en commun un seul et même espace, TiBrava. L’avocat Apollinaire est confronté aux questionnements de ses souvenirs en 2012, le 21 avril, et l’affaire, ainsi que les faits faisant l’objet de ses questionnements, remontant à 1978. En cette année-là, en effet, le jeune Apollinaire est un jeune avocat qui embrasse à peine cette profession après de brillantes études de Droit. Il sera choisi comme avocat commis d’office pour défendre K.A., Koffi Adjata.

La fiction se rapproche de la réalité dans La Légende de l’Assassin

Il convient ici, de prime abord, de mentionner que pour ce qui est de cette affaire, la fiction se rapproche de la réalité, car les archives judiciaires togolaises nous informent en effet qu’en 1969, une des figures les plus en vue aujourd’hui du paysage politique togolais, Me Yaovi Agboyibo, connu surtout pour s’être vivement et courageusement opposé à Gnassingbé Eyadema l’ex-président dictateur, à cet avocat, disais-je avait été confiée une affaire au moment de son entrée au Barreau en 1969 : il devait défendre en sa qualité d’avocat commis d’office dans le dossier Adjata Koffi, un individu dont l’équilibre mental était sujet à caution, qui sera condamné à la peine capitale par un tribunal spécial dit Tribunal des crimes flagrants de sang. Le lendemain de la condamnation, Me Agboyibo est en train de rédiger son acte d’introduction de recours en grâce quand il apprend à midi à la radio que son client a été exécuté la veille à la suite du rejet de son recours en grâce qu’il aurait dûment introduit.

Voilà succinctement ce que la conscience collective togolaise a connu de cette scabreuse affaire, sa fictionnalisation est tout autant digne d’intérêt. Dans le roman, K.A. est accusé d’avoir tué dans le but d’obtenir le crâne dont il avait urgemment besoin pour l’enterrer exactement à l’endroit où il érigera le temple dont il se prétendait le prophète. Devant la célérité du bouclage du procès, l’avocat Apollinaire, en tentant de démêler les écheveaux de cette scabreuse affaire, nous promènent dans l’univers magico religieux des personnages qui ont gravité autour de Koffi Adjata. On y retrouve Joseph Bannerman occupant des hautes fonctions dans l’appareil de l’Etat, qui connait Apollinaire depuis l’université et dont l’épouse Rose n’a jamais laissé Apollinaire indifférent. Une autre figure capte notre attention, c’est celle du révérend Gail Hightower, pasteur évangélique rendu célèbre par des prêches dans les émissions à la télévision.

En essayant de comprendre ce qui lui a échappé à l’époque des faits, une époque où, il faut le rappeler, l’intrusion du politique dans le judiciaire ne permettait pas toujours la mise sur pied des saines conditions d’une instruction et d’un procès sereins, Apollinaire fera le procès de sa société, il rentrera dans la psychologie de ses habitants, en prise à des mythes et à des croyances rendant perméables toutes sortes de rumeurs et de discours absurdes, il présentera l’impact de la tradition, la force coercitive de la rumeur, l’impuissance des victimes livrées à l’irrédentisme des discours religieux. Apollinaire, à la quête de la vérité, essaie de trouver des explications au crime, de comprendre les raisons de l’acte criminel, de situer les responsabilités proches ou éloignées.

À la fin du roman La Légende de l’Assassin, devant la complexité du crime, le lecteur se retrouve lui-même au centre de multiples questionnements devant meubler son intime conviction sur l’acte posé, le lecteur se retrouve embarqué son corps défendant dans un réquisitoire où seront incriminés beaucoup plus d’acteurs qu’on ne le croyait. Ce curieux sentiment de perplexité, d’inachevé, de nécessité impérieuse d’un prolongement de la réflexion ont achevé de me convaincre de la beauté de ce roman.

Je vous souhaite une agréable lecture !

7 février 2024 0 Commentaires
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Lettres méridionales acte III: « Les maquisards » de Hemley Boum
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Lettres méridionales acte III: « Les maquisards » de Hemley Boum

par Éric Tchuitio 7 février 2024
Rédigé par Éric Tchuitio

Je viens d’achever à une vitesse peu ordinaire mais explicable à l’aune de l’ensorcelante et captivante beauté du livre, Les maquisards de Hemley Boum. Croyez-moi-même après avoir bouclé ce papier je suis persuadé de n’avoir pas épuisé la horde de dithyrambes qui se bousculent et se télescopent actuellement dans ma tête. Tout est à vous faire pâmer dans ce livre : une histoire palpitante avec un pari ô combien audacieux, slalomant entre fiction et événement historique, un style très original d’une auteure  qui monte en puissance, une construction avec un enchevêtrement d’intrigue brinqueballant, des personnages d’un héroïsme et d’un courage revivifiant, un tantinet attachants et tendres…

D’entrée de jeu on est interpelé par la couverture du livre Les maquisards, même si il faut le reconnaitre, le titre est très évocateur pour un lecteur camerounais. Le terme « maquisard » nous parle en effet; il nous renvoie à un flot d’images toutes opaques et ambigües dans notre esprit, peu ou prou méritoires, le tout dépendant du contexte de son emploi et du locuteur. Cette couverture, disais-je, son graphisme, représentation d’une végétation forestière, l’expression d’une beauté enchantée dans un rempart d’épines, nous plonge irrésistiblement dans la symbolique préfigurant le texte qui nous attend.

Chacun a sa petite idée, plutôt vague pour le coup, et ce que l’on soit camerounais ou même pas du tout, en raison de l’universalité de la figure historique, sur les dernières heures qui ont précédé la mort du charismatique  Ruben Um Nyobé, le Mpodol (le sauveur en langue Bassa) assassiné le 13 septembre 1958 en pleine forêt du pays Bassa. Si vous souhaitez vous soustraire à la rigueur et à la froideur liées à la scientificité des essais sur cette question, vous avez avec ce livre un bel exutoire.

Comme moi, vous reconnaitrez à Hemley Boum le mérite de nous embarquer dans les méandres d’une saga familiale dont les personnages gravitent autour du leader, et sa capacité à nous replanter le décor d’un événement historique longtemps tu et abordé encore aujourd’hui de manière alambiquée, le tout en maintenant la pression sur la fascination du lecteur, nous tenant ainsi en haleine avec un suspens captivant grâce à l’envoûtante mais attachante complexité du drame familiale qui se joue au moment même où un pays, le Cameroun, à une période cruciale de son Histoire, lutte pour son indépendance et sa liberté.

Le lecteur qui me suivra jusqu’ici brûlera d’envie de savoir l’histoire qui justifie cette longue tirade dithyrambique. Il me semble idoine, avant d’aborder l’intrigue même du roman Les maquisards, de rappeler le contexte historique ayant servi de toile de fond à ce beau récit.

Contexte historique

Le qualificatif de décolonisation française ne sied à priori pas, et ce d’un point de vue strictement juridique, au cas du Cameroun, ce pays n’ayant connu que la colonisation allemande de 1884 jusqu’à l’avènement de la première guerre mondiale (1914-1916). Si ce postulat reste constant, il n’en reste pas moins vrai que le C amerouna connu des résistances à la présence européenne après la Grande guerre. Ces résistances encore embryonnaires dans la période de mandat, seront plus virulentes après le régime de mandat qui sera remplacé par la tutelle. Le Cameroun est administré dans ce régime juridique sous le contrôle des Nations Unies nouvellement crées par la France et la Grande-Bretagne.

Le régime de tutelle (1946-1958) verra une association à dose très homéopathique des élites locales à la gestion des affaires. Leur implication se traduit par leur élection dans des assemblées locales crées pour accompagner le Haut-commissaire français dans le processus d’administration du territoire. L’Assemblée représentative Camerounaise (ARCAM) sera mise sur pied en 1946, supplantée par l’Assemblée territoriale Camerounaise (ATCAM)  en 1952 et enfin l’Assemblée Législative  Camerounaise (ALCAM) crée en 1956 à la suite des accords cadre fixant l’autonomie interne qui permettra une importante dévolution des pouvoirs législatifs aux élites issues du territoire. Le premier gouvernement camerounais à la tête duquel sera nommé un premier ministre Camerounais sera formé en 1957, c’est le gouvernement d’André Marie Mbida qui sera vite remplacé un an plus tard par celui de monsieur Ahmadou Ahidjo, futur président de la République.

De gauche à droite : Osende Afana, Abel Kinguè, Ruben Um Nyobe, Felix Moumié, Ernest Ouandié

De gauche à droite : Osende Afana, Abel Kinguè, Ruben Um Nyobe, Felix Moumié, Ernest Ouandié

Il convient ici de mentionner que les diverses élections qui seront tenues pour désigner les représentants du territoire siégeant dans ces diverses assemblées connaitront de sérieux et violents bouleversements en raison de la farouche résistance de l’Upc, parti politique d’obédience marxiste qui se révèlera être l’adversaire le plus redoutable de l’autorité de tutelle, et donc de la France et de ses affidés locaux. Le parti sera interdit dès 1955 et entrera dans la clandestinité. Le chef et la figure historique de ce parti, Ruben Um Nyobé deviendra donc la bête à abattre du pouvoir colonial et même de manière posthume du pouvoir camerounais par la suite.  Sa traque constituera le principal objectif du pouvoir colonial, il sera assassiné le 13 septembre 1958 en pleine forêt équatoriale, dans le maquis à Boumnyebel.

Les maquisards, un récit qui s’appuie sur ses personnages

Après ce bref mais nécessaire rappel historique, revenons au roman, à l’intrigue. De prime abord je voudrais avouer toute la difficulté à produire un court résumé du roman Les maquisards, l’auteure ayant opté pour une narration s’appuyant sur des focalisations sur ses personnages. Un personnage principal a la faculté de fédérer autour de lui l’enchevêtrement de l’intrigue. Il s’agit de Likak Lipem.  Lipem, c’est le nom de son défunt mari, qui l’a prise en épousailles par la force du destin : une union résultant d’une promesse faite longtemps à l’avance. Likak est la fille de Esta Ngo Mbondo Mjee. Aux yeux de certains lecteurs cette dernière pourrait apparaître comme le vrai personnage central du livre. Adolescente, sa mère Jeannette Mbondo Njee a travaillé comme femme de ménage chez le redoutable colon français Pierre Le Gall. Elle sera abusée par ce dernier, comme les autres jeunes filles qui seront mises à son service. De ce viol naîtra Esta.

Nous sommes à la croisée des destins, celui de Amos Manguele, ami d’enfance du Mpodol et qui lui sera fidèle jusqu’au sacrifice suprême. Il assurera l’éducation de son neveu Alexandre Nyemb, fils de Thérèse Nyemb et ami de Gerrard Le Gall, le fils de Pierre Le Gall plutôt proche des populations locales. Ce rapprochement à l’opposé de la cruauté de son père s’explique par les rapports tendus que ce dernier a toujours entretenus avec lui. Alexandre Nyemb en raison de son statut d’évolué, constitue aux yeux des colons le profil idéal de l’élite politique locale peu radicale et apte à faire des compromis avec le pouvoir colonial. Cette vision ne correspond pas à la réalité des convictions du jeune Alexandre Nyemb acquis lui aussi jusqu’au sacrifice suprême à la cause indépendantiste.  Amos Manguele est certes marié à Christine Manguele, mais il n’a jamais cessé d’aimer Esta Ngo Mbondo Njee avec laquelle il continuera à entretenir une relation amoureuse. Sa fille Likak elle aussi mariée restera fidèle à son premier amour qui n’est autre qu’Alexandre Nyemb et de laquelle secrète relation naîtra Kundé. Dans cette saga familiale, les mamans sont certes mariées, mais détiennent seules le secret sur la paternité réelle de leurs enfants.

Le drame familial

Couverture du roman "Les maquisards" de Hemley Boum

Lire le livre

Le drame familial coexiste avec un drame politique, car tous ses protagonistes sont sous le charme du charisme du Mpodol et lui sont d’une loyauté extrêmement obséquieuse. La haine née de la la jalousie amoureuse servira de terreau pour la trahison politique. Christine Manguele, l’épouse de Amos Manguele ne supportera plus de voir son mari entretenir une relation extra conjugale avec Esta Ngo Mbondo Njee qui joue un rôle déterminant dans la lutte indépendantiste auprès du Mpodol. Elle la trahira et provoquera ainsi son arrestation. Au moment de son arrestation on trouvera des documents compromettants pour le Mpodol et tout son réseau d’informateurs.

Le drame familial rencontrera encore le drame politique lorsque Kundé, venant de découvrir qui est son vrai père dénoncera en plein dîner organisé en l’honneur de son père, Alexandre Nyemb, l’appartenance de celui-ci au noyau dur du parti indépendantiste. Cette trahison facilitera la traque puis l’arrestation et l’assassinat du Mpodol. Alexandre  Nyemb qui croyait l’éviter par un malin subterfuge et sauver par le même coup son fils ne s’en remettra pas. Kundé disparaitra également à jamais, plongeant dans le désarroi sa pauvre maman Likak qui perd son seul amour et son unique fils. Likak ne fera jamais le deuil de son fils, jusqu’à cette lettre à elle parvenue, expédiée depuis la France en 1999….

On prend toute la mesure de la grandeur de ce combat dans la force des personnages.

Et il y en a ici des personnages aux psychologies particulières, d’ailleurs pour la simplification de la compréhension, l’auteure nous propose en début du livre un arbre généalogique qui favorise en démêlant les écheveaux une interaction dans les méandres de notre attention emberlificotée.

Les maquisards a le pouvoir magique de nous ramener sur la scène du crime, dans les pistes arpentées par les bourreaux d’Um Nyobè, tous aux ordres du pouvoir colonial français. Le livre a cette faculté de nous mettre en connexion avec l’exaltante réalité de la lutte  de l’Upc pour la liberté et l’indépendance totale du Cameroun. Nous sommes transportés dans la reconstitution de l’horrible traque du Mpodol  peignant au vitriol la barbarie et l’ignominie de la colonisation.

Mais plus que l’évocation de ce douloureux épisode de l’Histoire du Cameroun c’est le récit de cette saga familiale, c’est le souci industrieux de nous faire réfléchir sur le pouvoir, l’amour, l’amitié, la haine et le pardon, la révolte et la soumission qui est mis en exergue.

Les maquisards c’est aussi l’évocation d’un pays, le pays Bassa, peuple forestier en Afrique équatoriale, avec ses us et coutumes. L’accent est mis sur la place et le pouvoir des femmes dans la société Bassa. En nous introduisant avec une effraction espiègle dans l’intimité des rapports que ces femmes entretiennent avec le monde qui les entoure, Hemley Boum nous démontre une fois de plus son talent et son intelligence dans la description de la cosmogonie de ce peuple mythique.

Le thème de la fatalité et de l’impossibilité d’échapper à son destin est décliné avec brio dans les divers destins de nos personnages, alors même qu’ils se sont éloignés de l’aire géographique servant de trame au roman, Eséka, à l’instar de Gérard Le Gall fils du redoutable colon français, Pierre Le Gall, qui ne se projette un épanouissement possible que dans un retour en pays Bassa. Ce livre est une pépite, il y est dépeint le sacrifice à accomplir pour acquérir la liberté, il nous rappelle une évidence hélas mis aux encans, en l’occurrence l’âpreté du combat pour la vie.

Bonne lecture !

Hemley Boum est née en 1973 à Douala au Cameroun, elle aspire très tôt à la découverte du vaste monde. Le choix des sciences sociales option anthropologie n’est dès lors pas anodin et servira plus tard son écriture. L’obtention de sa maîtrise à l’Université Catholique d’Afrique Centrale lui permet de passer le concours de l’Université Catholique de Lille. Elle en sort nantie d’un DESS de commerce international et fera un troisième cycle de marketing. En 2010 paraît son premier roman, Le clan des femmes , puis en 2012 son deuxième roman Si d’aimer… ,  Les maquisards paru en mars 2015 est son troisième roman.

7 février 2024 0 Commentaires
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Zora Neale Hurston - Mais leurs yeux dardaient sur dieu
Amérique du NordLittératureNotes de lecture

« Mais leurs yeux dardaient sur Dieu » de Zora Neale Hurston : le luxe de vivre pour soi

par Sarah Assidi 6 février 2024
Rédigé par Sarah Assidi

Publié une première fois en anglais en 1937, Mais leurs yeux dardaient sur Dieu est un roman écrit par Zora Neale Hurston, dans un contexte de renouveau de la littérature américaine. Œuvre emblématique de la « Harlem Renaissance », elle s’inscrit dans la lignée des héritiers d’une nouvelle orientation littéraire, en rupture avec la tradition romantique au profit d’un réalisme critique soulevant des problématiques sociales. Toutefois, le roman ne se réduit pas à une histoire de race dans la mesure où son réalisme critique n’évince pas la question de l’émancipation amoureuse au cœur du roman. Paru le 13 septembre 2018 aux éditions Zulma, et traduit par Sika Fakambi, Mais leurs yeux dardaient sur Dieu est une histoire d’amour, tumultueuse et sensible, mêlant avec finesse problématiques sociales et prouesses poétiques.

« Donc au commencement il y avait une femme »

Zora Neale Hurston nous introduit avec douceur dans une Amérique violente et inégalitaire. Au début du roman, son personnage principal Janie est de retour dans la ville où s’enfilent médisance et mépris à l’encontre de son être beaucoup trop beau et trop volontaire pour des villageois démunis car « Le cœur envieux, ça fait les oreilles traîtresses ». Le portrait de Janie se dessine à travers l’allusion aux navires esclavagistes et une réflexion sur l’homme et sa faculté à se remémorer les êtres et les choses. La femme, introduite dans une intertexualité biblique, fait office de genèse du roman : elle est la source de l’histoire qui nous sera racontée à partir d’une longue analepse romanesque.

Conscience de soi

C’est le contact avec autrui qui nous permet d’appréhender notre être. Ce contact se fait violent, drôle et réflexif dans le récit qu’offre Janie à sa meilleure amie. Nous apprenons que Janie a grandi entourée de blancs, dans le confort d’une famille aisée, sous l’œil protecteur d’une grand-mère aimante. Protégée et déconnectée de la réalité de sa condition, Janie finit par découvrir qu’elle est noire à l’âge de six ans.

« Tellement j’en ai passé du temps avec eux les ptis blancs que jusqu’à mes six ans par là j’ai jamais su que j’étais pas blanche. »

Le récit de ses souvenirs emprunte un langage populaire aux syllabes mâchées et expressions idiomatiques dont la traduction tend à maintenir le sens. Progressivement, les contours de sa trajectoire se dessinent : fruit d’un viol, Janie est contrainte de réaliser les vœux de sa grand-mère, pour qui la protection est indissociable d’une vie de femme rangée, c’est-à-dire mariée et soumise à la volonté de son homme.

 

Mais leurs yeux dardaient sur dieu -Zora Neale Hurston

Lire le livre

Mariage de raison

Dès l’apparition de la métaphore florale de l’éclosion des sentiments liée au bourgeon du désir, le parfum des ennuis se fait sentir.

« Il l’avait appelée pour lui faire contempler un mystère. Sur les tiges brunes et nues l’apparition de bourgeons à feuilles reluisants ; entre ces bourgeons à feuilles la neigeuse virginité d’une floraison. Elle en fut profondément ébranlée. Comment ? Pourquoi ? C’était comme un chant de flûte oublié dans une autre existence. »

La grand-mère de Janie, Nanny, décide alors de la marier au « Broda Lodan Killicks » afin d’échapper aux souffrances du viol et de la défloraison immorale. Très vite, cette union se solde par un échec qui signe le passage à l’âge adulte de la jeune Janie

« Elle savait maintenant que le mariage ne faisait pas l’amour. Ainsi mourut le premier rêve de Janie, ainsi devint-elle femme. »

Ce premier échec marital succède à un second échec qui voit se dissiper « la floraison des choses ».

La floraison des choses

Malgré la violence des sujets dans le livre de Zora Neale Hurston tels que le machisme, l’esclavage ou le viol, la langue emprunte des voies poétiques insoupçonnées. Parmi ces voies, tout au long du roman, nous assistons à une « floraison des choses » fragile et délicate. Janie, inconsciente de sa beauté et de sa force, se plie progressivement aux battements de son cœur et, après s’être mariée à un homme ambitieux et autoritaire (Jody) décrit comme un « tourbillon parmi la brise », décide de cesser d’être « une corolle de pétales ouvertes pour lui ». Dès lors, la violence conjugale voit s’anéantir ses rêves de plénitude dans une extrême poésie qui lui rendra justice.

« Comme elle ne lisait pas de livres elle ne savait pas qu’elle était le monde entier et les cieux concentrés en une seule goutte. »

Le luxe de vivre pour soi

Lorsque le second époux de Janie décède, la libération se fait physique et capillaire. Une longue natte remplace alors le fichu dont l’affublait de force son mari. « Le monde en bouteille », Janie fait la rencontre de Tea Cake, 10 ans son cadet. Celui-ci n’a ni parcelle de terre, ni boutique, mais un langage poétique à vous renverser. Soupçonné d’opportunisme, Tea Cake suscite méfiance et mise en garde. Pourtant, il est le personnage qui confirmera l’autodétermination de Janie. Soucieux de son bonheur, il permet à Janie de s’affirmer. Dans le même temps, les maux de la société sont criblés de critiques : le colorisme de Mrs Turner cherchant à « clarifier la race » est tourné en dérision, les rapports sociaux entre personnages noirs et personnages blancs sont déconstruits et dans un élan d’amour et de libération Tea Cake assène un coup de poésie et de bonheur ultime en offrant à Janie, dans une Amérique ségrégationniste, le luxe de s’aimer et de s’accepter.

Ainsi, le roman de Zora Neale Hurston se démarque par la puissance de sa poésie et le génie de la romancière qui n’en a pas fait un simple roman à thèse. Les multiples rebondissements du parcours de son héroïne et la poésie avec laquelle sont traitées les questions sociales nous enseignent que charité bien ordonnée commence par soi-même. Les notions de sacrifice, de bonté soumise et de dépendance s’estompent au profit du libre arbitre d’une héroïne qui tout au long du roman s’accordera le luxe de vivre pour soi.

6 février 2024 0 Commentaires
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Qui Remportera le Prix Voix d'Afriques 2024 ? 4 Romans en Lice
ActualitéAfriqueÉvénements

Qui Remportera le Prix Voix d’Afriques 2024 ? 4 Romans en Lice

par La redaction 6 février 2024
Rédigé par La redaction

Qui succèdera cette année à l’auteure camerounaise Ernis, lauréate 2022 du prix Voix d’Afriques avec son roman Comme une reine ? Nous le saurons le 20 février 2024. En lice pour cette édition, quatre auteurs venant du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, de la République Démocratique du Congo et de la Guinée :

  • L’enfant de la forêt de Leila Marquès, 
  • Ces soleils ardents de Nincemon Fallé.
  • Le discours de l’inconscience de Steve Aganze,
  • Mosaïques éparses d’Alpha Seck.

Le Prix « Voix d’Afriques » est un concours littéraire initié par les éditions JC Lattès et RFI, en partenariat avec la Cité internationale des arts, visant à faire émerger les jeunes auteurs et autrices de langue française du continent africain. Il s’adresse à toute personne majeure et de moins de 30 ans, n’ayant jamais été publiée et résidant dans un pays d’Afrique. 

Les candidatures pour le concours se sont déroulées du 21 novembre 2022 au 31 janvier 2023. Le lauréat de cette édition sera choisi par un comité d’experts sous la présidence de Mohamed Mbougar Sarr, lauréat du prix Goncourt en 2021. 

Le gagnant bénéficiera d’un atelier-logement sur le site du Marais de la Cité internationale des arts de septembre à novembre 2024, d’une bourse de vie de 800 euros par mois, d’une proposition d’un contrat d’édition avec une publication en livre papier et en livre numérique par les éditions JC Lattès, ainsi que d’un accompagnement artistique et professionnel. 

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ActualitéCaraïbesÉvénements

Nadia Chonville avec sa saga martiniquaise “Mon cœur bat vite”, en lice pour le Prix VLEEL2023 Mention Spéciale.

par Acèle Nadale 5 février 2024
Rédigé par Acèle Nadale

Nadia Chonville, avec son roman Mon cœur bat vite (Mémoires d’encrier), a réussi à traverser le premier tour de sélection pour la Mention Spéciale du Prix VLEEL 2023.

Nadia Chonville - Mon cœur bat vite

Lire le livre

Mon cœur bat vite est une histoire de famille. Kim et Edith sont frère et sœur. Demain a lieu le procès de Kim. Il y a 5 ans, Kim a été prise d’une folie meurtrière et a entre autres tué le fils d’Edith. Il dit vouloir venger les femmes de sa famille. Qu’est-ce qui pousse quelqu’un à exécuter son propre sang ? La veille du procès de son frère pour l’homicide de son fils, Edith décide de revoir cette journée où tout a basculé. Comment ? Edith et Kim font partie d’une longue lignée de prêtresses Vaudou qui remonte à Ayo, une sorcière du Dahomey. Edith a hérité entre autres de la capacité de naviguer entre le monde des morts et des vivants. C’est ainsi qu’elle nous amène au cœur de ce drame familial.

Nadia Chonville signe un roman très fort sur la Martinique et pour les Martiniquais avant tout. L’occasion d’ouvrir des conversations sur les théories telles que la spiritualité, la famille, les questions de femmes, l’importance de la transmission.

Chrystelle Ngoulou

 

Nadia Chonville est une autrice, romancière et nouvelliste martiniquaise, née le 14 mai 1989. Elle est titulaire d’un doctorat en sociologie et démographie, et est également professeure d’histoire-géographie. Elle est connue notamment pour ses romans de fantasy et est engagée en tant que féministe.

Le Prix VLEEL, organisé par Varions Les Éditions En Live, est un prix littéraire qui vise à récompenser chaque année des auteurs et des maisons d’édition, offrant ainsi une certaine reconnaissance pour leur travail. Le prix est ouvert à tous les amoureux de la littérature, qui ont la possibilité de voter parmi une sélection opérée par l’équipe organisatrice de VLEEL. 

La quatrième édition du prix a introduit une nouvelle catégorie pour le second tour, permettant au public de voter pour des livres qui n’ont pas été discutés lors des rencontres de l’année. Cette initiative met en lumière l’engagement du prix envers l’indépendance éditoriale et offre une plateforme supplémentaire aux auteurs et maisons d’édition indépendantes. 

Le vote pour le second tour est ouvert jusqu’au 18 février 2024, et les résultats seront annoncés le 19 février 2024.

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Prix Ahmadou Kourouma 2024
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Les 5 Finalistes du Prix Ahmadou Kourouma 2024

par Acèle Nadale 5 février 2024
Rédigé par Acèle Nadale

La sélection pour le Prix Ahmadou Kourouma 2024 reflète un éventail de thématiques et de styles narratifs, allant de l’exploration des identités et des mémoires à la peinture des défis sociopolitiques et culturels contemporains.

1- Bessora : Vous, les ancêtres (J.C. Lattès)

 

COuverture du roman "Vous, les ancêtres" de BessoraFinalistes du Prix Ahmadou Kourouma 2024

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Résumé :

La destinée d’une femme, orpheline, boiteuse, esclave qui rêve pour elle et les siens d’un royaume.

1684, région des Cornouailles. À seize ans, Jane se retrouve accusée de vol et est déportée aux Amériques pour être vendue. Celle qui était l’orpheline au narcisse, la fille non désirée, la boiteuse, devient l’esclave blanche. Durant ces années d’exil, elle découvre dans la Bible un verset qui promet une descendance puissante à une boiteuse affligée. Elle ?
1848, Paris. Johann part pour le Gabon à la recherche des gorilles. Là-bas, il découvre un secret qui le relie à une dynastie de boiteux qui traversent les temps et les mondes pour se délivrer de chaînes invisibles.
Entre ces deux époques, c’est toute une fresque familiale étonnante que tisse Bessora. Elle explore avec la même grâce la vérité de l’Histoire et le réalisme magique.

 

2- Charline Effah : Les femmes de Bidibidi (Emmanuelle Collas)

 

Couverture du roman "Les femmes de Bidibibi" de Charline EffahFinalistes du Prix Ahmadou Kourouma 2024

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Résumé :

Après la mort de son père, Minga apprend que sa mère, Joséphine, a disparu dans des circonstances mystérieuses en Afrique de l’Est, où elle travaillait pour une ONG. Pour tenter d’en savoir plus, elle se rend dans le camp de Bidibidi, au nord de l’Ouganda, où vivent les populations fuyant la guerre civile qui fait rage au Soudan du Sud. Elle découvre que tout tourne autour d’une femme : Rose, dont la mémoire hante chaque recoin du camp. Si elle veut savoir le fin mot de l’histoire, Minga doit trouver Rose.

Avec Les Femmes de Bidibidi, Charline Effah raconte comment les survivantes des violences domestiques ou des viols de guerre tentent de se reconstruire et réinventent l’amour loin de la brutalité des hommes qui les ont mal aimées. Brisant les tabous, elle nous livre un roman bouleversant et universel sur le corps des femmes. Le roman de la réparation.

Charline Effah est née au Gabon. Aujourd’hui à Paris, cheffe d’entreprise le jour, elle écrit la nuit. Pour Les Femmes de Bidibidi, Charline s’est rendue sur place au nord de l’Ouganda.

 

3- Balla Fofana : La Prophétie de Dali (Grasset)

 

Couverture du livre "La prophétie de Dali" de Balla FofanaFinalistes du Prix Ahmadou Kourouma 2024

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Résumé :

Balla voit son monde s’effondrer lorsque son père abandonne subitement la concession familiale. Jusqu’alors, lui et ses amis jouaient, insouciants, dans la brousse de l’Ouest malien. Souhaitant garantir un avenir à ses enfants, sa mère quitte le village et emmène sa progéniture de Kayes à Bamako et de Bamako à Paris. Arrivé dans une France froide et inhospitalière, Balla ne connaît rien des codes de ce nouveau pays et devient, à six ans, la risée de son école et bientôt de toute sa famille. Squattant chez les uns chez les autres, l’enfant nomade se plonge dans le mutisme et rêve secrètement de revoir son père. Dali, une griotte qui pratique l’art de la divination, prédit un avenir radieux à l’élève parqué dans une classe destinée “aux enfants arriérés ». Depuis, le petit garçon est obsédé par l’intelligence et l’acquisition de la connaissance. Mettra-t-il fin au désespoir de sa mère qui l’emmène de force dans ses cours d’alphabétisation pour essayer de le sortir d’affaire ? Parviendra-t-il à se faire une place dans sa fratrie qui ne croit pas en lui ? La prophétie de Dali se révélera bien plus qu’une simple chimère…

Dans une langue aussi imagée qu’enjouée, Balla Fofana nous livre un très beau premier roman, largement inspiré de sa propre histoire. Il y raconte l’exil à hauteur d’enfant, la violence sourde qu’il engendre, mais surtout la force d’une femme, sa mère, à laquelle il rend un magnifique hommage.

 

4- Libar M. Fofana : Un arc-en-ciel dans les ténèbres (Gallimard | Continents noirs)

 

Couverture du roman "Un arc-en-ciel dans les ténèbres" de Libar M. FofanaFinalistes du Prix Ahmadou Kourouma 2024

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Résumé :

Les homos m’ont pas soutenu pour les papiers, regretta Lansana, mais ils m’ont pas rejeté non plus. Ils m’ont même traité en ami. La pensée lui vint que ces gens qu’il détestait sans raison n’étaient pas seulement à l’opposé des stéréotypes véhiculés par les bigots et les sermonneurs. Ils étaient aussi, avec Abdel et madame Henriette, les seuls à l’avoir accepté et aidé. » Nous sommes à Marseille, de nos jours. Lansana Camara, jeune Guinéen privé de carte de séjour, sans emploi, exilé, connaît la faim, la solitude, l’errance, l’exclusion pour tout. Son histoire rocambolesque, porteuse de personnages vrais et truculents, déclenche un étonnant comique de situation dans un récit qui tord le cou au désespoir comme à l’intolérance.

5- Mahmoud Soumaré : Terre des sans-patrie (Les classiques Ivoiriens)

 

Terre des sans-patrie de Mahmoud Soumaré

Résumé :

… Je sus surtout, ce jour-là, que j’allais repartir avec de nombreuses revues et qu’ensuite je me rendrais avec allégresse chez Maximilien, l’homme apparemment muet.

Etait-il un bègue qui préférait se taire? Cette question, je continuais de me la poser avant d’avoir lu que Méditer, c’est combattre ce qui nous rend inhumains.

Maximilien méditait à tout moment.

Sa tête aux contours singuliers et toujours bien pointée vers le ciel et son profond silence lui conféraient une allure d’extra-terrestre en permanente communion avec le monde quantique. Des femmes seraient horrifiées de m’entendre dire que cet homme me plaisait, que son sourire indescriptible me fascinait. Je me fis la promesse de revenir le revoir une autre fois, d’autres fois, en temps normal, non parce que je voyais en lui un homme à épouser et avec qui je pourrais faire un long et paisible chemin, mais parce que je ne cessais de me dire qu’en temps de répit dans le combat quotidien que je menais pour la survie de mes cinq enfants et de tous les enfants du Ravin, ce sachant pourrait m’apprendre à devenir plus forte, à demeurer debout, rationnelle et généreuse dans mon monde physique désarticulé où, en mon sens, tout devait s’articuler pour qu’il n’y ait ni apatride ni pauvre détenteur de patrie…

Le Prix Kourouma est un prix littéraire suisse créé en 2004 et décerné annuellement par le Salon international du livre et de la presse de Genève. Il porte le nom de l’écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma et récompense un auteur d’expression française, africain ou d’origine africaine de l’Afrique subsaharienne, pour un ouvrage de fiction – roman, récit ou nouvelles – qui reflète l’esprit d’indépendance, de lucidité et de clairvoyance, en accord avec l’héritage littéraire et humaniste de Kourouma.

 

Le jury du Prix Ahmadou Kourouma est composé de personnalités telles qu’Isabelle Rüf, critique littéraire pour Le Temps, qui en est la présidente, et Romuald Fonkoua, professeur des universités et Directeur du Centre International d’Études francophones (CIEF) à l’Université Paris-Sorbonne, qui en est le vice-président.

À leurs côtés, Timba Bema Écrivain, poète et slameur, Isabelle Chariatte, autrice et professeure à l’université de Bâle – Faculté des lettres et des sciences humaines, Christine-Le-Quellec-Cottier, Professeure titulaire UNIL – Faculté des Lettres Section de français, littératures francophones et Valérie Marin La Méslée, Journaliste littéraire au service culture du Point, collaboratrice du site Le Point Afrique, et autrice.

Le Prix Ahmadou Kourouma est doté d’une somme de 5000 francs suisses. La cérémonie de remise du prix pour l’année 2024 aura lieu le vendredi 8 mars à 18h30, dans le cadre du salon du livre de Genève. En 2023, l’autrice franco-rwandaise Beata Umubyeyi Mairesse a remporté le prix pour son roman Consolée publié aux éditions Autrement.

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Dany Laferrière, GL Portrait/Alamy
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Dany Laferrière, Grand Prix des Ambassadeurs Francophones

par La redaction 5 février 2024
Rédigé par La redaction

L’écrivain haïtien Dany Laferrière, membre éminent de l’Académie française, a récemment été mis à l’honneur en recevant le Grand Prix des Ambassadeurs francophones. Cette récompense vient s’ajouter à un palmarès déjà impressionnant, soulignant l’importance de son œuvre dans le paysage littéraire francophone.

Le 1ᵉʳ février 2024, l’écrivain haïtien Dany Laferrière a été honoré du Grand Prix des Ambassadeurs francophones à Paris, pour son livre Petit traité sur le racisme, réédité sous le titre Petit traité du racisme en Amérique en 2023 par les Éditions Grasset. Ce prix, attribué par le Groupe des Ambassadeurs Francophones, vise à célébrer la contribution à la langue française et à la culture internationale.

Cette distinction est une reconnaissance annuelle attribuée à un écrivain de langue française. L’Ambassade d’Haïti en France a exprimé ses vives félicitations à Dany Laferrière, saluant son talent et sa contribution au rayonnement de la culture haïtienne.

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Dans Petit traité du racisme en Amérique, Dany Laferrière aborde le thème du racisme aux États-Unis à travers une série de courts textes, similaires aux haïkus, qui fonctionnent comme des instantanés. Ces écrits dépeignent diverses scènes, racontent des fragments d’histoire et brossent les portraits de figures marquantes, notamment des femmes admirées par l’auteur. Il rend aussi un vibrant hommage à des figures féminines clés, telles que l’écrivaine Maya Angelou, Toni Morrison, Prix Nobel de littérature, Bessie Smith, célèbre chanteuse de blues, et Harriet Tubman, icône de la lutte anti-esclavagiste.

Natif de Port-au-Prince en 1953, Dany Laferrière a commencé sa carrière comme journaliste en Haïti avant de s’exiler à Montréal en 1976. Son premier roman, publié en 1985, a ouvert la voie à une œuvre riche et variée, comptant plus de trente titres à ce jour. En 2013, son élection à l’Académie française a marqué un jalon historique, faisant de lui le premier Haïtien à intégrer cette institution.

5 février 2024 0 Commentaires
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Préselection-Prix5Continents
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Révélation des 10 finalistes de la 22e édition du Prix des 5 continents : Qui sont-ils ?

par Chrystelle Ngoulou 5 février 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

Le Prix des 5 Continents de la Francophonie récompense chaque année une œuvre littéraire de fiction (roman, récit, nouvelles) qui contribue à la promotion de la langue française. Ce prix met en valeur le travail des écrivains de l’espace francophone sur tous les continents. 

Les six comités de lecture ont annoncé en décembre dernier les 10 romans finalistes de la 22ᵉ édition du Prix des 5 continents de la Francophonie 2024. Voici les romans sélectionnés :

1- Les marins ne savent pas nager de Dominique SCALI (Canada-Québec), éditions La Peuplade (Canada-Québec).

Prix des 5 continents - Les marins ne savent pas nager de Dominique SCALI

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Résumé : Danaé Berrubé-Portanguen dite Poussin possède le rare don de savoir nager. Orpheline, tour à tour sauveuse et naufrageuse, elle vit au milieu de l’Atlantique, sur l’île d’Ys, berceau d’un peuple obsédé par l’honneur et le courage. Une île où même les terriens se vantent d’être marins, où seuls les plus braves ont le privilège de vivre dans la cité fortifiée, à l’abri des grandes marées d’équinoxe. Suivant le destin des riverains qui doivent se partager plages et marges, Danaé Poussin se soumettra aux cycles qui animent les mouvements de la mer comme à ceux qui régissent le cœur des hommes. Les marins ne savent pas nager s’adresse à celles et ceux qui, un jour, se sont demandé si c’était la montée des eaux qui les faisait pleurer ou leurs larmes qui faisaient monter les eaux. Dominique Scali signe un roman d’aventures maritimes époustouflant, campé dans un XVIII siècle alternatif salé par l’embrun et rempli de la cruauté du vent.

 

2- Ainsi pleurent nos hommes de Dominique CELIS (Belgique – Rwanda), éditions Philippe Rey (France).

Ainsi pleurent nos hommes de Dominique CELIS

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Résumé : Kigali, 2018. Depuis sa rupture avec Vincent, Erika vit sur un fil, et écrit à sa sœur pour  » exorciser de son corps  » un amour-dévastation qui l’habite toujours. Elle raconte son histoire, mais également celle des êtres fragiles auxquels elle est attachée, qui eux aussi tentent de vivre. Avec James, son frère second hand, Manzi, le séduisant karatéka, Maman Colonel, Tonton Damas, les cœurs débordants comme la mousse des bières décapsulées au bar L’Église, ils reconstruisent une nouvelle famille qui illumine ce roman.
Du Rwanda, pays aux mille collines florissantes, où après le génocide des Tutsis chacun a été forcé de tourner la page, Dominique Celis montre que derrière la rhétorique officielle d’unité nationale chacun a  » incarcéré ses peines à perpète « . Des blessures sans cesse ravivées lorsqu’on peut croiser les bourreaux d’hier au détour d’une station-service ou sur la rive calme du lac Kivu…
Dans ce saisissant premier roman, Erika fait le récit d’un amour qui tente de résister à la fatalité tragique héritée du passé. Même lorsque Vincent se sépare d’elle, leur passion charnelle ne faiblit pas, et c’est une femme vibrante de regrets, encore taraudée par le désir, qui rédige ces lettres splendides, puisque sur sa peau  » rien ne veut s’effacer « .

 

3- La musique déréglée du monde de Karim AKOUCHE (Canada – Québec), éditions Druide (Canada-Québec).

Prix des 5 Continents - La musique déréglée du monde de Karim AKOUCHE

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Résumé :  Sol est né dans la faille de l’Histoire. Ses parents ont été assassinés dès sa naissance. Sauvé par un vieux révolutionnaire, il vit avec lui dans le maquis. Pour l’aider à supporter les horreurs de la guerre, son grand-père adoptif l’initie à l’écriture de la poésie, lui récite des histoires fascinantes et lui promet de l’emmener un jour dans le pays imaginaire de l’ours blanc et du kangourou. Lorsque son protecteur est emprisonné, Sol se réfugie dans une ferme où, avec d’autres saltimbanques, il crée la troupe des Artistes Affamés pour défier les balles et le chaos.

 

 

 

4- Ce que je sais de toi d’Eric CHACOUR (Canada-Québec – Egypte), éditions Alto (Canada-Québec).

Eric Chacour - Ce que je sais de toi

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Résumé : Le Caire, années 1980. La vie bien rangée de Tarek est devenue un carcan. Jeune médecin ayant repris le cabinet médical de son père, il partage son existence entre un métier prenant et le quotidien familial où se côtoient une discrète femme aimante, une matriarche autoritaire follement éprise de la France, une sœur confidente et la domestique, gardienne des secrets familiaux. L’ouverture par Tarek d’un dispensaire dans le quartier défavorisé du Moqattam est une bouffée d’oxygène, une reconnexion nécessaire au sens de son travail. Jusqu’au jour où une surprenante amitié naît entre lui et un habitant du lieu, Ali, qu’il va prendre sous son aile. Comment celui qui n’a rien peut-il apporter autant à celui qui semble déjà tout avoir ? Un vent de liberté ne tarde pas à ébranler les certitudes de Tarek et bouleverse sa vie.
Premier roman servi par une écriture ciselée, empreint d’humour, de sensualité et de délicatesse, Ce que je sais de toi entraîne le lecteur dans la communauté levantine d’un Caire bouillonnant, depuis le règne de Nasser jusqu’aux années 2000. Au fil de dévoilements successifs distillés avec brio par une audacieuse narration, il décrit un clan déchiré, une société en pleine transformation, et le destin émouvant d’un homme en quête de sa vérité.

 

5- La prophétie de Dali de Balla FOFANA (France – Mali), éditions Grasset et Fasquelle (France).

22e édition du Prix des 5 continents - La prophétie de Dali de Balla FOFANA

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Résumé : Balla voit son monde s’effondrer lorsque son père abandonne subitement la concession familiale. Jusqu’alors, lui et ses amis jouaient, insouciants, dans la brousse de l’Ouest malien. Souhaitant garantir un avenir à ses enfants, sa mère quitte le village et emmène sa progéniture de Kayes à Bamako et de Bamako à Paris. Arrivé dans une France froide et inhospitalière, Balla ne connaît rien des codes de ce nouveau pays et devient, à six ans, la risée de son école et bientôt de toute sa famille. Squattant chez les uns chez les autres, l’enfant nomade se plonge dans le mutisme et rêve secrètement de revoir son père. Dali, une griotte qui pratique l’art de la divination, prédit un avenir radieux à l’élève parqué dans une classe destinée “aux enfants arriérés ». Depuis, le petit garçon est obsédé par l’intelligence et l’acquisition de la connaissance. Mettra-t-il fin au désespoir de sa mère qui l’emmène de force dans ses cours d’alphabétisation pour essayer de le sortir d’affaire ? Parviendra-t-il à se faire une place dans sa fratrie qui ne croit pas en lui ? La prophétie de Dali se révélera bien plus qu’une simple chimère…

Dans une langue aussi imagée qu’enjouée, Balla Fofana nous livre un très beau premier roman, largement inspiré de sa propre histoire. Il y raconte l’exil à hauteur d’enfant, la violence sourde qu’il engendre, mais surtout la force d’une femme, sa mère, à laquelle il rend un magnifique hommage.

 

6- Rives d’où je vous veille de Jean Baptiste LANNE (France), éditions Présence africaine (France).

Rives d'où je vous veille de Jean Baptiste LANNE

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Résumé : Après une absence de quatre ans, Gabriel revient à Nairobi pour retrouver deux femmes, Mbonoko et Nancy Gloria, figures mythiques des quartiers populaires de la capitale kenyane. Leur ambition dévorante les a poussées à fonder une radio célèbre, devenir des cheffes, voyager sur l’Atlantique, élever des coqs de combat et mener la Grande Guerre nubienne-luhya de l’automne 2004. Accompagné d’un jeune chauffeur de taxi, Gabriel retrouve leur trace et obtient d’elles la possibilité de recueillir leurs récits. Mais les entretiens ne se passent pas comme prévu. La parole déborde. Peu à peu, c’est une ville hallucinée qui se déploie sous ses yeux. Elle ne le quittera plus. Cette ville-autre qui s’empare de lui, le poursuit sur les boulevards, à l’arrière des taxis, jusque dans les couloirs vides de son petit hôtel, c’est la ville des opprimés et des effarés, la ville des premières désillusions, dont l’histoire n’a jamais été prise au sérieux.

 

7- Évocation d’un mémorial à Venise de Khalid LYAMLAHY (Maroc), éditions Présence africaine (France).

Évocation d’un mémorial à Venise de Khalid LYAMLAHY

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Résumé : Un après-midi de janvier 2017, un jeune réfugié gambien se jette dans le Grand Canal de Venise et se noie sous les regards et les insultes des passants. Il s’appelait Pateh et avait vingt-deux ans. Hanté par ce drame, un jeune écrivain se lance sur ses traces et tente de reconstruire le fil des événements, de mettre en mots son choc et son indignation. Dans un récit en fragments où s’entremêlent fiction et réalité, le narrateur consulte les sites d’information, cherche des indices dans la presse, dévoile des vérités enfouies dans les pages de l’histoire et de la littérature. Au fil d’une quête riche en surprises et en émotions, d’autres histoires se greffent à la première pour sauver de l’oubli des jeunesses noyées dans le tourbillon de l’actualité. De l’Afrique des racines et des ruptures à la Venise des mythes et des illusions, l’écriture est à la fois poétique et solidaire : elle dénonce la haine de l’autre et esquisse un mémorial littéraire pour la dignité humaine.

 

 

8- Peine des Faunes de Annie LULU (Congo – Roumanie), éditions Julliard (France).

Préselection Prix des 5 continents - Peine des Faunes de Annie LULU

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Résumé : Peine des Faunes nous plonge dans la vie quotidienne d’une famille tanzanienne en 1986. Rébecca élève huit enfants. Sa fille aînée, Maggie, rêve d’étudier à l’université. Mais Rébecca entre en lutte contre une compagnie pétrolière sur le point d’exproprier les habitants de son village natal. Son départ précipité fait brutalement basculer le destin de Maggie et pose la première pierre d’une tragédie familiale s’étirant sur cinq générations.
De la Tanzanie des années quatre-vingt à l’Écosse contemporaine, Peine des Faunes est une ode poétique à la fragilité de la condition humaine et un urgent plaidoyer pour le vivant. Tissant ensemble les thématiques féministe et environnementale, Annie Lulu brosse une galerie de portraits de femmes inoubliables, dont le combat pour la liberté et la justice finira par être récompensé.

9- Chocolaté de Samy MANGA (Cameroun), éditions Ecosociété (Canada-Québec).

Préselection Prix des 5 continents - Chocolaté de Samy MANGA

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Résumé : De la plantation à notre tablette de chocolat, Samy Manga raconte avec brio tout un monde d’exploitation, à la frontière de l’intime et du politique.
À dix ans, Abéna travaille avec son grand-père dans les plantations de cacao, au Cameroun. Ce vaillant petit général des forêts équatoriales va vite prendre la mesure des dégâts humains et environnementaux causés par la monoculture de la précieuse fève à la base du chocolat. Alors que les pays d’Afrique fournissent environ les deux-tiers de la production mondiale de cacao, que se cache-t-il derrière le commerce de cette matière première parmi les plus prisées au monde ? Au Nord, petits et grands raffolent de desserts et friandises, mais sont-ils conscients de la misère que la « cacaomania » inflige à l’Afrique ?
À travers le parcours d’Abéna, Chocolaté nous révèle le côté obscur de la culture du cacao, emblématique des rapports économiques néocoloniaux qu’entretiennent les multinationales de l’or vert avec les pays du Sud. Pauvreté des producteurs, travail forcé des enfants, empoisonnement aux pesticides, contamination des eaux et des sols, déforestation massive, perte de biodiversité… Pour les pays producteurs africains qui ne touchent qu’une infime fraction des dizaines de milliards de dollars engrangés chaque année par l’industrie, la culture du cacao a un goût bien amer.
Dans ce récit vivant où s’entrecroisent habilement l’élan poétique, la transmission de la mémoire ancestrale et l’indignation politique, Samy Manga nous emmène au pays de son enfance, sous le grand manguier où se tient la vente annuelle du cacao. Au cœur de la nuit retentit son cri de rage devant la violence de l’exploitation des ressources et des humains du Continent Premier.

 

10- Une somme humaine de Makenzy ORCEL (Haïti), éditions Rivages (France).

Prix des 5 continents - Une somme humaine de Makenzy ORCEL

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Résumé : La voix de l’héroïne nous parvient depuis l’outre-tombe. À la fois anonyme et incarnée, c’est la voix d’une seule femme et de toutes les femmes. Elle nous raconte dans des carnets dérobés au temps et à la mort une enfance volée, une adolescence déchirée, une vie et un destin brisés.
Ayant grandi dans un village de province où règnent la rumeur et la médisance, négligée par ses parents, surtout par sa mère qui lui préfère les roses de son jardin, c’est à peine si elle trouve quelque réconfort auprès de sa grand-mère plus aimante. Elle s’échappe à Paris dans l’espoir de mener une vie à l’abri des fantômes du passé. Elle y poursuit des études de lettres à la Sorbonne, rencontre l’amour avec un homme ayant fui la guerre au Mali, fait l’expérience du monde du travail, avant de subir finalement l’épreuve de l’abandon et de sombrer dans l’irréversible errance.
En nous livrant l’autobiographie d’une morte dans une langue fulgurante, Makenzy Orcel nous fait pénétrer, à travers cette Somme humaine, deuxième volet d’une trilogie initiée par L’Ombre animale, dans le ventre poétique du monde.

 

Le Prix des cinq continents de la Francophonie est un prix littéraire créé en 2001 par l’Organisation internationale de la Francophonie. Le ou la lauréat(e) et la mention spéciale sont choisis par le jury international, présidé par Paula Jacques (Égypte-France) et composé entre autres de : Wilfried N’Sondé (Congo-France), Lyonel Trouillot (Haïti), Abdourahman Waberi (Djibouti), Marijose Alie (France-Martinique). Le lauréat reçoit une dotation de 15 000 euros et bénéficie d’une promotion internationale pendant un an.

Le Prix des cinq continents, 2023, a été décerné à Monique Proulx, pour son roman Enlève la nuit, publié aux Éditions du Boréal (Canada-Québec). Pour cette année 2024, le lauréat sera désigné au mois de février. La remise du Prix se fera en mars 2024, en marge de la Journée internationale de la Francophonie.

 

5 février 2024 0 Commentaires
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Sankofa- mot de la semaine
Le mot de la semaineAfrique de l'Ouest

SANKOFA : Le mot de la semaine

par Chrystelle Ngoulou 5 février 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

Le mot de la semaine du 5 au 11 février 2024 est Sankofa.

Le terme « Sankofa » provient de la langue Akan du Ghana et signifie littéralement « retourner et aller chercher ». Il est associé à un symbole couramment utilisé dans l’art, soulignant l’importance de comprendre le passé pour construire un avenir meilleur.  Le symbole Sankofa est représenté de deux manières principales : un oiseau qui tourne la tête vers l’arrière tout en avançant, souvent en tenant un œuf précieux dans son bec, l’autre manière est un cœur stylisé. Ces représentations soulignent l’importance de prendre soin du passé, comme on le ferait d’un œuf précieux, pour nourrir le futur. L’oiseau se déplaçant vers l’avant tout en regardant derrière lui symbolise cette démarche introspective, suggérant que même dans la progression, il ne faut pas oublier d’où l’on vient.

Véritable symbole universel de sagesse, le terme Sankofa est aussi une philosophie. La philosophie du Sankofa invite à regarder en arrière, à apprendre des erreurs collectives et à prendre des mesures pour un avenir plus juste et plus conscient. Son utilisation de Sankofa s’étend aux domaines tels que l’éducation, où il inspire des approches pédagogiques centrées sur la connaissance de l’histoire africaine et sa pertinence pour les générations actuelles et futures. Dans le contexte social et politique, Sankofa peut également servir de catalyseur pour le changement et la guérison, en encourageant les communautés à se pencher sur les leçons du passé pour résoudre les problèmes contemporains et construire un avenir plus inclusif et équitable.

 

 

5 février 2024 0 Commentaires
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Comment tirer profit de ses lectures de livres non-fiction?
LifestyleNon fictionSociété

Comment tirer profit de ses lectures de livres non-fiction?

par La redaction 3 février 2024
Rédigé par La redaction

Combien de fois avons-nous réalisé, avec une certaine frustration, que malgré la récente lecture d’un livre, nous étions incapables d’évoquer son contenu ou de répondre à des questions simples à son sujet ? Combien d’entre nous ont ressenti le malaise de tourner les pages sans véritablement comprendre le message que l’auteur tentait de transmettre ? Il est certain que beaucoup se reconnaîtront dans ces situations, soulignant l’importance de tirer profit de ses lectures.

Nombreux sont ceux qui se retrouvent désemparés face à une œuvre de « non-fiction », qu’il s’agisse d’un ouvrage historique, scientifique ou de développement personnel. L’acquisition de bonnes pratiques de lecture est essentielle pour maximiser les bénéfices tirés de ces textes. Il est important de développer des habitudes de lecture qui non seulement facilitent la compréhension et la rétention des informations.

En adoptant certaines habitudes, vous découvrirez que chaque lecture est une opportunité d’expansion personnelle et professionnelle, offrant des perspectives qui vous seront utiles dans de nombreux aspects de la vie quotidienne. Voici des suggestions pour améliorer votre façon de lire, vous aidant à mieux tirer profit de ses lectures.

 

1. S’engager à lire intégralement le livre

 

An image illustrating a Black person beginning to read a thick book, turning the very first page. The book is open on the first page, showing the title 'Preface'. There are bookmarks placed at the beginning and at the end of the book, indicating the importance of reading these sections. The reader is depicted with a focused and curious expression, emphasizing their commitment to a thorough and attentive reading experience. The setting is cozy, with soft lighting, perhaps hinting at a comfortable reading nook. The reader's identity as a Black individual is clear, adding diversity to the representation of readers.

Bien que cela puisse sembler évident, il est fréquent que la préface, l’introduction, et la conclusion soient négligées lors de la lecture d’un livre de non-fiction. Or, ces sections revêtent une importance cruciale, car elles permettent à l’auteur d’introduire son sujet et de poser les problématiques qui guideront le fil conducteur de l’ouvrage. De même, la conclusion, pour des raisons analogues, est essentielle et ne devrait pas être omise.

 

2. Maîtriser l’art de la prise de notes

tirer profit de ses lectures - cône d’apprentissage d’Edgar Dale

Cône d’apprentissage d’Edgar Dale

L’importance de la prise de notes dépasse le cadre scolaire et universitaire. S’appliquer à reformuler ses notes stimule le cerveau et facilite le processus de mémorisation à moyen terme.

En effet, selon le cône d’apprentissage d’Edgar Dale, qui différencie la mémoire active de la mémoire passive, nous ne conservons que 10 % de ce que nous lisons après deux semaines. Il s’avère donc bénéfique de faire une pause dans sa lecture pour résumer par écrit les principaux enseignements de chaque chapitre ou section. Cette technique permet non seulement de renforcer l’ancrage mémoriel des informations, mais aussi d’encourager une interaction plus profonde avec le texte.

 

3. Ne pas hésiter à relire ses livres pour tirer profit de ses lectures

Courbe de l'oubli.png tirer profit de ses lectures

 

Soyons clairs, relire quatre fois la même page dans l’espoir d’en retenir le contenu ne sert à rien. Quelle est alors la bonne démarche à adopter ? La stratégie est assez directe et se base sur la courbe de l’oubli d’Ebbinghaus. Pour contrer l’oubli et renforcer la rétention d’information, il est conseillé de revoir ses notes ou le texte lui-même à des moments clés : le jour même de la première lecture, puis deux jours après, suivi de révisions espacées dans la semaine qui suit et enfin, à une fréquence similaire le mois d’après. Cette méthode de révision espacée s’appuie sur les principes de la mémorisation à long terme, permettant ainsi d’ancrer durablement les connaissances acquises.

 

4. Approfondir l’analyse de ses lectures

 

Tirer profit de ses lectures

 

C’est probablement le conseil le plus efficace pour approfondir sa compréhension des textes lus. Lorsque nous analysons ce que nous lisons, nous ne nous contentons pas de stocker l’information ; nous la traitons activement. Cela commence par identifier la question centrale à laquelle l’auteur tente de répondre, puis évaluer la pertinence de ses arguments au regard des connaissances déjà acquises sur le sujet.

Démêler le fil de la pensée de l’auteur, comprendre ses subtilités et en discuter avec d’autres, contribue à ancrer l’information dans notre mémoire. Il est important de se rappeler que la lecture mobilise en premier lieu la mémoire passive, où les données sont naturellement destinées à s’effacer avec le temps. Pour contrer ce processus et pleinement bénéficier de nos lectures, il est important d’engager activement notre mémoire à des intervalles réguliers.

Avez-vous des astuces imparables pour tirer au maximum profit de vos livres ? Partagez-les avec nous en commentaires.

3 février 2024 0 Commentaires
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Lettres méridionales, acte II: Bronx Barbès
CinémaLettres méridionales

Lettres méridionales, acte II: Bronx Barbès

par Éric Tchuitio 3 février 2024
Rédigé par Éric Tchuitio

Dans mon précédent article, je vous ai recommandé Graceland de Chris Abani. Vous avez certainement été subjugués par la plume de l’auteur qui, avec un indéniable talent, y dépeint la violence, caractéristique de la vie urbaine de Lagos, en présentant en arrière-fond un pays en quête perpétuelle de son salut. Dans le présent article, je vais, hélas, en remettre une couche, à la seule différence que le support a changé : nous passons du livre au grand écran avec le film Bronx Barbès, mais le thème reste le même.

De prime abord, je voudrais marquer mon honteux étonnement de n’avoir jamais vu ce film plus tôt, sorti pourtant officiellement en 2000, plus précisément le 22 novembre.  L’année de sortie du film est certainement le seul élément qui en fait une œuvre ancienne. On se retrouve plaqués au sol par le réalisme, mais surtout par la singularité de la violence qui constitue la toile de fond de ce film. Cette violence est déclinée sous plusieurs formes. On la retrouve dans les rapports entretenus entre eux par les jeunes personnages, mais aussi dans les conflits dignes des zones de guerre, dans leurs rapports avec la police.

Les personnages flirtent avec un flegme et une indifférence glaçante avec exactement ce qui constitue les pires dangers sociaux auxquels les cités africaines sont exposées : consommation de drogues, maladies sexuellement transmissibles, sida, viols, pédophilie, braquages à main armée, vols… Durant tout le film, on se demande s’il existe des limites. Les personnages, dont la violence contraste avec leurs beautés, un tantinet puériles, leur touchante et en même temps attachante naïveté, semblent si éloignés de notre quotidien.

Mais quand on pousse la réflexion plus loin, on en arrive à une évidence ; ces personnages, terriblement violents, nous paraissent à première vue étrangers parce qu’ils gravitent dans un univers qui n’a absolument rien à voir avec le nôtre, plutôt douillet à maints égards comparé au leur.

Pour tenter de comprendre cette violence exponentielle, il faut avoir à l’esprit que cette jeunesse sortie de nulle part n’a plus rien à perdre et est prête à tout pour s’en sortir, quitte à tuer ou être tuée. Ces lois du milieu sont décrites avec virtuosité par l’anthropologue et réalisatrice du film, Eliane de Latour. L’un des plus grands enseignements et certainement le plus marquant  qu’on tire de cette production ancienne par sa date de sortie, mais indiscutablement actuelle par la thématique, c’est celui d’avoir dès maintenant la certitude, qu’en arpentant les rues d’Akwa à Douala, en longeant l’avenue Kennedy à Yaoundé, en se délectant d’une vivifiante  brise non loin du Champ Triomphal sur le front de mer à Libreville ou alors en retournant sur les lieux d’inspiration dans les faubourgs d’Adjamé, de Yopougon ou de Treichville, la certitude disais-je que nos regards croiseront ceux de l’un de ces jeunes errant l’air hagard, un tantinet sympathique, mais aux aguets d’une prochaine proie, la certitude que nous retrouverions en lui les destins violents, mais paradoxalement émouvants découverts dans Bronx Barbes.

Voir le film

Parlons maintenant du film, de l’histoire, à trop décrypter toute la symbolique du thème traité, on s’en éloigne involontairement. Tout part d’une enquête sociologique menée par la réalisatrice Eliane de Latour. L’étude avait pour sujet les ghettos de Côte d’Ivoire avec leur cortège de pratiques illégales allant du vol au braquage en passant par la drogue et l’escroquerie, toutes ces entourloupes, et encore, c’est un euphémisme, résumées sous le vocable de « sciences » que savent manier avec aisance les « vieux pères » et leurs « fistons » ou leurs équivalents féminins que sont les « vieilles mères » et les « fistines ».

Bronx Barbès, c’est l’histoire de deux jeunes garçons dont les vies déstructurées se retrouvent brutalement plongées dans l’univers du ghetto à la faveur d’un meurtre accidentel commis par l’un des deux garçons. En trouvant refuge dans le Bronx, ils se fondent en immersion dans le quotidien de la vie des gangs, faite de violence, de fête et de fraternité.  L’aîné des deux, Toussaint, prend vite ses marques dans le milieu dont les lois sont fondées sur l’honneur et le respect des anciens.  À l’inverse de l’ainé, Nixon a de sérieuses difficultés d’intégration. Son insatiable soif de reconnaissance impacte négativement sur ses rapports avec les autres. Il remet en permanence en cause les lois qui accordent aux « vieux pères » la part du lion sur le butin des « fistons ». Au cours d’un braquage piètrement ficelé, Toussaint se sent obligé de trahir ses frères de sang pour sortir Nixon de prison.

Une scène à même de susciter un choc chez beaucoup, résume la violence immanente au film, il s’agit du viol dont Mariam est la victime dans le film. Le commentaire qu’en fait la réalisatrice elle-même sur sa page web est édifiant :

Pendant la fête offerte par Tyson, scène qui précède le viol, je reste près des fistons, notamment de Nixon qui vient de se re-baptiser Scarface. Ils sortent éméchés, voient une fille qui est d’abord l’objet d’un jeu. Elle en gifle un. En une seconde, elle est réduite à rien. Les fistons pensent d’abord lui donner une petite correction puis ils se servent à leur guise parce qu’ils sont plus forts. C’est précisément cette instrumentalisation banalisée que je voulais montrer. Ils se transforment en électrons libres de la terreur, sans conscience des limites, et aussi, pour s’imposer au ghetto de manière à freiner la coercition des vieux pères.

Il m’a été reproché de ne pas me placer du point de vue de la victime. C’était impossible car précisément elle n’existe pas dans le regard de ses agresseurs, lieu où je me situe à ce moment-là de la scène. Elle commence à prendre une place quand Toussaint, réticent aux autres, la lui offre. Il la relève, il tente de manière dérisoire d’effacer les traces du drame en essuyant le sperme qui coule sur ses cuisses, il la recouvre de sa chemise, remet ses cheveux en ordre. Mariam, être anéanti, finit par reconquérir sa dignité quand plus tard elle accorde son pardon à Toussaint. Elle renverse la relation en lui donnant une nouvelle intégrité lavée de toute honte. »

Mon résumé plutôt très court qui précède la citation n’a aucunement la prétention de l’exhaustivité, ce qui au demeurant aurait été un exercice extrêmement fastidieux. L’histoire étant elle-même extrêmement enchevêtrée avec celles des bandes rivalisant de violence, poussant les limites à l’extrême dans une Afrique prétendument calme et inoffensive, toujours accueillante et pas agressive. Le résumé fait par la réalisatrice elle-même est intéressant à plus d’un titre :

Son père est mort « attaqué en sorcellerie » . Nixon cherche le secret de la puissance, se protège avec un crucifix, une ceinture-talisman, il va prier chez les Pentecôtistes. Attiré par les extrêmes, il porte le risque en lui et met les autres en danger. Ce goût de l’autonomie l’amène, plus que Toussaint, à mettre en question avec lucidité la soit disant “ loi du ghetto.

Au cours de mes pérégrinations sur le net en quête d’articles ayant traité de ce film, j’ai pu constater que la réalisatrice ayant signé ici son premier long métrage a dû essuyer de nombreuses critiques. On peut citer entre autres le reproche qui lui a été fait de rééditer avec force postiche le cinéma Newjack.

On peut certes concéder aux pourfendeurs de cette œuvre cinématographique d’avoir à juste titre pointé du doigt des lenteurs et irrégularités de l’interprétation, mais on ne peut faire l’économie de la véracité de la réalité et des faits qui nous sont jetés à la figure.  Ce qu’il y a de plus spécifique à ce film, et ceci est à mettre au compte de l’anthropologue qu’est la réalisatrice, c’est surtout sa capacité à donner une telle force au texte, aux dialogues, le tout basé sur un assemblage de codes linguistiques qui portent le nom de « Nouchi », ce qui a fait dire au critique cinématographique Louis Guichard parlant de ce film que « son attention sans faille aux mots et à la manière de parler de ses personnages porte indéniablement ses fruits. Cette logorrhée cosmopolite, à la fois inventive et menaçante, fait sentir concrètement à quel point le langage façonne la pensée et les conduites, y compris les plus extrêmes ».

Dans la plupart des villes d’Afrique noire, les jeunes en rupture de ban avec la société se sont inventés des codes linguistiques qui leur sont propres, au Cameroun par exemple, ce serait notre fameux Camfranglais. Ce film donne vie à ces codes, replante le décor du pouvoir qu’ils exercent auprès de ceux qui en font usage, crée une corrélation avec le quotidien des enfants du ghetto et nous promène dans l’univers cosmopolite et pittoresque de leurs étymologies. Les origines des mots sont françaises ou d’autres langues européennes (anglais, allemand, espagnol). Les mots dérivent souvent des mots utilisés dans les langues ivoiriennes (Dioula, Baoulé ou Bété) ou alors sont simplement fabriqués (hybrides, onomatopées ou idéo-phoniques).

Bronx Barbès nous renvoie à une réalité que nous vivons et dont nous sommes les témoins quotidiens. J’ai volontairement renoncé à l’idée de faire une lecture politique de ce film à l’aune des bouleversements politique dont la Côte d’Ivoire a été le théâtre depuis la sortie du film.

On ne peut faire table-rase du lien évident existant entre l’importance prise par cette société parallèle, ghettoïsée, très hétéroclite, car nourrie des immigrations venues du nord, et le rejet social, voire le refus de reconnaissance dont ses populations sont l’objet de la part des populations originaires du sud dites autochtones. C’est même de cet antagonisme que le concept dit d’ « ivoirité » a pris toute sa source. D’autres parts, le Libéria voisin, longtemps théâtre d’une guerre civile atroce, a constitué un réservoir d’armes incontrôlables pour les gangs des ghettos. L’objectif de la réalisatrice serait en grande partie atteint, si chaque africain, au sortir de ce film, serait en même de dessiner les contours dans sa ville d’un Bronx ou d’un Barbès.

 

 Bon film !

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Cheveux crépus : 4 livres pour les comprendre dans toutes leurs dimensions

par La redaction 3 février 2024
Rédigé par La redaction

Le retour au naturel, aux cheveux crépus, est de plus en plus à la mode. Acte symbolique de réappropriation identitaire ou simplement choix esthétique, cette tendance interroge à plus d’un titre.

Que représentent les cheveux crépus aujourd’hui ? Comment s’en occuper au quotidien ? Quels soins leur apporter ? Autant de questions que suscitent assez souvent nos magnifiques tignasses. Notre sélection du jour vous permet de répondre à chacune de ces questions de manière assez précise. 

[bctt tweet= »Livres tutos pour certains, invitation à une réflexion politique pour d’autres, voici 4 livres pour mieux comprendre les cheveux crépus » username= »Afrolivresque »]

 

1.  Le Petit Manuel Des Coiffures Crépues de Nathalie Avomo Essono

Le Petit Manuel des coiffures crépues par Nathalie Avomo Essono

Lire le livre

Éditeur : Avomo Essono Nathalie

ISBN : 295576051X

Résumé : Le Petit Manuel des Coiffures Crépues, le premier livre de tutoriels coiffures sur cheveux crépus, frisés ou bouclés. Vous pourrez vous inspirer et y retrouver : Plus de 200 coiffures détaillées étape par étape, sur cheveux très courts à très longs ; 700 pages d’inspiration ; 24 modèles âgées de 5 à 60 ans ; Coiffures sur cheveux très courts à très longs ; Des tutoriels pour des attachés de foulards ; Niveaux de coiffure : débutante à experte ; Différentes durées : 10 à 45 minutes ; Plusieurs styles : Simple et décontracté, ou chic et travaillé ; Des conseils et astuces pour coiffer et entretenir ses cheveux ; Des portraits avec biographie pour connaître l’histoire, le parcours de nos modèles.

Ce livre illustré de Nathalie Avomo Essono est son second sur les cheveux crépus. Nathalie Avomo Essono est une jeune gabonaise ingénieure en bâtiment. Son premier livre sur les cheveux crépus a été un vrai succès avec plus de 5000 exemplaires vendus.

 

2. Des cheveux crépus et longs à la portée de tous de Kenoa

 

Des cheveux crépus et longs à la portée de tous-Recueil des secrets de soins capillaires enfin dévoilés de Kenoa

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Éditeur : Kenoa

ISBN : 979-1092022018

Résumé : Vous en avez marre d’avoir les cheveux qui se cassent ? Ras-le-bol des cheveux crépus qui ne poussent pas ? Dites adieu aux cheveux secs, cassants, fragiles et ternes. Retrouvez votre véritable nature de cheveux : resplendissante, brillante et souple. Des cheveux crépus et longs à la portée de tous est un guide pratique de l’entretien capillaire du cheveu afro. Il délivre au lecteur les stratégies de soins indispensables pour faire pousser ses cheveux. La science du cheveu afro et ses particularités, ainsi que les méthodes de soin, les produits et les ingrédients adaptés sont soigneusement abordés dans ce livre de référence qui vous donnera les outils dont vous avez besoin pour avoir des cheveux en meilleure santé.

Si vous voulez faire la peau au mythe des cheveux crépus, ultra-fragiles, cassants et donc incapables d’atteindre une certaine longueur, ce recueil de l’auteure Kenoa est assurément ce qu’il vous faut. C’est le grimoire du cheveu naturel tant il regorge des stratégies et routines capillaires afin d’activer la pousse des cheveux afro. Vous trouverez des explications détaillées sur les différentes natures de cheveux crépus, et surtout les produits, ingrédients et soins qui leur sont directement adaptés.

Kenoa est consultante en cosmétique, notamment en cosmétique du “cheveu ethnique”. Elle est passionnée par le cheveu afro et métissé. Elle a étudié en profondeur le fonctionnement du cheveu (“afro” en particulier) et la formulation des produits cosmétiques, en se spécialisant dans la cosmétique naturelle. Elle diffuse ses connaissances sur son site dédié à l’entretien des cheveux afros Le Blog de Kenoa.

 

3. Trop beaux, mes cheveux afro ! L’Histoire du cheveu afro de la préhistoire à nos jours de Jahlyssa Sekhmet

 

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Éditeur : AFRODYA EDITIONS

ISBN : 2954923458

Résumé : Ce livre vous présente l’histoire des coiffures afro à travers les différentes périodes de l’Histoire de l’Afrique et de sa diaspora  — Préhistoire – Afrique impériale : Nubie, Egypte – Les grands empires africains – Déclin – Afrique contemporaine et diaspora Pendant la période impériale, les femmes africaines sont connues comme des symboles de beauté absolus. Elles consacraient de nombreuses heures au soin de leurs corps et de leurs cheveux. Mais lorsque les colons arrivent en Afrique et pratiquent les traites négrières, ces femmes se retrouvent sur de nouveaux territoires sans leur peigne et leur soin de beauté. Elles devront inventer de nouvelles techniques de coiffage. « 400 ans sans peigne ! » L’évolution des coiffures sera ensuite liée aux évènements et aux différentes modes des afro-descendants : Black Power, mouvement rasta, Hip Hop…

Jahlyssa Sekhmet est professeur des écoles depuis une vingtaine d’années. Elle est passionnée d’Histoire. Elle suit pendant une dizaine d’années des cours, conférences, colloques donnés par de nombreux intellectuels, égyptologues et historiens. Elle évolue également dans le milieu associatif et militant. Elle est à présent directrice de la Maison d’édition AFRODYA EDITIONS et autrice jeunesse de plusieurs ouvrages. Elle anime aussi les Ateliers AFRODYA.

 

4. Peau noire, cheveu crépu, l’histoire d’une aliénation de Juliette Smeralda

Les cheveux crépus au cœur de cet essai de l'historienne Juliette Sméralda

Lire le livre

Éditeur : Jasor

ISBN :2912594456

Résumé : S’intéresser au binôme cheveu (crépu)/peau (noire) pour révéler les lieux de passage de la domination ethnoculturelle d’un groupe par un autre groupe est dictée par le souci d’adopter — dans le traitement de la problématique complexe de l’imitation et/ou de l’emprunt interculturel — une démarche empirique qui donne à voir l’empreinte, sur le corps et le cheveu des dominés, des modalités concrètes de l’exercice de l’influence des dominants, que l’on aurait objectivement un peu de mal à cerner, à travers la seule étude de leurs discours. Outre de devoir s’ajuster en permanence aux évolutions sociales qui s’imposent à eux, les dominés, privés de projet de société et de modèle de développement autocentré, se voient condamner à se remorquer à un développement exogène, qui ne leur laisse de choix qu’entre l’emprunt et l’initiation de traits socioculturels non adaptés à leurs spécificités raciales et culturelles, mais qui les aident cependant à ne pas être exclus de « la marche du monde ».

Juliette Sméralda est une sociologue Martiniquaise, Enseignante, Formatrice et Chercheure sur les problématiques identitaires, sociales et culturelles des peuples caribéens, afro-descendants et africains. Nous recommandons fortement son livre Cheveux d’appoint – Perruques, tissages, rajouts de l’Egypte antique à nos jours (ASSAMALA, 2019), qui déconstruit, entre autres, le mythe   du cheveu artificiel importé en Afrique.

Tout compte fait, que ce soit d’un point de vue historique ou encore esthétique, les cheveux afros n’ont pas fini de faire parler d’eux. Autrefois présenté comme un symbole de résistance face à l’oppresseur, le cheveu crépu reste politique et continue d’alimenter des polémiques.

3 février 2024 2 Commentaires
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Lettres méridionales, acte I : "GraceLand" de Chris Abani
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Lettres méridionales, acte I : « GraceLand » de Chris Abani

par Éric Tchuitio 3 février 2024
Rédigé par Éric Tchuitio

Je m’étais mis en tête de vous parler d’un autre livre, Congo, Une Histoire du Belge David Van Reybrouck. Ce n’est que partie remise. En visitant de fond en comble par la suite notre plateforme, je découvris que ce fabuleux ouvrage avait déjà fait l’objet d’âpres commentaires concoctés par les belles plumes qui collaborent sur cet espace. Que faire donc ? Je me rendis dans ma cave et en ressortis avec Graceland de Chris Abani que j’avais déjà lu il y a longtemps et que je me résolus à lire à nouveau.

N’allez point me demander ce qui me poussa à me porter vers ce livre précisément et non vers un autre. Peut-être le regard à la fois espiègle, doux et un tantinet menaçant du jeune garçon sur la photo de couverture. Je le confesse. Je ne suis guère un adepte de la relecture. Après cette expérience, j’ai décidé de revisiter complètement ma position sur ce point. Exercice au demeurant que je recommande à chacun.

Rarement un livre n’a suscité en moi de telles émotions. Tout y est réuni : Une écriture simple teintée d’un exotisme tropicale avec des emprunts dans le langage urbain africain, lequel dans la traduction française s’appuie dans les dialogues presque essentiellement sur des codes utilisés dans mon pays, le Cameroun. »

Il n’y a certainement pas meilleure preuve de l’intemporalité d’un texte que sa relecture. La tentation était d’autant plus grande que l’auteur nigérian, Chris Abani, vous promet, à la lecture de la quatrième de couverture, de vous faire découvrir la violence entachée à la vie urbaine de son pays. Vous comprenez donc aisément que mon attente de lecteur est d’affiner ma connaissance de ce pays complexifié par les crises en me plongeant dans un roman dont le contexte me balade trois décennies plus tôt. Pari réussi ? Trois fois oui.

Rarement un livre n’a suscité en moi de telles émotions. Tout y est réuni : une écriture simple teintée d’un exotisme tropicale avec des emprunts dans le langage urbain africain, lequel dans la traduction française s’appuie dans les dialogues, presque essentiellement sur des codes utilisés dans mon pays, le Cameroun. La traductrice, Michèle Albaret-Maatsch, y fait allusion dans sa note.

La tradition orale, point cardinal de la civilisation africaine, est célébrée dans le texte avec les diverses significations en ouverture de chaque chapitre de la symbolique des noix de cola et de sa place prépondérante dans la culture et le système social Ibo. Les personnages sont d’une telle force envoûtante et attachante, que tombant carrément en pâmoison devant leur singularité, leur héroïsme, et leur courage, on en oublie l’enchevêtrée beauté du fil d’Ariane de l’histoire qui fait le roman.

Graceland de Chris Abani : Une histoire enchevêtrée…

Couverture du roman "Graceland" de l'auteur nigérian Chris Abani

Lire le livre

À propos de l’histoire, parlons-en. Vous avez dit « enchevêtrée » ? On le perçoit d’abord dans la chronologie des faits, l’alternance au fil des chapitres entre le présent, l’an 1983, ayant pour scène Lagos et le passé, plus précisément entre 1972 et 1981, en zone rurale, à Afikpo. Il va de soi que si ce distinguo spatial et temporel n’est a priori pas établi, on aura du mal à démêler les écheveaux des pérégrinations du héros, Elvis âgé de seulement 16 ans, empêtré dans l’univers violent de Lagos.

Chris Abani, en nous plongeant dans l’enfance du jeune Elvis à Afikpo nous y fait découvrir un univers aux apparences calmes et paisibles, lequel sera bousculé après le décès de la maman d’Elvis, Béatrice des suites d’un cancer. Dans son processus de maturation, l’enfant Elvis est déjà confronté à la violence se déclinant ici sous la forme de viol dont le bourreau n’est autre que son propre oncle, Joseph. Ce qui semblait être encore une forme de violence occultée, refusée, ignorée partira du stade de galop d’essai pour celui de l’exercice réel et ce, grandeur nature à Lagos lorsque la famille y aménagera.

L’adolescent Elvis Oke, dont le père, sans emploi, s’est remis en ménage avec Comfort déjà mère de trois rejetons, essaiera de survivre à la pauvreté en imitant son idole, le King, Elvis Presley. Ce qui le fera découvrir la rue, où il fera des rencontres avec des personnages fantasques qui exerceront sur lui une forte influence.

Les différentes aventures, toutes illégales les unes que les autres, dans lesquelles ils se laissent volontiers entrainer nous montrent l’horreur de la pauvreté, l’inimaginable ampleur de la corruption à tous les niveaux, mais surtout présentent déjà les dangers de la globalisation avec son cortège d’exploitation et de spoliation des peuples à la merci des puissances financières à l’instar de Banque Mondiale et de leurs acolytes locaux.  Un combat, celui de pauvres citoyens, s’insurgeant contre le déguerpissement illégal dont ils sont l’objet, clôt l’histoire et son dénouement démontre la volonté de l’auteur de crier le triomphe final du peuple sur la tyrannie, l’absurde et la barbarie.

La construction atypique du livre de Chris Abani, avec de manière alternée l’évocation du passé à Afikpo de 1972 jusqu’en 1981 et la description de la réalité urbaine et sociologique en 1983, replacent l’œuvre automatiquement dans le contexte historique et politique de l’époque. Laissons-nous tenter par l’envie de l’esquisser ici.

Contexte historique et politique 

Célébrations de l'indépendance à Enugu, dans le sud-est du Nigeria, en octobre 1960. Photographie : Express Newspapers/Getty Images

Célébrations de l’indépendance à Enugu, dans le sud-est du Nigeria, en octobre 1960. Photographie : Express Newspapers/Getty Images

Comme l’écrasante majorité des pays africains, le Nigéria obtient son indépendance en 1960, mais opte dès 1963 pour une constitution républicaine et choisit de rester dans le Commonwealth. La valse des coups d’État que va connaitre le pays commence dès 1966, avec un Ibo, le général Ironsi qui est imposé au pouvoir, mais sera assassiné quelques mois plus tard. Les émeutes qui en suivront et la sanglante répression à l’encontre des ressortissants de l’ethnie Ibo provoqueront l’un des conflits armés les plus meurtriers d’Afrique, la Guerre du Biafra où les Ibo majoritairement chrétiens feront sécession, mais capituleront en 1970.

Un coup d’État militaire amène au pouvoir Murtala Ramat Mohammed en 1975 qui promet un rapide retour à la démocratie et une rétrocession du pouvoir aux civils. Ce dernier sera tué lors d’un coup d’État avorté et remplacé par le général Olusegun Obansajo. Lequel favorisera la tenue des premières élections libres et l’arrivée au pouvoir d’un régime civil dirigé par Shehu Shagari en 1979.

Cet intermède démocratique ne durera que jusqu’en 1983, avec là le début d’une série de coups d’État militaires. En 1985, Ibrahim Badamassi Babangida, un général, prend la pouvoir, promet lui aussi le retour du gouvernement civil. Il démissionnera en 1993, aura même le luxe de remettre le pouvoir à un civil, Ernest Shonekan, pour un intérim qui ne durera que… 3 mois brusquement interrompu par le général Sani Abacha, qui s’installera au pouvoir jusqu’à sa mort en 1998. Son successeur, le général Abdulsalam Abubakar fera un an et ramènera le pays vers l’ordre constitutionnel, rétabli par l’élection du général Olusegun Obassanjo en 1999 qui sera réélu en 2003.

Je m’arrête là.

On est frappé par le désir ardent vers plus de démocratie et plus de justice exprimée par les personnages d’Abani et la quête permanente de ce gigantesque pays, en population le plus grand d’Afrique, récemment classé première économie d’Afrique, de trouver sa voie. Laquelle se fait avec force soubresauts, interruptions, remises en questions, intermèdes, tous marqués du sceau de la violence. GraceLand en est la parfaite allégorie.

Je suis, à titre personnel, particulièrement perplexe devant la solution de l’exil que semble proposer l’auteur Chris Abani au jeune Elvis, pris en tenailles dans l’absurdité et l’immobilisme d’un Nigéria qui ne lui propose rien. C’est horripilant de devoir faire le même constat aujourd’hui et pas qu’au Nigéria.

Bonne lecture et à très prochainement sur Afrolivresque !


3 février 2024 0 Commentaires
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55ᵉ Foire internationale du livre du Caire
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55ème Foire internationale du livre du Caire : Affluence record avec plus de 600 000 visiteurs en ouverture

par Acèle Nadale 2 février 2024
Rédigé par Acèle Nadale

La 55ᵉ édition de la Foire internationale du livre du Caire a ouvert ses portes depuis le 25 janvier et se déroulera jusqu’au 6 février 2024. Elle est l’un des plus importants salons du livre au monde. Le Premier ministre égyptien Moustafa Madbouli a inauguré cet événement le 24 janvier 2024.

Un début fulgurant pour la 55ᵉ édition de la Foire internationale du livre du Caire, qui a déjà vu défiler plus de 600 000 passionnés de littérature dans ses allées en seulement deux jours. Cette affluence sans précédent témoigne de l’engagement croissant envers la littérature et le savoir dans le monde africain et au-delà. Avec une projection de plus de 3 millions de visiteurs, la foire se profile comme un événement phare du continent africain.

La foire, un véritable carrefour de la culture et de l’échange intellectuel, offre une plateforme dynamique pour l’exposition de la diversité littéraire et éditoriale. Elle note une présence marquée de 1 200 éditeurs venus des quatre coins du globe, soit une augmentation de 153 éditeurs par rapport à la dernière édition, avec la participation de 70 pays.

Cette année, la Norvège est invitée d’honneur, ce qui favorise un dialogue fécond entre les cultures nordiques et africaines. L’égyptologue Salim Hassan a été choisi comme personnage de la foire et le pionnier de la littérature pour enfants, Yaqoub Al-Sharouni, comme personnage du salon pour enfants.

La Foire internationale du livre du Caire propose un programme quotidien comprenant 550 événements, 5 250 exposants et des conférences sur des sujets variés. Les visiteurs auront l’opportunité d’assister à des discussions portant sur divers sujets tels que les avancées en intelligence artificielle, la traduction depuis l’arabe, le concept de monarchie intellectuelle, l’œuvre de Nazek al-Malaika et les objectifs de la vision égyptienne pour 2030.

2 février 2024 0 Commentaires
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Notes de lectureAfrique CentraleLittératureNon fiction

Victor Bouadjio « Esclavage, 150 ans après » : Rompre le faux silence pudique ?

par Éric Tchuitio 1 février 2024
Rédigé par Éric Tchuitio

Enterrez-la. Jouez au roublard à son égard. Mais, elle revient à petits pas sûrs et sereins : l’histoire est têtue et coriace. Elle ne trépasse jamais.

Voilà, en filigrane, le sentiment qui traverse le lecteur lorsqu’il achève la lecture de cet ouvrage de Victor Bouadjio publié chez Institut du Monde Noir (1998), dans lequel il nous livre un bilan historiographique sur l’esclavage. Sous la forme d’une écriture créative, celle qui permet de donner une texture qui contribue à titiller l’imagination de l’agent-lisant en branlant son imagination vers une manière d’impertinence serrée. Celle qui offre de regarder-aborder- autrement les questions de l’histoire et de la mémoire autour de l’esclavage dans le contexte actuel. En effet, l’essayiste français d’origine camerounaise retrace et contextualise, sans bémol ni honneur perdu, les différentes articulations de cette odyssée tristement célèbre, qui a contribué à détériorer les rapports entre les différents peuples protagonistes. Notamment, les peuples africains et occidentaux.

Esclavage 150 ans après par Victor BOUADJIO

Lire le livre

La problématique de fond de son travail est Comment transmettre le souvenir de l’esclavage ?[1] Plus aisément, il reproblématise la question de l’exhumation de l’histoire en secouant la conscience collective, afin d’enseigner l’histoire de la traite négrière et de l’esclavage aux nouvelles générations. Exercice peu ou prou délicat pour un esprit non cartésien, car il perdrait sa foi, sa lucidité, son bon sens et son objectivité. Pour virer dans l’invective. Mais, tout en dévoilant une certaine subjectivité ordinaire, Victor Bouadjio offre au lecteur une sorte de rendu pour éclaircir le ciel sombre sur la question de l’esclavage !

L’acte de lecture est captivant. Parce que l’essayiste fait montre d’un sens affiné de l’analyse objective et de la pensée critique, sous le signe d’une parfaite maîtrise de la formule et de la langue. En substance, cet essai constitue une catharsis. C’est-à-dire, une purification-libération dont l’issue inéluctable serait de « régler le passé » en garantissant ainsi la transmission de la mémoire historique qui contribuerait, selon l’angle de l’approche que nous propose Victor Bouadjio, à l’émergence des communautés africaines qui partagent l’histoire de l’esclavage avec l’occident.

Après un détour chez Marie-Ange Evindisi[2], Tierno Monenembo[3], Hemley Boum, en passant par Edwige Denticat[4] dont les œuvres atteignent l’extase du mouvement correspondant au devoir de mémoire et au devoir d’histoire, on peut reconnaître à Victor Bouadjio, à travers la direction observée dans l’orientation de son projet, une posture de révolutionnaire, puisqu’il s’engage à rompre le faux silence pudique qui, sans remord, condamne au cachot du désespoir la connaissance et la maîtrise de l’histoire générale et intégrale de l’esclavage et de la traite négrière « …150 ans après ». Et bien plus encore !

[1] Bonniol, Jean-Luc. « Comment transmettre le souvenir de l'esclavage ? Excès de mémoire, exigence d'histoire... », Cités, vol. 25, no. 1, 2006, pp. 181-185.
[2] Auteure du roman  Les  exilés de Douma (trois tomes, Paris, l’harmattan). Une trilogie romanesque qui se pose comme un travail historiographique à la forme d’un rendu socio-anthropologique (dressé en une subtile collecte ethno-littéraire) qui assure la traçabilité historique d'une peuplade de la forêt  équatoriale-les fongs donc- au Cameroun.
[3] Dans son roman  Le terroriste noir ( Paris, Seuil, 2012), il retrace  l’histoire d’un soldat du 12e régiment de tirailleurs sénégalais pendant la Seconde Dans Guerre mondiale.
[4]Dans son roman  Le briseur de rosée (Paris, Grasset, 2005), elle raconte l’histoire poignante et renversante d'une époque jamais révolue qui refait surface. C'est aussi, en marge, l'histoire de tous ces hommes vêtus de gros bleu, lunettes d'écaille sur le nez, en Haïti, du temps de Duvalier. Un régime violent et brutal.
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André BION - Au nom de la plume
ThéâtreAfrique CentraleNotes de lecture

André Bion, sa pièce « Au nom de la plume » ou le drame d’une jeunesse Kamikaze du crayon à bille

par Baltazar Noah 1 février 2024
Rédigé par Baltazar Noah

Et s’il fallait faire un compte-rendu de la pratique du journalisme au Cameroun, en Afrique, et partant dans le monde entier, quelle serait sa forme ? C’est, à coup sûr, cette problématique qui a orienté le travail littéraire d’André Bion vers le drame.

En effet, étalée sur deux actes recoupés en scènes, huit scènes pour le premier acte et trois scènes pour le second acte, la pièce du dramaturge Camerounais donne à lire l’histoire non moins pathétique et émouvante de trois jeunes gens, qui n’hésitent pas à se muer en fins limiers de la presse à scandale et à gage pour se fabriquer une étiquette sociale. C’est-à-dire, des journaleux, des Kamikazes du crayon à bille, « enclin[s] à la débrouillardise et au gombo », qui donnent « indûment une fenêtre indiscrète sur la vie privée des honnêtes citoyens ». Ces bélîtres qui discréditent les « vrais journalistes » : ces professionnels de la communication sociale qui, « Au nom de la plume », collectent, traitent et livrent des informations fondées aux populations.

Qui trop embrasse, mal écrit…

Le nœud gordien de l’intrigue, est, sans détours, l’aventure presque ambigüe de Kouamo, Mantsé et Méka. Trois jeunes gens ingénieux, mais pas suffisamment patients. En effet, ils sont pris aux mailles du filet du chômage, du souci de l’indépendance financière et des frustrations sociales. Un fumet de résignation enveloppe leurs pensées… Leurs mots :

« Lors du délestage de la semaine dernière, alors que la bougie projetait mon ombre sur le mur, ma petite sœur m’a confondu à mon père du fait de ma calvitie et de ma barbe.» ; « J’ai marre d’être encore chez mes parents et de frapper à leur porte pour demander de l’argent.» ; « Mon tuteur me soupçonne même déjà de convoiter sa femme. Ma tante m’inonde de compliments sur mon physique qui se développe de plus en plus.»

Las de devoir supporter ces clichés qui travaillent la société dans laquelle ils vivent, et dont les reflets se posent comme un véritable ombrage à leur réalisation sociale, « les trois têtes » décident de trouver un métier qu’ils peuvent « exercer sans avoir besoin de passer par l’apprentissage ». Dès lors, ils jettent, sans remord ni respect, leur dévolu sur le journalisme. Cette profession pourtant noble, mais prise pour « un métier à [la] portée[de tous] ».

Ainsi, pour la gestation « sur le grill », leur organe de presse, ils se heurtent à des personnages différents les uns des autres et inversement : du cousin de Mantsé Nkonpawa dit Pawa, (journaliste professionnel et intègre qui leur donne le conseil de ne pas rentrer par effraction dans la profession), en passant par Ntsama (simple guide dans le domaine du journalisme, formé dans le tas, qui les renseigne sur le métier) sans oublier M. le Maire (homme politique véreux en quête de reconnaissance).

Les « trois têtes » ne se font donc pas prier pour inverser les paradigmes du « plus beau métier du monde », le journalisme notamment, en faisant de lui le « synonyme de la médisance, de la calomnie ».  De ce fait, à la quête d’une richesse à la Crésus, ils se feront beaucoup de piastres en diffamant plusieurs de leurs concitoyens. Mais, comme qui trop embrasse, mal écrit, ils seront interpellés cinq ans plus tard par les forces de l’ordre.

Une exégèse non moins douloureuse !

André BionD’une plume pas toujours bien tenue, le dramaturge a hissé l’intrigue à la hauteur des maux. Plus sereinement, le théâtre d’André Bion donne à lire le drame d’une jeunesse au carrefour d’elle-même, dépossédée de son avenir et amoureuse de la facilité dans un monde dans lequel la déontologie de plusieurs professions est de plus en plus bafouée et subvertie. Autrement dit, dans un élan fortiche imbibé de quelques gouttes d’humour, il suggère de penser à nouveaux frais les questions sur la communication sociale et la pratique du journalisme. Et ce, dans un contexte camerounais forcément — le dramaturge, notons qu’il est journaliste de formation et actuellement cadre dans l’administration, fait allusion à certaines institutions Camerounaises – où l’écart a supplanté la norme (Hubert Mono Ndzana).

La particularité de cette pièce repose sur l’insertion d’un chroniqueur dans l’intrigue, mieux un commentateur qui rend progressivement compte des différentes articulations de l’intrigue. Cette œuvre théâtrale est intéressante. Et quoi qu’elle ait les allures d’une chronique déguisée, toutefois son découpage en actes et en scènes ne nous sort pas de l’univers théâtral.

Tout compte fait, l’écriture de Bion est simple et plaisante à lire à la fois. Elle a la spécificité de se rattacher aux réalités sociales non seulement sans sortir des carcans de la fiction, mais également sans égratigner la sensibilité du lectorat. En substance, la plume du dramaturge Camerounais est un vibrant rappel à l’ordre dépouillé de toute condescendance-prétention, qui recommande que chacun fasse ce pourquoi il est fait et tout ira bien (Césaire) !

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Aux hommes de tout-Nkul Beti (1)
PoésieAfrique CentraleNotes de lecture

« Aux Hommes de tout… » de Nkul Beti : Pour une néo-dialectique de la relation

par Charles Gueboguo 1 février 2024
Rédigé par Charles Gueboguo

Le recueil de Nkul Beti est composé de 33 poèmes. Ce qui suggère qu’il s’offre comme un arrêt sur image sur « trente-trois lunes de misères » d’un dictateur Africain. « Biya, 4 novembre 82./ Seule personne/ À qui l’on chante/ L’Essani de son vivant ! » L’essani, mélopée funéraire, destinée aux notables qui viennent de mourir. Mais il ne s’agit là que d’un prétexte pour mieux s’ouvrir aux mondes. Pour sortir du confinement idéologique : à « Chaque I do so swear de cet apprenti sorcier, / Me pousse hors des frontières du siège de la gouvernance par étranglement, mon pays, / Et me rapproche du tout-monde ! » Pour rentrer dans la relation.

Aux hommes de tout... Nkul Beti

Lire le livre

L’auteur donne subtilement à savourer une poétique de son devenir-sujet, en même qu’un appel au devenir-sujet de tous, tel qu’illustré par le poème « La Samuela! » Elle est « Prisonnière de la manipulation sans parole ». Nkul lui suggère, manière de libération : « Si tu sens que cette croix te blessera la colonne vertébrale, / Laisse-la tomber, tu n’es pas le Christ pour sauver l’univers./ Parle, dénonce, accuse./ Ne te laisse pas museler : crie Samuela ! »  L’action de l’auteur est éminemment politique. C’est-à-dire qu’il est intéressé à vouloir se sortir et à sortir les autres de tous les diktats. Un espace différentiel ainsi créé par le poète. Entre lui, et l’autre. L’Afrique, et les autres. Dans le respect. Dans le partage. Dans la « différAnce… qui ouvre l’apparaître et la signification » (Derrida). Cet espace de la relation est doté d’une puissance tournée vers un futur ouvert et saturé de possibilités créatrices culturelles. Elles sont omnivores et stratégiques. Elles se nourrissent à partir d’un point centrifuge : « Ongola ».  C’est le texte qui établit le point rhizomatique de tout le recueil. Ongola, qui comme de nombreuses cités africaines, est « Prisonnière de l’homme lion ». « Son sauveur est en route, Nkul ! »

Nkul. C’est le tam-tam. C’est la voix qui, en se déroulant, ne vouvouzèle pas. Avec les loups, Beti ne crie pas. Nkul Beti, s’écrie, aux loups !  Il se déploie dans sa sonorité. Pour s’ouvrir. À l’Afrique. Aux Caraïbes. À l’Europe. Aux Amériques. Au monde.

Nkul. C’est sa plume. Elle n’a de sens et de puissance que par son désir constant de dénoncer, certains pans malades de cette Afrique. Afin que s’ouvre : « Le début d’un nouveau livre ! » Sa nouvelle chose Afrique. Le recueil permet ainsi d’irradier, à partir des histoires de l’Afrique comme point de départ, le tout-monde : La plume Nkul Betienne annonce son entrée dans la mondialité glissantienne. Avec style !

Le style Nkul Beti s’ouvre en un « Je » dialogal. Ici, en s’adressant à ses anciens pairs, les « soutaneux », il dit sans ambages : «  Je suis le balayeur du monde !/… Qui blâme sans manière, sans façon, mais avec bigrement de style !/ Si je réprimande Dieu, votre roi, / Vous réprimez est un énorme hochet d’enfant. » Là, dans « Hostie » il assène péremptoire : « J’étais chrétien… » C’est-à-dire Catholique, Romain. Il enterre son passé d’ancien séminariste. Le poète entérine son refus d’être consacré à la prêtrise catholique. Il y était pourtant voué. On a versé une larme ! Hypocrites ! Entre deux souffles. Il clame : « J’écris en majuscule sur le temps ! », et parfois à contre-temps des canons. Sa plume fougueuse déplace les multiples problématiques des sociétés vers des modes plurielles de luttes. Sous divers fronts. Telle une mangrove, elle sature les espaces géographiques.

Nkul Beti dans ce chef-d’œuvre dès son ouverture n’a pas caché son ambition de faire champ. Avec l’autre. Les autres. Les penseurs dont ils se réclament. Confiant, Philombe, Chamoiseau, Mongo Beti, Dadié, Damas, Chinua Achebe, Césaire… Vous ! Moi ! Nous ! Avec doigté, il a su se réapproprier la poétique de la relation de Glissant. Il est devenu citoyen-monde. Un homme de tout, surtout. Une fine plume, certainement. Pour la littérature francophone.

Informations sur le livre

Editeur : La Doxa Editions

ISBN : 9782376380085

Date de parution : 5 décembre 2016

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Brazzaville et Kinshasa désignées Capitales Africaines de la Culture pour 2024 et 2025
ActualitéAfriqueAfrique CentraleÉvénements

Brazzaville et Kinshasa désignées Capitales Africaines de la Culture pour 2024 et 2025

par La redaction 1 février 2024
Rédigé par La redaction

Brazzaville et Kinshasa ont été désignées comme Capitales Africaines de la Culture pour les années 2024 et 2025. Cette nomination a été faite par le comité exécutif de l’organisation Cités et Gouvernements Locaux Unis d’Afrique (CGLUA) lors de sa 30ᵉ session tenue le 6 novembre 2023 à Lagos, au Nigeria. L’appel à candidature avait été lancé en juin 2023.

La nomination de Brazzaville et Kinshasa comme Capitales Africaines de la Culture met en avant leur contribution significative à la diversité culturelle et artistique du continent africain. À travers cette désignation, ces deux villes s’apprêtent à accueillir et à organiser une variété d’événements culturels, illuminant ainsi leur patrimoine et leur dynamisme créatif sur la scène africaine et au-delà.

Le choix de ces deux capitales africaines est une opportunité de valoriser leur richesse culturelle et de stimuler l’économie locale par le biais du tourisme. Ces villes se verront offrir une plateforme exceptionnelle pour exposer leurs arts, leur musique, leur littérature et leurs traditions, contribuant à une meilleure compréhension et appréciation de la diversité africaine. Ce statut de capitale culturelle encourage les deux villes à exploiter pleinement leur potentiel en tant que centres d’innovation et de créativité.

L’initiative de désigner des villes africaines comme Capitales Africaines de la Culture s’inscrit dans une vision plus large. Cette idée est promue par les Cités et Gouvernements Locaux Unis d’Afrique (CGLUA). Les Cités et Gouvernements Locaux Unis d’Afrique (CGLUA) est une organisation internationale panafricaine regroupant, à quelques exceptions près, les gouvernements locaux, les autorités locales et les associations de gouvernements locaux en Afrique. 

Fondée en 2005, l’organisation vise à promouvoir la décentralisation et le gouvernement local en tant que sphère distincte et autonome de gouvernance. Elle s’engage à représenter, défendre et renforcer les intérêts, les valeurs et les principes des gouvernements locaux africains. CGLUA travaille également à promouvoir le dialogue et la coopération entre les gouvernements locaux et les autres parties prenantes au développement local en Afrique.

Le programme “Capitales Africaines de la Culture” vise à mettre en valeur les expressions culturelles et artistiques du continent africain. Il a été initié par les maires et leaders des collectivités territoriales d’Afrique lors de la 8ᵉ édition du “Sommet Africités” qui s’est tenu en novembre 2018 à Marrakech. Il offre aux villes l’opportunité d’organiser une série d’événements culturels tout au long de deux années consécutives.

1 février 2024 0 Commentaires
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Affiche du Festival Africain des Écrivains Émergents 2024 Cap sur les Chemins de la Liberté à Yaoundé et Bafia
ActualitéAfriqueAfrique CentraleÉvénementsIndustrieProfessionnels

Festival Africain des Écrivains Émergents 2024 Cap sur les Chemins de la Liberté à Yaoundé et Bafia

par La redaction 1 février 2024
Rédigé par La redaction

Pour sa neuvième édition, le Festival africain des écrivains émergents se déroulera dans les villes de Yaoundé et Bafia au Cameroun, du 7 au 9 février 2024. Le thème du festival de 2024 est « Chemins de la liberté ».

Le Festival africain des écrivains émergents (FESTAE) est un festival annuel de littérature africaine qui se déroule au Cameroun. Il offre une plateforme aux écrivains en début de carrière pour présenter leur travail et se connecter avec d’autres professionnels de la littérature. 

C’est aussi une occasion pour les écrivains émergents de partager leurs œuvres avec un public plus large. Il offre également une opportunité pour les écrivains établis et les professionnels de l’industrie du livre de découvrir de nouveaux talents.

Cette année, le festival rendra hommage à Aoua Keita, militante anti-coloniale et écrivaine malienne de renom. L’affiche de cette édition est une œuvre d’art, représentant le visage stylisé d’Aoua Keita. Le festival promet aussi un programme riche et varié, incluant des hommages, des lectures, des conférences, des spectacles, des ateliers interactifs et des concours pour stimuler la créativité.

Aoua Keita : Pionnière de l’indépendance et voix littéraire du Mali

Aoua Keita, née le 12 juillet 1912 à Bamako, au Soudan français (aujourd’hui Mali), et décédée le 7 mai 1980 à Bamako, au Mali, était une militante de l’indépendance, une femme politique et une écrivaine malienne. Elle est née dans une famille respectée, censée descendre de Sundiata Keita, l’un des fondateurs de l’Empire malien du 13ᵉ siècle. Son père, originaire de Kouroussa en Guinée, a combattu pour les Français pendant la Première Guerre mondiale.

Elle a milité dans les rangs du Rassemblement Démocratique Africain (RDA) dès 1946. En 1958, elle a été nommée commissaire à l’organisation des femmes de son parti. L’année suivante, elle est devenue députée, ce qui en a fait la première femme d’Afrique francophone élue à l’Assemblée législative de son pays. En 1956, Aoua Keita a créé un syndicat féminin et a participé à la mise en place d’une organisation panafricaine des femmes. Elle a contribué à la rédaction et à la promulgation, en 1962, d’un Code du Mariage et de la Tutelle du Mali, qui accordait de nouveaux droits aux femmes.

Festival Africain des Écrivains Émergents 2024 - Couverture de l'autobiographie "Femme d'Afrique : La vie d'Aoua Kéita racontée par elle-même", publiée en 1975

Lire le livre

Outre son activisme politique, elle a laissé un héritage littéraire marquant avec son autobiographie Femme d’Afrique : La vie d’Aoua Kéita racontée par elle-même, publiée en 1975, qui décrit son expérience personnelle dans le contexte de la lutte pour l’indépendance et la libération des femmes. Ce livre lui a valu le Grand prix littéraire d’Afrique noire en 1976.

Aoua Keita a reçu de nombreuses distinctions et honneurs, dont la Médaille d’or de l’indépendance du Mali, l’Ordre de la Perfection de la R.A.U., le Mérite de la Croix-Rouge de l’Empire de l’Ethiopie. Elle a été élevée au rang de Grand Officier de l’Ordre National du Sénégal, de Grand Commandeur de l’Ordre de l’étoile d’Afrique du Libéria et d’Officier de l’Ordre National du Mali.

En mettant l’accent sur des figures telles qu’Aoua Keita, le Festival africain des écrivains émergents s’ancre aussi dans le sillage d’une mémoire collective dynamique et marquante. Il se transforme en un espace où l’héritage historique et l’innovation contemporaine se rencontrent. Il contribue ainsi à l’enrichissement du dialogue interculturel et du patrimoine intellectuel africain.

Pour plus d’informations sur le Festival africain des écrivains émergents, veuillez visiter le site www.cliquecmag.com

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APELA
ActualitéEuropeÉvénementsMétiers

APELA organise une journée d’étude pour les littératures du sud

par Chrystelle Ngoulou 31 janvier 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

L’Association pour l’étude des littératures africaines (APELA) organise un événement intitulé « Résistance des réécritures dans les littératures afro-caribéennes », le 9 février 2024 à la Maison de la recherche de l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3. 

Cet événement est une journée d’étude dédiée aux jeunes chercheurs et chercheuses en littératures du sud. Le programme inclut des discussions sur la réécriture des textes préexistants comme forme de résistance contre les modèles occidentaux ou nationaux, ainsi que sur la subversion et la transgression des formes littéraires. La journée sera découpée en trois sessions avec des animateurs et animatrices de différentes universités. 

 L’Association Pour l’Étude des Littératures Africaines (APELA) a été fondée en 1983. Elle s’engage à promouvoir la connaissance des productions littéraires africaines. Elle organise des rencontres et des échanges scientifiques sur les littératures africaines, couvrant toutes les langues et genres. L’association dispose d’une revue semestrielle Etudes Littéraires Africaines (ELA) et tient annuellement un colloque ou une journée d’étude sur un thème spécifique.

Pour vous inscrire à l’événement d’APELA et avoir des informations sur la programmation, cliquez ici.

31 janvier 2024 0 Commentaires
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Leila Mottley - Arpenter la nuit
ActualitéAmérique du NordAuteursLittérature

Leila Mottley, sélectionnée pour le prix Audiolib 2024

par Chrystelle Ngoulou 31 janvier 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

Le roman Arpenter la nuit de Leila Mottley traduit par Pauline Loquin lu par Amélia Ewu fait partie des 10 livres de la sélection du Prix Audiolib 2024. La jeune écrivaine de 22 ans ajoute un jalon sur sa route du succès. 

Leila Mottley, prodige littéraire engagée

leila mottley-arpenter la nuit

Lire le livre

Leila Mottley est une jeune autrice et poétesse américaine de 22 ans. Elle a écrit Arpenter la nuit (Albin Michel), son premier roman alors qu’elle n’avait que 17 ans. Le livre raconte l’histoire de Kiara, une jeune femme afro-américaine de dix-sept ans qui se retrouve à devoir vendre son corps pour subvenir à ses besoins et ceux de son frère. 

Leila Mottley a été désignée “Oakland Youth Poet Laureate” en 2018. Elle utilise son écriture pour parler des réalités brutales du racisme, de l’exploitation sexuelle, ainsi que la vulnérabilité et l’invisibilité des jeunes femmes noires pauvres. Le roman Arpenter la nuit a reçu le Prix Page / America 2022 et est désormais en lice pour le prix Audiolib 2024.

Le prix Audiolib 

Audiolib est le premier éditeur de livres audio en France. Créée en 2008, elle est une filiale de la Librairie générale française. La structure possède un catalogue riche de plus de 1 300 références. En 2013, Audiolib crée le « Prix Audiolib », un prix annuel qui récompense le meilleur livre audio de l’année, en se concentrant sur la qualité de la narration et du contenu du livre. Le processus de sélection implique une présélection de 10 titres par l’équipe Audiolib, suivie d’une évaluation par un jury de blogueurs passionnés de livres audio, puis d’un vote en ligne par le public pour déterminer le gagnant. 

Écoutez un extrait du livre

Audiolib · « Arpenter la nuit » de Leila Mottley lu par Amélia Ewu
31 janvier 2024 0 Commentaires
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ActualitéAmérique du NordSociétéVidéos

Caleb Stewart, le plus jeune conférencier au monde, encourage à la lecture

par Chrystelle Ngoulou 31 janvier 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

Caleb Stewart, 9 ans, est le plus jeune conférencier en motivation du monde. Son sujet de prédilection ? L’importance de la lecture pour le développement des enfants. 

Lorsqu’il avait quatre ans, une vidéo de lui vantant les mérites de la lecture est devenue virale. Dans son discours qui a depuis fait le tour du web, il disait :

 « Lire tous les jours m’a rendu plus intelligent. La lecture a renforcé mon vocabulaire et mes compétences en lecture. Cela m’a permis d’apprendre et de prononcer des mots difficiles. Lire m’a aidé à enrichir ma mémoire à long terme, améliorer mes pensées et idées ainsi que ma capacité à résoudre les problèmes.”

Sa vidéo, partagée sur Instagram, a reçu de nombreux commentaires élogieux, soulignant son talent et son potentiel à avoir un impact positif dans le monde. Sa grand-mère Valérie, qui l’accompagne dans son aventure livresque, raconte que Caleb a toujours aimé les livres avant même de marcher. Sa famille s’est rendu compte qu’à deux ans, il savait déjà lire. Caleb Stewart est devenu un conférencier en motivation à l’âge de trois ans. Il a commencé à s’exprimer dans les bibliothèques, les écoles primaires et les collèges, partageant son amour pour la lecture et motivant les autres à lire, peu importe leur niveau scolaire. 

Caleb Stewart est aussi PDG de l’association à but non lucratif Master Caleb’s Discovery Library, une bibliothèque éphémère qui propose des livres et du matériel de lecture gratuits aux enfants de tous âges à Tallahassee en Floride aux Etats Unis. Il est ainsi devenu le plus jeune membre de deux chambres de commerce de la Floride.

En 2023, il a fait partie des personnes inspirantes les plus recherchées sur le moteur de recherche Google sur les vingt-cinq dernières années. Caleb Stewart dit qu’il veut devenir libraire quand il sera grand, pour mettre plus de livres entre les mains des enfants.

31 janvier 2024 0 Commentaires
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Forest Whitaker - Echec et Mat
ActualitéAmérique du NordCinéma

Forest Whitaker dans l’adaptation du roman “Échec et mat” de Stephen L. Carter.

par Chrystelle Ngoulou 30 janvier 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

Forest Whitaker rejoint la distribution du thriller « Emperor of Ocean Park », une série à suspense de MGM+ adaptée du roman à succès Échec et mat (traduction française chez Robert Laffont) de Stephen L. Carter. La série, une collaboration entre Warner Bros. Television et John Wells Productions, explore les dynamiques familiales, la politique et la recherche de la vérité.

Forest Whitaker est le juge Oliver Garland dans la série »Emperor of Ocean Park »

Forest Whitaker est un acteur, réalisateur et producteur reconnu pour son talent et sa polyvalence à Hollywood. En 2006, il a incarné Idi Amin (Ancien président de l’Ouganda) dans le film Le dernier roi d’Ecosse, pour lequel il a remporté l’Oscar du meilleur acteur.

Dans la série « Emperor of Ocean Park », Forest Whitaker incarne le juge Oliver Garland, une figure imposante de la politique nationale et du système judiciaire, décrit comme étant sévère, intelligent, calculateur et fier. Aux côtés de Forest Whitaker, il y aura en tête d’affiche, Grantham Coleman (Power Book III : Raising Kanan), Tiffany Mack (Jessica Jones) et Paulina Lule (Les agents du S.H.I.E.L.D.). Entre l’intrigue tirée du roman Échec et mat et le casting, la série est prometteuse.

Échec et mat, un thriller bestseller de Stephen L. Carter

Echec et Mat de Stephen Carter

Lire le livre

Échec et mat est le premier roman de Stephen L. Carter. Publié en 2002, ce thriller mêle mystère judiciaire et tension sociale. L’intrigue se concentre sur le juge Oliver Garland, dont la mort mystérieuse soulève des questions troublantes au sein de sa famille. Le roman explore les dynamiques de pouvoir, de race et de privilège dans la haute société afro-américaine. Cette œuvre est significative dans la littérature afro-américaine, offrant une perspective unique sur les complexités sociales et politiques vécues par la communauté afrodescendante.
« Échec et mat » est le premier tome d’une trilogie. Stephen L. Carter, professeur de droit à l’Université Yale, a connu un succès phénoménal aux États-Unis grâce à Échec et mat. Le roman a été traduit dans plus de dix-sept langues.

30 janvier 2024 0 Commentaires
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ActualitéAfriqueAfrique CentraleÉvénementsVidéos

[Vidéo] Fiston Mwanza Mujila, la voix narratrice de l’opéra « Justice » au Grand Théâtre de Genève

par La redaction 30 janvier 2024
Rédigé par La redaction

Le Grand Théâtre de Genève a récemment accueilli une nouvelle production lyrique intitulée « Justice ». Le livret en français, écrit par l’écrivain congolais Fiston Mwanza Mujila, enrichit cette production européenne et congolaise d’une dimension narrative intéressante, Mujila assumant également le rôle du narrateur. 

L’opéra « Justice » est le fruit d’une collaboration entre le compositeur catalan Hèctor Parra, l’Orchestre de la Suisse romande et le metteur en scène Milo Rau. 

 « Justice » puise son inspiration dans un événement tragique survenu en République démocratique du Congo en 2019, près de Lubumbashi. La catastrophe, causée par un renversement de camion-citerne transportant de l’acide sulfurique, a eu des conséquences dévastatrices : 21 décès, de nombreux blessés et une pollution des terres avoisinantes.

L’opéra explore ces événements à travers différents personnages. Il met en lumière le contraste entre les célébrations d’un banquet caritatif et l’ignorance des tragédies liées à l’exploitation minière. Fiston Mwanza Mujila enrichit l’œuvre d’un livret en français qui capte l’essence de cette tragédie.

La production utilise une combinaison de performances en direct et de vidéos documentaires, présentant des témoignages poignants de survivants et des images de l’impact humain de l’accident. La direction artistique de Milo Rau se caractérise par l’emploi de différents supports pour une narration puissante et non linéaire.

Sous la baguette de Titus Engel, salué comme « chef d’orchestre de l’année » en 2020 par Opernwelt, l’Orchestre de la Suisse romande interprète la musique de Parra. Le récit de « Justice » est renforcé par les performances de Peter Tantsits, Serge Kakudji et Willard White.

Une campagne de financement participatif « Justice pour Kabwe » a été lancée pour soutenir les victimes du terrible accident. La campagne a débuté le 22 janvier 2024, à l’occasion de la Première mondiale de l’opéra « Justice » au Grand Théâtre de Genève. Si vous souhaitez participer à cette campagne, vous pouvez le faire en faisant un don via le site web du Grand Théâtre de Genève.

 

30 janvier 2024 0 Commentaires
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« La vie se moque d’être aigre-douce » de Béatrice Ammera Mendo : carnet des vies dans la vie de la vie !
Notes de lectureAfriqueAfrique CentraleFictionLittérature

« La vie se moque d’être aigre-douce » de Béatrice Ammera Mendo : carnet des vies dans la vie de la vie!

par Baltazar Noah 30 janvier 2024
Rédigé par Baltazar Noah

« On marchait vers une lumière. Était-elle un commencement ou une fin ? Comment le savoir dans ce couloir ? Ce couloir était sombre, très sombre, en plus d’être étroit »… La vie. Le son de cloche est lancé : la vie n’est pas une sinécure. Dans ce travail littéraire, composé de six nouvelles, Béatrice Ammera Mendo peint et dépeint les vies dans la vie de la vie : manière de narration ironique et humoristique des kyrielles expériences et aventures qui jalonnent l’existence. Par apagogie. Dans le second degré. Dans la dérision. Avec espièglerie. Mais il ne s’agit là que d’un prétexte pour échafauder subtilement un logos philosophique et sociologique autour de la vie, sa vie, nos vies sur cette terre des hommes où rien n’est joué d’avance. Plus virilement, Mendo en s’écrivant, s’écrie au monde, et nous écrit en nous décrivant tous !

En effet, c’est un espace différentiel où l’auteure présente divergentes vies dans la vie de la vie ; et ce, au travers de ses personnages, tous des Sisyphe, non loin d’un  « professeur de théologie fou », qui se cherchent dans un monde à la recherche de lui-même, chacun avec sa dose de folie et de sensibilité. Ces différentes aventures existentielles, « Ces vies qui hantent nos morts », où se mêlent fiel, miel, arsenic, sucre, ciguë, démence, raison, déraison et tutti quanti. Oui. Ce vaste champ éternellement en friche qui demande à être exploré par chacun à sa manière, marteau-piqueur aux hanches et détermination dans le cœur. Oui. La vie, ce chemin de croix douloureux et joyeux à la fois. Ce vin « qui se moque d’être aigre-doux » mais qui a la certitude qu’il sera bu par chaque individu, produit d’une histoire dont il cherche à devenir le sujet1. Même au prix funeste de siroter au quotidien une roquille de « le démarreur », […] qui n’est [pourtant]  qu’un poison qui finira par le tuer lentement, mais sûrement [un jour] ».

La vie se moque d'être aigre-douce: Recueil de nouvelles, Broché – Grand livre, 1 octobre 2014de Béatrice Ammera Mendo (Auteur)

Lire le livre

Cet opuscule s’offre à lire comme un patchwork qui abrite et dévoile des bouts de vies de cette vie acide qui «  s’en fout de sa saveur, [et qui] sait qu’elle sera bue jusqu’à la lie ».  Puisque « on ne peut point expulser une bouche de l’histoire qu’elle raconte », c’est Mendo elle-même qui se charge de conter, compter, les aventures hilarantes de la vie, sa vie, nos vies, à travers la bouche, les vies et les trajectoires d’une chaîne de personnages loufoques et controversés : Abanda Côme dit Zorro Astre, horoscopiste excentrique ; le vieux Robert presque enfilé par un sournois delirium tremens, et dont « Noir sera à jamais le monde » ; Nathou, celle « qui n’aidait pas que le ciel ».

Les personnages de Béatrice Ammera Mendo sont non seulement de simples personnages contribuant à la construction de la dimension littéraire de l’œuvre, mais également des lucarnes qui lui permettent de faire champ avec le lecteur pour se gausser de la vie malgré la piquante once d’épices iniques, lubriques et cyniques avec laquelle elle aromatise à tort et peut-être à raison leurs vies !

Philologue, ami des mots, Mendo, qui sait véritablement ce qu’écrire et certainement ce que parler veulent dire, partage avec Mongo Beti la pureté de la langue et la maîtrise de la puissance des mots. Comme Ferdinand Oyono, Jean-Loup Chiflet et Philombe, la nouvelliste camerounaise ne fait pas de la satire, cette raillerie outrageante, haineuse et sans charité. Non. Elle fait de l’humour. Cette raillerie bienveillante sur fond de sympathie2. Car, elle n’ignore pas que «  La bouche qui [raille] doit s’assurer que ses dents ne perdront pas racine dans [la raillerie] » !

La circonlocution, moyen détourné de dire les choses, qui caractérise l’écriture de l’auteure, ne rend pas son style poussif. Au contraire, elle révèle et met en branle son pouvoir dans la gestion des nœuds de vipères (suspens) à la Mauriac, la création des attentes, des rebondissements inattendus, et enfin sa capacité à remonter subtilement les ficelles de l’émotion, l’imagination et l’intelligence du lectorat.

Tout compte fait. Ici, point de leçon ou d’apologie, mais le pari aventurier — et gagné – de dépouiller la vie, sa vie, nos vies.  Certes, la vie ne vaut rien. Raillons-la donc. Mais vu que rien ne la vaut non plus, alors buvons-la avec son sac de choses « aigres-douces ». Propose, en substance, Béatrice Ammera Mendo.

La vie se moque… de Béatrice Mendo offre des pistes réflexives sociologique, philologique, stylistique et philosophique intéressantes. En un mot. C’est une affaire littéraire qui se révèlerait bourrage de crâne pour les âmes bien vides et viles, jeu d’un « je » méditatif et pensif se cherchant à partir de lui-même dans son sociotope, et enfin révélatrice des têtes mal faites…non pleines. Dans le respect !

La vie se moque d’être aigre-douce, L’Harmattan, 2014, ISBN : 978-2-343-03948-0, 16 €.

1 Bonetti (Michel), de Gaulejac (Vincent), Individu, produit d’une histoire dont il cherche à devenir le sujet, Espace-temps, 1998, Vol .37, Nº1, PP.55-63
2 W.A. PENNENBORG, Ecrivains satiriques. Caractères et tempérament, trad. Du Néerlandais, pref.de R. La Senne, P.U.F, 1955, P.6.
30 janvier 2024 0 Commentaires
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LittératureAfrique CentraleNotes de lecture

« Petit Piment » d’Alain Mabanckou: peinture d’une Afrique précaire

par Boris NOAH 29 janvier 2024
Rédigé par Boris NOAH

« Tout avait débuté à cette époque où, adolescent, je m’interrogeais sur le nom que m’avait attribué Papa Moupelo, le prêtre de l’orphelinat de Loango : Tokumisa Nzambe po Mose yamoyindo abotami namboka ya Bakoko. Ce long patronyme signifie en lingala « Rendons grâce à Dieu, le Moïse noir est né sur la terre des ancêtres », et il est encore gravé sur mon acte de naissance… »

Ce sont ces mots-prémices, et ce long patronyme du narrateur susceptible d’interrogations, qui nous mènent vers « l’univers du roman » Petit Piment d’Alain Mabanckou, publié en 2015, aux éditions du Seuil.

Ce roman éponyme qui s’étale sur 274 pages, nous fait part de l’histoire d’un nouveau-né retrouvé devant la porte d’un orphelinat. Alors qu’il n’est âgé que d’une semaine. L’orphelinat de Loango est situé à quelques encablures de Pointe-Noire. Il est dirigé par un certain Dieudonné Ngoulmoumako, un directeur austère, tribaliste et surtout corrompu, mal-aimé par les pensionnaires de son institution. Malgré cela, la vie va bon train dans l’orphelinat.

Petit Piment d'Alain Mabanckou

Lire le livre

Le jeune garçon qui commence à grandir ne connait ni son père, ni sa mère, mais bénéficie de la douceur maternelle de Sabine Niangui, une employée de l’asile, devant lequel elle l’avait retrouvé.  Et de l’attention particulière que lui porte Papa Moupelo, le prêtre de l’orphelinat. Soudain, arrive la Révolution socialiste du Congo à la veille de laquelle le prêtre est évincé.  Ce qui sonne comme le début du chaos dans l’institution. N’ayant pas encore digéré le départ d’un homme à qui il vouait un amour profond, le jeune garçon, communément appelé Moïse, est aussi frappé par le départ brusque, surtout non averti, de « Niangui ». 

Il a treize ans, tout comme son meilleur ami Bonaventure Kokolo. Au nom de cette amitié, Moïse décide de venger celui qu’il considère comme son frère, en mettant de la poudre de petits piments dans la nourriture des jumeaux. Leurs aînés de quatre ans, qui l’avaient au préalable supplicié.

Malheureusement, Moïse est démasqué par ces jumeaux délinquants, dont la gémellité couvait beaucoup de mystères et, est obligé de les rejoindre par peur de représailles. C’est ainsi que les trois garçons décident de fuir l’orphelinat, sans Bonaventure. Aussitôt à Pointe-Noire, le nom « Moïse » disparaît au détriment de « Petit Piment », recommandé par Tala-Tala, l’un des jumeaux, parce qu’il avait fait ses preuves avec du piment, déclare-t-il.

Désormais, le quotidien des trois fugitifs, rejoints par d’autres errants, est alimenté par de nombreux actes de délinquance. Jusqu’au jour où, le jeune adolescent rencontre Maman Fiat 500, portant plusieurs sacs de courses et décide de l’aider à les transporter. Maman Fiat 500, de son vrai nom Maya Lokito, une proxénète et prostituée très réputée, éprise par la gentillesse de « Petit Piment », lui trouve un travail de manutentionnaire au port et lui offre une cahute. 

Quelques années après, le maire de Pointe-Noire, François Makélé lance l’opération « Pointe-Noire sans putes zaïroises ». « Petit Piment » allant rendre visite à Maya Lokito, comme à l’accoutumée, est surpris de constater que le camp qu’occupait la prostituée et ses filles, a été mis en ruine, brûlé par les policiers. Il les cherche en vain. Elles ont disparu. Un choc de plus qui le conduit sans ambages à la démence.

Finalement, à l’âge de quarante ans, comme le prophète Moïse envoyé par Dieu pour libérer son peuple qui croupissait dans la misère en Egypte, « Petit Piment » le Moïse noir, décide de se libérer.

« le peuple de Pointe-Noire de François Makélé, [en assassinant] ce maire véreux qui n’avait pas le souci des conditions de vie des Ponténégrins et qui avait peut-être fait disparaître Maman Fiat 500 et ses filles dans les gorges de Diosso » (p272).

Par un coup de destin.  « Petit Piment » est transféré dans une prison construite au même endroit où se situaient les locaux de l’orphelinat de Loango. Où il a passé les treize premières années de son existence. Et dans cette prison, il a un ami du nom de Ndeko Nayoyakala, lui aussi atteint « des problèmes dans le cerveau » et âgé d’une quarantaine d’années. Ce codétenu avec qui il s’entend bien, serait probablement son meilleur ami d’enfance, Bonaventure Kokolo. Il l’avait laissé avec beaucoup de regret dans l’orphelinat, lors de sa fugue qui le conduisait à Pointe-Noire.

 Au-delà des mots d’Alain Mabanckou

Par ailleurs, Alain Mabanckou écrit ce roman pour rendre

« hommage à ces errants de la Côte sauvage qui, pendant [son] séjour à Pointe-Noire, [lui] racontèrent quelques tranches de leur vie, et surtout à « Petit Piment » qui tenait à être un personnage de fiction parce qu’il en avait assez d’en être un dans la vie réelle… ».

Avec cette œuvre, Alain Mabanckou renoue avec la terre de son enfance, qu’il retrouve vingt et trois ans après. Il nous met en plein dans son Congo natal. À travers tous ces espaces (Pointe-Noire, Tchimbamba, Loango, Ngoyo…), ces noms de personnages (Ngoulmoumako, Ngutu Ya Mpangala, Oyo Ngoki, Mouyondzi…). Puisé dans le sociotope congolais, dont la manipulation (la maîtrise, la prononciation) cause pas mal de difficultés le temps d’une lecture. Néanmoins, c’est un choix loin d’être fortuit dans la mesure où il traduit une intention manifeste de l’auteur, de vendre et vanter ses origines congolaises en particulier et africaines en général. 

Derrière cette description portant le sceau de l’humour, Alain Mabanckou peint et dépeint le quotidien des jeunes ressortissants de Pointe-Noire. Ils vivent dans la peur du lendemain, la promiscuité et la précarité. Sans doute, un clin d’œil chaleureux à ces enfants, communément appelés « enfants de la rue » et surtout aux orphelins, qui pour la plupart n’ont pas choisi de se retrouver dans cette posture. Mais sont parfois obligés de subir les affres et les vicissitudes de la vie, et par conséquent, ne sont que de pauvres victimes de ce sort qui leur est dévoué. Mais, attention !

Le personnage orphelin, ici, n’est qu’une vue de surface. Il ne doit pas être pris dans son sens premier. C’est-à-dire celui ayant perdu au moins l’un de ses deux parents. Car, en réalité, d’une manière subtile, ce personnage symbolise la jeunesse africaine toute entière. Orpheline de meilleures conditions de vie ou mieux, en quête d’un parcours existentiel agréable ou tout au moins acceptable.

À cet effet, Pointe-Noire et l’orphelinat de Loango sont une métaphore de plusieurs pays africains, où la démocratie bat encore de l’aile, ayant à leurs têtes des dirigeants qui s’érigent en démiurges et pensent être les seuls capables d’assurer l’autorité et la bonne marche d’un pays. Le cas patent est celui du directeur de l’orphelinat qui, dans un discours, s’exprime en ces mots :

« Est-ce que vous vous rendez compte de la gravité de la situation ? Si je ne suis plus le directeur de cette institution ce sera la pagaille, le chaos, la fin du monde, la nuit totale, et vous aussi vous perdrez vos postes ! » (p 117).

Cependant, l’image de Bonaventure qui ne cesse de dessiner les avions, tant qu’il ne verra pas un avion réel venir le chercher et le sortir de l’asile dans lequel il se trouve, est celle d’un homme ayant perdu tout espoir. Il est hanté par le désenchantement de son cadre de vie naturel. Il pense que seul l’avion pourrait lui redonner le sourire, en l’extirper de là pour l’amener ailleurs, le paradis du Nord, où la vie sera rose, et la souffrance restera un triste souvenir.

Par contre, Moïse se considère plutôt comme un héros national en affrontant directement le bourreau, seule solution pour libérer le peuple des déboires qui l’accablent. Ce qui se dresse cordialement comme un combat contre une certaine dictature politique dont le port étendard ici est : le Maire François Makélé.

Ce discours du président de la République et chef du Parti congolais du travail prononcé devant les dirigeants de la Confédération syndicale congolaise est parlant et n’interpelle pas seulement le Congo, mais toute l’Afrique qui, aujourd’hui, est déchirée par les guerres ethniques et interreligieuses.

« Qu’importe que le chef soit du Nord ou du Sud. Aucune région ne peut prétendre se suffire à elle-même, aucune tribu ne peut vivre isolée. L’interdépendance des tribus et des régions constituera la nation congolaise que nous voulons indivisible. Seule l’unité nationale dans le travail, dans la démocratie et dans la paix peut assurer à notre peuple des victoires certaines sur l’impérialisme et le sous-développement… » (p 82),

Nous connaissons tous le douloureux événement du génocide rwandais en 1994, entre Les Hutus et les Tutsis, tous originaires Rwanda ; sans oublier plusieurs autres foyers de tensions qui ne cessent de se constituer.

[bctt tweet= »Seule l’unité nationale dans le travail, dans la démocratie et dans la paix peut assurer à notre peuple des victoires certaines sur l’impérialisme et le sous-développement… » username= »Afrolivresque »]

Au-delà, l’opération « Pointe-Noire sans putes zaïroises » lancée par le maire Makélé remet à l’ordre du jour « la haine qui existe entre notre pays [le Congo] et le Zaïre et que les politiciens attisent à la veille de chaque élection. » (p 272). 

Ces querelles brûlantes entre ces deux pays-frère séparés par un fleuve (le fleuve Congo). Et qui pourtant formaient, à la base, un même pays, devront emprunter la voie de l’évanescence. Parce que, comme on a coutume de le dire, l’unité constitue le socle et même le levier d’impulsion d’une nation qui aspire à l’émergence. Malgré tout, il faudrait vivre dans le respect des différences qui caractérisent les uns et les autres. Car, la diversité n’est pas une faiblesse, mais plutôt une richesse.

Pour ce qui est de l’espace du roman, l’écrivain congolais Alain Mabanckou nous a proposé une sorte de « retour à la case départ spatiale ». L’image d’un serpent se mordant la queue, qui se résume sur la capacité de l’auteur de ficeler une action qui commence à Loango, à l’orphelinat, se poursuit à Pointe-Noire et revient s’achever à Loango. Là, plutôt dans une prison qui curieusement a été construite au même endroit où se situait l’orphelinat. Certainement, une manière pour lui de nous montrer le mal-être et le statu quo que vivent les congolais.

Mais, en refermant ce livre d’Alain Mabanckou, on a eu comme un goût d’inachevé. Un pincement au cœur de ne pas savoir ce que sont devenus Sabine Niangui, et surtout Papa Moupelo qui avait prédit le sort de « Petit Piment », en lui donnant ce long patronyme qui a fortement influencé son existence. Est-ce de cette manière que le prélat l’avait prévu et voulu ? On ne le saura peut-être jamais.                                                                   

29 janvier 2024 0 Commentaires
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Abouet - Akissi tome 11
Bandes dessinéesActualitéAfriqueAfrique de l'OuestFiction

Marguerite Abouet dévoile la couverture du tome 11 d’Akissi

par La redaction 29 janvier 2024
Rédigé par La redaction

L’auteure ivoirienne Marguerite Abouet a récemment levé le voile sur la couverture du onzième tome de sa série à succès Akissi. La couverture, riche en couleurs et en détails, promet une histoire pleine de rebondissements et d’humour. Les aficionados d’Akissi attendent avec impatience de plonger dans ces nouvelles pages.

C’est sur sa page Facebook que Marguerite Abouet, la créatrice série de bandes dessinées « Akissi », a fait l’annonce de la sortie du tome 11 intitulé Paix temporaire, publié aux éditions Gallimard Bande dessinée. Le lancement du livre s’est déroulé le 24 janvier 2024 à la librairie La petite Égypte à Paris.

Marguerite Abouet est une écrivaine ivoirienne de bandes dessinées, née en 1971 à Abidjan. Elle est surtout connue pour sa série de romans graphiques au plus de 900 mille lecteurs, Aya. Elle a remporté le prix du premier album au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême en 2006 pour Aya. Elle vit actuellement en France avec son mari, l’illustrateur Clément Oubrerie, et leur fils.

Marguerite Abouet - Akissi tome 11

Lire le livre

Les bandes dessinées Akissi sont illustrées par Mathieu Sapin. Elles mettent en scène les aventures drôles et touchantes d’une jeune fille ivoirienne, offrant un aperçu de la vie quotidienne en Côte d’Ivoire. La série est destinée à un public jeune.

Quatrième de couverture de Paix temporaire

C’est Mardi Gras à Yopougon ! Pour Akissi, pas question de se retrouver en princesse-nunuche ! D’ailleurs, elle préfère encore se faire chicoter que de se déguiser… à moins que les choses ne se passent pas tout à fait comme prévu !

29 janvier 2024 0 Commentaires
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Faridah Àbíké-Íyímídé avec son roman Young Adult L'As de pique
Young AdultEuropeLittérature Jeunesse

Faridah Àbíké-Íyímídé: L’étudiante nigériane qui a décroché un contrat d’édition d’un million de dollars à 21 ans

par La redaction 29 janvier 2024
Rédigé par La redaction

Après la camerounaise Imbolo Mbue et la ghanéenne Yaa Gyasi, Faridah Àbíké-Íyímídé, puisqu’il s’agit d’elle, rentre dans le club des auteures africaines à signer un contrat d’édition d’un million de dollars pour un premier roman Ace of Spades.

Une opportunité inespérée dans un moment de grande solitude

Faridah Àbíké-Íyímídé _ Ace of Spades

Source : Instagram de Faridah Àbíké-Íyímídé

Faridah Àbíké-Íyímídé est une toute jeune étudiante nigériane de 21 ans vivant à Londres. Elle décroche d’abord un premier contrat avec Usborne, une maison d’édition britannique qui l’accompagne dans la rédaction de son roman qu’elle achève en 2018. Ce dernier est ensuite envoyé aux États-Unis où la maison d’édition américaine MacMillan décide d’en racheter les droits pour cette somme spectaculaire d’un million de dollars.

Un succès que la jeune étudiante n’attendait pas forcément, d’autant plus qu’à cette période, elle était fauchée et se sentait très seule. Elle était également consciente du peu de soutien dont bénéficient les auteurs noirs en devenir et n’avait donc pas grand espoir de réaliser un jour son rêve. Elle qui, de son propre aveu, a toujours voulu devenir romancière, ne s’attendait pas à une telle reconnaissance.

[bctt tweet= »Après Imbolo Mbue et Yaa Gyasi, Faridah Àbíké-Íyímídé rejoint le club des auteures africaines à un contrat d’édition à 1 million de dollars » username= »Afrolivresque »]

Un contrat d’édition à un million de dollars pour un thriller “Young adult”

Ace of Spades est un thriller Young Adult dont l’intrigue se déroule dans une élitiste école privée. Les héros, jeunes étudiants issus de la minorité noire, tentent de découvrir qui répand de fausses rumeurs à leur sujet dans cet univers où ils ne se sentent pas toujours à leur place.

L’auteure y explore les difficultés rencontrées par les jeunes issus des minorités lorsqu’ils accèdent à ce type d’institution. Elle y développe des thèmes chers à elle tels que le racisme institutionnalisé et l’homophobie au sein de la communauté noire.

Ace of Spades est un roman bien ancré dans son époque. Becky Walker, la rédactrice en chef d’Usborne, l’a comparé à un mix entre le film “Get Out” et la série “Gossip Girl”.  Ce qui n’a rien de surprenant dans la mesure où la jeune Farida se dit être une inconditionnelle de la série. On ne peut en revanche que s’incliner devant l’intelligence avec laquelle elle a su tirer profit de cette passion.

Faridah Àbíké-Íyímídé: Une étudiante à l’imagination débordante

Lire le livre

À la lecture du résumé du roman, on perçoit à quel point l’auteure s’identifie à ses personnages. Dans une interview accordée au magazine britannique The Guardian, Faridah Àbíké-Íyímídé décrit une enfance tout à fait ordinaire passée dans une banlieue au sud de Londres où se côtoient nombre de minorités appartenant à la classe ouvrière.

Elle décrit ensuite son expérience à l’université à Aberdeen, solitaire, car peu portée sur les distractions et autres beuveries chères à beaucoup d’étudiants. Elle se réfugie ainsi dans l’écriture et entame la rédaction de son premier roman, Ace of Spades.

La réception du roman de Faridah Àbíké-Íyímídé

Le roman Ace of Spades a été publié le 18 novembre 2021. Sa version traduite en français est sortie le 19 janvier 2023. Le roman a reçu de nombreuses récompenses. Il a été finaliste du Goodreads Choice Award 2021 pour la fiction Young Adult, classé parmi les 100 meilleurs livres audio pour la catégorie Young Adult par l’American Librairy Association en 2022. Dans leur critique, Publishers Weekly a noté :

« Faridah Àbíké-Íyímídé excelle dans la description du conflit de personnages qui existent dans deux mondes, l’un de privilèges blancs et l’autre dans lequel la noirceur n’est pas un désavantage mais un point de fierté. L’histoire semble légèrement trop longue, mais Devon et Chiamaka sont dynamiques et aux multiples facettes, profondément humains face au traitement réservé à Aces. Source

Faridah Àbíké-Íyímídé a bénéficié du soutien sans faille de sa maison d’édition américaine MacMillan comme avec la promotion qui a été organisée autour de son livre. Une belle aventure ne fait que commencer pour elle.

 

 

 

29 janvier 2024 0 Commentaires
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Flore Agnès Nda Zoa Meiltz créatrice de la CENE Littéraire, Ama Dadson fondatrice et PDG d'AkooBooks Audio Ltd et Bibi Bakare-Yusuf – fondatrice de Cassava Republic
PortraitsAfriqueAfrique CentraleAfrique de l'OuestEuropeIndustrieMétiersProfessionnels

3 Femmes Africaines Qui Font Bouger Le Monde Du Livre

par La redaction 29 janvier 2024
Rédigé par La redaction

On connaît des auteures africaines, pionnières pour certaines comme Mariama Bâ ou encore Aminata Sow Fall, contemporaines pour d’autres à l’instar de Leonora Miano, Fatou Diome ou encore Chimamanda Ngozi. On sait surtout ce que ces femmes africaines ont apporté et continuent d’offrir à la scène littéraire africaine. Celles qu’on connaît moins, ce sont ces pionnières d’un autre genre, car elles sont de celles qui initient des mouvements autour du livre africain. Elles ne cessent de créer et s’illustrent par leur capacité à proposer des nouvelles façons d’aborder le livre. Portraits de trois femmes inspirantes qui œuvrent pour la lecture et la promotion du livre africain en Afrique

Flore Agnès Nda Zoa: l’engagement par une association de lecteurs

Flore Agnes Nda ZoaFlore Agnès Nda Zoa, plus connue sous le nom de Ngoan Beti, est une véritable amoureuse du livre. Elle est camerounaise et suissesse, avocate inscrite au barreau de Genève. Celle qui se définit comme fille spirituelle de l’écrivain camerounais Mongo Beti (d’où le pseudo) est la fondatrice et présidente de la Cene Littéraire, le Cercle des amis des écrivains Noirs Engagés. 

Cette association de lecteurs a pour but principal la promotion des écrivains africains et afro-descendants. Elle propose depuis 2016 des rencontres littéraires avec différents auteurs dans de nombreux pays d’Afrique francophone, en Suisse et en France. Elle organise aussi des résidences littéraires et a créé le prix littéraire “Les Afriques”. Il a été décerné aux auteurs qui suivent depuis 2016 :  Hemley Boum, Abdelaziz Baraka Sakin , Kei Miller, Elnathan John, Ayòbámi ADÉBÀYÒ en 2020 (Reste avec moi – Charleston, 2019), Fiston Mwanza Mujila en 2021 (La danse du vilain –  Métailié, 2020) et Imbolo Mbue en 2022 (Puissions-nous vivre longtemps, Belfond, 2021). Le lauréat de l’édition 2023 sera connu courant février 2024.

En 2021, Flore Agnès Nda Zoa crée la maison d’édition Flore Zoa qui ont pour vocation de contribuer à l’évolution du débat autour de l’Afrique, sa civilisation, son histoire et sa culture. Les auteurs y sont publiés à compte d’éditeur dans une des quatre collections de la structure :  Kalahari, Bourgeon, Ponts et Sentiers et Brèves.

[bctt tweet= »Le plus gros problème que nous avons en Afrique est le déficit de l’imaginaire. – Bibi Bakere-Yusuf » username= »Afrolivresque »]

Ama Dadson: un pari sur le livre audio

Ama Dadson est la fondatrice et CEO de la plateforme de distribution de livres audio AkooBooks. Elle est pionnière dans le domaine et offre au Ghana sa toute première plateforme audio du livre africain. L’ambitieuse jeune dame a ainsi mis sur pied une véritable machine de guerre et propose via ce canal de nombreux services. Notamment l’enregistrement et la production de livres audio, la création et la distribution de produits originaux dont l’objectif assumé est la mise en avant de la richesse des langues locales, la mise à disposition de licences de livres audio et bien plus encore. 

L’initiative menée par l’entreprise AkooBooks contribue à la préservation et à la diffusion du patrimoine culturel africain grâce aux dernières technologies numériques. Les efforts entrepreneuriaux d’Ama Dadson ont été reconnus dans divers cercles, contribuant à l’écosystème grandissant du contenu numérique africain.

Elle a obtenu le African Entrepreneurship Award Winner en 2018 qui lui a doté de 25.000 $. Un tremplin financier qui lui a permis de considérablement accélérer son activité.  En 2023, AkooBooks Audio a fait partie des dix lauréats du Défi Numérique AFD. Ce concours soutient les entreprises qui se concentrent sur l’innovation numérique pour améliorer la vie en Afrique. Les gagnants ont reçu un soutien financier et des opportunités de développement pour leurs projets.

 

Bibi Bakare-Yusuf : nourrir l’imaginaire africain avec le livre africain

Bibi Bakare-Yusuf est une universitaire et auteure d’origine nigériane. Fondatrice avec Jeremy Weate de la maison d’édition Cassava Republic Press, elle a pour ambition d’offrir au plus grand nombre une littérature de qualité à des prix relativement bas. Elle souhaite mettre en valeur des talents locaux, souvent ignorés faute de moyens. 

Depuis sa création en 2006, la maison d’édition Cassava Republic Press s’est taillée une belle réputation grâce notamment à ses auteurs de fiction comme la très talentueuse Lola Shoneyin ou encore le remarquable Elnathan John (prix Les Afriques 2019). Ses livres sont distribués partout dans le monde et elle a des bureaux à Abuja et à Londres.

En 2023, Cassava Republic Press a lancé le prix du manuscrit de non-fiction pour les auteures noires. Ce prix vise à récompenser et à publier des femmes africaines du continent ou de la diaspora qui ont un manuscrit inédit. Il offre un contrat d’édition au lauréat, une avance de 5 000 $ et un contrat d’édition pour les deux finalistes. Le prix est financé par Alitheia Capital et l’Open Society Foundation Africa.

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Quintessence
Le mot de la semaine

Quintessence : Le mot de la semaine

par Chrystelle Ngoulou 29 janvier 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

Le mot de la semaine du 29 janvier au 4 février 2024 est Quintessence.

Le terme « quintessence » a une signification à la fois littéraire et philosophique. D’un point de vue philosophique, il était utilisé dans l’Antiquité pour désigner une substance éthérée ajoutée comme cinquième élément aux quatre éléments traditionnels (terre, feu, air, eau).

Littérairement, il fait référence à ce qu’il y a de plus raffiné, de plus concentré, ou à l’essence même de quelque chose. Par exemple, on peut parler de la quintessence de la beauté ou de la quintessence d’une idée. Le terme est également utilisé dans un sens figuré pour désigner ce qu’il y a de principal, de plus précieux, voire de plus caché dans une affaire, un discours ou un livre.

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Afrique de l'OuestLittératureNotes de lecture

« Le silence du totem » de Fatoumata Ngom

par Zila Aset 27 janvier 2024
Rédigé par Zila Aset

En refermant Le Silence du Totem, primo roman de Fatoumata NGOM, jeune auteure africaine publiée aux Éditions L’Harmattan en avril 2018, je n’ai pu dans ma mémoire freiner l’élan de ces paroles adressées en 2005 à M. Dominique de Villepin, alors Premier ministre de l’État français :

L’Unesco, au sein de laquelle la France occupe une place de choix, postule qu’il appartient à chaque État de gérer son propre patrimoine culturel et historique. Le peuple du Bénin très attaché à sa culture ne comprendrait pas un refus de la France à restituer les traces de son histoire glorieuse. Les liens qui unissent le Bénin à la France militent pour la restitution de ces œuvres d’art.

Ces mots de Madame Taubira auraient pu être prêtés à l’héroïne de l’œuvre, Sitoé Iman Diouf. Une jeune anthropologue sénégalaise qui, après des études dans de prestigieux établissements français, voit son destin basculer suite à une mission particulière, à elle, confiée par son supérieur hiérarchique. Alors qu’elle doit organiser une exposition, Sitoé découvre dans une réserve secrète du Musée du Quai Branly, une magistrale sculpture représentant un guerrier au corps d’humain et à la tête de serpent ornée de grands yeux jaunes. De cette merveille artistique émane une telle aura que Sitoé en est captivée au point d’entendre les battements des tam-tams et les chants endiablés de son village natal Khalambass. Littéralement hantée par cette sculpture, la jeune Sérère décide d’investiguer, et finit par découvrir que la fameuse statue est un totem millénaire de son clan.

L’intrigue fait ainsi écho à la célèbre affaire des biens culturels « mal acquis » et soulève de nombreuses problématiques anthropologiques, sans manquer de relancer le débat sur l’immense défi que représente la restitution effective des trésors artistiques.

Le paternalisme Occidental

Rédigées dans un style simple, les lignes de Fatoumata NGOM ne manquent pourtant pas de caractère. Leur encre laisse entrevoir quelques reflets d’un rouge colère. Étalés sur de blanches pages, les mots donnent vie à une insurrection contre la vision paternaliste des nations occidentales qui se parent d’arguments techniques tels que le manque de normes de sécurité et de conservation ou encore un climat pas adapté à la conservation des œuvres:

Au nom du Musée du Quai Branly, de l’État Français, je demande à ce que la statue Pangool ne retourne pas dans son lieu d’origine car elle ne serait pas conservée dans de bonnes conditions. Elle serait alors exposée à de risques d’usure, de détérioration, de pillages, de vols. Pour l’intérêt de l’Art et de la Culture, la place de la statue Pangool est au Musée du Quai Branly.

Toutefois, il y a aussi la question de l’esthétique qui ressort de l’analyse ekphrastique de l’ouvrage.

Au-delà de L’Esthétique

Le silence du totem de Fatoumata Ngom

Lire le livre

La robe rouge de l’œuvre de Fatoumata NGOM est porteuse de nombreux messages. Cette couleur symbolisant la divinité dans les civilisations gréco-romaines, yoruba ou encore Sérère nous renseigne sur la volonté de l’auteur de sacraliser le lien des peuples à leur patrimoine culturel. S’inscrivant dans le sillage de Pablo Picasso qui, à partir du concept d’intercession, décrivait la relation des nations africaines à leur art, Fatoumata NGOM affirme que l’objet, bout de bois aussi finement taillé soit-il, n’est pas utile à l’émerveillement seulement. La statue Pangool, personnage principal de l’œuvre, a pour les habitants de Khalambass une fonction rituelle qui l’érige en réceptacle de la force sacrée des anciens, et en substitut symbolique doué de propriétés intrinsèques précises.

Comme pour renforcer cette assertion, les masques qui ornent la première de couverture portent haut l’emphase de la croyance selon laquelle le sujet artistique ne porte pas que sur la beauté, mais sur l’efficience même de la beauté.

[bctt tweet= »L’étude des cultures traditionnelles africaines n’a permis jusqu’ici qu’une approche limitée du fait esthétique. » username= »Afrolivresque »]

Pour mieux l’appréhender, il faudrait considérer l’objet dans son essence ; car en Afrique, le phénomène de création artistique est inhérent au contexte et est la manifestation privilégiée d’un type de société.

L’auteure nous invite en outre à considérer les enjeux anthropologiques qui émanent de chaque œuvre d’art. En effet, une production artistique peut devenir un bien commun à un groupe d’hommes et de femmes dont il est l’artefact et ainsi participer à former une identité nationale. C’est du moins ce qui nous est indiqué dans le roman avec la statue Pangool qui est l’expression, de la mémoire et de l’organisation politique du peuple Sérère:

Cette statue comme vous dites, a une fonction autre que celle artistique. Sa place est dans sa terre d’origine. Mon clan doit être son seul gardien

L’emploi de la prétérition dans le titre même de l’ouvrage n’est pas anodin. Le silence. Un silence plus qu’éloquent puisqu’il réussit à se doter d’une jeune plume pour dire avec délicatesse le chagrin d’une âme trop souvent dépouillée de son histoire. Elle marque les esprits pour que nul n’oublie que l’Art n’a pas tous les droits et que primeur devrait être donnée à l’identité des peuples. Sous des airs de plaidoyer romancé, ce silence crie à la justice et une invite à fonder une nouvelle ère dans les relations entre l’Afrique et la France. Plus qu’un bras tendu…

…L’art l’affaire de tous

Les profils des personnages qui se succèdent au fil de chapitres soulignent à suffisance que la préservation du patrimoine culturel est le devoir de tout Être pensant, sans distinction d’âge, de sexe ou de catégories socioprofessionnelles. Que l’on soit une riche héritière comme Marie-Charlotte de Fabrègues, un immigré comme Sitoé Le Goff, une enfant comme Assane Maurice, le fils de Sitoé, tout homme, parce qu’il est doué de sensibilité, peut avoir accès à la création. Accessibilité qui pour autant ne doit se faire au détriment de l’Autre. Pas besoin d’être cultivé pour apprécier l’art, car il y a dans la culture une immense part d’hérédité et donc de transmission. Par conséquent, tous les êtres, même ceux qui semblent dépourvus de connaissances approfondies, jouissent autant du rythme, des sons que des formes et des couleurs.

 

Conclusion

Nous sommes le 26 novembre 2018 lorsque je porte le point final à cette recension. Heureuse coïncidence ou alors signe du destin, mais c’est aussi le jour où sort en librairie Restituer le Patrimoine Africain, une œuvre, fruit d’une vaste réflexion entérinée par Felwine Sarr et Bénédicte Savoy sur la question de la réappropriation des patrimoines par les nations. L’ouvrage ne fait pas que raconter les multiples spoliations au travers de l’histoire, mais énonce également quelques recommandations pratiques pour la mise en œuvre d’éventuels chantiers de restitutions. C’est d’ailleurs en s’appuyant sur celles-ci que la France a récemment décidé de rendre aux autorités du Bénin 26 œuvres, prises de guerre du général Dodds dans le palais de Béhanzin, après les sanglants combats de 1892, appelés le « sac d’Abomey ».

Il me plaît alors à penser que malgré un démarrage lent qui aurait pu en décourager plus d’un, l’intrigue proposée par Fatoumata NGOM n’est pas étrangère à ce résultat. Bien au contraire, elle a été d’un indubitable apport dans le mouvement qui vise non seulement à redonner accès aux peuples africains à leurs patrimoines culturels, mais aussi à poser les jalons d’une histoire franco-africaine pacifiée :

Le conseil des Musées venait de décider que le totem Pangool allait être restitué aux habitants de Khalambass. Après une éprouvante procédure la fin du combat venait d’être sonnée, et la victoire lui revenait. Sa famille et tout le peuple de Khalambass allaient réapproprier leur totem, ses ancêtres allaient retrouver le refuge de leurs âmes et pourvoir enfin reposer en paix. 

 

27 janvier 2024 0 Commentaires
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Gaël Faye lit la Dictée Géante à la Bibliothèque Nationale de France
ÉvénementsActualitéEuropeSociété

Gaël Faye lit la Dictée Géante à la Bibliothèque Nationale de France

par Acèle Nadale 26 janvier 2024
Rédigé par Acèle Nadale

Pilot Pen France, en collaboration avec La Dictée Géante de Rachid Santaki, organise un événement unique à la Bibliothèque nationale de France (BnF), dans la salle Ovale du site Richelieu. Le 29 janvier, de 14h à 17h, 240 participants se retrouveront pour une dictée spéciale avec l’ambassadeur de Pilot, Gaël Faye. 

La dictée, une « conjugaison de plumes et de voix », mettra en lumière un texte de Marie-Hélène Lafon, autrice récompensée dont les manuscrits sont conservés à la BnF. L’écrivain-musicien-rappeur franco-Rwandais Gaël Faye ouvrira l’événement avec sa propre Ôde à l’écriture avant de commencer la dictée. Son roman Petit Pays a reçu le Prix Goncourt des Lycéens, une récompense prestigieuse qui reconnaît le meilleur ouvrage de littérature jeunesse de l’année.

Laurence Engel, présidente de la BnF, exprime sa fierté d’accueillir La Dictée Géante pour la deuxième année consécutive. Pilot Pen France, représentée par sa Directrice de Branding et Communication, Dilraj Soomaroo, exprime également sa fierté de rassembler les Français autour de l’écriture grâce à cet événement.

L’histoire de Dictée Géante

La Dictée Géante, initiée en 2013 par Rachid Santaki, journaliste, romancier et scénariste français, est un événement visant à promouvoir l’alphabétisation et l’accès à la lecture et à l’écriture pour un large public. Elle se présente sous la forme d’une dictée traditionnelle, mais à plus grande échelle, impliquant un grand nombre de participants. 

Cette initiative, née d’une volonté de rendre l’orthographe ludique et rassembleuse, a connu un grand succès grâce à l’implication de Rachid  Santaki, reconnu pour ses ouvrages sociaux et ses ateliers d’écriture.

Au-delà d’un simple exercice de langue, la Dictée Géante vise à promouvoir l’accès à la lecture et à l’écriture, à célébrer les valeurs républicaines et le patrimoine culturel, et à combattre l’illettrisme. Elle offre un espace d’échange et de rencontre, encourageant ainsi l’expression de la citoyenneté et l’égalité des chances.

Des ressources pédagogiques, telles que des cahiers de préparation, des exercices préparatoires variés, des dictées à trous et des dictées avec fautes, sont proposées pour aider les participants à se préparer à cet exercice d’orthographe. L’événement inclut également des activités sociales et culturelles.

Le public de la Dictée Géante est diversifié, allant des fervents admirateurs de Santaki, aux étudiants, en passant par les familles et les seniors. Ces séances de dictée ont même trouvé leur place dans le milieu professionnel, favorisant la cohésion et le lien entre les employés de grandes entreprises.

Le 31 mars 2018, cet événement a atteint un sommet en établissant un record mondial avec 1473 participants au Stade de France. Ce record place la Dictée Géante parmi les dictées les plus célèbres de l’histoire, aux côtés de celles de Mérimée, Jules Leroux et Bernard Pivot.

26 janvier 2024 0 Commentaires
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Notes de lectureAfriqueAfrique Centrale

« Les exilés de Douma – Ombres et lumière sur la forêt » de Marie Ange Evindissi : historiographie d’une peuplade

par Baltazar Noah 26 janvier 2024
Rédigé par Baltazar Noah

Deuxième volet d’une trilogie, ce roman de Marie Ange Evindissi est un rendu anthropo-ethnologique, ficelé à partir des outils références sociohistoriques, sur les Fongs : une peuplade d’Afrique Centrale.

Le choix de retracer les trajectoires et les pérégrinations de cette peuplade est le paravent à partir duquel la romancière camerounaise portraiture l’historiographie du « roi Essono Bidja » p.54- une figure historique importante pour les Fongs comme Charles Atangana pour les Ewondos au Cameroun et/ou Léonidas 1ᵉʳ pour les Spartiates-les lacédémoniens.

Les exilés de Douma - Ombres et lumière sur la forêt de Marie Ange Evindissi

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Dans cet épisode, il n’est vraiment plus question du déplacement des Fongs d’un point vers un autre (dans le tome I : d’Amala pour Douma). Ici, c’est la question de la rencontre de l’alter ego (au sens latin autrui, l’Autre) avec tout son bagage socioculturel qui est finement mise en discours. L’air de rien. Et ce, parce que l’intrigue, qui est menée sur un même ton de bout en bout, ne livre son sujet de fond au lecteur seulement si celui-ci entreprend de suivre son fil narratif sans préjugés ni compréhension et interprétation anticipée : le « bras de fer » culturel entre les « Ekobe-Nanga » p.102 (les Occidentaux) et les Fongs !

L’intrigue est bâtie tout autour de deux protagonistes : Otto Von Kampf (représentant des Prussiens) et Essono Bidja (guide illuminé des Fongs). Ils se rencontrent, se confrontent presque, chacun cherchant à imposer à son vis-à-vis les pratiques (religieuses, socioculturelles etc.) qui constituent l’intériorité psychosociologique et humaine du groupe social auquel il appartient.

« Mimela jeta une poignée de cauris au sol, ramassa l’un d’eux et l’examina attentivement. Il leva la tête, l’air interloqué, sembla hésiter et finit par se décider à dévoiler à son visiteur la raison de son étonnement. » p.145

Marie Ange Evindissi élabore un ethos de matière textuelle qui construit un univers social dans lequel est projetée en avant une histoire : l’abattage de l’arbre Totem de Douma pour la construction d’une route ; Jean Pliya a utilisé le même symbole (arbre Totem) pour faire de la rencontre des cultures le thème discursif central dans L’arbre Fétiche (1974, Éditions Clé). Chez Evindissi, en réalité, ladite histoire est le simili, qui lui permet de bien échafauder la trame de son récit, qui dépeint le jeu de représentation du choc culturel et des différents conflits d’intérêts qui se dévoilent graduellement tout au long de la narration. Avançons !

Dans cette aventure romanesque, la mise en scène de l’affrontement interculturel, comme représenté également chez Ngugi Wa Thiongo dans Rivière de vie (2000, Présence Africaine)– quand le jeune Waiyaki est confronté à faire un choix entre les modèles traditionnels de ses aïeux et le nouvel enseignement des missionnaires (Occident)- offre la lisibilité des différents enjeux (économiques, politiques, sociologiques, religieux etc.) qui sont pris en charge dans le processus mécanisme du brassage culturel. Et ce faisant, les intérêts ou les dommages collatéraux qui escortent la promotion de la communication interculturelle : la rencontre de l’Autre (l’autre soi). Plus amplement, en assurant et en assumant la traçabilité de l’itinéraire (au sens latin itineris, le chemin) historique, voire culturel du peuple Fong, l’acte d’écriture d’Evindissi devient, dès lors, une contribution dans l’élaboration de la structure de ce que Valentin-Yves Mudimbe appelle : « colonial library » (bibliothèque coloniale). Ce fait littéraire, entièrement tourné vers une quête des signes qui présagent l’avenir en explicitant le passé, s’engage dans l’exploration de la problématique de la mémoire, de la trace et de l’identité.

En substance, Les exilés de Douma de Marie Ange Evindissi. À la lecture du sociogramme de la société interne à l’œuvre : c’est-à-dire, celle dans laquelle se rencontrent et se défient des sujets humains dont les visions du monde sont culturellement et sociologiquement différentes, souscrit au prolongement du débat autour des approches du décloisonnement telles que : le post-colonialisme, le postmodernisme et le mondialisme !

26 janvier 2024 0 Commentaires
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Le grand combat de Ta-Nehisi Coates
Notes de lectureAmérique du NordBiographie, mémoires et AutobiographieFictionLittérature

Ta-Nehisi Coates et son livre « Le grand combat » : Faire parler les « Blacks » à haute voix !

par Baltazar Noah 26 janvier 2024
Rédigé par Baltazar Noah

Publié en 2008, et réédité en janvier 2017, aux éditions Autrement, ce phénomène littéraire de Ta-Nehisi Coates, n’est pas qu’un « …grand combat », mais également un projet solide dont le fond oscille entre l’enfance de l’auteur et le portrait d’une société prise aux mailles de la fixité de l’injustice sociale atomisée.

En effet, ce livre offre en lieu et place, sans bémol ni fausse note, sous le label de la mise en évidence de la relation entre les plus importants outils de la réflexion historique que sont la mémoire et l’opposition passé-présent, pour reprendre Jacques Le Goff, une réflexion honnête, sincère et intelligente sur la quête perpétuelle d’existence des minorités noires américaines, leur grand combat contre l’oppression.

En d’autres mots, cette œuvre serait un lieu d’expression qui déclencherait la tenue d’une profonde interrogation sur « …l’inégalité des races humaines » à la Gobineau, et qui reproblématiserait par ricochet la question « De l’égalité des races humaines » à la Anténor : manière de reconfiguration des rapports sociaux et raciaux dans un pays, mieux un monde, où l’homophobie et la xénophobie s’engraissent.

Le grand combat de Ta-Nehisi Coates

Lire le livre

Ce roman est, d’une certaine manière, un récit qui plonge le lectorat dans les méandres de l’enfance de son auteur, sa trajectoire : une autobiographie très ancrée dans la réalité américaine des années 80, où tout sujet-humain minoré « Black » était moins occupé à vivre et plus occupé à ne pas mourir. Ainsi donc, si Paul Béatty (Moi, contre les États-Unis d’Amérique), Walter Dean (Harlem Blues), André Brink (Une saison Blanche et sèche) et, bien entendu, d’autres producteurs de savoir ont dépeint la résultante horrible des réflexions de la déliquescence des rapports sociaux et raciaux dans leurs œuvres, on pourrait reconnaître au travail de Ta-Nehisi Coates d’essayer d’investir le champ de la problématique du corps des minorités noires américaines d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Le grand combat de Ta-Nehisi Coates est un véritable traité d’apprentissage pour les jeunes générations américaines, et partant du monde, afin que celles-ci ne tombent point dans les pièges de la drogue et des gangs. In fine, ce travail romanesque permet de mettre en évidence la fébrilité des systèmes sociaux, des rapports sociaux et de reconfigurer le vide des prénotions ; notamment la marginalisation des minorités et la capacité de tout sujet-humain, quel qu’il soit, à tracer et à re-tracer son historicité : Issue catégorique pour pouvoir formuler une réponse chargée de sens et de cohérence à cette interrogation d’un Lyonel Trouillot en quête de lui-même, « Kannjawou » servant de tremplin : « Quel soi-même on finit par être, au bout de quel parcours ? »

26 janvier 2024 0 Commentaires
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Florence Tsagué - La porte de minuit
Notes de lectureAfriqueLittérature

Florence Tsagué avec « La porte de minuit », comme une carte d’identité de l’intérieur de la nuit !

par Baltazar Noah 26 janvier 2024
Rédigé par Baltazar Noah

La Porte de Minuit est un recueil de quatre nouvelles écrites par Florence Tsagué et publié en 2016 chez l’Harmattan. « Crac crac crac »…bruissements de l’ouverture de La porte de minuit. Ils plongent dans les profondeurs des « esprits de la nuit » qui « hant[ent]les vivants ».

À partir de ce recueil de nouvelles, Florence Tsagué entreprend une immersion au cœur des secrets de la nuit. Les nuits africaines où chantent, crient et dansent les esprits quelquefois thuriféraires des choses qui dérangent. Mieux, une vague de chuchotement dont l’écho laisse entendre qu’on ne devrait rien mystifier ni trop démystifier sans précaution quand chante l’heure des esprits… Minuit. C’est donc là une planche initiatique vers la compréhension et l’interprétation de l’intériorité socioculturelle d’une terre ombilicale : manière de travail littéraire dont l’écrit stylisé explore et façonne à la fois la conscience historique, métaphysique et culturelle des Afriques. Et ce, pour mieux se parer contre les défis du monde se mondialisant.

« Je ressentis la présence de la mystérieuse créature juste à quelques mètres de moi. Et elle était là, habillée en blanc, sauf la tête qui était couverte d’un voile noire ».

Par où commencer ? La porte de minuit est ouverte. Pot-pourri. L’invisible se jette sur le visible. La mort fond dans la vie. La nuit se lève dans le jour. Les morts dialoguent avec les vivants, ils les touchent même : les mondes sont mêlés. Mo Mo peut donc se permettre de regarder les esprits de la nuit dans les yeux ; Miagning n’a pas peur de flirter avec un cadavre pour un strapontin ministériel ; Ajimo quant à lui se plaît à flâner entre le monde des vivants et des morts. Les paradigmes ne sont pas seulement inversés, ils sont mâtinés.

La Porte de Minuit-Nouvelles de Florence Tsagué

Lire le livre

Les nouvelles de Florence Tsagué sont à fleur de peau entre le mirobolant et le rocambolesque, mais reposent définitivement sur le fantastique. De quoi masturber l’imagination vers la réalité. En chantant le monde invisible, l’interrogation du vide, ce sont les forces du monde métaphysique qui sont posées comme théologie de la nature. Il se crée, dès lors, un dialogue continuel entre les vivants, les morts, la nuit, le jour et tout le tremblement. Naît, par la suite, une rencontre entre les vivants, l’autre et l’ailleurs. L’autre non plus comme alter-ego, l’ailleurs non plus comme espace géographique localisable, mais comme univers que l’on découvre quand s’ouvre La porte de minuit.

Cet opuscule postule un dévoilement aboutissant à une mise en dialogue de l’onirique et de la métaphysique avec la réalité, afin de faire corps avec eux. Le fantastique dans lequel s’inscrit cette œuvre devient donc un prétexte, un tremplin pour établir la carte d’identité de l’intérieur de la nuit. Autrement dit, il s’agit de la possibilité de construire un espace littéraire qui, comme quand Mutt-Lon, mettant en scène les Ewusu-ces êtres dont on ne parle pas-déchiffre les mystères de l’univers secret et complexe de la sorcellerie et des traditions africaines.

La charge émotionnelle de ce recueil composé de quatre nouvelles est partout camouflée dans chaque récit visiblement anodin. L’art de la nouvelle est, par ailleurs, mis en évidence avec la virtuosité dans les phrases, la pertinence dans la description du détail et la progression des situations.

« Cac cac cac »… En attendant de percer le mystère du « dé de la mort, le dé du destin incontournable réservé à chaque être humain » quand se referme La porte de minuit de Florence Tsagué, force est de reconnaître que voici un labyrinthe littéraire qui conduit le lectorat vers les clés de la compréhension de la nuit, l’irrationnel… L’imaginaire !

26 janvier 2024 0 Commentaires
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10ᵉ Fête du Livre de Kinshasa 2024 Les femmes à l’honneur
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10ᵉ Fête du Livre de Kinshasa 2024 : Les Femmes à l’Honneur

par La redaction 26 janvier 2024
Rédigé par La redaction

La Xᵉ édition de la Fête du livre de Kinshasa se déroulera du 17 au 24 février 2024 à l’Institut français de Kinshasa, en République Démocratique du Congo. Cette édition, dont le thème est “Les femmes à l’œuvre”, mettra en avant les femmes africaines et réunira plus d’une quinzaine d’artistes nationaux et internationaux.

Depuis maintenant neuf ans, Kinshasa vibre au rythme de la littérature grâce à la Fête du Livre, un événement majeur organisé par le Pôle Eunic-RDC et soutenu par la délégation de l’Union européenne. Cette année marque la dixième édition de cette grande rencontre littéraire, un événement qui s’est imposé comme un incontournable dans le paysage culturel de la République Démocratique du Congo.

Durant plus de huit jours, la capitale congolaise devient un véritable carrefour de la littérature avec la Fête du Livre de Kinshasa. Auteurs, poètes, éditeurs, critiques littéraires, bédéistes et passionnés de lecture se réunissent pour une célébration du livre dans toutes ses dimensions. Cette rencontre offre une opportunité d’échanges et de découvertes, où la diversité et la richesse de la littérature sont à l’honneur. Des débats, des tables rondes, des conférences et des ateliers littéraires sont au programme.  La Fête du Livre consacrera une journée spéciale aux enfants dans le but d’attirer le jeune public. 

Laure Adler, journaliste, biographe, essayiste, éditrice et productrice française de renom, est la marraine de cet événement. La journaliste et auteure a animé plusieurs émissions sur France Culture et dirigé la chaîne en 1999. Laure Adler a également remporté le prix Femina de l’essai en 1998 pour son œuvre sur Marguerite Duras, et a animé l’Heure Bleue sur France Inter. 

Plus de 30 auteurs internationaux et congolais francophones participeront à la Fête du Livre de Kinshasa. Elle se positionne ainsi comme une plateforme culturelle essentielle pour la littérature en RDC et au-delà. Le samedi 24 février, à l’occasion de la clôture de la dixième édition de la Fête du livre de Kinshasa, un concert se tiendra dans la vaste salle de la Halle de la Gombe. Cette soirée sera animée par les rythmes entraînants de la rumba congolaise.

26 janvier 2024 0 Commentaires
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Prix Safal Cornell Kiswahili 2023 : Les Finalistes Sont Connus
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Prix Safal Cornell Kiswahili 2023 : Les Finalistes Sont Connus

par La redaction 26 janvier 2024
Rédigé par La redaction

Le Prix Safal Cornell Kiswahili pour la littérature africaine, édition 2023, a annoncé ses finalistes. La cérémonie, prévue pour le 9 février 2024 à Nairobi, au Kenya, célèbrera les talents dans les catégories poésie, recueils de nouvelles et fiction.

Les finalistes pour la catégorie poésie comprennent : 

  • Changa La Macho de Fatuma Salim (Tanzanie), 
  • Ndani Ya Subira Kichwangomba de Lenard Mtesigwa (Tanzanie) 
  • Ushairi Wa Maisha Ya Kesho de John Karithi (Kenya)

Dans la catégorie des recueils de nouvelles, les œuvres sélectionnées sont : 

  • Mtoto Wa Mama na Hadithi Nyingine d’Edwin Omindo (Kenya)
  • Koti la Karani na Hadithi Nyingine de Stallone Joyfully (Tanzanie)

La catégorie fiction présente : 

  • Philipo Oyaro avec Dunia Duara (Tanzanie), 
  • Nicholas Ogal avec Salome Anaishi (Kenya) 
  • Ahmad Simba avec Safari Ya Maisha (Tanzanie)

Les prix, d’un montant total de 15 000 dollars américains, seront répartis entre les gagnants. Les premiers en fiction et en poésie recevront chacun 5 000 dollars américains, et les seconds de chaque genre obtiendront 2 500 dollars américains.

Fondé en 2014 par Lizzy Attree et Mukoma wa Ngugi, le Prix Safal Cornell Kiswahili a pour mission de promouvoir la lecture et l’écriture en Kiswahili. Il souligne l’importance de cette langue en Afrique de l’Est et encourage la publication de manuscrits en Kiswahili. 

Le kiswahili est une langue bantoue originairement parlée par le peuple swahili, principalement en Tanzanie, au Kenya et en Ouganda. Il s’agit d’une langue à classes agglutinante, avec environ 25 % de son vocabulaire provenant de l’arabe. Le kiswahili est parlé et compris par plus de 100 millions de personnes, et est la langue maternelle de la population côtière d’Afrique de l’Est, ainsi qu’une langue véhiculaire dans toute la région. En 2022, l’Ouganda a adopté le kiswahili comme langue officielle et l’a rendu obligatoire dans les écoles primaires et secondaires du pays.

Depuis sa création, le Prix Safal Cornell Kiswahili a reçu plus de 583 manuscrits, contribuant ainsi à l’émergence de nouvelles voix en littérature kiswahili. Initialement nommé “Mabati Cornell Kiswahili Prize”, le prix est soutenu par Mabati Rolling Mills, ALAF Ltd, le groupe SAFAL, le bureau du vice-provost pour les affaires internationales de l’Université Cornell, les études africaines à l’Université Cornell et la Fondation Ngugi wa Thiong’o.

 

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Gina Prince-Bythewood, Réalisatrice de “The Woman King”, aux Commandes de “Children of Blood and Bone” de Tomi Adeyemi
CinémaActualitéAfriqueAfrique de l'OuestAmérique du NordIndustrieRégions

Gina Prince-Bythewood, Réalisatrice de “The Woman King”, aux Commandes de “Children of Blood and Bone” de Tomi Adeyemi

par La redaction 25 janvier 2024
Rédigé par La redaction

Après le succès fulgurant du roman à 1 million de dollars de la nigériane Tomi Adeyemi Children of Blood and Bone, c’est un autre cap qu’il atteint avec la réalisatrice Gina Prince-Bythewood pour son adaptation au cinéma.

L’adaptation cinématographique du roman Children of Blood and Bone de Tomi Adeyemi par Paramount Pictures sera dirigée par Gina Prince-Bythewood. Avant Children of Blood and Bone, Gina Prince-Bythewood a travaillé sur plusieurs projets au cinéma et à la télévision. Elle a dirigé des projets tels que « The Old Guard », un film d’action mettant en vedette Charlize Theron et KiKi Layne. On se souvient aussi de son film à succès « The Woman King », une épopée historique mettant en scène Viola Davis dans le rôle de la chef de l’unité de guerrières Agojie qui protégeait le royaume africain de Dahomey au XIXe siècle.

En 2017, le label Fox 2000 de 20th Century Fox Studios avait initialement acquis les droits du roman Children of Blood and Bone (De sang et de rage, 2019, Nathan) de Tomi Adeyemi. Cependant, lorsque le studio mère a été acheté par Disney, Fox 2000 a fermé et ses dirigeants ont été licenciés, laissant le projet en suspens.

En 2021, Lucasfilm et 20th Century Studios ont laissé expirer les droits cinématographiques de la série Children of Blood and Bone, car ils souhaitaient se concentrer sur leurs propres propriétés intellectuelles telles que Star Wars, Indiana Jones et Willow. Par la suite, la série a été remise sur le marché. Elle a suscité un intérêt immédiat de la part de plusieurs grands studios, dont Universal, Amazon et Netflix. Finalement, en décembre 2022, Paramount Pictures a remporté les droits d’adaptation de la trilogie après une guerre des enchères acharnée.

Le studio a remporté les droits pour l’adaptation cinématographique, avec la garantie d’une sortie en salles pour Children of Blood and Bone. Ce qui n’est pas toujours chose facile à une époque où de nombreux films sortent directement en streaming. L’auteure, Tomi Adeyemi, a obtenu un plus grand contrôle créatif sur l’adaptation cinématographique de son livre avec Paramount. Elle écrira le scénario. Cette décision fait suite à des désaccords antérieurs avec Lucasfilm, qui n’était pas disposé à lui accorder cette latitude créative.

Gina Prince-Bythewood, Réalisatrice de “The Woman King”, aux Commandes de “Children of Blood and Bone” de Tomi Adeyemi

Lire le livre

Le roman Children of Blood and Bone est le premier de la trilogie de fantasy, “Legacy of Orïsha”. Cette série est considérée comme l’un des plus grands succès dans le genre Young adult depuis  « The Hunger Games ». Children of Blood and Bone raconte l’histoire de Zélie Adebola, qui veut restaurer la magie dans son monde et renverser un roi impitoyable. Le roman se déroule dans un monde magique inspiré de la mythologie ouest-africaine. Il a été acclamé par la critique et a figuré en tête de la liste des best-sellers du New York Times à sa sortie en 2018. Le deuxième tome dela série est « Children of Virtue and Vengeance » sortie en 2019 chez le même éditeur Henry Holt and Co. La sortie du dernier livre de la trilogie, « Children of Anguish and Anarchy », est prévue pour le 25 juin 2024.

25 janvier 2024 0 Commentaires
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Rentrée Littéraire Malienne 2024 : l’Art du Vivre-Ensemble Célébré
ÉvénementsActualitéAfriqueAfrique de l'OuestIndustrieProfessionnelsRégionsSociété

Rentrée Littéraire Malienne 2024 : l’Art du Vivre-Ensemble Célébré

par La redaction 25 janvier 2024
Rédigé par La redaction

Du 20 au 24 février 2024, la 16ᵉ édition de la Rentrée Littéraire malienne sera lancée. Cette édition se distingue par son thème central : « L’Art du Vivre-Ensemble ». Cette thématique est d’autant plus pertinente dans le contexte actuel, où la solidarité et la coexistence pacifique au Mali semblent être mises à l’épreuve. À travers cette initiative, les organisateurs aspirent à raviver la signification et l’importance de cette notion souvent galvaudée.

Selon les organisateurs, cette rentrée littéraire malienne a pour objectifs de “ redonner puissance et pouvoir aux mots abîmés, de nommer ce qui doit l’être, de mettre la réalité en débat et les imaginaires au travail”.

Lors de cette rentrée littéraire malienne de 2024, plusieurs prix prestigieux vont être décernés :

  • Le Prix Moussa Sow 2024 récompense les essais publiés entre le 1ᵉʳ janvier 2022 et le 31 décembre 2023. Le lauréat recevra une récompense de 1 000 000 FCFA. 
  • Le Prix Union européenne Premier Roman 2024 est attribué à une première œuvre romanesque publiée entre le 1ᵉʳ janvier 2022 et le 15 janvier 2024. Le lauréat de ce prix recevra une récompense de 1 000 000 FCFA.
  • Le Prix Massa Makan Diabaté 2024 est décerné à une œuvre littéraire publiée entre le 1ᵉʳ janvier 2022 et le 15 janvier 2024. Ce prix, ouvert aux romans, recueils de nouvelles, récits ou pièces de théâtre, offre au lauréat une récompense de 2 000 000 FCFA (deux millions de francs CFA).
  • Le Prix Ahmed Baba 2024 est un prix littéraire attribué à une œuvre publiée entre le 1ᵉʳ janvier 2022 et le 31 décembre 2023. Ce prix cible les œuvres écrites ou traduites en français, incluant les romans, recueils de nouvelles et récits. L’auteur de l’œuvre primée se verra décerner une récompense de 3 000 000 FCFA (trois millions de francs CFA).

La remise de ces prix aura lieu le 24 février 2024, et l’annonce sera faite sur le site de la Rentrée Littéraire du Mali.

Sami Tchak, Rodney Saint-Éloi, Michèle Rakotoson, Nétonon Noël Ndjékéry, Diadié Dembélé, Alain Serge Dzotap, Khalil Diallo, Dominique Celis, Antoinette Tidjani et bien d’autres font partie des invités de renom de cette rentrée littéraires.

Présentation complète du thème de la rentrée littéraire du Mali 2024 : 

Forum des manifestations littéraires en Afrique pour une plus grande circulation et visibilité des auteurs édités sur le continent

Vivre ensemble ! Cette expression tant entendue s’est vidée de son sens. Elle ressemble à une promesse non tenue, et nous pourrions cyniquement traiter de naïfs ceux et celles qui l’emploient, qui ressentent l’urgence de s’y atteler, de le penser, de le mettre à l’épreuve, là où ils vivent, là où ils sont ensemble, là où ils osent encore espérer.

Car il ne s’agit pas d’une injonction à un futur jamais atteint, mais d’une réalité présente. Nous n’avons pas le choix. Nous sommes ensemble, que nous l’acceptions ou non. Alors comment faire, penser, créer des espaces où l’on peut respirer, poser les armes, et à partir de ces espaces, nous tourner vers le monde ?

L’époque, les faits, nous défient : vivre ensemble est plus difficile que jamais. La solidarité, l’écoute et la compréhension, la connaissance mutuelle la plus profonde et le désir d’avancer ensemble sont d’autant plus nécessaires. Le vivre-ensemble, comme expression et comme concept, se doit d’être revisité, soigné et non abandonné. Cela demande du courage et une bonne dose de lucidité.

La rentrée littéraire est l’occasion, pour les différents acteurs du livre (écrivains, éditeurs, libraires, artistes), de redonner puissance et pouvoir aux mots abîmés, de nommer ce qui doit l’être, de mettre la réalité en débat et les imaginaires au travail. On peut encore inventer, spéculer, construire.

Que signifient les mots que nous employons : vivre, commun, universel, ensemble ? Et que sait l’Afrique de l’art du partage et de l’échange, que peut-elle opposer à l’expérience continue de destruction, au découragement, à la révolte face aux occupations brutales des terres, à la loi du profit, à la situation absolument indigne que vivent les migrants sur le continent-même ? L’Afrique se doit d’opposer au déshonneur face à l’indifférence générale et au mépris de l’humain une intelligence en action et le vivre-ensemble de toutes nos cultures vivantes.

Durant de longues périodes de l’histoire africaine, le guerrier, le pasteur, ceux qui enseignent, ceux qui nourrissent et soignent, ont su se protéger les uns les autres pour affronter les défis qui se dressaient devant eux dans le même espace de vie, et tisser un espace commun porteur de sens.

Se reconnaître dans nos diversités, confronter nos regards sur notre avenir commun, accepter de chercher ensemble des solutions à nos conflits ou à nos malheurs, oser le doute et la contradiction, accepter même de penser contre soi, comme le fait le scientifique, voilà un projet louable pour qu’émergent des idées nouvelles.

Les savoirs des sociétés africaines sont puissants quant aux manières de cohabiter en paix. Le concept de « cousinage », propre à la plupart des pays d’Afrique, n’est-il pas un moyen de désamorcer les conflits en mettant en valeur une fraternité agissante ? La notion d’Ubuntu chère à Nelson Mandela, le grand chantier de réconciliation mis en place au Rwanda, autant de pensées, d’outils, qui pourraient inspirer le monde.

L’écrivain, l’artiste, ou l’architecte, dans la solitude de son travail de création, réfléchit et travaille sans perdre de vue qu’il offrira sa confession ou son regard, parfois incisif, sur sa société ou sur lui-même. Il invite l’autre à s’identifier ou à méditer sur cette si fragile situation commune à tous : la vie sur une minuscule planète au sein de l’Univers.

Lors de la rentrée littéraire, les écrivains quittent cette solitude et se donnent le temps de la rencontre, de l’échange avec les lecteurs et les citoyens, pour qu’au cœur d’une Afrique blessée, durant cette semaine, se crée un espace, comme un lieu d’expérimentation du vivre-ensemble.

 

Rentrée littéraire du Mali/Fonds des prix littéraires du Mali

BP E 4349, Faladiè IJA, Bamako, Mali

Tél. : (223) 76 46 21 14/ 60 49 82 33

Email : fonds@afribonemali.net

Site Web : www.rentreelitterairedumali.org

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[Vidéo] Lesley Lokko, la romancière ghanéenne première femme africaine à recevoir la médaille d’or royale pour l’architecture

par La redaction 25 janvier 2024
Rédigé par La redaction

Lesley Lokko, romancière et architecte ghanéenne, marque l’histoire en recevant la prestigieuse médaille d’or royale pour l’architecture pour l’année 2024. Cette reconnaissance internationale illustre l’essor des voix féminines et africaines dans un domaine traditionnellement dominé par d’autres profils.

Lesley Lokko est la première femme d’origine africaine à recevoir la médaille d’or royale pour l’architecture. Après Zaha Hadid et Yasmeen Lari, elle est la troisième femme à remporter ce saint Graal de l’architecture mondiale depuis la création de la médaille d’or royale pour l’architecture en 1848. Cette médaille honore l’engagement de longue date de Lokko pour la promotion de diverses approches en architecture.

La médaille d’or royale pour l’architecture est l’une des plus prestigieuses distinctions dans le domaine, reconnaissant les contributions exceptionnelles à l’architecture. Elle est décernée annuellement par le Royal Institute of British Architects (RIBA) au nom du souverain britannique. Cette médaille, créée en 1848, est attribuée pour reconnaître les contributions hors du commun à l’architecture, que ce soit par des bâtiments, des recherches, un enseignement ou une théorie. Parmi les lauréats passés, on trouve des architectes de renommée internationale comme Le Corbusier, Norman Foster, Zaha Hadid et David Adjaye. Ces récipiendaires reflètent l’évolution de l’architecture et son impact sur la société à travers les époques.

 

What first sparked my interest in architecture? I think at a very deep level, I think that I was searching for some place in the world that I could call home.  – Professor Lesley Lokko, Royal Gold Medallist 2024.

 

Une voix littéraire pluridisciplinaire sur l’identité et la culture

 

Lesley Lokko

Lire le livre

 

 

Lesley Lokko est aussi une auteure à succès. Elle a publié plusieurs romans depuis 2003. Ses romans explorent des thèmes tels que l’identité raciale et culturelle, l’amour, la loyauté et les histoires familiales. Ses livres ont été traduits en seize langues et ont rencontré un vif succès. En français, on peut lire Des amies, des amants, des années, paru en 2007 aux éditions JC Lattès. Lesley Lokko a aussi édité une collection d’essais, White Papers, Black Marks : Architecture, Race, Culture en 2000. Ce livre explore la façon dont la construction sociale de la race influe sur la compréhension de l’espace et du lieu. Il parle aussi d’architecture et de la culture.

 

 

Les initiatives pionnières de Lesley Lokko pour une architecture inclusive

Lesley Lokko a fondé la Graduate School of Architecture (GSA) à l’Université de Johannesburg en 2015, et a joué un rôle clé dans son développement. Elle a reçu l’Ordre de l’Empire britannique (OBE) pour ses services à l’architecture et à l’éducation. En 2021, Lesley Lokko fonde l’African Futures Institute (AFI) à Accra, au Ghana, dans le but de promouvoir l’enseignement supérieur et la décolonisation dans le domaine de l’architecture.  L’AFI vise aussi à placer l’équité et l’inclusion au cœur de la pédagogie de la construction d’espaces et à former une génération d’architectes véritablement innovants en Afrique. Il s’agit là d’une initiative radicale dans le domaine de l’éducation architecturale, visant à répondre aux défis contemporains et à exploiter le potentiel de l’Afrique en tant que continent jeune, dynamique et en rapide évolution. Lesley Lokko a marqué l’année 2023 en tant que commissaire de la Biennale d’architecture de Venise. Le thème de cette biennale était « Le laboratoire du futur » et il a mis   l’accent sur le rôle et la voix de l’Afrique dans l’architecture mondiale.

 

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Notes de lectureAfriqueEuropeFictionRomance

Cherifa Tabiou : son premier roman « Dans la peau d’Audie » est une bouffée d’air frais

par Ramcesse Chetmi 24 janvier 2024
Rédigé par Ramcesse Chetmi

« Tu peux choisir ta vie, il suffit de définir ce que tu veux, croire que tu peux y arriver et œuvrer chaque jour pour atteindre tes objectifs » – Cherifa Tabiou

Tel est le résumé que l’on pourrait faire du roman auto édité Dans la peau d’Audie, premier roman de l’auteure et blogueuse littéraire, Cherifa Tabiou.

Pour l’auteure, africaine et passionnée de littérature, cette comédie romantique, sortit en octobre 2018 (annonce faite sur le blog de l’auteure) est l’aboutissement d’un travail acharné et d’une détermination sans faille. C’est ce trait de caractère qu’incarne l’héroïne principale de l’histoire.

Cherifa Tabiou - Dans la peau dAudie

Lire le livre

Femme déterminée et ambitieuse lorsqu’elle revêt la tenue d’Audie, Sarah Assoumou, togolaise de 30 ans, est célibataire. Elle travaille en qualité d’attachée de presse pour une agence évènementielle au sein de laquelle elle se sent incomprise et maltraitée. Depuis quatre ans, travailleuse acharnée, elle ne reçoit aucune reconnaissance au sein de sa boîte, et particulièrement de la part d’Isabelle Marquay, sa chef et directrice d’agence, présentée dans le roman comme une dictatrice ne possédant aucune créativité et voleuse d’idées.

Au sein d’un environnement de travail pesant, stressant et empli de jalousie, Sarah trouve de l’apaisement dans son rituel du matin, les rêves dans lesquels elle s’imagine une autre vie et les afterworks avec ses amis, Claire, Vanny, Laurie, Maud et Sam. Cependant, à 30 ans, elle voudrait avoir une autre vie tant elle s’imagine avoir très peu réussi aussi bien dans sa vie personnelle que professionnelle. Toutefois, sa vie bascule lorsqu’elle assure l’intérim du poste de directeur stratégique à Sunshine Marquay, à la place de Tidiane qui s’est fait renvoyer.

Sarah se dévoue entièrement à son travail et présente de bons résultats, mais est une nouvelle fois bafouée dans son honneur lorsque la directrice de l’agence décide de s’arroger tous les mérites de ce travail, et de nommer un autre directeur stratégique à sa place sans lui en parler. Elle décide donc de devenir audacieuse, revêt la tenue d’Audie et démissionne. C’est le début d’une nouvelle aventure pour Sarah Assoumou.

La crème des « looseuses » se découvre, la « vieille fille à marier de toute urgence » disparaît, la « fille qui a toutes les raisons d’être malheureuse et qui tient bon » donne lieu à la fille qui a toutes les raisons d’être malheureuse mais décide de ne pas l’être. Audie vit et Tristie se meurt. Le speech vie parfaite et heureuse n’est plus seulement un speech, mais devient une opération mise en place avec des stratégies et des objectifs à atteindre.

Tout au long de son aventure, Sarah rencontre aussi et finalement l’amour, car il faut le dire, le fait qu’elle ne soit pas encore mariée à son âge est une préoccupation tant pour sa mère que pour ses amies de toujours, déjà toutes mariées ou en cours de se marier. Ce fait aussi lui était répété tous les jours ; elle ne respectait pas « les codes de la vie » article 640-1.

Le roman de Cherifa Tabiou est une bouffée d’air frais. Il m’a rappelé les collections Harlequins que je lisais à mes dix-huit ans, les romans à l’eau de rose comme on les appelle et qui nous faisaient entrer dans un autre monde, mais à la fin de la lecture, on se disait « ce genre de trucs ne se produisent pas dans la réalité ». Tous les ingrédients y sont : une jeune femme simple, de classe moyenne, jolie, mais pas fameuse, et un homme grand, beau, ultra-séduisant, riche, homme d’affaires réputé, le genre inaccessible pour de simples femmes ; galeries d’art, agence évènementielle, monde huppé, deux classes sociales différentes, deux modes de vie inconciliables, mais qui après moult péripéties finissent par se retrouver.

Cependant, il existe une réelle différence entre ce roman et les Harlequins. Cette jeune fille talentueuse et créative qui en a marre de son quotidien, qui reçoit des pressions au sein de son entreprise, qui malgré son dévouement et sa compétence ne reçoit aucune reconnaissance de la part de son chef ; cette jeune fille qui reçoit aussi les pressions de la part de son entourage, cette « vieille fille à marier de toute urgence », qui se refuse de respecter les « codes de la vie » et qui est obligée de s’inventer un speech « vie parfaite et heureuse » dans le but de ne pas être catégorisée comme étant une « looseuse ». Cette fille existe bel et bien dans notre réalité quotidienne. Cette mère toujours inquiète de l’avenir de sa fille, cette famille éloignée toujours présente (tante, oncle, neveux et nièces), ces amis toujours bienveillants, mais qui n’oublient pas de te rappeler ce que l’on attend de toi, ces collègues qui vous mettent les bâtons dans les roues, qui vous méprisent ou qui vous encensent, qui vous jalousent ou qui vous aiment, représentent les réalités quotidiennes tant en ce qui concerne les réalités culturelles africaines que celles occidentales ; Tout cela représente notre vécu quotidien.

Il faut dire que nous assistons aussi à un métissage culturel lorsque l’auteure effectue le choix des protagonistes. Sarah est togolaise, le bel homme, Alexander Ankrah, PDG des galeries Blue Hands, est issue d’un métissage ; ces deux sont entourés d’amis anglais, français, créoles, sénégalais, algériens et africains de manière générale. Ce mixage culturel est important, car il représente l’ouverture au monde nécessaire à la compréhension de l’ouvrage si l’on conçoit que l’intérêt du livre est sa modernité et sa volonté d’intéresser tout passionné de lecture.

Dans la peau d’Audie est un roman moderne alliant réalisme et imaginaire. L’auteure effectue un déroulement linéaire des évènements en les datant. Tout au long de la narration, le personnage principal effectue non seulement des feedbacks parfois teintés de regrets, mais aussi, à travers ses rêves, des projections sur l’avenir.

Cherifa Tabiou présente dans le roman, le parcours de jeunes personnes ordinaires qui se doivent de s’astreindre aux codes et éthiques de la vie. Cependant, par peur de l’échec, ils préfèrent vivre leurs vies à travers des rêves et le visionnage des téléfilms. Cette jeunesse active qui veut réussir aussi bien dans ses projets professionnels que personnels tout en se fondant dans le moule de la société.

« Doit-on réellement se fondre dans le moule ? Doit-on réellement respecter les codes et étiques de la vie ? » On peut reprocher à l’auteure de n’avoir pas voulu répondre à cette question. À part la colère que pique Sarah lors du mariage de son amie, on n’a pas l’impression que la protagoniste principale veule se défaire de ces clichés. Entre ses « opérations vie parfaite » et ses pleurs le soir au coucher, la jeune fille, qui a toutes les raisons d’être malheureuse. Elle tient bon malgré tout et décide de s’affranchir de certaines règles tout en se soumettant à d’autres. Le « Girl power » est mis en avant mais avec ses limites.

On peut aussi reprocher à Cherifa Tabiou l’utilisation du terme « noir » pour désigner la négativité des évènements. « Voir les choses en noir… », « colère noire… », etc. Ces expressions sont des termes à bannir si l’on parle de littérature positive et panafricaniste. Une émotion négative ne saurait être décrite en noir ; c’est aussi cela la modernité dans le domaine de la littérature africaine. Les quelques coquilles présentes dans le livre peuvent être assimilées à des erreurs de frappe. L’utilisation des langues française et anglaise ajoute une touche de modernité à ce livre. Le langage courant et le style familier et simple rendent la lecture digeste et facile. Ce roman est tout simplement un « Danielle Steel » sans les tragédies racontées.

Ce livre peut être lu et relu sans en ternir la beauté. Il représente notre réel et chaque personne peut se reconnaître dans l’un des personnages. La narratrice nous dirige dans une sorte de contes de fées bien réelles tout en donnant la sensation au lecteur qu’il peut aussi choisir de vivre cette vie : il suffirait de se défaire de ses chaînes et de se choisir un autre avenir. Ce roman est recommandé à toute personne passionnée de lecture, à toute personne qui aurait besoin d’un coup de pouce pour prendre une décision radicale, à toute personne qui ose croire en ses rêves et les vivre en grand, à toute personne qui souhaite tout simplement s’évader à travers la lecture et particulièrement à toutes ces personnes qui aiment les dénouements heureux. Ce roman est un chef-d’œuvre qui mérite toute notre attention et notre approbation.

 

 

 

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« Canailles et charlatans » de Kangni Alem

par Ramcesse Chetmi 24 janvier 2024
Rédigé par Ramcesse Chetmi

Il m’a été demandé de raconter une histoire à propos de ce livre ou de trouver quelque chose à dire sur l’auteur. Je me suis tout de suite dit que c’était une cause perdue parce que je ne connais réellement ni le livre ni l’auteur. Je vais toutefois à la médiathèque de l’Institut Français de Douala, au Cameroun, rechercher le roman de l’auteur Kangni Alem – dramaturge et metteur en scène togolais intitulé Canailles et Charlatans, livre de 167 pages publié par les Éditions Dapper, à Paris, en février 2005.

Toute joyeuse de peaufiner une note de lecture déjà entamée, je me rends à l’espace dédié à la littérature africaine et là, je ne trouve pas le roman. Toute penaude, je me dirige vers le bibliothécaire pour me renseigner et j’apprends que le livre a été emprunté. Voyant que j’étais un peu déboussolée, le bibliothécaire me propose un autre roman du même auteur et pour lequel il a obtenu le Grand Prix Littéraire de l’Afrique noire en 2003, Coca Cola Jazz, et je me dis « pourquoi ne pas commencer par celui-là ? », puisque Canailles et Charlatans est présenté comme la suite de Coca Cola Jazz. Toute ragaillardie, je remercie le bibliothécaire et me dirige de nouveau à l’espace dédié à cet effet. Le livre est introuvable. Je fais le tour des rayons, peine perdue. Le livre reste introuvable, perdu telles les cendres de la mère d’Héloïse. Le plus surprenant lors de mes recherches est de constater qu’il y a des romans d’auteurs africains qui sont dans ces rayons depuis 2006 et qui n’ont jamais été empruntés malgré la forte affluence dans cette médiathèque. Et là, toute une série de questions taraude mon esprit :

  • Les Camerounais n’aiment-ils pas la littérature qui est consacrée à l’Afrique ?
  • Ces nombreux abonnés de la médiathèque ne savent-ils pas qu’il existe tout un espace consacré à la littérature africaine dans lequel Mongo Béti, Calixthe Beyala, André Brink, Cheikh Amidou Kane, etc., d’illustres romanciers africains côtoient les moins connus ?
  • Pourquoi ces livres sont-ils moins empruntés ? Est-ce par manque d’informations ou par absence de passion ?

N’ayant pas encore trouvé les réponses à mes préoccupations, deux mois après, j’emprunte finalement le roman de l’auteur Kangni Alem Canailles et Charlatans pour lequel j’effectue cette note de lecture.

Par-delà les cendres

L’intrigue principale se déroule à Ti Brava. Ti brava, pays et ville d’Afrique, décrit par l’auteur comme étant au bord de la guerre civile où règnent en maîtres les massacres, les défenestrations, les corruptions et les fraudes électorales ; « pays aux clôtures de sang, aux gardiens cupides et véreux » P28. Ti Brava est présenté comme une ville dans laquelle, des quartiers huppés aux bidonvilles, on retrouve une déliquescence sociétale, un amour du vice hors norme, et une cruauté morbide et sans but. Tout au long de la lecture de ce roman, on découvre une ville africaine fictive ressemblant à toute autre ville du continent, où se mêlent tradition et modernisme, dogmes et croyances, fétichismes et désirs modernes, prostitution, banditisme et débrouillardise, où des enfants sont violés au nom d’une quelconque croyance ou par simple perversité sexuelle : « …le cul des jeunes gens soigne le SIDA… » P. 130.

Canailles et charlatans de Kangni Alem

Lire le livre

Elle, c’est Héloïse Binnheka, vingt-six ans, protagoniste de cette histoire. Jeune fille métisse, d’un père noir africain et d’une mère blanche française, ayant presque toujours vécu de manière conflictuelle avec sa mère. Elle rencontre son père lors d’un premier voyage effectué à Ti Brava, sa terre d’origine, premier voyage dont elle ne garde pas de bons souvenirs. Le second voyage s’organise aussi autour d’un drame. Suite au décès tragique de sa mère Suzanne à 53 ans, à Paris, elle reçoit l’ordre, à travers son testament, de retourner à Ti brava, pays et ville de résidence de son père, afin de disposer les cendres de cette dernière dans la chambre, sur le lit de cet amant infidèle parti loin d’elle «… qu’il dorme une dernière fois avec moi. Je suis la femme de sa vie … ». Dernières volontés qu’Héloïse se doit d’accomplir pour une mère infirmière de son état, qu’elle appelle tout simplement ‘maman’ tout au long de cette histoire. Une maman dépressive qui « avait enfin réussi son suicide. Avec panache, la classe des grands désespérés » (P 15).

Dès le départ de son concubin, la maman d’Héloïse se balade d’aventures en aventures à la recherche du noir qui pourra enfin apaiser son cœur tourmenté. Le narrateur raconte ici les différentes tragédies vécues par la maman, toujours à la quête d’un amour introuvable. Les sarcasmes d’un énième amant léger, Diallo 22 ans, percussionniste et danseur, noir à la recherche des papiers, agressif « alliant la violence des coups à la violence des mots » P. 24 ont eu raison de sa volonté d’exister et d’aimer. Dans son testament, cette dernière demande à sa fille de la ramener auprès de son premier amour, Monsieur Binnheka son père. Le père qui est décrit comme tout ‘vieux chien’ politicien ; opposant radical devenu finalement militant du parti au pouvoir plus par peur et corruption que par réelle conviction.

Après la créamation de la mère, le retour à Ti Brava est donc programmé. Tout au long de son aventure en terre africaine, la jeune fille effectue plusieurs rencontres. Elle rencontre Jean de Dieu alias Popeye, piroguier passeur qui, au travers de sa gentillesse, vole ses différents passagers. Héloïse, candide et naïve, en fait les frais. Les cendres de sa mère ont été volées à son insu. Elle décide de se lancer à la poursuite du voleur. La jeune parisienne laisse place à une jeune femme déterminée ; déterminée non seulement à retrouver les cendres de sa mère et à exécuter ses dernières volontés, mais aussi déterminée à comprendre le monde qui l’entoure et à l’expliquer à sa manière. Il s’ensuit alors de nombreuses péripéties qui pourraient faire de ce roman, une aventure linéaire, cependant le retour en arrière, les flash-back effectués de temps en temps par le narrateur permettent de comprendre l’imbroglio dans lequel se trouvent les différents personnages.

Le langage courant utilisé par le narrateur associé parfois à la vulgarité des mots et expressions rend la lecture du roman facile. Tout au long, l’auteur fait preuve d’un réel maniement de la langue. Les adjectifs utilisés aussi bien pour décrire les lieux et les différents protagonistes et les manipulations des mots et des expressions permettent au lecteur de visualiser les différentes scènes. Le vocabulaire est à chaque fois adéquatement usité pour décrire les différentes émotions qui secouent nos personnages.

Toutefois, les stéréotypes utilisés dans Canailles et charlatans comme par exemple « le noir incarnant le diable… Il est à préciser le mauvais goût total » P. 72 et le langage familier utilisé lorsqu’on parle de la sexualité comme bestialité peuvent heurter certaines sensibilités. Il est toutefois à noter que les choix de ces termes sont faits à dessein par l’auteur dans le but de décrier cette manière de voir le noir et la manière dont la sexualité est perçue de nos jours. L’utilisation de différentes figures de styles et de différents types de langage fait de cette œuvre, un roman traditionnel à la fois réaliste et populaire, laissant néanmoins un goût d’inachevé. L’intérêt de ce livre est que chaque lecteur peut se reconnaître ou reconnaître l’un des siens dans l’un des personnages – allant de la jeune fille obéissante au jeune garçon fragile, etc.

Ce roman est un livre digeste. Il présente l’Afrique moderne telle qu’on la connaît : des pays en développement, des villes en devenir avec leurs vices et vertus. Différentes tragédies se suivent, mais ne se ressemblent pas. Le sacrifice d’une femme pour un amour presque inexistant, les sacrifices liés à la vie politique, la volonté d’un jeune de réussir malgré les turpitudes de la vie, l’amour d’une autre pour un presque inconnu et l’amour d’une jeune fille pour sa mère sont les différentes trames de Canailles et charlatans. L’auteur survole plusieurs thèmes et les traite de manière superficielle. L’histoire a un fil conducteur, mais il peut être reproché à l’auteur de ne pas aller en profondeur de chaque sujet traité.

Ce livre m’a fasciné tout au long de la lecture. Cependant, il y a une scène qui m’a horrifiée et m’a fait arrêter momentanément la lecture du roman ; Je pense, pour ma part, qu’enlever cette scène n’aura en rien atténué la beauté de ce roman.

Canailles et charlatans est présenté comme la suite logique du premier roman de l’auteur intitulé Coca cola jazz. Toutefois, le lecteur n’a pas réellement besoin de lire le premier pour comprendre le second. Chaque chapitre du roman représente en lui-même une histoire et les différentes tragédies se suivent, mais ne se ressemblent pas.

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Dinaw Mengentsu - Tous nos noms
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Dinaw Mengestu : « Tous nos noms », un terreau d’une écriture de réminiscences

par Boris NOAH 24 janvier 2024
Rédigé par Boris NOAH

Publié en 2015 aux éditions Albin Michel et traduit par Michèle Albaret-Maatsch, Tous nos noms de Dinaw Mengestu (Prix littéraire du festival de cinéma américain de Deauville 2015) est un univers jonché de mystères, d’inquiétudes et de paradoxes à rebondissements incessants.

Au fil des pages, la plume de Dinaw Mengestu nous balade dans deux récits à la fois. Ces derniers sont enchevêtrés, bien menés, autour de deux personnages narrateurs qui viennent de deux horizons culturellement différents : Isaac, le narrateur dont le vrai nom reste inconnu, est un jeune étudiant Africain noir et Helen, jeune assistante sociale Américaine blanche.

La première histoire, celle d’Isaac, nous plonge dans les méandres du continent africain enclin à la violence, la misère, la dictature, la mal gouvernance. À travers celle-ci, Dinaw Mengestu dépeint, de manière caricaturale, l’environnement social, culturel et politique africain en général et ougandais en particulier. Cet environnement propice au désenchantement se voit progressivement vider de sa substance humaine qui, habitée par l’idée et le rêve de trouver un paradis ailleurs, choisit d’aller à la rencontre d’un Ailleurs incertain (l’Europe, l’Amérique notamment) dans l’espoir et l’espérance de se garantir un meilleur avenir. Mais, ce sentiment est plutôt mitigé. Car partir n’est toujours pas la solution. Isaac, le révolutionnaire devant l’Éternel, refuse de quitter son pays malgré l’atmosphère tendue :

« C’est mon pays. Qui serais-je si je le quittais ? » (p. 313).

La seconde histoire nous met au centre des injustices perpétrées aux USA par les blancs contre des noirs. Mais, dans cette société marquée par la lutte virulente des droits civiques, Helen tombe amoureuse d’Isaac et décide d’exposer son amour au grand jour contre vents et marées.

Dinaw Mengestu entre ombre et lumière !

Tous nos noms de Dinaw Mengestu est l’expression d’un cri de cœur mêlé d’émotions, de tragédie et de suspens. C’est un univers littéraire dans lequel le sujet migrant se sent paradoxalement à l’aise, heureux dans une société réfractaire aux valeurs morales prônant l’égalité des races. La relation amoureuse qui naît entre Isaac et Helen est un véritable exemple d’intégration raciale. On voit Isaac se fondre dans la masse américaine non seulement sans éprouver une franche difficulté, mais aussi sans prendre en compte les préjugés du sociotope dans lequel il évolue.

La narration de ce roman est de temps en temps soutenue par une description pointue des différents événements et les lieux de l’action. Les personnages sont construits à la mesure de l’ambition littéraire de Dinaw Mengestu, qui est de mettre en dialogue des univers culturellement différents.

 

 

Cette œuvre, tout au long de l’acte de lecture, est simple, facile à lire et digeste. Seulement, cette « dégustation », sur goût de mignardise, s’estompe de temps à autre. Et ce, à cause du choix de l’auteur, de poser les récits l’un dans l’autre et inversement sans rendre son style lourd ou encore poussif. Ce procédé narratologique (Genette) a donc le mérite de faire vivre et survivre les personnages les uns dans les vies des autres, certes de manière dispersée, éparpillée, non moins cohérente. Ce qui précède, comme technique d’écriture littéraire, permet à Dinaw Mengestu de mieux ficeler le jeu des identités qui constituent la trame de son roman; il parvient à semer, toute la narration durant, ce que nous suggérons de nommer « un flou des identités onomastiques ». Notamment, autour de l’identité d’Isaac et de son ami, le narrateur. Le nom de ce dernier est dissimulé, la seule indication qui est donnée est l’initiale du nom que son père lui aurait donné à sa naissance : « D… », comme « Dinaw » ? Soit !

[bctt tweet= »« Deux êtres ne se seront jamais aimés autant que nous. » » » username= »Afrolivresque »]

Dinaw Mengestu est, ici, en flagrance d’une écriture de réminiscences, mélancolique et partant intimiste. Celle-ci se dresse comme une transposition de ses états d’âme ; il a lui-même connu l’immigration. Il n’est donc pas fortuit de retrouver dans ce roman les noms d’espaces comme Addis-Abeba, Éthiopie, Midwest ou États-Unis, qui ont marqué en quelque sorte l’itinéraire de l’auteur.

In fine, ce « D… », resté volontairement inachevé par le romancier, ne serait-il pas une manière de titiller les intelligences et les sensibilités de ses différents lecteurs pour leur faire comprendre qu’il se raconte à travers les narrations d’Isaac et d’Helen, et qu’ils devraient lire cette œuvre dans une logique de dépassement de sa vie ? Voilà qu’un fumet d’inachevé, supposé inciter Dinaw Mengestu à produire un autre fait littéraire, nous tient…

Pour la route, ces mots de la dernière phrase du roman, à travers lesquels sont dévoilés bellement l’état d’esprit et la vie d’Isaac :

« La dernière page, datée du jour où j’ai quitté ce village, que j’ai lue et relue pendant le trajet jusqu’au Kenya, et à nouveau à bord de l’avion qui m’emmenait en Amérique, que j’ai déchirée et placée au milieu du passeport qu’il m’avait donné, cette phrase que j’ai relue encore après avoir quitté Helen dans une rue de Chicago, et que je venais de lui dire avant qu’elle ne parte en promettant de revenir :

« Deux êtres ne se seront jamais aimés autant que nous. » »

                                                                                                                  

24 janvier 2024 0 Commentaires
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Kinlam et les animaux de la forêt de HANS
Littérature Jeunesse3-5 ansAfriqueAfrique Centrale

« Kinlam et les animaux de la forêt  » ou les aventures d’une brave petite fille

par Ramcesse Chetmi 24 janvier 2024
Rédigé par Ramcesse Chetmi

Pourquoi ai-je choisi de lire Kinlam et les animaux de la forêt ? Pour les mêmes raisons que l’auteure. En effet, la volonté d’offrir aux enfants africains, noirs ou métissés, autre chose que les fables et récits occidentaux déjà connus et vulgarisés tels que Blanche neige, Pinocchio, Cendrillon nous amène parfois à rechercher avidement cette autre chose à offrir. Ces classiques de la littérature jeunesse sont en effet contés de manière régulière à nos enfants dans le but de leur donner le goût de la lecture. Mais s’arrêter à ceux-là ne limite-t-il pas le champ d’exploration de ces enfants qui ont soif de connaissance ? L’autre problème soulevé par ces classiques est qu’ils ne racontent pas les histoires comme on le fait en Afrique, ils ne s’arriment pas à la culture africaine et ne tirent pas leur source du vécu africain.

En choisissant donc Kinlam et les animaux de la forêt, je me suis posé une seule question, celle de savoir si mes enfants aimeront ce livre : est-ce que, comme les enfants de l’auteure Arlette Ngo Badjeck, Hugo et Noam, mes enfants voudront bien partager cette histoire avec leurs amis ? Il faut dire que l’histoire de l’écriture de ce conte africain est une aventure familiale dans laquelle la mère et scribe, Arlette, le père et illustrateur, Serge, et Hugo et Noam, les fils, se sont amusés à nous raconter l’histoire de la petite Kinlam. Kinlam et les animaux de la forêt est le tome I d’une tétralogie. Je me mets donc à la lecture de ce roman tout en espérant avoir gardé mon âme d’enfant pour vraiment l’apprécier, le commenter et le critiquer.

KINLAM et les animaux de la forêt - Tome 1

Lire le livre

« Il était une fois dans une forêt… forêt équatoriale, une de ses forêts que l’on trouve en Afrique »… C’est ainsi que pourrait commencer l’histoire de Kinlam, principale héroïne de cette histoire, jeune fille de huit ans, brave, courageuse, tendre, aimante, déterminée, respectueuse, entêtée, ayant des rêves plein la tête et voulant comprendre le monde qui l’entoure. Un jour, sur le chemin de l’école, elle se perd dans la forêt. Bravant sa peur, elle décide de retrouver son domicile et se met à arpenter les différents chemins de la forêt. Tout au long de son aventure dans la forêt, elle rencontre plusieurs animaux qui lui tiennent compagnie, lui donnent à manger, l’aident à retrouver sa maison et lui prodiguent de précieux conseils. Le singe, le lièvre, la gazelle, les tortues, les girafes, le crocodile, les éléphants, le lion, etc.… se présentent ainsi comme étant de bons amis et de bons conseillers lorsque tu ne leur montres pas ta peur. Comme le dit le crocodile,

« Tu sais, les rois de la forêt sont un tout petit peu comme moi. Ils seront un peu rustres lorsque tu vas les rencontrer pour la première fois mais, si comme avec moi tu ne te montres pas menaçante, tu restes honnête et calme, ils t’aideront à sortir de la forêt et à retrouver tes parents. ».

En parcourant la savane et la jungle, en traversant la rivière, Kinlam se fait de nouveaux amis et est adoptée par une nouvelle famille au sein de laquelle elle passera la nuit. Cette jeune fille triste et égarée est accueillie avec hospitalité par les autres habitants de la forêt, car malgré sa peur, sa tristesse et sa fatigue, elle reste une enfant polie, ouverte et gentille. Kinlam partage donc avec ces nouveaux amis un secret qu’elle ne devra pas dévoiler aux humains. Les humains ont autant peur des animaux sauvages que ces animaux, des êtres humains :

« Les êtres humains ne nous aiment pas beaucoup, fillette. S’ils se rendent compte que la forêt à l’orée de leur village est pleine d’animaux sauvages, ils viendront nous exterminer ».

Émerveillée par la présence d’autres êtres vivants dans cet environnement et par leur capacité de vie en communauté et d’entraide, la petite fille n’a pas peur du danger et oublie parfois que ses parents, Nlom le père et Kinnol la mère, et tous les villageois sont à sa recherche car inquiets pour elle.

 

 

L’auteure, tout au long de cette aventure linéaire, nous montre, une jeune Kinlam brave et intelligente. À l’intérieur de ce roman jeunesse illustré de temps en temps, le langage familier utilisé est un langage qui sied à tout enfant de cet âge. Toutefois, les phrases parfois très longues rendent difficile la compréhension de certains paragraphes. Heureusement que des phrases simples sont le plus souvent usitées pour décrire toutes les émotions que traversent Kinlam et tous les autres protagonistes tout le long de l’histoire. Il faut dire que la présentation d’une jeune fille impétueuse comme protagoniste peut nous permettre de jeter un nouveau regard sur ces héros qui sont de plus en plus des héroïnes qui ne sont pas forcément à la recherche du prince charmant, mais surtout émerveillées par le monde qui les entoure.

Au début, j’ai eu de la peine à lire ce livre. Peut-être à cause des préconçus intégrés sur la littérature jeunesse classique, ce livre ne m’a pas complètement enchantée. J’ai voulu le lire, comprendre chaque ligne et visualiser la scène de manière instantanée, c’était peine perdue. J’ai décidé de changer de méthode de lecture et de lire le texte à voix haute comme si je contais l’histoire à un enfant. Et là, c’était parti pour une heure de lecture non-stop. J’étais dans la peau de Kinlam, vivant son épopée avec elle, la suivant tout au long de son aventure. J’ai compris que c’était cela la volonté de l’auteure, que l’on puisse tout simplement conter l’histoire aux enfants.

Lire un extrait du livre

 

À travers les différentes répétitions effectuées « elle marche, elle marche, elle marche en chantonnant », les emphases émises et les différentes onomatopées utilisées, la narratrice a voulu créer l’atmosphère des « soirs au village » où grand-père avait toujours une histoire extraordinaire à raconter. Les différents conseils donnés à la jeune fille, tout au long, comme « n’oublie pas ce que je t’ai dit. Ne te laisse pas aller à la peur, car elle attire et matérialise ce que tu veux éviter. S’ils (animaux) sentent ta crainte, ils se considéreront supérieurs à toi et voudront dès lors te soumettre à eux et te manger. », confirment cette vision de l’écriture de ce roman telle une histoire contée. Si cela est donc la finalité de l’auteure, quelle peut être la tranche d’âge de jeunes enfants qui devrait s’intéresser au roman ? Est-ce que les enfants qui lisent tout seuls ne devraient pas être intéressés par cette aventure ? Si la réponse est oui, alors nous pouvons effectuer plusieurs critiques à l’encontre du roman rendant sa lecture difficile. L’utilisation de longues phrases complexes empêche la visualisation des scènes. Par exemple, lorsque Kinlam se perd, elle déclare :

« si je vais à gauche, c’est la forêt. Si je vais à droite, je ne sais pas où je vais me retrouver. Si j’avance, je risque de me perdre encore plus et je ne peux pas reculer, parce que je ne reconnais pas le chemin ! »

Dans cette phrase, le lecteur n’arrive pas à visualiser la scène et à cet âge-là, il est important pour l’enfant de visualiser les scènes. C’est à cela que servent les illustrations. Mais, il faut dire que même à ce niveau, il n’y a pas de cohérence entre les illustrations et les paragraphes placés au-dessus ou en dessous. Le singe, par exemple, dans le texte, lance le pain de singe à Kinlam mais dans l’illustration, c’est Kinlam qui offre à manger au singe. Nous avons remarqué aussi quelques coquilles et fautes d’orthographe. Ce qui n’est pas idéal pour l’apprentissage de l’écriture des mots en français chez les 09 à 14 ans.

Toutes ces critiques n’entachent en rien la grandeur de l’idée, mais pourront servir de base pour l’écriture des deux autres tomes de la tétralogie familiale. Il faut dire que les origines africaines de l’auteure sont perceptibles à travers cette œuvre. Le mélange des deux styles, contes africains et fables occidentales, enrichit la vision de l’auteure qui a voulu préserver sa culture africaine – forêt, huttes, cases, festivités au village tout en incluant un peu d’occidentalisme, école – récréation, etc.

La présence d’une héroïne, qui n’est pas forcément une jeune fille à marier, à la quête d’un prince charmant, permet de jeter un nouveau regard sur la jeune fille africaine qui peut être tout aussi courageuse et brave qu’aimante et tendre. L’intérêt de ce livre est donc qu’il nous fait sortir des clichés de la jeune fille à la recherche d’un prétendant et du quotidien des histoires occidentales qui sont contées à nos enfants à longueur de journée tant par les livres qu’à travers nos écrans. De ce fait, au lieu de Cendrillon ou de Raiponce, on pourra dire ou ajouter à la liste Kinlam.

Ce conte africain a le mérite de nous rappeler les moments de festivités au village, lorsque grand-père entouré de tous ses petits-enfants se décidait à nous raconter une histoire dans laquelle magie et réalité s’entrechoquaient. Ces soirs au village, qui est une essence des communautés africaines, créaient et inventaient ses héros en racontant aux jeunes générations leurs épopées. L’auteure a eu le mérite de créer une héroïne, de lui donner les caractéristiques d’une sage jeune fille, d’où l’inutilité de créer plusieurs fins (retour dans la forêt).

Ce livre conté oralement est magnifique à la lecture et peut tenir en haleine les enfants. Il est donc recommandé à tous les parents qui voudraient montrer à leurs enfants autre chose que les classiques occidentaux de la littérature jeunesse et aussi aux parents issus d’un métissage culturel qui voudraient bien faire connaître à leurs enfants cette Afrique noire un peu lointaine.

Les jeunes lecteurs peuvent aussi s’y intéresser, car l’intrigue est bien ficelée et tenue du début à la fin. Les illustrations pourront mieux être représentatives de l’histoire afin d’attirer les jeunes lecteurs et de leur donner l’envie de terminer la lecture. Ce roman est recommandé à tout le monde passionné de lecture ; nouveaux lecteurs, jeunes lecteurs et des parents qui veulent cultiver chez leurs enfants le goût de la lecture. Ce livre peut ainsi aussi être utilisé lors des lectures publiques chez les enfants et pour des représentations théâtrales.

24 janvier 2024 0 Commentaires
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Exploration de la Littérature Gabonaise Appel à Contributions pour l'Œuvre Collective RU-LI-GAB
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Exploration de la Littérature Gabonaise : Appel à Contributions pour l’Œuvre Collective RU-LI-GAB

par La redaction 23 janvier 2024
Rédigé par La redaction

L’équipe du projet RU-LI-GAB (Recherche Universitaire sur la Littérature Gabonaise) lance un appel à collaboration pour un ouvrage collectif prévu en 2025, dédié à la réception critique de la littérature gabonaise.

Cette initiative fait suite à la journée d’étude organisée il y a deux ans et à l’analyse de la production littéraire gabonaise, marquée par une activité abondante et dynamique. Malgré le manque de politiques publiques favorisant le livre et la lecture, l’espace littéraire gabonais brille par sa diversité : romans, poésies, théâtres, nouvelles et littératures pour la jeunesse. La bibliographie raisonnée « Les littératures gabonaises et leur réception » offre un aperçu de cette richesse, avec des données accessibles via la base de données Mukanda.

Le volume collectif vise à examiner la réception universitaire et médiatique de cette littérature. Les contributeurs peuvent s’appuyer sur des théories du champ littéraire, l’analyse institutionnelle et l’analyse quantitative des données bibliographiques. Les réflexions pourraient s’étendre à d’autres corpus francophones, africains, notamment d’Afrique centrale, en abordant des problématiques de sociologie et d’histoire liées à la littérature.

Les sujets d’étude comprennent :

  • Histoire de la littérature gabonaise et sa critique ;
  • Analyse quantitative des données ;
  • Étude d’œuvres et auteurs représentatifs ;
  • État de l’édition scientifique et son rapport avec l’international ;
  • Autonomie du champ littéraire ;
  • Instances de légitimation, éditions, et critique littéraire ;
  • Lieux et structures d’édition ;
  • Rôle des médias ;
  • Archives et documentation ;
  • Institutions intellectuelles et académiques ;
  • Festivals et salons littéraires ;
  • Circuits de distribution ;
  • Lectorats et place du numérique ;
  • Réseaux de chercheurs ;
  • Parcours des chercheurs et analyse des carrières ;
  • Statut des librairies ;
  • Enseignement de la littérature gabonaise ;
  • Comparaison avec d’autres bibliographies de littérature gabonaise ou africaine.

Pour plus d’informations sur comment participer à ce projet, veuillez consulter le site Fabula : https://www.fabula.org/actualites/118325/la-reception-critique-de-la-litterature-gabonaise-etat-des-lieux-et-perspectives.html.

Cet appel à contributions représente une opportunité unique pour les chercheurs d’enrichir et de partager leurs connaissances sur la littérature du Gabon, contribuant ainsi à une meilleure compréhension et appréciation de ce champ littéraire riche et diversifié.

 

23 janvier 2024 0 Commentaires
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Notes de lectureAfriqueAfrique CentraleFictionGenres LittérairesLittérature

« Franklin, L’insoumis » : Un panafricain qui traverse le temps

par Acèle Nadale 23 janvier 2024
Rédigé par Acèle Nadale

Enfin ! Il est là ! Je viens de le recevoir, « Franklin, L’insoumis ». Comme tout passionné de lecture, c’est un moment spécial quand le nouveau livre commandé est livré. On le touche, le sens, le renifle.

J’attendais celui-ci avec une impatience particulière, car sa couverture m’a interpellée dès le premier regard, une vraie œuvre d’art. Le visage dessiné à la main d’un bel homme noir au regard lointain, dont le regard interrogateur et en même temps porteur d’espoir nous scrute avec insistance. Je suppose que c’est lui, Franklin, L’insoumis. Je ne le connais pas. Je n’ai jamais entendu parler de lui. Il semble m’interpeller, me questionner. J’ai envie de lui demander ce qu’il attend de moi. Son visage fait corps avec la tête de l’Afrique ; une Afrique qui saigne, lentement, doucement. Je ne saurais dire s’il porte l’Afrique ou c’est l’Afrique qui le porte, avec l’aide de Patrice Lumumba, figure emblématique du combat pour la libération du Congo et de l’Afrique des chaînes de la colonisation. Une femme discrète au regard curieux est aux côtés de Franklin, L’insoumis, légèrement en arrière, comme son ange gardien. Malgré ces éléments qui annoncent un ton peut-être grave dans le livre, l’ensemble de la couverture me procure paradoxalement un sentiment d’apaisement, comme une promesse d’un bon moment que je passerai avec ce livre.

Franklin Boukaka, un hommage

Lire le livre

« Franklin, L’insoumis » est un recueil de quatorze nouvelles écrites par quatorze écrivains originaires de différents pays d’Afrique : Sénégal, Congo, Cameroun, etc. Chaque nouvelle est inspirée d’une chanson du répertoire du chanteur congolais Franklin BOUKAKA, assassiné en 1972 lors d’une tentative de coup d’État au Congo-Brazzaville. Ce projet original et audacieux a été initié par le congolais Marien Fauney Ngombé et publié en janvier 2016 par La Doxa Éditions, maison d’édition gabonaise spécialisée dans les ouvrages militants.
Avant de commencer la lecture de « Franklin, L’insoumis », j’ai voulu savoir qui était ce chanteur congolais. Pourquoi lui, quand on sait la multitude d’artistes de talents très populaires dont le Congo-Brazzaville regorge. S’il a pu inspirer quatorze écrivains africains au point qu’un recueil soit publié en son honneur, il devrait bien avoir quelque chose de particulier ce Franklin BOUKAKA.

Le plus simple pour démarrer mes recherches, était bien sûr d’écouter d’abord quelques-unes de ses chansons. Heureusement que YouTube existe. Et là, je tombe sur la chanson « Nakoki », une merveille ! Je suis transportée dans un autre univers. Je ne comprends pas le Lingala, mais sa voix me transperce et remue en moi quelque chose d’inattendu que je ne saurais nommer. C’est de la poésie en musique. Je suis scotchée ! Comment est-il possible qu’un tel virtuose ne soit connu de la jeunesse africaine d’aujourd’hui ? Quelle découverte ! Ce sont ces moments qui me rappellent pourquoi j’adore lire. Chaque livre est un rendez-vous avec quelqu’un, avec un univers ou avec une époque. On ne sait jamais à l’avance ce qu’il en ressortira et quelles en seront les conséquences sur la suite de notre vie. Je dois absolument me procurer plus de chansons de Franklin BOUKAKA et elles auront assurément une place particulière dans mes playlists. Me connaissant, je sens que c’est parti pour une phase « BOUKAKA » qui vient de remplacer la phase « LURA », cette magnifique chanteuse cap-verdienne à la voix douce et rauque comme un thé au gingembre, citron, miel. Les prochaines semaines, je dormirai, me réveillerai et mangerai avec Franklin BOUKAKA.

 

 

Dans la chanson « Les immortels », il cite Patrice Lumumba, Mehdi Ben Barka, Ruben Um Nyobe, Abd el-Kader, André Matsoua, Albert Luthuli, Camilo Cienfuengos, Félix-Roland Moumié, Che Guevara, et bien d’autres. Je reconnais çà et là des mots et phrases en français. Tout ceci me parle et m’interpelle. J’ai envie de savoir qui est l’homme derrière le chanteur.

Biographie de Franklin BOUKAKA

Franklin BOUKAKA est un artiste congolais, né le 10 octobre 1940 à Brazzaville. Il commence la musique dans la ville de Bacongo avec l’orchestre Sexy Jazz, puis dans le Sympathic Jazz. En 1958, il crée, avec d’autres musiciens congolais des deux côtés du fleuve Congo, l’orchestre de Rumba, le Negro Band. Sa carrière musicale se construisit à travers de nombreux passages dans différents orchestres de l’époque et ses chansons furent très engagées, traitant de thèmes tels que la décolonisation, le panafricanisme, les indépendances et les injustices sociales. En 1971 il sort un 30 cm intitulé, « Le Bûcheron » avec des arrangements de Manu Dibango (saxophone et piano). Cette chanson marque un tournant dans sa carrière et a été reprise par Manu Dibango, d’Aicha Koné et le groupe Bisso na Bisso de Passi.

Franklin, L’insoumis

Clément OSSINONDE, journaliste et écrivain congolais, résume le brillant parcours de cet artiste panafricain engagé dans la préface du livre sous forme d’une lettre-hommage adressée directement à Franklin BOUKAKA.

Dans chaque texte de ce recueil, chaque auteur s’est approprié d’une chanson du vaste répertoire du chanteur et a créé son propre univers dans une nouvelle ou un poème du même titre que la chanson choisie. D’un texte à l’autre, le lecteur navigue entre la fin des années 50, années des indépendances en Afrique imprégnées de communisme, en particulier au Congo-Brazzaville, et le monde africain contemporain, dont la jeunesse actuelle vit une sorte de renaissance. Il découvre des personnages engagés tels que l’idéaliste Kama le bûcheron, ou Bibi, jeune femme aux courbes insolentes, tous deux convaincus de participer au changement de leurs pays vers une indépendance certaine et un lendemain meilleur pour tous.
Au vu des réclamations actuelles du peuple congolais de Brazza, on se demande si l’histoire se répète, ou alors si elle ne s’est jamais arrêtée, et s’étant juste enveloppée d’un semblant de souveraineté sous laquelle se cachait toute la putréfaction engendrée par les liaisons dangereuses entre le colon et le néo-colon dans toute l’Afrique. Franklin BOUKAKA l’avait décrypté en son temps et cela a été sa sentence de mort. Plus de 40 ans après, ses chansons sont toujours d’actualité, comme celle qui accompagne le jeune camerounais Bertrand Moussango, qui pour la première fois met les pieds dans son pays d’origine, à la recherche de son identité en suivant les traces de Um Nyobè, indépendantiste camerounais assassiné par la France le 13 septembre 1958 au Cameroun.

Je comprends mieux le regard de Franklin BOUKAKA sur cette couverture qui me demande à moi, comme à toutes les forces vives africaines, en Afrique et ailleurs, combien de temps, nous supporterons encore la destruction de notre identité et le pillage de nos richesses par des bandits étrangers et leurs complices locaux ? Je lui réponds que nous ne nous tairons jamais. Nous continuerons de libérer la parole. Ce livre en est la preuve. Mais paradoxalement, l’extrait de la nouvelle de Marien Fauney Ngombé et qui est le premier texte du livre, « Le Bûcheron de Boya », me revient en tête. Il est marquant et plein de sens   :

« Malgré son opposition au système, mon père me laissait aller applaudir Les membres du parti lors des campagnes électorales. Il ne voulait pas m’influencer connaissant la légende de mon grand-père. Vu de mon mètre quatre-vingt, je suis certain que ce dernier l’aurait interdit. Un homme hermétique au compromis. Mon père avait laissé la suie du parti recouvrir un peu mon innocence. Mais, surtout, j’avais vu que le parti rimait avec voiture, belle résidence et voyage à Moscou. Peu à peu, j’espérais aussi connaître un jour les températures négatives. Moins dix degrés pour moi c’était une vue de l’esprit. Voilà comment s’est fait le passage de témoin. Personne ne l’a fait tomber. Mais chacun a eu sa prise. D’abord fermement. Ensuite un peu moins. Et encore moins… nous ne courrons pas après le même destin. »

Je relis encore ce passage :

« … Peu à peu, j’espérais aussi connaître un jour les températures négatives. Moins dix degrés pour moi c’était une vue de l’esprit. Voilà comment s’est fait le passage de témoin. Personne ne l’a fait tomber. Mais chacun a eu sa prise. D’abord fermement. Ensuite un peu moins. Et encore moins… nous ne courrons pas après le même destin. ».

Comprenne qui pourra !

Outre le plaisir de lire des histoires courtes, passionnantes et bien écrites, « Franklin, L’insoumis » offre au lecteur, de manière subtile et plaisante, une occasion de (re)découvrir cette période marquante de l’Afrique à la fin des années 50, où tous ses peuples aspiraient à une vraie indépendance. L’esprit panafricain se vivait de manière concrète dans la solidarité entre les différentes figures de proue des multiples mouvements indépendantistes. Ce livre est une expérience réussie qui prouve que l’art, et notamment la musique, peut être un outil d’émancipation et surtout de transmission.

« Franklin, L’insoumis » se lit d’un trait, sans aucune difficulté, dans le désordre et selon son humeur, chaque nouvelle ayant un univers bien particulier. Et d’une certaine manière, il s’écoute aussi. Mon texte préféré est « La Rumeur » de Grâce Youlou Nkouelolo, inspiré de la chanson « Ata Ozali ». Il m’a transportée par sa spiritualité et sa profondeur. Comme un dialogue entre là-bas et ici. Ce quelque chose qui manque à tout africain sans qu’il puisse poser dessus un nom ou un mot.
Je mettrai un petit bémol sur la nouvelle « Au pays de Um… » qui, à mon sens, a mis plus d’accent sur l’énumération de faits historiques que sur l’intrigue et le dénouement du récit. Le texte concerné, dans son ambition à raconter une belle histoire au lecteur, en pâtit malheureusement.

Je conseille vivement ce livre à tous ceux qui s’intéressent à l’histoire des indépendances du Congo Brazza, mais qui ont du mal à lire de longs textes, surtout lorsqu’il s’agit d’un ouvrage historique. Sans le vouloir et grâce à de belles histoires, le lecteur est judicieusement amené à s’intéresser à cette période importante de l’histoire du Congo-Brazzaville en particulier.

C’est là une bien belle manière de rendre hommage à ce grand artiste panafricain qu’était Franklin BOUKAKA, ce héros méconnu qui mérite bien sa place aux côtés des Sankara, Patrice Lumumba, Um Nyobè et bien d’autres.
Bonne lecture !

 

23 janvier 2024 0 Commentaires
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Abdelaziz Baraka Sakin - Le messie du Darfour
Notes de lectureAfriqueAfrique du NordFictionLittérature

« Le messie du Darfour » d’Abdelaziz Baraka Sakin

par Éric Tchuitio 23 janvier 2024
Rédigé par Éric Tchuitio

Au cours d’habituelles mes pérégrinations littéraires, j’ai mis la main sur un livre fascinant : Le Messie du Darfour d’Abdelaziz Baraka Sakin. Le livre nous vient du Soudan, paru pour la première fois en arabe, en format Pdf en 2012, puis magnifiquement traduit chez ZULMA en 2016 par Xavier Luffin.

Je tiens de prime abord à confesser mes lacunes tant sur les productions littéraires que sur les réalités socio-historiques de ce pays. En revanche, l’évocation du mot « Darfour » prête le flanc, dans mon esprit et certainement dans celui de beaucoup parmi vous, à un escamotage d’images et d’opinions préconçues, toutes construites sur le socle d’un formatage médiatique d’un conflit, qui a provoqué la mort de centaines de milliers de personnes et entraîné des millions de déplacés, majoritairement entassés dans de camps de réfugiés de fortune aux frontières du pays.

En plein troisième millénaire, alors même qu’on croyait révolues de telles images, les reportages qui nous parviennent sur le conflit du Darfour nous présentent d’insupportables photographies d’enfants, faméliques, victimes de la famine, tenus dans les menus bras de leurs pauvres mères désossées, accueillant dans une « joie triste » le largage d’approvisionnements en denrées alimentaires provenant de l’aide internationale. Ces images ont bouleversé l’opinion publique internationale et suscité un émoi général. On s’est tous accrochés à la lueur d’espoir symbolisée par l’expression de cette indignation internationale, traduite par l’implication bruyante de la « Communauté Internationale » qui enverra des soldats de la paix sur le terrain. Espoir porté aussi, très souvent, par des stars hollywoodiennes. Puis, avec le temps, l’horrible conflit est sorti des feux des projecteurs de la médiacratie et n’a donc plus bénéficié de l’élan d’empathie, devrais-je ajouter avec un sentiment qui est un mélange de dépit, de résignation et de confusion. Oui, confusion, car cette guerre a ceci de particulier qu’en dépit du ramdam qui est fait autour d’elle, personne n’est en mesure de clairement décliner les motivations des acteurs, ni de remonter très objectivement aux origines de l’affreuse crise.

Fort de ce constat et porté probablement par une appétence d’écouter une nouvelle voix qui apporterait une grille, elle aussi nouvelle, de lecture de cette guerre illogique, s’y faisant, utilisant pour le coup un canal assez inhabituel, en l’occurrence la romantisation de l’horreur, loin de la rigueur scientifique des analyses de spécialistes en géopolitique et géostratégie prétendûment objectives.

On s’arrache donc ce petit livre des rayons de librairies avec le sentiment d’avoir là le viatique original qui éclairera nos pauvres lanternes dans notre quête de compréhension d’une tragédie. Croyez-moi, le charivari inextricable qui caractérise ce conflit absurde est bien perceptible dans la fiction sous la plume de D’Abdelaziz Baraka Sakin. Tiens ! Cette plume… j’ai rarement vu un auteur décrire aussi subtilement, mais avec une drôlerie si espiègle toute l’horreur de la guerre. Il me semble fort utile, pour pouvoir un tant soit peu se retrouver dans ce roman, de planter le décor en rappelant sommairement la tumultueuse Histoire de ce géant de la Corne d’Afrique.

Rappels historiques

soudanLe spectre de la guerre a toujours plané dans l’Histoire du Soudan. Si les premiers conflits datent déjà de l’ère de la colonisation égyptienne, c’est en revanche autour de l’antagonisme entre le nord arabo-musulman et le sud chrétien animiste que se sont cristallisés les luttes armées les plus meurtrières qui ont émaillé l’Histoire du Soudan. Depuis son indépendance en 1956, le nord a toujours essayé d’imposer la Loi Islamique à des ethnies non musulmanes et s’est violemment opposé aux velléités puis exigences indépendantistes du sud. Les premiers affrontements vont durer 17 ans et faire pas moins d’un demi-million de morts. Par un coup d’État en 1989, on assistera par la suite à l’introduction d’un nouveau code pénal dans lequel l’esclavage des populations noires est légalisé, ceci plongera le pays à nouveau dans une longue guerre civile qui durera 22 ans et provoquera la mort de plus de 2 millions de personnes. Des accords de paix seront signés en 2005 avec, au bout du processus, la reconnaissance de l’État indépendant du Soudan du Sud en 2011.

Un autre foyer de tension va cependant naître à l’ouest du pays, dans la région du Darfour, située en plein Sahel. Les principales tribus africaines qui peuplent ce large territoire sont les Four, les Massalit et les Zaghawa. Elles s’estiment lésées dans le partage des retombées de la manne pétrolière dont les exploitations se trouvent sur leurs terres et les bénéfices gérées exclusivement par le pouvoir central de Karthoum. Face à l’intransigeance du gouvernement central, la révolte armée s’organise autour de deux mouvements rebelles : le SLM et le JEM.

Le confit, selon les estimations des Nations Unies, a déjà fait plus 300 000 morts, dont le tiers à cause des maladies et de la famine, ainsi que le déplacement d’environ 2 millions de civils dans des camps de réfugiés ou dans des pays limitrophes. Le gouvernement de Khartoum, face à cette menace, décide d’appeler et d’armer des ethnies nomades arabisées, que l’on nomme Janjawids (ce qui signifie hommes armés à cheval), afin de mater toute forme de révolte.

C’est dans ce tourbillon de guérillas et de contre-guérillas que décide de nous embarquer Baraka Sakin.

La vengeance est un foie qui se mange froid…

Tante Kharifiya vivait dans la vallée de Nyala. Elle n’a pas eu la chance de connaitre le bonheur de la maternité, mais a élevé avec amour, une jeune fille, sa « fille unique », en réalité une sans-abri qu’elle avait recueillie. Elle s’appelle Abderahman, un prénom masculin, mais d’une extraordinaire beauté. Elle présente une profonde cicatrice à la joue gauche qui assez paradoxalement en rajoute une couche à sa beauté. Le destin placera sur son chemin, Shikiri Toto Kuwa, le neveu de Tante Kharifiya à qui elle se donnera, plaçant ce dernier devant l’obligation de la prendre en épousailles. L’enfance de la jeune épouse a été profondément marquée par les affres de la guerre dont elle a été la victime. Son père, sa mère et ses trois frères ont péri dans un massacre. Elle a été à maintes reprises violée par les Janjawids. Portée par une inébranlable soif de vengeance, la jeune épouse fera une curieuse requête le soir de ses noces à son époux.

A peine rentrés à la maison, Shikiri dut constater que son épouse, Abderahman, n’était pas une femme comme les autres, non pas parce qu’elle était plus directe et plus sensuelle qu’il ne s’y attendait, mais parce qu’elle lui fit une étrange requête alors qu’ils étaient mariés depuis une heure à peine : elle lui demanda de la venger, ou de l’aider à se venger, et rien d’autre.

Elle lui expliqua alors qu’elle avait attendu d’avoir un homme, un soldat courageux, qui la vengerait en tuant au moinx dix janjawids, tandis qu’elle mangerait le foie cru de chacun d’entre eux. (P 44)

La description de l’expression d’une colère avec ses moments de triomphe et d’incertitude est la trame de fond de ce roman. Au cours de cette odyssée vengeresse, on découvrira le parcours d’autres personnages : outre les enrôlés de force Shikiri Toto Kuwa et Ibrahim Khidir, il y a là également le chef rebelle Charon, l’éleveur oncle Jumaa Sakin et l’énigmatique personnage qui donnera son nom au livre, celui que tout le monde appelle le Messie du Darfour. La belle Abderahmane ne lésinera sur rien pour parvenir à ses fins, y compris l’utilisation de son corps comme appât pour attirer les proies Janjawids. La brutalité et l’impétuosité de l’héroïne contrastera avec la candeur, voire l’angélisme du personnage qui donne son titre au roman. Ce prophète qui par la force du verbe arrive à plier les soldats. Cet attelage de soldats abreuvé à la parole messianique d’un prophète dans un univers d’extrême violence est entre autres l’illustration des dichotomies qui caractérisent cette fiction.

Abdelaziz Baraka Sakin - Le Messie du Darfour

Lire le livre

L’autre vertu de ce roman est cette subtile faculté à nous transbahuter dans les réalités sociohistoriques de ce pays, utilisant ici à titre d’exemple le prétexte de l’évocation de l’histoire familiale d’un des personnages pour aborder la lancinante question de l’esclavage des populations noires et de son abolition par le colon britannique. Au-delà de cette question qui fait encore des gorges chaudes dans ce pays puisque cette abolition fera face à une dure résistance, c’est aussi la sempiternelle question de l’utilité, en matière de résolution des conflits, d’une nébuleuse connue sous la dénomination de « communauté internationale » toujours prompte à recourir à l’ingérence et à exciper de suspectes intentions de rétablir la paix pour s’interposer ou mieux s’imposer. La dimension internationale du conflit avec des enjeux et des intérêts géostratégiques des grandes puissances trouvent également un écho dans la fiction. Par-delà l’expédition littéraire dans le mitan d’un conflit absurde, c’est aussi une écriture fabuleuse qui mélange gravité et humour, avec subtilité, caresse dans le sens du poil en nous promenant dans les allées d’un jardin effrayant : celui de la guerre. Un groupe, les Janjawids, est l’incarnation même aux yeux de l’auteur de toute l’absurdité et de la perniciosité de ce conflit.

Ils se battaient pour une obscure raison qu’ils ne parvenaient pas à exprimer parce que les politiciens qui les avaient envoyés sur le champ de bataille ne la leur avaient pas communiquée, soit parce qu’ils étaient convaincus que de toute façon les janjawids ne la comprendraient pas, soit parce qu’ils avaient peur de leur réaction dans le cas contraire. L’autre motivation des jajanwids était le pillage, un terme très large qui englobait tout ce qui pouvait être emporté, y compris les femmes et les filles, ou encore le plaisir de décharger leur sperme par la force dans les entrailles d’une femme ou d’une enfant.  (pp 56-57)

Ce roman est d’une telle richesse polyphonique qu’au moment de boucler ce texte, je suis persuadé d’avoir omis quantité de choses abordées dans ce texte. Je vous le recommande vivement !

23 janvier 2024 0 Commentaires
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SociétéActualitéAfriqueAfrique CentraleVidéos

[Vidéo] Brazzaville : Des Boîtes à Livres dans les Parcs pour un Accès Libre à la Lecture

par Acèle Nadale 23 janvier 2024
Rédigé par Acèle Nadale

Rita Fabienne Lokanga, écrivaine de la République du Congo, a initié une campagne novatrice pour stimuler la passion de la lecture chez les jeunes Congolais. Au cœur de Brazzaville, des « boîtes à livres » ont été installées dans des espaces verts, transformant ces lieux en de véritables micro-bibliothèques gratuites. Accessibles à tous, ces boîtes invitent élèves, étudiants et professionnels à découvrir et à emprunter des ouvrages sans frais, promouvant ainsi une culture de partage et d’accès démocratisé à la culture dans le pays.

Le projet de boîtes à livres, lancé en novembre 2023, a rapidement gagné en popularité sous le nom « Envie de lire box ». Malheureusement, des incidents de vol et de vandalisme ont marqué le début de cette initiative, amenant Rita Fabienne à renforcer les mesures de sécurité pour les futures contributions littéraires. Malgré ces défis, l’initiative a reçu un élan considérable en ligne, avec une vague de solidarité et de soutien face à ces actes destructeurs. La communauté en ligne a manifesté son engagement continu envers le projet.

23 janvier 2024 0 Commentaires
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[Vidéo] « Le Pari de l’amour », la romance adaptée par Didier Aufort

par La redaction 23 janvier 2024
Rédigé par La redaction

« Le Pari de l’amour » est un film romantique de long métrage, adapté d’un roman de la collection Adoras. Il a été réalisé par le franco-ivoirien Didier Aufort et est sorti en 2004. Le film dure 97 minutes.
Le Pari de l'amour est un film romantiqueL’histoire suit Caroline, une jeune coiffeuse d’Abidjan, qui gagne une somme importante à une course de chevaux. Du jour au lendemain, elle est propulsée dans la vie pétillante de Paris, où elle croit vivre un grand amour avec un séducteur du show-biz. Cependant, la trahison n’est pas loin.
Le tournage du film « Le Pari de l’amour » a commencé à Paris en avril 2002 et a vu la participation de plusieurs acteurs africains, dont l’Ivoirien Djedje Apali, le Congolais Virgile M’Fouilou, la Sénégalaise Aissatou Thiam et l’Ivoirienne Isabelle Beke.
Le film a été produit par Dialogue Production et a été tourné en français. Il a été bien reçu par le public, remportant le grand prix du public à Ouidah et battant des records d’audience lors de ses diffusions à la télévision.

23 janvier 2024 0 Commentaires
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AfriqueAfrique de l'OuestFictionGenres LittérairesLittératureNotes de lecture

Aminata Sow Fall et son classique de la littérature africaine « La grève des Bàttu »

par Marien Fauney Ngombé 23 janvier 2024
Rédigé par Marien Fauney Ngombé

Cette année 2017 marque le retour après 12 ans d’absence d’Aminata Sow Fall avec la parution de L’Empire du mensonge publié aux éditions Khoudia/CAEC. L’occasion pour moi de parler de cette pionnière de la littérature africaine en évoquant son roman La grève des battù (Serpent à plumes, 2009). Il lui avait valu le Grand prix littéraire d’Afrique Noire en 1980 et a été adapté au cinéma par Cheikh Oumar Sissoko.

Au nom d’une ambition personnelle

Aminata Sow Fall

Lire le livre

Le roman s’ouvre sur Mour Ndiaye, directeur du service de salubrité de la ville de Dakar. Un homme ambitieux qui peut s’appuyer sur l’efficacité de son fidèle et dévoué adjoint Kéba Dabo. L’intrigue s’installe dès les premières pages. L’ambitieux Mour Ndiaye veut débarrasser la ville de tous ces mendiants qui font l’aumône avec leur battù (sorte de calebasse – sébile – utilisée par les mendiants pour recueillir les dons). Il mettra un zèle particulier à exécuter cette circulaire ministérielle.

Mour Ndiaye charge son bras droit de se délester de tous ceux qu’il considère comme des « loques humaines » des coins stratégiques de la ville. Les rafles seront si efficaces qu’aucun mendiant ne sera plus visible. Mour Ndiaye veut continuer à gravir les strates de la société et ne veut pas que les mendiants fassent obstacle à cela.

La caste insurgée

Dans le camp opposé, l’auteure nous décrit cette population non seulement d’indigents, mais aussi handicapés. Dans cette ville, chaque endroit est associé à un mendiant. Ils font corps avec la ville et sont organisés. Chacun d’eux est associé à des lieux précis de la ville. Des sortes de repères pour tous.

Salla Niang est celle qui reçoit les mendiants pour le tirage au sort de la tontine quotidienne dans l’enceinte de sa maison. Elle fait office de porte-parole des talibés (enfants mendiants) et de tous ces marginaux. Son poste à elle, c’est l’hôpital de la ville, où elle mendie avec ses enfants.
Gorgui Diop, le vieux comique qui arrache l’obole en jouant des saynètes, devant sa banque entre le vingt-cinq et le dix du mois.
Nguirane Sarr, l’aveugle tiré à quatre épingles, qui se place toujours au rond-point qui mène à la présidence. Les visiteurs superstitieux donnent toujours une pièce pour que l’entrevue avec le président se passe sous les meilleurs auspices possibles.
Et Madiabel le boiteux, ancien forgeron, avec deux épouses et huit enfants, dont la disparition marque les prémices d’une grève qui ira grandissante.

Teneur sociale du propos

Aminata Saw Fall imagine cette grève pour illustrer un propos : l’importance des miséreux dans une société. Le roman raconte la prise de conscience par les mendiants de leur importance, d’abord par la clairvoyance du borrom battù aveugle (Nguirane Sarr) et de la ténacité de Salla Niang. Il raconte également comment l’ambition démesurée d’un ancien talibé (Mour Ndiaye), le mène à se confronter à ceux qui étaient ses frères de même condition sociale. Lui, ancien talibé, qui aurait dû avoir de la compassion pour cette condition qui était la sienne. Les personnages secondaires accompagnent cet affrontement en y rajoutant des histoires parallèles, telles que l’émancipation de la femme, le poids de la religion et des traditions.

L’ironie du sort

Mais le sort a toujours son lot d’ironie. Les laissés pour compte deviennent des pierres angulaires à l’heure de faire à nouveau des sacrifices. En effet, pour servir la même ambition qui l’avait poussé à chasser les mendiants hors de la ville, Mour Ndiaye se retrouve obligé de les chercher dans la ville pour accomplir l’offrande sine qua non recommandée par son marabout. À ce moment précis, les premières phrases du roman sont à reconsidérer (avec le sourire) :

« Ce matin encore le journal en a parlé ; ces mendiants, ces talibés, ces diminués physiques, ces loques, constituent des encombrements humains. Il faut débarrasser la Ville de ces hommes – ombres d’hommes plutôt – déchets humains, qui vous assaillent et vous agressent partout et n’importe quand. »

Le procédé d’Aminata Sow Fall pour expliquer l’importance des mendiants est accentué par le fait que l’histoire se déroule dans une société musulmane avec la place qu’y occupe l’aumône. L’aumône comme recommandation du marabout. L’aumône comme pilier de l’islam. Au-delà du contexte, ce texte sociologique pose la question suivante : Le marginal est-il l’ennemi de la société ? Cette question fait écho à une citation de Michel Foucault « une société se définit par ce qu’elle rejette ».

En effet, dans les marginaux de ce roman, on retrouve des handicapés abandonnés à leur sort, des mères de ma famille qui tentent de subsister et autres artistes maudits. Il s’agit de ces marginaux qui permettent de faire une autocritique d’une société. Ils sont le miroir intransigeant de la société.

Aminata Sow Fall nous rappelle dans cette fable que c’est l’interaction entre ceux qui sont socialement à la périphérie et les autres qui fait battre le cœur d’une ville au pouls de ses réalités. Le style est simple, l’intrigue est bien menée et l’humour aussi contribué à nous ravir. Un roman court (176 pages) et efficace. À lire !

23 janvier 2024 0 Commentaires
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L'Enfant noir - Camara Laye
Notes de lectureAfriqueAfrique de l'OuestFictionLittérature

« L’enfant noir » de Camara Laye refuse-t-il de « protester » ?

par Baltazar Noah 23 janvier 2024
Rédigé par Baltazar Noah

L’enfant noir est le premier roman de Camara Laye. Il a été publié en 1953, aux éditions Plon à Paris. Un an après sa publication, il a reçu le prix Charles Veillon. Ce roman autobiographique s’est érigé en classique littéraire de notre temps. D’ailleurs, cette casquette lui vaut d’être réédité, au fil des ans, par maints éditeurs.

L’enfant Noir - Camara Laye

Lire le livre

Le jeune Camara vit à Kouroussa avec ses parents, un petit village de la haute-guinée, connue aujourd’hui sous le nom de Guinée Conakry. Son père est un forgeron habile et un orfèvre appliqué. Sa mère, quant à elle, est une femme autoritaire. Elle a la capacité de déjouer les sortilèges et d’apprivoiser les crocodiles. De temps en temps, l’enfant noir se rend à Tindican chez sa grand-mère. Là-bas, il découvre la vie paysanne. Il apprend à chasser les oiseaux et les autres bêtes des champs cultivés. Les balises de son adolescence sont assurées par l’apprentissage des techniques de l’art de son géniteur, et guidées par les solides conseils de sa génitrice. Laye est un être attachant. Il partage une amitié profonde avec Fanta et Kouyaté, sans oublier Marie et Check. D’ailleurs, le trépas de son ami Check sera son premier grand deuil.  Son appétence pour la connaissance l’oblige à migrer vers Conakry. Ce sera son passage de l’école coranique pour l’école française. Après l’obtention de son Certificat d’Aptitudes Professionnelles, Laye est appelé à poursuivre ses études à Argenteuil, en France. Dès lors, une alternative s’offre à lui : partir et ne plus revenir ; ou partir…mais revenir. Néanmoins, le petit guinéen a déjà son idée. On peut l’entendre marmonner : «  Sûrement, je reviendrai ».

Camara Laye célèbre la femme guinéenne mieux, africaine via sa mère. Il narre également l’insouciance de l’Afrique. Son écriture est dense et fluide, mais dénuée de toute esthétique de la protestation. Il refuse de voir les choses comme Bernard Dadié ou encore Mongo Beti, ses pairs qui se servent de la littérature comme instrument d’engagement politique, de dénonciation et donc de protestation. D’ailleurs, dans son article « Afrique noire, Littérature rose », Mongo Beti qualifie L’enfant noir de «  littérature rose » donnant «  une image stéréotypée de l’Afrique et de l’africain ». Selon l’écrivain Franco-Camerounais, le Guinéen n’a pas mis en valeur ce que Ngugi Wa Thiongo appelle la «  dimension noire ». En effet, la dimension noire se veut une peinture des réalités africaines sans complaisance, en tenant compte de l’histoire de l’Afrique en rapport avec celle du monde. Camara Laye pose donc un acte révolutionnaire, en s’engageant à rendre seulement à l’Afrique son humanité en pleine période de lutte anti-coloniale, plutôt que de s’inscrire dans la protestation. Il dépeint l’Afrique, mais dans une «  dimension rose ». Autrement dit, une manière d’apologie à la tradition que Beti considère comme une épine pour l’émancipation de l’Afrique.

En réalité, Camara et Mongo sont l’expression des extrêmes de l’art littéraire. Le premier personnifie l’extrême du romantisme africain, voire, un engagement humanisant. En revanche, le second est l’extrême d’un engagement dans la protestation pour un changement sociopolitique. Mais aujourd’hui, l’objectif est de concilier ces frontières. Autrement dit, une écriture mâtinée serait salvatrice parce qu’elle présenterait concomitamment les deux faces du continent : sa face «  noire » et son humanité. Par conséquent, cette écriture-là serait donc une valeur ajoutée aux esthétiques des littératures Africaines.

« … Enfant noir » donne à lire une manière de rencontre entre la tradition et la modernité. Dans notre contexte, la tradition demande à être déconstruite pour être toujours re-construite. Elle peut être désuète, mais sa re-construction permanente faciliterait le recevoir de la modernité sans imbroglio. Ladite modernité ne se limiterait donc plus seulement aux innovations technologiques. Elle serait une action-logique dont le ciment répondrait aux exigences de l’instant. Et les résultantes de ses réflexions, seraient la garantie de l’épanouissement des sujets-humains impliqués dans l’à-venir. En effet, le philosophe Njoh Mouelle ne radote point lorsqu’il affirme que : « la modernité doit être, non pas une simple question d’adaptation formelle au présent, mais un souci d’amélioration réelle de la condition humaine ».

In fine, L’enfant noir mérite de conserver sa place à la fois, dans la « colonial library », pour parler comme Mundimbe, et les bibliothèques du monde : il a encore à dire !

23 janvier 2024 1 Commenter
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« African Business Book of the Year » 2024
ActualitéAfriqueÉvénementsProfessionnels

10 000 $ pour le Prestigieux Prix « African Business Book of the Year » 2024 – Postulez avant le 21 février 2024 !

par La redaction 22 janvier 2024
Rédigé par La redaction

Le “African Business Book of the Year” est un concours annuel qui récompense les récits les plus remarquables et innovants dans le domaine des affaires en provenance d’Afrique. Il rend également hommage aux auteurs et aux éditeurs talentueux qui ont permis à ces histoires d’être mises en avant.

Organisé par le Business Council for Africa (BCA), en collaboration avec Brand Communications et le magazine African Business, cet événement prestigieux en sera à sa deuxième édition. Les lauréats seront annoncés lors de la cérémonie des prix, prévue le 30 mai 2024 à Londres. 

Le gagnant de la première place recevra un trophée et une somme considérable de 10 000 $. Les personnes qui se classeront en deuxième et troisième positions obtiendront des prix de 5 000 $ et 2 500 $ respectivement.

Les inscriptions pour le “BCA African Business Book of the Year” 2024 sont ouvertes et se clôtureront le 21 février 2024. 

Le jury du “African Business Book of the Year” est constitué de figures de renom issues du continent africain : 

  • Arnold Ekpe, Président de la BCA, et président du comité d’évaluation
  • Chris Ogbechie, Doyen de la Lagos Business School
  • Arunma Otteh, présidente de la Royal African Society
  • Moky Makura, CEO d’AfricaNoFilter
  • Terhas Berh, directeur général et fondatrice de Brand Communications
  • Omar Ben Yedder, Éditeur des magazines African Business et New African
  • Anver Versi, Éditeur des magazines New African et African Banker

Les catégories acceptées par le jury : 

  • Biographies et histoires d’entreprises
  • Stratégie d’entreprise (Entrepreneuriat, Investissement, Leadership et gestion)
  • Sciences du comportement et psychologie
  • Livres sectoriels (Banque et finance ; Énergie et environnement ; Divertissement et médias ; Industrie et commerce ; Technologie et innovation ; Industrialisation ; Agriculture)
  • Économie
  • Marchés en croissance
  • Ouvrages historiques sur les sujets précités

Les livres gagnants de l’édition de 2023 : 

  • Africa: Open for Business par le Dr Deanne De Vries 
  • The Time-Travelling Economist: Why Education, Electricity and Fertility Are Key to Escaping Poverty par Charlie Robertson. 
  • Africa 2.0: Inside a Continent’s Communications Revolution de Russell Southwood

Le “African Business Book of the Year” représente une initiative exceptionnelle qui souligne la vitalité et la diversité du paysage entrepreneurial en Afrique. Ce prix s’impose dans le paysage livresque africain, notamment dans le genre “littérature d’affaires”.

La littérature d’affaires englobe un large éventail d’ouvrages écrits qui traitent de sujets relatifs au monde des affaires et de l’entrepreneuriat. Ce genre inclut divers types de publications, allant des livres de gestion et de leadership aux autobiographies d’entrepreneurs célèbres, en passant par les analyses de tendances économiques et les études de cas d’entreprises.

Les livres d’affaires sont utiles pour le développement professionnel. Ils donnent des idées et des conseils pour comprendre et réussir dans le monde des affaires. Ces livres sont importants non seulement pour les chefs d’entreprise et les entrepreneurs, mais aussi pour les étudiants, les chercheurs et toute personne s’intéressant au monde des affaires.

22 janvier 2024 0 Commentaires
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VidéosActualitéAfriqueAfrique CentraleAfrique de l'EstÉvénementsProfessionnelsSociété

[Vidéo] 24 Écrivains et Slameurs des Grands Lacs Débattent du Pouvoir de la Littérature pour la Paix

par La redaction 22 janvier 2024
Rédigé par La redaction

Le 21 octobre 2023, un rassemblement important d’écrivains et de slameurs a été organisé à Bukavu, dans la province du Sud-Kivu pour une littérature pour la paix. L’événement, qui faisait partie du projet « Médias pour le dialogue » initié par la Benevolencija, a vu la participation de 24 talents littéraires de la région des Grands Lacs. Le thème du colloque était « la littérature peut-elle faciliter une meilleure cohabitation dans la région des Grands Lacs ? ». L’objectif principal était de débattre sur l’impact de la littérature pour la paix dans la résolution des conflits de manière pacifique et de renforcer l’unité sociale. Pendant ce symposium, les invités ont eu l’occasion de découvrir le livre « Les plumes semeuses de paix », une compilation des œuvres des écrivains participants. En outre, un événement de slam-poésie a été organisé, mettant en vedette des talents de la République Démocratique du Congo, du Rwanda et du Burundi. Ces auteurs ont partagé leur engagement envers une littérature proactive, jugée capitale pour la paix dans la région des Grands Lacs.

Couverture du livre "Les plumes semeuses de paix" - 24 Écrivains et Slameurs des Grands Lacs Débattent du Pouvoir de la Littérature pour la Paix

Photo : radiookapi

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Salon du livre africain de Paris 2024
ÉvénementsActualitéEurope

Le Salon du livre africain de Paris 2024 lance sa 3ᵉ édition

par Chrystelle Ngoulou 22 janvier 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

Le « Salon du Livre Africain de Paris » revient pour sa 3ᵉ édition en 2024, promettant d’être un événement culturel majeur célébrant la richesse de la littérature africaine.

Prévu du 15 au 17 mars 2024, l’évènement se tiendra à la Mairie du 6ᵉ arrondissement, au 76 rue Bonaparte à Paris. Le salon constitue une plateforme unique pour explorer et honorer les œuvres littéraires africaines et de la diaspora africaine.

 La Côte d’Ivoire et Henri Lopes en vedette lors du Salon du Livre Africain de Paris 2024

Le pays invité de la 3ᵉ édition du « Salon du Livre Africain de Paris » en 2024 est la Côte d’Ivoire. L’événement, placé sous le thème « Décloisonner les imaginaires, repenser les futurs » propose un angle d’exploration différent dans la façon de concevoir les idées et envisager l’avenir.

L’autre point fort de cette édition sera l’hommage spécial à Henri Lopes, homme politique, diplomate et écrivain renommé. Henri Lopes, décédé le 2 novembre 2023 à Suresnes, est originaire de la République du Congo. Il est l’auteur d’ouvrages tels que La nouvelle romance (1976), Sans tam-tams (1977), Le pleurer-rire (1983), Le chercheur d’Afriques (1990), Sur l’autre rive (1992). Il a reçu le Grand Prix de la Francophonie de l’Académie française en 1993. Cet hommage veut souligner l’importance de son œuvre dans le monde littéraire africain et célébrer son rôle en tant que voix influente de son époque.

Entre découvertes et rencontres, une programmation riche et diversifiée en perspective

La programmation du « Salon du Livre Africain de Paris 2024 » sera dévoilée en février 2024. Mais les organisateurs promettent une participation riche et variée d’auteurs et de maisons d’édition. Le salon accueillera plus de 200 écrivains de divers pays africains et de la diaspora.  La présence des nombreux grands noms de la littérature africaine et afro-descendante est d’ores et déjà confirmée, parmi lesquels Fan Attiki, Gaëlle Bélem , Tanella Boni, Diade Dembele, Asia Djoulaït, Eugène Ebodé, Charline Effah, Boniface Mongo MBoussa, Dibakana Mankessi, Scholastique Mukasonga, Eric Mukendi, Wilfried N’Sondé, Makenzy Orcel, Michèle Rakotoson, Beata Umubeyi Mairesse, Rodney Saint-Eloi, Samy Tchack, Anne Terrier, Erik Mukendi, Marc Alexandre Oho Bembe pour n’en citer que quelques-uns. Les visiteurs auront l’opportunité de rencontrer ces auteurs lors de séances de dédicaces, de tables rondes et d’autres événements spéciaux. Si elle s’aligne sur les éditions précédentes, cette 3ᵉ édition sera un carrefour de la créativité littéraire africaine en France. 

Depuis son lancement en 2021, le “Salon du Livre Africain de Paris” a gagné en popularité. Créé et dirigé par Erick Monjour, un artiste peintre à l’origine du mouvement “Peinture du Monde”, ce salon a vite séduit un large public amateur de littérature africaine. La première édition a vu une affluence notable avec la présence de nombreux auteurs et maisons d’édition. La deuxième édition, en 2023, a doublé son nombre de visiteurs, accueillant environ 6000 personnes. Le salon a gagné en influence avec la participation d’éditeurs venus de divers pays africains et européens.

 

22 janvier 2024 2 Commentaires
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APCS - Association de la Presse Culturelle Du Sénégal
ProfessionnelsActualitéAfriqueAfrique de l'Ouest

Au Sénégal, les journalistes formés aux techniques de rédaction de notes de lecture

par Chrystelle Ngoulou 22 janvier 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

Le Sénégal lance une initiative importante pour renforcer les compétences de ses journalistes culturels, en se concentrant sur la rédaction de notes de lecture et l’analyse des œuvres littéraires. Cette formation vise à approfondir la compréhension et la critique littéraire parmi les professionnels du journalisme culturel, enrichissant ainsi le paysage médiatique sénégalais avec des analyses plus éclairées et détaillées.

Renforcer les compétences en critique littéraire des journalistes culturels

L’Association de la Presse Culturelle du Sénégal (APCS) a organisé, les 11 et 12 janvier 2024, un atelier de formation sur la rédaction de notes de lecture en collaboration avec la Direction du Livre et de la Lecture. Cet atelier, qui s’est tenu à la Maison de la Culture Racine Senghor à Foundiougne, visait à renforcer les compétences des journalistes culturels. L’événement a été dirigé par Rennie Yotova, professeure éminente de littérature francophone et déléguée de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Il a bénéficié du soutien du Secrétaire Général du Ministère de la Culture et du Patrimoine Historique, M. Habib Léon Ndiaye. 

L’APCS a également profité de cette occasion pour décerner des diplômes de reconnaissance à des personnalités clés impliquées dans la promotion de la culture littéraire tels que la formatrice Rennie Yotova, Abdoulaye Racine Senghor, au directeur du Livre Ibrahima Lo. Cette initiative illustre l’engagement continu de l’APCS et de ses partenaires envers le développement des compétences dans le secteur journalistique culturel au Sénégal. En effet, la structure vise à promouvoir le livre, les bibliothèques et les cafés littéraires, et à contribuer à la promotion du patrimoine et des industries culturelles au Sénégal.

L’APCS veut stimuler le débat culturel en encourageant la lecture

 L’Association de la Presse Culturelle du Sénégal (APCS) avait organisé le 11 novembre 2023, un panel littéraire en collaboration avec le réseau « Nous aimons lire ». Le thème était « la critique littéraire : pluralité des perspectives et place dans la chaîne du livre ». Alioune Badara Mané, président de l’APCS, avait souligné lors de l’événement l’importance de la critique littéraire pour encourager la lecture et la compréhension des mutations sociales. De plus, il a souligné l’importance de la critique littéraire comme un maillon essentiel de la chaîne du livre, incitant ainsi les journalistes culturels à pratiquer davantage la critique littéraire et la rédaction de notes de lecture. 

La scène littéraire sénégalaise est dynamique et diversifiée. Les écrivains sénégalais, à travers différentes générations, ont contribué de manière significative à la littérature africaine et mondiale. La presse culturelle joue un rôle crucial dans la promotion de la littérature. Elle sert de pont entre les auteurs et le public, aidant à accroître la visibilité des œuvres littéraires, à inciter au débat culturel et à stimuler l’intérêt pour la lecture et la critique littéraire. La formation aux techniques de rédaction de notes de lecture, conçue pour approfondir la compréhension et l’analyse des œuvres littéraires, est essentielle dans un pays où la littérature occupe une place centrale. 

22 janvier 2024 0 Commentaires
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Listes de livresAfriqueBiographie, mémoires et Autobiographie

7 romans autobiographiques africains que vous devez avoir dans votre bibliothèque

par Ramcesse Chetmi 22 janvier 2024
Rédigé par Ramcesse Chetmi

Un roman autobiographique ? Pourquoi s’y intéresser ? Est-ce vraiment si important de connaître le parcours des personnes que nous admirons et respectons ? Oui, car ce sont ces personnes qui nous servent de modèles. Et pourquoi utiliser le genre romanesque ? Parce qu’il est à la base de l’imaginaire et nous ouvre les portes des possibles. Afrolivresque a sélectionné pour vous sept romans autobiographiques africains que vous devez avoir absolument dans votre bibliothèque. Sept romans autobiographiques de figures importantes d’Afrique ou de sa diaspora et inspirantes par leurs histoires et leurs vies. 

Le roman autobiographique est un genre littéraire issu de l’autobiographie ainsi que du roman mémoire. Dans ce genre littéraire, le sujet est un personnage de fiction dont la vie, narrée à la première personne du singulier, est assez fortement inspirée par la vie de l’auteur (Wikipédia). L’auteur du roman autobiographique, lors de la rédaction de son livre, s’invente un double et peut, s’il le veut, déformer la vérité. Toutefois, le roman autobiographique se fonde sur ce qui est réellement arrivé, analyse les actions et comprend les émotions. 

 

1-Transwonderland : Retour au Nigeria de Noo Saro – Wiwa

Transwonderland -Retour au Nigeria de Noo Saro - Wiwa

Lire le livre

Éditeur : Hoëbeke

ISBN : 2842304713

Résumé : Le Nigéria ne fait pas partie des plus grandes destinations touristiques. Noo Saro-­ Wiwa va pourtant y passer tous ses étés pendant près de 15 ans. Née au Nigéria en 1976, élevée par sa mère en Angleterre, tous les ans, elle vivra comme une punition le fait de devoir retourner auprès de son père dans ce pays qu’elle déteste et dont elle ne supporte pas le manque de confort, l’insalubrité, la vie misérable de ces habitants et l’absence de télévision… En 1995, son père, Ken Saro-Wiwa, écrivain respecté, producteur de télévision et militant écologiste engagé, est exécuté par le régime militaire du dictateur Abacha. Pour la jeune fille, c’est la rupture totale avec le pays, elle n’y retournera qu’en 2005, bien décidée à comprendre pourquoi son père aimait tellement ce pays qu’il en est mort. Traduit Françoise Pertat.

 

2- Un billet d’avion pour l’Afrique de Maya Angelou

Un billet d’avion pour l’Afrique  de Maya Angelou

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Éditeur : Le Livre de Poche

ISBN : 2253162264

Résumé : En 1962, Maya Angelou, de passage à Accra avec son fils, tente l’expérience du « retour » en Afrique. À l’époque, le Ghana, dirigé par Kwame Nkrumah, lutte pour l’émancipation du continent noir et fait figure de « terre promise » aux yeux des Noirs américains en quête de leurs racines. L’expérience se révèle difficile pour bien des membres de la diaspora, incapables de communiquer avec les Ghanéens et blessés par l’indifférence ou la méfiance que ceux-ci leur témoignent. Maya, qui trouve un emploi et apprend le fanti, rencontre notamment Malcolm X, Muhammad Ali et W.E.B. Du Bois pendant son séjour. En 1964, plus combative que jamais, elle prendra un billet d’avion pour l’Amérique.

 

 

3- Un long chemin vers la liberté de Nelson Mandela

roman autobiographique africain - Un long chemin vers la liberté de Nelson Mandela

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Éditeur : Le Livre de Poche

ISBN : 2253140635

Résumé : Commencés en 1974 au pénitencier de Robben Island, ces souvenirs furent achevés par Nelson Mandela après sa libération, en 1990, à l’issue de vingt-sept années de détention.
Rarement une destinée individuelle se sera aussi étroitement confondue avec le combat d’un peuple et le devenir d’une nation. Né et élevé à la campagne, dans la famille royale des Thembus, Nelson Mandela gagne Johannesburg où il va ouvrir le premier cabinet d’avocats noirs et devenir un des leaders de l’ANC. Dès lors, à travers la clandestinité, la lutte armée, la prison, sa vie se confond plus que jamais avec son combat pour la liberté, lui conférant peu à peu une dimension mythique, faisant de lui l’homme clef pour sortir son pays, l’Afrique du Sud, de l’impasse où l’ont enfermé quarante ans d’apartheid.
Document majeur sur un des grands bouleversements de la fin du XXe siècle, ce livre est aussi le témoignage d’un combat exemplaire pour la dignité humaine.

 

4- Si Ma Vie d’enfant Soldat Pouvait Être Racontée de Nzita Nsuami Kadogo Junior

Si Ma Vie d’enfant Soldat Pouvait Être Racontée de Nzita Nsuami Kadogo Junior - romans autobiographiques africains

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Éditeur : Sépia

ISBN : 2842802527

Résumé : Au moment où le chauffeur démarra, notre camarade se trouvait au sol, tenant à deux mains la ridelle du véhicule pour monter. J’essayai de le tenir par les deux mains pour le tirer parmi nous. Les rebelles, nous voyant, tirèrent une roquette qui le toucha au niveau de la hanche et… le fendit en deux. Moi, à bord du véhicule, je restai avec la partie supérieure de son corps, c’est-à-dire la tête, les mains et le tronc… J’avais à peine treize ans, c’était vraiment horrible à voir ! Je faillis même craquer…

 

 

 

5- Mes Bifurcations d’André Brink

Mes Bifurcations d’André Brink

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Éditeur : Actes Sud

ISBN : 2742788042

Résumé : C’est en romancier qu’André Brink choisit de composer ce livre de Mémoires, en alternant narration et réflexions. Le lecteur découvre ainsi la trajectoire, les convictions et les doutes, les “bifurcations” d’un intellectuel issu d’une famille qui ne remet pas en question l’apartheid, le parcours d’un enfant qui va grandir entre ruptures et attachements, violence silencieuse des conflits familiaux, terreur de la rue et sérénité d’un milieu privilégié.
Promenant le fil de sa vie sur des chemins de traverse et livrant son amour des arts, de la musique et de la peinture, André Brink fait défiler sous nos yeux avec virtuosité mille autres sujets, majeurs ou anecdotiques, qui dessinent peu à peu l’histoire d’un Sud-Africain né en 1935, qui, depuis l’enfance jusqu’à la toute dernière élection présidentielle, condamne les horreurs de l’apartheid comme les dérives du gouvernement actuel, sans jamais s’affranchir de l’amour qu’il porte à cette terre qu’il n’a jamais quittée.

 

6- Il te faut partir à l’aube de Wole Soyinka

romans autobiographiques africains - Il te faut partir à l’aube de Wole Soyinka

Éditeur : ACTES SUD

ISBN : 274277033X

Résumé : Deuxième volume des mémoires de Wole Soyinka, ce livre incomparable de grande et de petites histoires retracent ces trente dernières années de tumulte, de violence et de passions au Nigéria. Une vie publique passionnante, une méditation sur la justice et la tyrannie, un testament fascinant légué à un pays ravagé, mais plein d’espoir.

 

 

 

7- La voix est le miroir de l’âme d’Angélique Kidjo

romans autobiographiques africains - La voix est le miroir de l’âme d'Angélique Kidjo

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Éditeur : Fayard

Résumé : La chanteuse, compositrice, militante Angélique Kidjo, l’une des plus grandes voix actuelles de la world music, lauréate de trois Grammy Awards, raconte, en toute intimité, comment la petite fille de Cotonou a pu réaliser son rêve et remplir les salles les plus prestigieuses du monde comme le Carnegie Hall de New York, l’Albert Hall de Londres ou l’opéra de Sydney. Angélique Kidjo grandit entourée des sons et des rythmes de son Bénin natal, dans une Afrique de l’Ouest riche de traditions. Pour mener sa carrière librement, elle est contrainte de fuir la dictature, direction la France où, après des années difficiles, elle est révélée par son album Logozo au début des années 1990. Elle s’installe ensuite aux États-Unis, où ses aventures musicales élargissent la musique africaine jusqu’à la pop ou le jazz. Oremi, Black Ivory Soul, Oyo… De succès en succès, cette femme au tempérament de feu qui navigue entre trois continents et plusieurs langues s’est imposée comme un des symboles d’une culture aussi mouvante qu’enracinée, au service de causes humanitaires fortes.
Un engagement qui vient de loin. Adolescente, horrifiée par l’histoire de l’esclavage et la cruauté de l’apartheid, elle croit en le pouvoir qu’a la musique de rapprocher les gens et de lutter pour la paix. Et elle n’a pas hésité à passer à l’action, en devenant ambassadrice de bonne volonté de l’UNICEF, puis en créant sa fondation, Batonga, qui donne aux filles dans plusieurs pays d’Afrique une éducation secondaire. Ces mémoires, illustrés de plus de cent photographies en couleurs, sont la formidable somme des expériences, des voyages et des combats d’une diva engagée.

Cette sélection de romans autobiographiques africains offre un voyage littéraire riche et nuancé. Ces récits, allant au-delà de la simple narration de soi, contribuent de manière significative à l’enrichissement de l’imaginaire collectif. Ils permettent aux lecteurs, qu’ils soient africains ou d’autres horizons, de se connecter intimement avec des histoires et des perspectives souvent méconnues ou négligées dans la littérature mondiale. Chacun de ces romans autobiographiques africains est ancré dans l’authenticité et reflète non seulement les expériences personnelles des auteurs, mais aussi les réalités sociales, politiques et culturelles de leurs environnements et époques respectifs.

22 janvier 2024 0 Commentaires
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Listes de livres

3 livres d’auteurs africains adaptés à l’écran par Netflix très bientôt

par Chrystelle Ngoulou 22 janvier 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

Netflix redéfinit le paysage du divertissement mondial en embrassant la créativité des auteurs africains. Avec une stratégie audacieuse et innovante, la plateforme de streaming leader mondial s’ouvre à un nouveau monde de récits intéressants, portant à l’écran des histoires africaines authentiques et diversifiées. 

Si vous êtes abonné à Netflix, vous avez sans doute remarqué que la célèbre plateforme de streaming propose de plus en plus de contenus créés par des africains. Avec ses plus de 238 millions d’abonnés dans plus de 190 pays, Netflix est certainement le leader actuel dans le streaming de contenus de divertissement. Sa croissance a été particulièrement boostée avec la pandémie de la Covid 19.

Présente dans tous les 54 pays africains, la plateforme veut conquérir aussi ce grand marché qu’est le continent Africain au potentiel énorme. Il va sans dire que cela ouvre de nouvelles opportunités en termes d’adaptation d’œuvres littéraires africaines à l’écran.

Une stratégie de contenus et de marketing assumée tournée vers l’Afrique

Avec sa première production originale africaine complète, du script à l’écran, diffusée en février 2020, Queen Sono, la plateforme a lancé ainsi une nouvelle stratégie d’acquisition de contenus venant d’Afrique. Ces contenus sont intégrés dans sa collection “Made in Africa” qui compte une centaine de contenus originaux.

Mo Abudu

Mo Abudu de EbonyLife

Vu le succès grandissant de Nollywood, le deuxième plus gros producteur de films au monde, il n’est donc pas étonnant de voir une stratégie forte chez Netflix orientée vers le Nigéria. Dans un communiqué de presse en juin 2020, la plateforme annonçait son partenariat avec la productrice nigériane Mo Abudu pour la création de deux séries originales nigérianes et plusieurs projets Netflix sous licence avec sa société de production EbonyLife.

Cette volonté de produire et de diffuser des contenus venant d’Afrique s’affiche aussi dans les recrutements de ses collaborateurs. En décembre 2019, Netflix a recruté la productrice kenyane Dorothy Ghettuba comme Directrice des séries originales pour l’Afrique. Netflix a fait aussi appel récemment en août 2020 à la ghanéenne Bozoma Saint John comme responsable du marketing.

Une opportunité tant pour les éditeurs que pour les auteurs

Encore peu accessible au grand public en Afrique comme ailleurs, la littérature africaine tient par ce biais un autre moyen d’être diffusée à une plus large échelle. Les contenus africains diffusés par Netflix contribueront certainement à montrer des repères, voire des marqueurs culturels à toute une génération de jeunes africains qui pourra ainsi s’identifier à des héros qui lui ressemblent. Pour le public non africain, ceci est une belle occasion de s’enrichir des écrits d’auteurs africains.  voici 3 livres d’auteurs africains qui seront bientôt adaptés à l’écran par Netflix.

 

1- Baba Segi, ses épouses, leurs secrets de Lola Shoneyin

Baba Segi, ses épouses, leurs secrets de Lola Shoneyin

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Ce premier roman de la nigériane Lola Shoneyin a été un bestseller. Il a été traduit en français chez Actes Sud en 2016 par Isabelle Roy. Ce roman humoristique et révélateur, qui a déjà été adapté en pièce de théâtre et en roman graphique, explore la vie d’une famille polygame au Nigeria. Baba Segi, ses épouses, leurs secrets sera une adaptation sous forme de série en partenariat avec la maison de production nigériane EbonyLife. L’on ne peut que se délecter d’avance des nombreux rebondissements que nous ne manquerons pas de vivre. Lola Shoneyin est aussi la fondatrice du célèbre festival de littérature Ake Arts and Book.

 

2- The upper world : Le monde caché de Femi Fadugba

The upper world _ Le monde caché de Femi Fadugba

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Parmi les prochains livres d’auteurs africains adaptés à l’écran, cette série fantastique pour jeunes adultes est très attendue. Écrite par l’auteur et physicien Femi Fadugba, elle a fait couler beaucoup d’encre avant d’être publiée. C’est après des enchères rudes entre près de quinze maisons d’édition que la maison d’édition Penguin Random House Children’s a pu obtenir les droits pour le Royaume-Uni et les pays du Commonwealth. L’Allemagne et l’Italie ont sécurisé leurs droits de traduction quelques jours après.

Le monde caché de Femi Fadugba intègre des éléments de science-fiction, en particulier de la physique quantique, à une histoire captivante se déroulant dans le sud de Londres. Le livre raconte l’histoire d’Esso, un jeune homme qui découvre sa capacité à voir dans le futur. Il devient obsédé par la vision d’une balle qui se dirige vers lui — la même balle qui, une génération plus tard, est destinée à changer la vie de la jeune Rhia.

Dans un communiqué publié le 13 août 2020, Tendo Nagenda, le vice-président en charge des films chez Netflix, a annoncé comment il a été séduit par cette série :

Les films peuvent influencer et renforcer votre façon de voir la vie. The Upper World sera l’un de ces films. Je ne viens ni du lieu ni de l’époque décrits dans le premier roman du physicien devenu auteur Femi Fadugba. Pourtant, grâce à son talent de narrateur stupéfiant, je me suis plongé dans une aventure mentalement et émotionnellement bouleversante grâce aux personnages et aux expériences du livre.

Dans The Upper World, Esso se retrouve pris au milieu d’une querelle meurtrière et au bord de l’expulsion lorsqu’il réalise qu’il a un don inattendu : l’accès à un monde où il peut entrevoir le passé et l’avenir. Une génération après, en 2035, Rhia se rend à pied à un entraînement de football, ignorant que le mystérieux inconnu qu’elle est sur le point de rencontrer a désespérément besoin de son aide pour éviter une balle tirée il y a 15 ans

Le célèbre acteur ougandais nominé aux Oscars (Get Out, Queen and Slim, Black Panther), Daniel Kaluuya, jouera le rôle de Esso le personnage principal du premier tome. Daniel Kaluuya sera aussi coproducteur aux côtés de Bryan Unkeless et Eric Newman (Screen Arcade), et la production exécutive sera assurée par Femi Fadugba. Le roman est réparti en deux tomes, mais pour l’instant, Netflix ne fera l’adaptation que du premier tome.

 

3- Onyeka et l’Académie du soleil de Tolá Okogwu

Onyeka et l’Académie du soleil de Tolá Okogwu

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Une adaptation en série Netflix est en préparation pour le roman young adult Onyeka et l’Académie du soleil de Tola Okogwu. Les droits cinématographiques ont été acquis par une équipe composée des acteurs hollywoodiens Will Smith et David Oyelowo. Will Smith produira le film aux côtés de Jon Mone pour Westbrook Studios, tandis que David Oyelowo le produira sous sa société de production Yoruba Saxon.

Le roman raconte l’histoire d’une jeune nigériane qui découvre les pouvoirs magiques de ses cheveux et les choix courageux qu’elle doit faire pour les utiliser à bon escient afin de sauver ce qui lui est cher. Le livre est le premier d’une série à venir de livres pour enfants de Tọlá Okogwu, célèbre pour sa série de livres pour enfants autoéditée, Daddy Do My Hair. D’autres noms notables associés au projet incluent la scénariste nigériane Ola Shokunbi, ainsi que Heather Washington et Jessica Oyelowo de Westbrook Studios et Yoruba Saxons, respectivement, en tant que productrices exécutives.

Qui parle de livres d’auteurs africains adaptés à l’écran parle également de production littéraire. C’est donc un véritable challenge, mais aussi une belle opportunité pour l’industrie créative et culturelle africaine en général. En particulier pour les éditeurs et auteurs africains qui devront être à la hauteur pour fournir à la plateforme de streaming des contenus de qualité et de belles histoires venant d’Afrique. On espère, que ce soit sur Netflix ou ailleurs, qu’il y ait plus de livres d’auteurs africains adaptés à l’écran à l’avenir.

22 janvier 2024 0 Commentaires
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12 livres par des écrivains africains et afrodescendants dans la Rentrée littéraire française 2024
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12 auteurs africains et afrodescendants dans la rentrée littéraire française 2024

par Chrystelle Ngoulou 22 janvier 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

En ce début d’année 2024, la rentrée littéraire française contient des pépites produites par des auteurs africains et afrodescendants. Une occasion supplémentaire de faire déborder notre pile à lire.

Afrolivresque partage une sélection dans laquelle les auteurs abordent des thématiques variées, reflétant à la fois leur héritage culturel et des enjeux universels. Du Cameroun au Rwanda en passant par la Guadeloupe, ces auteurs de la rentrée littéraire française de 2024 participent activement à la construction d’un univers littéraire plus inclusif et représentatif de la réalité.

 

1- Le convoi de Beata Umubyeyi Mairesse

Le convoi de Beata Umubyeyi Mairesse

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Éditeur : FLAMMARION

ISBN : 2080432230

Sortie prévue le : 10 janvier 2024

Résumé : Le 18 juin 1994, quelques semaines avant la fin du génocide des Tutsi au Rwanda, Beata Umubyeyi Mairesse, alors adolescente, a eu la vie sauve grâce à un convoi humanitaire suisse. Treize ans après les faits, elle entre en contact avec l’équipe de la BBC qui a filmé et photographié ce convoi. Commence alors une enquête acharnée (entre le Rwanda, le Royaume-Uni, la Suisse, la France, l’Italie et l’Afrique du Sud) pour recomposer les événements auprès des témoins encore vivants : rescapés, humanitaires, journalistes. Le génocide des Tutsi, comme d’autres faits historiques africains, a été principalement raconté au monde à travers des images et des interprétations occidentales, faisant parfois des victimes les figurants de leur propre histoire. Nourri de réflexions sur l’acte de témoigner et la valeur des traces, entre recherche d’archives et écriture de soi, Le convoi est un livre sobre et bouleversant : il offre une contribution essentielle à la réappropriation et à la transmission de cette mémoire collective.

Il aura fallu quinze ans de cheminement incertain, une enquête menée aux confins de mémoires étiolées, pour retrouver une image sur laquelle j’espérais figurer, puis pour chercher mes compagnons de fuite. Quinze ans pour m’autoriser enfin à écrire cette histoire. La mienne et à travers elle, car il s’agit bien de me réinscrire dans un collectif, la nôtre, l’histoire des enfants des convois.

Beata Umubyeyi Mairesse

 

2- La vie précieuse de Yrsa Daley-Ward

La vie précieuse de Yrsa Daley-Ward

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Éditeur : La Croisée

ISBN : 241308178X

Sortie prévue le : 7 février 2024

Résumé : Années 80, nord de l’Angleterre. Yrsa grandit avec son frère Little Roo et sa mère infirmière, dans un quotidien que leurs rêveries d’enfants illuminent. Mais leur mère les confie un jour à leurs grands-parents, très religieux. Tiraillée entre une éducation sévère et ses désirs naissants, Yrsa va vivre, de manière sourde puis frontale, l’emprise des hommes sur son corps transformé. Il va falloir partir. Il va falloir se battre.

Poétesse reconnue, collaboratrice de Beyoncé, Yrsa Daley-Ward nous emporte avec elle dans ses mémoires de fille, d’ado rebelle, d’escort perdue à Londres, d’une artiste dans l’âme, d’une femme en pleine conquête d’elle-même. Expérience de lecture unique et inspirante, La Vie précieuse a été saluée dans le monde entier. Traduit de l’anglais par Julia Kerninon.

« Jusqu’ici, j’ai tout aimé, même les choses les plus terribles. »  Yrsa Daley-Ward

 

3- Entends ma voix de Zelda Lockhart

Entends ma voix de Zelda Lockhart

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Éditeur : HarperCollins

ISBN : 979-1033915799

Sortie prévue le : 7 février 2024

Résumé : « Seigneur Jésus, si ce n’est pas le bébé le plus noir né de ce côté du Ciel ! » Le monde accueille ainsi Lottie Rebecca Lee. D’un autre côté du ciel, un siècle plus tôt, naissait son ancêtre ghanéenne, embarquée de force aux États-Unis pour travailler comme esclave. Sa voix, le père et le grand-père de Lottie Rebecca l’entendent qui murmure à leur oreille… Né pendant la Grande Dépression, Benjamin Lee laisse derrière lui la terre orange du Mississipi qui l’a vu peiner dans les champs de tabac pour rejoindre la Corée. Quelques années plus tard, Benjamin Junior part se battre à son tour, au Vietnam. Tous deux tentent désespérément de fuir le souvenir qui les hante dans leur chair, leur sang. En vain. À son retour, B.J. reprend la route du Sud et s’installe en Caroline du Nord, où sa fille Lottie Rebecca voit le jour.  Bientôt, le comportement de la fillette inquiète son entourage : elle dessine d’atroces images, exhumant sans le savoir le terrible passé des siens. Mais peut-être est-elle le seul espoir de sa famille. Celle qui parviendra à la libérer des liens qui l’enchaînent et, enfin, à lui offrir la paix. Entends ma voix est une sublime fresque familiale traversant les époques avec poésie, et une ode à la femme, par qui tout commence et tout finit.
Dans la sélection du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2024. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Laura Derajinski.

 

4- Adikou de Raphaëlle Red

Adikou de Raphaëlle Red - rentrée littéraire 2024

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Éditeur : Grasset

ISBN : 2246835313

Sortie prévue le : 10 janvier 2024

Résumé : Elle sait à peine prononcer son nom, Adikou, que la narratrice décrite tour à tour comme un lézard et comme un vautour, un double et une étrangère. Sa lignée est floue, son histoire familiale trouble. Pourtant, le monde entier voudrait qu’elle donne son origine, coche noire, ou blanche, ou bien fifty-fifty. Qu’elle accepte de se ranger.
Alors, un lourd jour d’été, Adikou n’y tient plus. Elle s’échappe, prend la route du Togo, pays du père dont elle sait si peu de choses, et la narratrice n’a d’autre choix que de la suivre. C’est un départ qui fait écho à d’autres : une dégringolade du nord vers le sud des États-Unis lors d’un séjour d’étude, une tentative de retour à la source avec une ONG humanitaire. Mais cette fois-ci, elle est décidée à y séjourner aussi longtemps qu’il faudra pour trouver quelque chose d’elle-même. Un nom, une famille, une trace, une présence. Ou peut-être simplement un air plus respirable. Lomé ne sera qu’un début, un avant-goût moite et poussiéreux d’avancées vers des zones toujours plus mouvantes. Territoires intérieurs, qui la renvoient vers son insoluble lien au métissage. Territoires familiaux et géographiques, en quête des origines d’un père qui a depuis longtemps fui son pays. Territoires historiques marqués par l’esclavage puis la colonisation.
Dans ce road trip initiatique, l’identité est une affaire d’interstices, de miroirs brisés et de parentés inventées — et la littérature son territoire d’affirmation. Un premier roman dans lequel l’appartenance s’exprime dans sa complexité et à travers une langue puissante, charnelle, à la fois âpre et douce, intérieure et comme à distance d’un « soi » introuvable. Une voix qui va compter.

 

5- Deux grands hommes et demi de Diadié Dembélé

Dadié Dembélé - Deux grands hommes et demi

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Éditeur : JC Lattès

ISBN : 270967209X

Sortie prévue le : 10 janvier 2024

Résumé : De Bamako à Paris, deux amis, Manthia et Toko, vivent la route de l’exil de façon très différente.
Ils sont originaires du même village au Mali. À la vingtaine, face à une récolte infructueuse, ils n’ont d’autre choix que de rejoindre la capitale, Bamako. Mais en 1991, les troubles politiques et sociaux les poussent à nouveau à partir. En France cette fois. C’est Manthia qui raconte leurs histoires depuis un centre de rétention administrative. Il se confie à son avocat grâce à un traducteur en espérant obtenir des papiers. Le traducteur l’interrompt souvent. Est-ce qu’il cherche le mot juste ou à le contraindre à un autre discours ?
Diadié Dembélé raconte avec force et originalité l’histoire des siens entre la France et le Mali, et une profonde histoire d’amitié.

 

6- La vie privée d’oubli de Gisèle Pineau

La vie privée d'oubli de Gisèle Pineau

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Éditeur : Philippe Rey

ISBN : 2384820575

Sortie prévue le : 4 janvier 2024

Résumé : Gisèle Pineau interroge la possibilité de vivre avec les ombres des ancêtres. Le roman vibrant de générations marquées par l’histoire commune de l’esclavage.
Margy et Yaëlle vivent en Guadeloupe. Pour ces amies-sœurs, tout se partage depuis l’école maternelle : les premières fois avec des garçons, les épreuves du bac ratées, les danses et sorties la nuit, les rêves d’une vie d’artiste, la violence des hommes et la foi en leur rédemption. Quand, à la demande de son petit ami Benja, Margy avale une trentaine de boulettes de cocaïne et réussit sans accident à débarquer en France, elle en déduit que c’est là de l’argent facile, l’espoir d’un avenir meilleur. Alors pourquoi ne pas enrôler son amie dans le business ? Yaëlle à son tour y voit une échappatoire. Mais en plein vol vers Paris, elle est prise de convulsions : les capsules se rompent, l’une après l’autre, répandant la cargaison dans son corps. D’autres femmes avant elle avaient rejoint Paris : Annette, sa tante, qui a fui très tôt dans l’espoir d’enterrer un secret honteux. Joycy, une jeune Nigériane, échappée des réseaux de prostitution, qui aspire à une seconde chance. Et Maya, étudiante métisse qui cherche à connaître les origines de son père, inconnu au bataillon. Y aurait-il un lien entre tous ces destins ?
Roman magistral où se tissent les vies de femmes et d’hommes reliés par un héritage invisible de douleur, La vie privée d’oubli analyse les conséquences des traumatismes des générations précédentes sur les suivantes. En explorant la place de la mémoire intime et celle de la mémoire collective dans le déroulé de nos existences, Gisèle Pineau interroge : comment panser les plaies d’un autre âge ?

 

7- Nos petits mondes de Caleb Azumah Nelson

Nos petits mondes de Caleb Azumah Nelson

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Éditeur : DENOEL

ISBN : 2207169758

Sortie prévue le : 10 janvier 2024

Résumé : S’il le pouvait, Stephen danserait tout le temps. À l’église avec ses parents et la communauté ghanéenne dont il est issu, dans les caves de son quartier à Londres, avec son amour de jeunesse dont il s’éloigne irrémédiablement, ou seul, en écoutant les vieux disques de son père qu’il aimerait mieux comprendre. Stephen est surtout un musicien, et il joue de la trompette autant qu’il le peut. Mais lorsqu’une tragédie vient frapper le jeune homme, son petit monde s’écroule. Après tout, que peut la musique face à la mort ? Dans une langue mélodieuse, une sorte d’improvisation de jazz, Caleb Azumah Nelson raconte trois étés de la vie d’un jeune homme et nous offre une histoire enchanteresse sur les mondes que nous construisons pour échapper au quotidien. Traduit de l’anglais par Santiago Artozqui.

 

8- Entre le monde et moi : Lettre à mon fils de Ta-Nehisi Coates

Entre le monde et moi - Lettre à mon fils de Ta-Nehisi Coates

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Éditeur : DENOEL

ISBN : 2207169758

Sortie prévue le : 31 janvier 2024

Résumé : « Voici ce que j’aimerais que tu comprennes : dans ce pays, annihiler le corps noir est une tradition, et cette tradition fait partie du patrimoine national. Je ne souhaitais t’élever ni dans la peur ni dans le mensonge. Je voulais éveiller ta conscience. J’ai donc décidé de ne rien te cacher. » Dans cette lettre adressée à son fils de 15 ans et rédigée dans le contexte des mobilisations de Black Lives Matter, Ta-Nehisi Coates décrit la violence raciste de la société américaine et revient sur le parcours qui lui a permis d’en prendre conscience. Il observe comment la fiction de la race a gangrené les États-Unis sans jamais cesser de peser sur les femmes et les hommes noirs, et s’interroge sur la possibilité de se libérer du fardeau de l’histoire en jetant une lumière crue sur les sociétés contemporaines. Cette nouvelle traduction, précédée d’une préface inédite de l’auteur, remet à l’honneur ce classique contemporain. Traduit de l’anglais par Karine Lalechère.

 

9 – Le Sang des innocents de S.A. Cosby

S.A Cosby - Le sang des innocents

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Éditeur : Sonatine

ISBN : 2383991368

Sortie prévue le : 11 janvier 2024

Résumé :  » Le roman noir a un avenir, et cet avenir s’appelle S. A. Cosby.  » Dennis Lehane
Le Sud n’a pas changé. Ce constat, Titus Crown y est confronté au quotidien. Ancien agent du FBI, il est le premier shérif noir à avoir été élu à Charon County, la terre de son enfance. Mais pour la communauté qu’il a juré de servir, la ligne Mason-Dixon existe toujours bel et bien, et Charon County est au sud de celle-ci. Et si l’élection de Titus a fait la fierté de son père, elle a surtout provoqué la colère des Blancs, qui ne supportent pas de le voir endosser l’uniforme, et la défiance des Noirs, qui le croient à la solde de l’oppresseur. Bravant les critiques, Titus tente de faire régner la loi dans un comté rural frappé par la crise des opioïdes et les tensions raciales. Jusqu’au jour où Lattrel, un jeune Noir, tire sur M. Spearman, le prof préféré du lycée, avant de se faire abattre par la police. Fanatisme terroriste, crient les uns. Énième bavure policière, ripostent les autres. À mesure que les dissensions s’exacerbent, Titus est lancé dans une course contre la montre pour découvrir la vérité. Traduit de l’anglais par Pierre Szczeciner.

 

10- Le rêve du pêcheur de Hemley Boum

Couverture du roman Le rêve du pêcheur - Hemley Boum - rentrée littéraire 2024

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Éditeur : GALLIMARD

ISBN : 2073032427

Sortie prévue le : 11 janvier 2024

Résumé : « Dans l’avion qui me menait au loin, j’ai eu le sentiment de respirer à pleins poumons pour la première fois de ma vie et j’en ai pleuré de soulagement. On peut mourir mille morts, un peu à la fois, à essayer de sauver malgré lui l’être aimé. J’avais offert à Dorothée mon corps en bouclier, mon silence complice, le souffle attentif de mes nuits d’enfant et en grandissant l’argent que me rapportaient mes larcins, sans parvenir à l’arrimer à la vie. Je pensais ne jamais la quitter mais lorsque les événements m’y contraignirent, j’hésitai à peine. C’était elle ou moi. » Zack a fui le Cameroun à dix-huit ans, abandonnant sa mère, Dorothée, à son sort et à ses secrets. Devenu psychologue clinicien à Paris, marié et père de famille, il est rattrapé par le passé alors que la vie qu’il s’est construite prend l’eau de toutes parts… À quelques décennies de là, son grand-père Zacharias, pêcheur dans un petit village côtier, voit son mode de vie traditionnel bouleversé par une importante compagnie forestière. Il rêve d’un autre avenir pour les siens… Avec ces deux histoires savamment entrelacées, Hemley Boum signe une fresque puissante et lumineuse qui éclaire à la fois les replis de la conscience et les mystères de la transmission.

 

11- L’affaire Sylla de Solange Siyandje

L’affaire Sylla de Solange Siyandje - rentrée littéraire 2024

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Éditeur : GALLIMARD

ISBN : 2073037372

Sortie prévue le : 8 février 2024

Résumé : En quelques jours, cinq personnes meurent empoisonnées. La police se saisit de l’enquête et découvre qu’elles ont pour seul point commun d’avoir été en rémission de cancer après avoir consulté un guérisseur, Moussa Sylla. Immédiatement dans le viseur de la justice, Sylla fait appel à Béatrice Cooper pour le défendre. L’avocate remarque que l’une des victimes était en lien avec Merculix, l’entreprise pharmaceutique pour laquelle travaille son mari, mais elle est loin d’imaginer dans quel engrenage elle a mis le doigt…

 

12- Et, refleurir de Kyémis

Et, refleurir de Kyémis - rentrée littéraire 2024

Éditeur : Philippe Rey

ISBN : 2384820052

Sortie prévue le : 1er février 2024

Résumé : Un premier roman qui rend hommage aux rêves déraisonnables, au courage d’une héroïne quittant le Cameroun pour s’accomplir en France.
Née dans le village camerounais de Nyokon, Andoun est entourée du bruit des houes retournant la terre des cultures d’arachides. Mais ses rêves sont plus grands que cette vie dans les champs. À chaque instant, elle souhaite casser la routine dans laquelle son village entend l’installer. Entre une volonté d’étudier contrariée, une grossesse imprévue et une indépendance arrachée, chaque pas vers son destin produira une onde de choc, transformant définitivement la jeune femme, ses proches et tous ceux qui croiseront son chemin. De Nyokon à Paris, en passant par Douala, Andoun devra affronter la résistance de sa famille très conservatrice. Tiraillée entre son envie d’appartenance et ses désirs de flamboyance, elle tentera de dépasser les préjugés des mondes traversés.
Avec ce premier roman inspiré de l’histoire de sa grand-mère, la poétesse Kiyémis rend hommage aux rêves déraisonnables, à la témérité, à la capacité de renaître de celles qui choisissent de suivre leur destinée hors des sentiers tracés.

Que vous soyez à la recherche d’une inspiration, d’une évasion, d’une compréhension approfondie, ou simplement d’une bonne histoire, vous trouverez dans les pages de ces auteurs africains et afrodescendants de quoi satisfaire vos envies. La rentrée littéraire française 2024 n’est pas seulement un moment pour ajouter des livres à votre pile à lire, c’est une invitation à élargir vos horizons, à enrichir votre esprit, et peut-être, à changer votre regard sur le monde.

 

22 janvier 2024 2 Commentaires
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Ubuntu
Le mot de la semaine

Le mot de la semaine

par Chrystelle Ngoulou 22 janvier 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

Le mot de la semaine du 22 au 28 janvier 2024 est Ubuntu.

Le terme « Ubuntu » provient des langues bantoues d’Afrique et désigne une notion proche des concepts d’humanité et de solidarité. En Afrique du Sud, ce concept a été employé, notamment par les prix Nobel de la paix Nelson Mandela et Desmond Tutu, pour dépeindre un idéal de société opposé à la ségrégation durant l’apartheid, puis pour promouvoir la réconciliation nationale. Selon l’archevêque Desmond Tutu, l’Ubuntu traite du fait que l’on ne peut pas exister en tant qu’être humain en isolation, mais seulement en interconnexion avec les autres. Il incarne des valeurs éthiques telles que le respect pour autrui, l’aide, la communauté, le partage, la bienveillance, la confiance, et est considéré comme l’un des principes fondateurs de la nouvelle république d’Afrique du Sud.

Je suis, car tu es – Leçon de sagesse africaine

Ubuntu de Mungi Ngomane

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La définition de l’Ubuntu donnée ici vient du livre Ubuntu Je suis, car tu es – Leçon de sagesse africaine : Une philosophie de la bienveillance, dépassant tous les clivages culturels, politiques ou religieux Broché de Mungi Ngomane. L’autrice est la petite fille de Desmond Tutu, célèbre porte-parole de la philosophie Ubuntu. Diplômée en études internationales et diplomatie, fervente défenseuse des Droits de l’Homme et de l’émancipation féminine, elle travaille en tant que consultante pour des ONG.

 

 

22 janvier 2024 0 Commentaires
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ActualitéAmérique du NordCinémaLittératureVidéos

American fiction, le film drôle et subtil qui se bat contre les stéréotypes, adapté du roman « Effacement » de Percival Everett

par Chrystelle Ngoulou 21 janvier 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

Percival Everett, un auteur reconnu dans le monde de la littérature contemporaine, voit son roman Effacement (Actes Sud 2004) franchir un nouveau cap avec son adaptation au cinéma. Acclamé pour son exploration unique de thèmes complexes tels que l’identité et la critique sociale, Everett capture l’attention du public et des critiques avec son style narratif distinct.

L’influence culturelle et sociale du roman Effacement 

Effacement, Percival EverettDans le roman Effacement, Percival Everett plonge les lecteurs dans une critique sociale aiguisée. Il parle de la perception des auteurs afro-américains dans l’industrie du livre et montre les ironies de la célébrité et du succès. Le roman se distingue par sa narration ingénieuse et son ton satirique. Il offre une perspective intéressante sur la complexité des enjeux raciaux aux États-Unis dans le contexte contemporain. Cette œuvre explore habilement la tension entre la réalité et la représentation, ainsi que les défis auxquels sont confrontés les écrivains noirs dans un marché dominé par des préjugés et des attentes stéréotypées.

Le film met en scène un écrivain, Monk, qui rencontre Coraline, une avocate et fervente lectrice, à qui il doit cacher sa double identité. Comme dans le roman, cette adaptation cinématographique aborde des thèmes tels que l’homosexualité, la maladie, le deuil, le racisme et la culture de la censure, tout en proposant une intrigue sentimentale dénuée d’eau de rose. 

Percival Everett, maître incontesté de la littérature contemporaine 

Percival Everett, écrivain, poète et peintre de renom, est également chef du département de littérature à la Southern California University. Son œuvre a marqué la littérature contemporaine avec une narration unique et une capacité à aborder des sujets complexes avec intelligence et subtilité. Il a reçu National Book Critics Circle pour l’ensemble de son œuvre. Il a aussi été finaliste du prix Pulitzer 2022 avec son roman Châtiment publié aux éditions Actes Sud. En France, ses œuvres sont toutes publiées par Actes Sud.

Cord Jefferson transforme Effacement en American Fiction

En décembre 2020, lorsqu’il a lu Effacement de Percival Everett, le réalisateur  Cord Jefferson s’est profondément identifié au roman, le percevant comme un cadeau personnel. Étant scénariste professionnel, il a immédiatement cherché à acquérir les droits d’adaptation du livre. Après avoir reçu l’aval de l’auteur pour l’adaptation, Cord Jefferson écrit et réalise  « American Fiction », son premier long métrage. 

Un casting étoilé et une reconnaissance critique dans le monde du cinéma 

Le film « American Fiction » réunit un casting riche, incluant des acteurs renommés tels que Jeffrey Wright (The Batman), Tracee Ellis Ross (Blackish) , John Ortiz (American Gangster), Erika Alexander (Get Out), Leslie Uggams ( Deadpool), Adam Brody ( Mr et Mrs Smith), Keith David (Greenleaf), Issa Rae (Insecure), et Sterling K. Brown (This is Us). 

Sélectionné par l’American Film Institute parmi les 10 meilleurs films de 2023, le film a également été nominé pour plusieurs prix aux Critics Choice Awards, aux Golden Globe Awards et Bafta Awards.

21 janvier 2024 0 Commentaires
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Confessions d'une sardine sans tête - Guy Alexandre Sounda
Notes de lectureAfrique CentraleLittérature

« Confessions d’une sardine sans tête » de Guy Alexandre Sounda ou la quête du passé

par Baltazar Noah 20 janvier 2024
Rédigé par Baltazar Noah

Confessions d’une sardine sans tête de Guy Alexandre Sounda a été publié aux Editions Sur le fil en juin 2016. C’est un roman sensible, rêche et dense, un type de discours tacheté d’horreur, de remords et d’humilité ancré dans « L’Art de la mémoire » et la notion de la trace. Le roman présente l’histoire poignante de Fabius Mortimer Bartoza, un « ex-briseur de rosée », « … Une sardine sans tête », un ancien milicien rebelle, qui plonge dans ses propres souvenirs pour ressusciter l’obscurité d’un passé non moins inoubliable et renversant, mais viscéralement détestable et répugnant.

Le nœud de l’affaire, c’est, bien entendu, la quête du passé. Une quête du passé que l’on entreprend pour panser les traumatismes, pour survivre malgré les faiblesses et l’adversité. Dès qu’on commence à lire « Confessions… » de Sounda, on se laisse prendre par la rhétorique architecturale et l’agencement des outils mots, c’est-à-dire la manière originale d’écriture de l’auteur, qui dépeignent, avec une violence lente et crue, le destin presque cocasse d’un homme qui entre dans la vie de l’horreur par souci de vengeance. Plus amplement, c’est un Fabius Mortimer Bartoza, grand saigneur pendant la guerre civile de Gombo-la-capitale, et désormais parisien, qui se confesse auprès d’un écouteur qui recueille, comme Max Lobe s’abreuvant auprès de la voluptueuse Mâ Maliga dans « Confidences », son histoire sincère et affligeante.

Le jeu de mémoire, le moyen d’atteindre l’intelligibilité à travers la sensibilité, pour parler comme Jean-Michel Maulpoix, et le mécanisme des souvenirs et des traces qui ordonnent le passé, au sens non seulement du poète grec Simonide de Céos, mais egalement de Patrick Chamoiseau dont l’usage de la notion de la trace dans ses productions littéraires se poserait comme la passerelle qui faciliterait la transition du « topos à une reflexion metalittéraire » , qui transparaissent à mesure que l’on évolue dans la lecture de ce roman, laissent lire l’ossature de l’esprit de Fabius Mortimer Bartoza, au travers des différents épisodes de son itinéraire fragmenté, éparse, mais jamais dispersé. En effet, l’ancien milicien rebelle navigue entre la crise identitaire et le dédoublement de personnalité qu’attisent les « vents d’ailleurs », et qu’entretiennent les images odieuses des « Vues d’ici ».

 

Confession d'une sardine sans tête

Lire le livre

Les personnages de Guy Alexandre Sounda sont, par ailleurs, des « archétypes », des « types »,des miroirs dont les reflets mettent en relief des attitudes et des caractères humains bien précis. Des pièces de puzzle qui s’entremêlent les unes à côté des autres, qui survivent les unes dans le présent des autres, et les autres dans le passé des unes.

Sounda a écrit un roman brave et grave autour d’un personnage trouble, étrange et double. Un livre bien cousu, une histoire bien tissée sans restriction et lapidaire. Une œuvre qui donnet un autre ton à la littérature dans le domaine francophone. Autrement dit, un phénomène littéraire qui propose la mise en dialogue de l’imaginaire et de la mémoire, tout en posant la notion de la trace, entendue comme des indices biographiques essentiels pour la restitution du passé, comme un vaste champ en friche à explorer susceptible de favoriser l’émergence des savoirs sur la re-naissance et la con-naissance des identités non-connues.

En somme, ce récit force la tenue d’une longue méditation non seulement sur le passé et le présent, mais aussi sur l’ici et l’ailleurs dans un monde où les populations sont en crise de repères, et de plus en plus en mouvement : A la quête d’elles-mêmes à partir d’autres horizons !

20 janvier 2024 0 Commentaires
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Henri Lopes - Sans tam tam
Notes de lecture

« Sans tam-tam », un roman d’Henri Lopes comme une révolte muette

par Baltazar Noah 20 janvier 2024
Rédigé par Baltazar Noah

Dans un monde où la gouvernance inadéquate et la corruption entravent le progrès, « Gatsé » de Henri Lopes se dresse comme une critique mordante de ces réalités. À travers un personnage principal qui rejette les privilèges non mérités et la décadence morale, Lopes tisse une histoire qui transcende les frontières, offrant une réflexion sur la nécessité de réformer la politique et la société pour un avenir meilleur en Afrique. Ce roman par lettres met en lumière les défis et les espoirs d’un continent en quête de changement véritable. Sans tam-tam, Henri Lopes, Yaoundé, Éditions Clé, 1977.

Gatsé, le personnage principal de ce classique de la littérature franco-africaine, relate son histoire presque cocasse et pathétique, au fil des correspondances avec un de ses amis. Gatsé est un frustré du régime politique tyrannique qui sévit dans son pays. Ledit régime l’a pressé comme un citron et finalement relégué à un poste obscur de professeur dans un établissement de brousse… Les jeux sont faits, c’est terminé, Gatsé n’a plus d’avenir dans son propre pays.

Pourtant, citoyen modèle et dévoué, il ne déprime pas et ne regrette rien. Il prend juste du recul. Son refus d’intégrer les rangs du régime en place ne s’accompagne ni d’orgueil ni d’arrogance. En fait, il refuse d’adhérer à la philosophie qui consiste, selon lui, à étriper consciemment le pays : ce qu’on appelle “la mauvaise gouvernance”. Il voudrait servir le peuple en toute honnêteté, même s’il doit être humilié. C’est la raison pour laquelle, logique et cohérent avec lui-même, lorsque son ami lui propose un poste de Conseiller Culturel à Paris et une évacuation sanitaire, Gatsé refuse pour rester professeur de brousse. D’ailleurs, il s’en explique fièrement :

« Dans le mouvement normal de la vengeance des nouvelles équipes, on m’a affecté ici en brousse. J’ai eu peur de la déportation, l’enfer. Finalement c’est l’Eden. Laisse-moi y mourir. Garde ta pomme, serpent ! Ce n’est pas un fruit Congolais. »

Henri Lopes se sert de l’univers Congolais pour faire une caricature hilarante d’une Afrique où la mauvaise gouvernance et la “médiocratie” à la Alain Deneault s’engraissent mutuellement.  Plus clairement, dans ce type de régime, les politiques font feu de tout bois en s’arc-boutant sur des idéologies politiques occidentales qui sont pourtant en déphasage avec leur contexte social. Et, par ricochet, les postes administratifs ne sont pas attribués aux fonctionnaires sur la base de la compétence et du mérite. Ces mauvaises habitudes qui nuisent gravement à l’émergence de certains pays africains, voilà ce qui constitue le fond de ce roman par lettres. De fait, en dépeignant la déliquescence de la société Congolaise, Lopes formule son souhait de voir le continent Africain en particulier, et partant le monde tout entier, vivre un jour prochain d’autres réalités.

Sans tam tam d'Henri Lopes

À travers le personnage de Gatsé qui refuse de jouir des fruits du favoritisme calibré et du clientélisme organisé, l’auteur de «  Tribaliques » sème la graine de la révolution en chacun de ses lecteurs. Afin qu’ils s’insurgent à leur tour contre un mode de gouvernance, hélas, trop répandu dans plusieurs pays d’Afrique, et dont les leitmotive pourraient se résumer ainsi : tromperie délibérée du peuple, distraction des fonds publics, incitation à la haine tribale, népotisme organisé et pédantisme des intellectuels.

Henri Lopes s’insurge contre les attrape-nigauds d’une élite politique Congolaise sans scrupules. Toute son œuvre littéraire est une invitation pressante à un changement profond du fonctionnement de l’univers politique et social de maints Etats africains, dans l’optique d’établir une plus grande interactivité entre les gouvernants et les populations. Ce qui favorisera, croit-il, l’implication de la société civile dans la gestion des affaires publiques.

D’ailleurs, l’odeur nauséeuse qu’exhale en ce moment l’actualité politique au Congo-Kinshasa notamment impose le respect de la trame de l’œuvre de Lopes. En effet, les populations vivent dans la peur et l’incertitude du lendemain à cause des machinations saugrenues — qui débouchent finalement sur des carnages — que les politiques en place tissent pour se maintenir indéfiniment au pouvoir. Par conséquent, force est de constater que les problèmes de maints États Africains vont toujours « du même au même », ils changent juste de forme (en raison de contextes différents), mais ils conservent le même fond. Ainsi, pour extirper le mal à sa racine, Wa Thiong’o propose « décoloniser l’esprit ». Mieux encore : une cure généralisée des mentalités.

Lopes fait foisonner, par ailleurs, l’esthétique de l’oral et de l’écrit. En cela, il se rapproche de Calixthe Beyala (Maman a un amant) et d’Elizabeth Tchoungui (Je vous souhaite la pluie), dont les écritures occupent une place sur le pinacle de l’engagement et de la rupture avec les normes de la langue française. Aussi, construit-il également une hybridité narrative qui met en communication des personnages et des espaces différents. C’est une manière d’illustrer l’importance de la biodiversité dans un monde dans lequel l’acceptation de l’autre, lorsqu’il a une vision du monde différente, est souvent problématique.

La mauvaise gouvernance est une entrave au développement de plusieurs pays Africains en général. Car, elle conduit à la fragilisation et à la paupérisation des États. Il conviendrait donc de lutter contre ses formes les plus expressives — la corruption et l’impunité des fraudeurs —, en élaborant des programmes d’action qui garantiraient la justice sociopolitique et économique. En d’autres termes, il s’agit de promouvoir une manière de gouvernance dont le fil d’Ariane est l’identification précise et le traitement efficient des besoins réels de la population. L’écriture de Lopes est, de ce point de vue, l’archétype de la dénonciation de la décadence morale et de la tyrannie sans bain de sang, sans que le « tam-tam » ne résonne !

20 janvier 2024 0 Commentaires
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Spotify se lance dans les livres audio une révolution pour l'industrie en plein essor
IndustrieActualitéProfessionnels

Spotify se lance dans les livres audio : une révolution pour l’industrie en plein essor

par Acèle Nadale 20 janvier 2024
Rédigé par Acèle Nadale

Spotify a récemment lancé une offre de livres audio sur sa plateforme. Cette décision pourrait révolutionner cette industrie déjà florissante. Cependant, cette offre est pour l’instant limitée à certains pays, tels que l’Australie, les États-Unis, l’Irlande, la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni.

Au cours des dernières années, le secteur des livres audio s’est transformé en un marché de plusieurs milliards de dollars. Cette croissance est largement attribuable aux services d’abonnement, proposés tant par de grands groupes que par des entreprises indépendantes, qui constituent la principale source de ces revenus. L’intégration des livres audio dans l’offre de streaming de Spotify représente un changement significatif.

Les utilisateurs peuvent maintenant explorer best-sellers et classiques littéraires sur leur plateforme préférée de musique et podcasts. Spotify devient ainsi une plateforme tout-en-un pour le contenu audio, comme le souligne l’annonce de l’entreprise, offrant une expérience fluide et intégrée à ses utilisateurs.

Comment accéder à cette offre sur Spotify ?

Les livres audio sur Spotify sont des achats uniques et ne sont associés à aucun abonnement. Les utilisateurs peuvent les acheter via le lecteur Web Spotify et les écouter dans l’application. 

Pour y accéder sur Spotify, vous devez suivre les étapes suivantes :

  • Se rendre sur le lecteur Web de Spotify via un téléphone, un ordinateur portable ou une tablette.
  • Rechercher le titre du livre audio souhaité.
  • Acheter le livre audio en entrant les informations de paiement pour effectuer un achat unique. Cela déverrouillera le livre audio.
  • Retourner à l’application Spotify pour écouter le livre audio déverrouillé.

Actuellement, ces achats sur Spotify ne peuvent être faits que sur le Web. Les utilisateurs peuvent également écouter des extraits de livres audio avant de les acheter.

Comment publier ses livres sur Spotify ?

Les créateurs souhaitant publier des livres audio sur Spotify peuvent utiliser les services de Findaway Voices. Cette entreprise dispose d’un vaste catalogue provenant tant de grandes maisons d’édition que de créateurs indépendants. Elle offre aux auteurs indépendants et autoédités la possibilité de soumettre leurs œuvres, facilitant ainsi leur distribution sur diverses plateformes, dont Spotify.

Si les droits de vos livres appartiennent à un éditeur, demandez-lui s’il les distribue sur Spotify.

Le marché en expansion des livres audio

Spotify lance cette initiative dans un contexte dans lequel l’industrie des livres audio est en pleine expansion, tant en termes de popularité que de rentabilité. Selon l’Audio Publishers Association, un groupe commercial américain, les ventes de livres audio ont augmenté. Ses 28 membres, incluant des maisons d’édition majeures telles que Penguin Random House, HarperCollins, et Simon & Schuster, ont enregistré une hausse de 10 %. En 2022, ces ventes ont atteint 1,8 milliard de dollars, soit environ 1,48 milliard de livres sterling. Cette augmentation souligne une croissance continue à deux chiffres depuis plus de dix ans.

En lançant cette initiative, Spotify entre directement en compétition avec des acteurs majeurs comme Audible. L’objectif est de séduire un nouveau public en proposant une option pratique pour l’écoute de livres audio.

20 janvier 2024 0 Commentaires
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Le livre de Memory, un roman de Petina Gappah
Notes de lectureAfriqueAfrique AustraleFictionGenres LittérairesLittérature

« Le livre de Memory », un roman de Petina Gappah

par Marien Fauney Ngombé 18 janvier 2024
Rédigé par Marien Fauney Ngombé

Quand Afrolivresque me propose de lire ce roman de Petina Gappah, traduit de l’anglais par Pierre Guglielmina, je ne connais pas son auteure. Pour ceux qui sont aussi ignorants que moi, Petina Gappah est née au Zimbabwe en 1971 et a fait des études de droit à Cambridge. Son premier recueil de nouvelles, Les Racines déchirées (version en français en 2010 chez Plon), lui a valu le « Guardian First Book Prize en 2009 ». Elle est avocate à Genève. La presse en disant du bien, je l’ai ouvert avec empressement.

Que raconte le roman de Petina Gappah ?

Le roman raconte l’histoire de Memory, jeune fille de Mharapara Street qui se retrouve en prison pour un meurtre qu’elle n’a pas commis. Elle est accusée d’avoir assassiné Llyod Hendricks. Llyod est un blanc, professeur à l’université, il fait partie de la classe huppée qui habite les beaux quartiers d’Harare, une sorte de « ghetto » de blancs fortunés. Memory est dans le couloir de la mort depuis déjà deux ans quand sa seconde avocate a l’idée de lui demander d’écrire. Au départ, ce livre est destiné à une journaliste qui doit préparer une interview sur la détention de Memory, mais Vernah souhaite que Memory se souvienne des détails pour trouver des circonstances atténuantes pour échapper à la peine capitale.

Le roman se construit donc à travers les flashbacks entre la première partie de l’enfance de Memory dans le township d’Harare dans sa famille et la seconde à Summer Madness avec Llyod. Celle que Llyod surnomme « Mnemosyne » du nom de la déesse grecque de la mémoire refait le film de sa vie jusqu’à l’événement malheureux qui l’a conduit dans le milieu carcéral de Chikurubi.

Une enfance dans les townships

Couverture du roman "Le livre de Memory" de Petina Gappah

Lire le livre

Originaire de Mufakose qui est un township d’Harare, Memory vit une enfance marquée par le sceau de la malédiction pour différentes raisons. D’une part, sa mère est sujette à des crises de dépression. C’est une femme sévère qui est peu encline aux marques d’affections envers ses trois enfants. D’autre part, la mort plane sur la famille de Memory. Elle perd son frère Gift très jeune et frôle elle-même la mort. Il plane toute son enfance l’indicible poids du secret. Secret sur la mort du frère. Secret sur l’absence de visite des membres de la famille.

Au-delà de ce qui pourrait être le lot de toutes familles des townships, Memory n’est pas une enfant comme les autres. Pour cause, elle est une albinos. Cloîtrée chez elle pour éviter le soleil et l’apparition des cloques. Elle fuit moqueries et brimades dont est l’objet la petite « Murungudunhu ». Elle a conscience de sa condition, et fait preuve d’une grande lucidité très jeune.

« En tant que Murungudunhu, je suis une femme noire imprégnée non pas de la blancheur de Murungu, du privilège mais de Dunhu, du ridicule et du simulacre, d’une blancheur effrayante. »

Changer de peau et changer de vie sont les rêves de cette petite fille. En effet, à  Mufakose l’horizon offre peu d’espoir. L’usine qui employait les hommes a désormais fermé. Mufakose n’est qu’un repaire de voleurs de voitures où la quasi-totalité des hommes sont des ivrognes, contraignant ainsi les contremaîtres à payer directement leurs épouses pour que les maris ne dépensent pas tout dans l’ivresse. Le seul repère est son père. Ce charpentier protecteur, discret, pas ivrogne pour un sous et qui met un point d’honneur à affronter le destin. De son enfance transparaît la maltraitance même si Memory minimise cet aspect des choses.

« Je sais que ces mauvais traitements vont vous paraître choquant, mais c’était pour nous une réalité quotidienne. Nous n’étions pas différents des autres familles. Nous trouvions même qu’il y avait un certain héroïsme à endurer un grand nombre de châtiments  (…) il n’était pas rare d’entendre des enfants se vanter des cicatrices qu’on leur avait laissés … »

Summer Madness

La vie à Summer Madness est l’antithèse de l’enfance de Memory. À neuf ans, Memory est confiée à LLyod par son père. Les contours de la contrepartie de cet arrangement restent une nébuleuse pour le lecteur pendant de nombreuses pages. La petite albinos est devenue une ondine. Dans la villa avec piscine, Memory se réconcilie avec l’existence. Elle sera initiée au raffinement de la haute société par les amis de Lloyd. Liz et Sandy vont aussi l’initier au piano et à l’équitation. Elle se passionne pour la littérature et dévore ses classiques. C’est une renaissance.

À Summer Madness tout semble simple. Mais tout est simple en surface. Derrière cette vie dans une ambiance de vie de gentlemen farmers, remplie de femmes de ménages, des cottages, il existe encore le poids du secret. Comme si la condition sociale n’épargnait pas les tourments de l’âme. Comme si l’argent ne suffisait pas pour se faire accepter par tous pour ce que nous sommes.

Les tourments de Lloyd font échos aux anciens tourments de Memory. Memory s’accommode de cette nouvelle vie avec grand plaisir, malgré la tristesse causée par l’éloignement avec sa famille biologique. Une douleur qui n’arrête pas de sourdre par instant dans sa nouvelle vie. Summer Madness perdra sa saveur quand Memory découvrira les émois amoureux…

La prison comme catharsis

Memory se raconte depuis la prison. Elle est la seule détenue dans le couloir de la mort. Même en prison, l’auteure nous plonge dans un ressenti positif. Les raisons qui ont conduit les codétenues de Memory en prison sont tragiques et comiques. Dans la lecture, on passe entre ces deux sentiments pendant longtemps. Les journées en prison sont rythmées par les séances de repassage à la laverie. Ses copines les plus proches sont Verity et Jimmy. Les disputes à la cantine, les moments passés à expliquer aux détenues qui doivent bientôt passer à la barre, l’attitude à tenir, la langue à utiliser (shona ou anglais) et autres ruses.

Mais le séjour de Memory est rendu agréable grâce à une gardienne : Loveness. Contrairement à la gardienne en chef Synodia, Loveness permet à Memory d’avoir des journaux, les livres et des stylos. La lecture et l’écriture sont de vraies sources d’évasion. La prison, le présent sont racontés comme le moment le moins douloureux. Les va-et-vient entre le passé, dans les bidonvilles ou dans la vie des cottages dans les hauteurs d’Harare sont les plus chargés d’émotion. Ici des échos viennent de l’extérieur sur les élections et sur les mouvements politiques extérieurs, mais de manière marginale.

Ce que j’emporte après cette belle lecture du roman de Petina Gappah

Ce roman nous harponne dès le début. Tout semble léger malgré le tableau. L’intrigue fonctionne comme une matriochka. Une poupée russe. Lorsque le lecteur croit avoir trouvé le nœud de l’histoire, un autre se laisse découvrir.

Le livre de Memory de Petina Gappah questionne le destin : « Qu’est-ce qui préside la destinée ? Le sort ou le hasard ? ». Au-delà de la condition sociale, les traumatismes dont nous avons le souvenir, conscient ou inconscient, sont autant de stigmates qui gouvernent notre vie jusqu’à ce qu’ils soient résolus. La prison a laissé jaillir de la mémoire les voies dissonantes de la Memory enfant, adolescente et adulte, pour enfin trouver l’harmonie intérieure. LLyod est une variation importante de ce concerto intérieur.
Pour finir sur une note faussement anecdotique, l’auteur emploi le Shona, langue zimbabwéenne. Sans prendre la peine de traduire les mots utilisés. Le contexte suffit à saisir les chants de l’enfance, les insultes dans les townships ou les noms des esprits maléfiques.
Par contre, certains prénoms en anglais de la fratrie de Memory sont traduits. Comme dans de nombreux pays d’Afrique, les prénoms sont autant de prières pour demander protection ou absolution de Dieu. Ainsi, avant Memory, il y a eu Gift -le don-, ensuite Joy — la joie, suivra MoreBlessings -plus de bénédictions-, et Memory… la mémoire. Celle qui porte la mémoire collective.

18 janvier 2024 0 Commentaires
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Concours ATOM 2024
Non classé

Le Projet ATOM : Encourager les Ultramarins à Écrire pour le Cinéma et la Télévision

par Chrystelle Ngoulou 18 janvier 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

Le projet ATOM (Auteurs Talents Outre-mer) est une initiative visant à rendre l’écriture de fictions audiovisuelles accessible aux jeunes des territoires français d’outre-mer. Ce projet est mené par le Conservatoire Européen d’Ecriture Audiovisuelle (CEEA) et la productrice France Zobda d’Eloa Prod. Il offre aux jeunes de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane et de La Réunion la possibilité de participer au concours d’entrée au CEEA pour devenir scénaristes. Parmi les soutiens du projet se trouve Netflix, ce qui amplifie sa portée sur la scène internationale.

Formation avancée en écriture audiovisuelle : Le CEEA et France Zobda au cœur du projet ATOM

Le Projet Atom propose un programme complet de formation en écriture audiovisuelle. En tant qu’institution spécialisée dans la formation en écriture audiovisuelle, le CEEA apporte son expertise en matière de scénarisation et d’écriture de scripts. Il fournit un programme de formation structuré, comprenant des ateliers, des séances de mentorat et d’autres activités pédagogiques. Ce programme est conçu spécifiquement pour aider les jeunes talents des territoires d’outre-mer à développer leurs compétences en écriture et à s’intégrer dans l’industrie audiovisuelle.

France Zobda, pasionaria des acteurs ultramarins – C'SMART

France Zobda

France Zobda, actrice et productrice française née en Martinique, apporte son expérience du terrain. De plus, en tant que productrice, elle a également apporté son soutien à l’industrie cinématographique en favorisant le développement de nouveaux projets. France Zobda a joué dans divers films et séries, notamment « Meurtres à Marie-Galante », « Meurtres à Cayenne » et « La Malédiction du Volcan ».

Concours ATOM 2024 : Une porte ouverte pour les talents d’Outre-mer au CEEA

Pour participer au projet ATOM, il faut être originaire et résident des territoires d’outre-mer, notamment de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Guyane. Les candidats doivent participer au concours d’entrée, qui implique l’écriture d’un court-métrage sur un sujet imposé en respectant les modalités de mise en page et les contraintes imposées.

Les candidats présélectionnés à l’issue de cette épreuve auront la possibilité de bénéficier d’un séminaire d’information métier courant mars. Le concours ATOM 2024 est ouvert depuis le 5 janvier 2024. Les délibérations et la finalisation du concours seront annoncées ultérieurement. Pour candidater au concours ATOM 2024, les intéressés peuvent se rendre sur le site du Conservatoire européen d’écriture audiovisuelle (CEEA).

Ci-dessous le témoignage d’un ancien participant au projet

« … le CEEA est une des meilleures écoles de scénario en France et il m’est difficile d’imaginer formation plus complète et préparant mieux au métier de scénariste que celle que j’ai reçue (la preuve, j’ai trouvé du travail dans une quotidienne dès ma sortie du conservatoire !)… merci au CEEA d’avoir changé ma vie !  » (J.P scolarité 2019/2021)

Le Projet ATOM et l’inclusion des voix d’Outre-mer dans le paysage audiovisuel français

Les territoires d’outre-mer français possèdent une richesse culturelle et une diversité unique. Cependant, ils sont souvent sous-représentés dans le paysage audiovisuel national. Cette lacune dans les médias métropolitains conduit à une vision limitée de la diversité culturelle française.

L’inclusion de voix diverses est nécessaire pour la représentation équitable des communautés d’outre-mer et pour enrichir le récit national avec des perspectives et des histoires variées. Le Projet Atom cherche à combler cette lacune en donnant aux jeunes de ces territoires la possibilité de raconter leurs propres histoires et de contribuer à une narration plus inclusive et représentative.

En mettant l’accent sur les voix des territoires d’outre-mer, le Projet Atom diversifie le paysage médiatique français. Le projet joue un rôle dans la représentation authentique du tissu culturel français, influençant positivement la société et le secteur culturel.

18 janvier 2024 0 Commentaires
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Les soleils des indépendances d'Ahmadou Kourouma
Genres LittérairesAfriqueAfrique de l'OuestFictionLittératureNotes de lectureRégions

« Les soleils des indépendances » d’Ahmadou Kourouma

par Marien Fauney Ngombé 18 janvier 2024
Rédigé par Marien Fauney Ngombé

Ahmadou Kourouma a rejoint les mânes des ancêtres en 2003 et nous a laissé une œuvre dense. En hommage à l’écrivain ivoirien, le Salon International du Livre et de la Presse de Genève a donné son nom à un prix littéraire. Dans la liste des auteurs classiques à lire, Kourouma n’était pas en tête de liste, non pas par choix, mais par pur hasard. Mais Ndèye Fatou Kane (écrivaine et blogueuse) m’a vivement conseillé ce roman. C’est une inconditionnelle de l’auteur, qu’elle cite comme étant l’un des meilleurs écrivains du continent.

Les soleils des indépendances est son premier roman, paru en 1968. Publié aux Presses de l’université de Montréal puis aux Éditions du Seuil en 1970, il obtient sur manuscrit le prix 1968 de la revue québécoise Études françaises. Il sera l’un de ses romans les plus plébiscités avec Allah n’est pas obligé (Éditions du Seuil, 2000, prix Renaudot, Goncourt des lycéens) et En attendant le vote des bêtes sauvages (Éditions du Seuil, 1998, Grand prix Poncetton de la Société des Gens de lettres, prix du Livre Inter 1999). Le dernier roman de Kourouma, est paru en 2004, roman qu’il n’aura pas eu le temps de terminer. Avec Les soleils des indépendances, celui qui avait trente-trois ans en 1960 nous plonge dans « les bâtardises des indépendances ».

Décolonisation et perte des privilèges

Ahmadou Kourouma pose comme sujet central la décolonisation, un rendez-vous manqué. Il oppose tradition et modernité. L’avant et l’après indépendances. Le roman s’ouvre sur une immersion dans l’Afrique des traditions : excision, sacrifice et sollicitations des mânes.

C’est l’histoire de Fama Doumbouya descendant du grand Souleymane Doumbouya. Fama est marié à Salimata. Le couple vit une période de vaches maigres. Il a tout perdu avec les indépendances. Fama qui était un commerçant prospère grâce au négoce sous la colonisation est aussi un homme respecté de par sa lignée. Il se voit confisqué par les indépendances, tout ce qui le rendait heureux et fier. Fama n’est plus que l’ombre d’un Doumbouya. Avec la décolonisation et l’arrivée du parti unique, tout est désormais sous le contrôle de l’état socialiste. Alors qu’il espérait devenir le chef des Doumbouya après le départ des « toubabs », être utile après la décolonisation de par sa classe, Fama n’a rien et est même victime d’affront par d’anciens fils d’esclave.

Salimata la première épouse de Fama a grandi selon la plus pure tradition. Elle a vécu ces moments initiatiques dans une douleur tue. Elle la pieuse implore les mânes et vis dans le plus grand dénuement en espérant une chose : donner un enfant à Fama. Elle assure gite et le couvert à un homme qui a tout perdu. Elle ne cesse de maudire ce ventre aride.

Fama anticolonialiste accablé par le sort, est convaincu que le retour à la tradition est la seule issue pour retrouver son rang et donner un sens à ces indépendances. Il voit dans la mort de son cousin Lacina ­­—qui avait été préféré à lui par les autorités pour succéder à son père — comme une aubaine. Il lui reviendrait la lourde tâche d’assurer la succession des Doumbouya et de préserver la dynastie.

Tentative de retour à l’ordre initial

Le deuil du cousin Lacina pourra servir à Fama de transition pour assumer son rôle et envisager un avenir serein pour le Horodogo, espace sur lequel règnent des Doumbouya. Sur le trajet en bus vers le village, trois passagers témoignent de cette ignominie des indépendances, qui oblige les opposants à intégrer le parti unique et à payer des taxes fictives quand ces derniers ont de bonnes situations financières. Par les histoires racontées par les compagnons de bus, l’auteur confirme les bouleversements qui mèneraient la Côte d’Ebène à sa perte. L’un des compagnons raconte comment les membres du parti ont failli attenter à sa vie. Tous avaient fui le village de Togobala à cause des indépendances, du socialisme et du parti unique et retournent aux sources.

Couverture du roman "Les soleils des indépendances" d'Ahmadou Kourouma

Lire le livre

L’arrivée de Fama au village se fit sous de bons auspices. Malgré le fait que les terres sur lesquelles il devait désormais régner étaient pauvres, il trouva en Diamourou, le griot de la dynastie, et en Balla, le féticheur, de fidèles alliés qui n’étaient pas à convaincre quant au dessein de redorer le blason du village. Le prince désargenté pouvait d’ailleurs compter sur l’appui financier de Diamourou et de Balla. Balla y avait tous les honneurs. On se pressait à la case du patriarche pour saluer et écouter Fama. Mais au bout de quelques jours, comme ce qui arriva à ses compagnons dans le bus, le parti unique lui chercha des poux dans la tonsure pour motifs de contre-révolution. Grâce à l’intervention des anciens, Fama et la direction du comité du parti unique trouvèrent un compromis. Le parti unique était incontournable.

Une fois sa position recouvrée chez les Doumbouya, le Prince Fama décide de retourner à la capitale retrouver sa femme Salimata. À la capitale comme au village, les contre-révolutionnaires sont emprisonnés et disparaissent. La société à laquelle voulait revenir Fama était celle où chacun connaissait sa place : les griots, les féticheurs et les chefs restaient à leur place. Une société dans laquelle on consultait les oracles pour le bien de la communauté, où on veillait à la pérennité des traditions. Contre quoi, les indépendances avaient laissé naître une société dans laquelle griots et fils d’esclaves se permettaient de manquer de respect au dernier des Doumbouya. Une société dans laquelle on consultait l’oracle pour jeter des sorts à ses ennemis, pour des besoins personnels et égoïstes.

Le style d’ Ahmadou Kourouma qui se réapproprie la langue française…

Ahmadou Kourouma décrit une « Côte d’Ebène » qui retient dans des caves pour des motifs souvent fallacieux des anticolonialistes d’hier. L’auteur évoque aussi l’enrichissement de certaines personnes que Fama continue à considérer comme des hommes de conviction comme lui. Les indépendances avaient aussi changé la nature des hommes.

Le style de l’auteur est délectable au possible. Quelques pépites :

« Fama devait prouver sur place qu’il existait encore des hommes qui ne tolèrent pas la bâtardise. A renifler avec discrétion le pet de l’effronté, il vous juge sans nez » ;

« …des lacs d’eau continueront de croupir comme toujours et les nègres colonisés ou indépendants y pataugeront tant qu’Allah ne décollera pas la damnation qui pousse aux fesses du nègre » ;

« …les grands hommes sont nés de mères qui ont couvé les peines, les pleurs, les soucis et les sueurs du mariage » ;

« la politique n’a ni yeux, ni oreilles, ni cœur ; en politique le vrai et le mensonge portent le même pagne, le juste et l’injuste marchent de pair, le bien et le mal s’achètent ou se vendent au même prix ».

Les soleils des indépendances d’Ahmadou Kourouma soulève la question de savoir si, après son indépendance, l’Afrique aurait dû revenir à son organisation sociale précédente à la colonisation, ou bâtir une nouvelle société « hybride ». Le champ de la réflexion reste ouvert, mais on note bien que la fin de l’histoire tend à faire penser que les acteurs des indépendances ont fait des mauvais choix dont certains ont eu des conséquences irréversibles…

Les indépendances restent l’instant révélateur du présent et peut-être de l’avenir de l’Afrique. Beaucoup de pays sont encore dans la chambre noire de leur histoire…

18 janvier 2024 0 Commentaires
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Couverture du roman « Les bouts de bois de Dieu » de Sembène Ousmane et portrait de l'auteur
Notes de lectureAfriqueAfrique de l'OuestFictionGenres LittérairesLittératureRégions

« Les bouts de bois de Dieu » de Sembène Ousmane

par Marien Fauney Ngombé 18 janvier 2024
Rédigé par Marien Fauney Ngombé

Il n’est plus nécessaire de présenter Ousmane Sembène. Ce nom ne laisse personne indifférent. L’écrivain et réalisateur sénégalais est l’un des pionniers et l’un des phares de la littérature africaine. Le natif de Ziguinchor (qui nous a quittés en 2007) à la filmographie et à la bibliographie très engagées, livre avec Les bouts de bois de Dieu, un roman sur une Afrique coloniale au lendemain de la seconde guerre mondiale.

Le roman Les bouts de bois de Dieu est inspiré de faits réels. Publié en 1960, il raconte la longue grève des cheminots de la ligne Dakar-Niger qui eut lieu en 1947. Les cheminots réclamaient une réévaluation des salaires, une retraite et des allocations familiales. Des droits jusqu’à lors réservés aux travailleurs français et pas aux colonisés.

L’histoire se déroule entre Bamako, Dakar et Thiès. Cette dernière ville reste celle dans laquelle la grève prend son essor et symboliquement renvoie à des évènements similaires malheureux. En effet, une grève a déjà eut lieu en 1938 à Thiès. Cette première grève fit de nombreux morts et marque encore les esprits. On suit donc tout au long de la lecture, dans chaque ville, les différents membres du syndicat autonome, leaders de la deuxième grève de 1947. Nous sommes après la deuxième guerre mondiale et les africains ont comme moins d’appréhension à braver l’autorité « du blanc ».

Les colons

Du côté des colons, il y a Dejean le directeur de la régie, Isnard qui a vu naître la ligne chemin de fer et aussi cette classe d’ouvriers, et Edouard, l’inspecteur de travail qui sert d’intermédiaire aux dirigeants de la régie pour négocier avec le syndicat. Les deux hommes essaient par tous les moyens de faire fléchir les grévistes. Ils essaient de soudoyer certains dirigeants du syndicat, ils usent de fausses promesses, et vont jusqu’à avoir la complicité des personnalités religieuses pour faire culpabiliser les grévistes.

Les grévistes

Couverture du roman "Les bouts de bois de Dieu" de Sembène Ousmane

Lire le livre

Du côté des grévistes, officiellement, ce sont d’abord les hommes qui mènent la fronde contre la société de chemin de fer (La Régie) et indirectement contre l’administration coloniale. Un personnage plane sur le roman. Il est cité par de nombreux grévistes comme un homme cultivé, courageux qui a fait don de sa personne pour cette grève : Ibrahim Bakayoko, surnommé l’esclave Bambara. Il n’apparait qu’à partir de la page 265.

Un autre personnage se démarque du récit, le père d’Adjibidji, reconnu aussi pour sa verve et responsable des roulants. Ses prises de paroles restent épiques. De la première rencontre avec Edouard jusqu’au dernier meeting au cours duquel, il réussit à faire de la grève de chemins de fer une grève générale. Il y a aussi Lahbib, le cerveau de la grève et homme de consensus. Bakayoko et Lahbib vont être à la manœuvre pour le dénouement de la grève longue de six mois.

Les femmes au cœur du combat dans le roman Les bouts de bois de Dieu

Les personnages féminins jouent un rôle central dans cette grève. Elles sont d’abord un soutien indéfectible à leurs hommes, à l’instar de Mame Sofi, la grande gueule qui brave la police par deux fois en déclenchant un affrontement entre les femmes armées de bouteilles remplies de sable la première fois, et ensuite avec des flammèches la seconde fois. Mame Sofi dit à son mari que s’il arrête la grève « elle l’a lui coupe… ». À ses côtés dans la lutte, Ramatoulaye, une femme reconnue pour son affabilité et son courage dans ce contexte de tension et de privation. Elle va aller jusqu’à égorger de ses mains un bélier pour nourrir ses « bouts de bois de Dieu », ses enfants.

On remarque aussi le personnage de Maïmouna l’aveugle, qui perd un de ses enfants pendant un affrontement, se révèlera leader dans « le comité des femmes ». Et contre toute attente, l’auteur choisit une femme aux mœurs légères pour en faire l’initiatrice de « la marche des femmes », qui sera le point d’orgue de cette grève. Penda, la femme libre, sera la pierre angulaire du dénouement de la grève des cheminots.

L’espoir d’une justice

L’auteur de Les bouts de bois de Dieu décrit la fracture de la société coloniale : les quartiers huppés des colons baptisés « Vatican » d’un côté, et de l’autre, « la Médina » quartiers des noirs colonisés avec des concessions en torchis. Ce clivage est exacerbé par une grève qui affame les laissés-pour-compte. Le roman nous montre aussi comment des gens ordinaires deviennent des héros le temps d’une grève qui met à l’épreuve leur force physique et surtout mentale. Les grévistes devant faire face à des pénuries de denrées alimentaires ourdies par l’administration coloniale, à des exactions et à toutes formes d’humiliations.

« Il ne voyait plus que les yeux des enfants que la faim enfonçait au creux des orbites, que ces hommes et ces femmes qui poursuivaient la lutte, et il se demandait s’il devait continuer à les encourager, à tenir bon sans vivres, sans argent, sans crédit. Certes, des secours arrivaient, mais si faibles, si dérisoires, devant tous ces ventres vides. »

Les discours que Sembene Ousmane met dans la bouche de Bakayoko sont poignants. Les scènes sont décrites avec détail. Ce réalisme emporte le lecteur. L’auteur, malgré ce récit tragique par ses situations et tous ces sacrifices humains, y met aussi de l’humour.
On voit bien que le récit de cette grève montre un changement dans une Afrique de plus en plus décomplexée par rapport aux colons et encore une fois une Afrique qui laisse la femme jouer pleinement son rôle. Ce roman ne se veut pas manichéiste et cela est illustré par le personnage de Monsieur LeBlanc, le colon ethnographe qui aide les grévistes, ou celui de Diarra l’un des déserteurs de la grève.

Tous les événements tragiques maintiennent le lecteur dans une tension avec de nombreux rebondissements entre la recherche d’expédients pour survivre (trouver de l’eau, envoyer les apprentis voler les poules au « Vatican »…), les rencontres tendues avec les cadres, les femmes qui bravent la police et aussi les histoires d’amours secondaires qui ne laissent aucun répit au rythme de la narration. Le roman est dense. Le dénouement est raconté comme la fin d’une épopée.

18 janvier 2024 5 Commentaires
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« Grand Prix de Poésie Thomas Sankara 2024 décernée par Afrique Wilila »
ÉvénementsActualitéAfriqueAfrique de l'Ouest

L’appel à candidature de la 5e édition du « Grand prix de poésie Thomas Sankara » est lancé

par Chrystelle Ngoulou 18 janvier 2024
Rédigé par Chrystelle Ngoulou

Le « Grand prix de poésie Thomas Sankara » est un concours annuel de poésie lancé par Afrique Wilila en l’honneur du défunt président burkinabé Thomas Sankara. L’objectif de ce concours est de promouvoir l’excellence de la poésie africaine. Le « Grand prix de poésie Thomas Sankara » fournit une plateforme aux poètes pour exprimer leur créativité et partager leurs réflexions sur divers sujets tels que la culture, l’identité, la politique et l’histoire.

Célébrer l’héritage de Thomas Sankara à travers la poésie africaine

Thomas Sankara, leader révolutionnaire et ancien Président du Burkina Faso décédé, est connu pour son engagement envers la justice sociale et l’émancipation africaine. Dans ce contexte, la poésie africaine, dont le Révolutionnaire était féru, s’est souvent avérée être un puissant vecteur d’expression politique et sociale. La figure historique de Thomas Sankara inspire encore aujourd’hui de nombreux mouvements culturels et littéraires sur le continent dont la structure Afrique Wilila.

Afrique Wilila est une entreprise sociale et culturelle burkinabé qui se consacre à l’organisation d’événements et au soutien des professionnels de la culture. Inspirée par l’héritage de Thomas Sankara, elle a initié le “Grand Prix de Poésie Thomas Sankara”. Ce prix littéraire vise à stimuler le secteur littéraire au Burkina Faso et en Afrique. Il représente une collaboration fructueuse avec divers acteurs du monde littéraire et se démarque particulièrement lors de la Journée internationale de la poésie. Cette initiative s’inscrit dans la vision de Sankara, promouvant la culture et l’éducation comme piliers du développement et de l’émancipation.

Conditions de participation à l’édition 2024

Le thème de cette 5ème édition du Grand Prix de Poésie Thomas Sankara est « Nous Rassembler ». Il vise à unifier les voix à travers la poésie, reflétant la diversité et la richesse culturelle africaine, tout en s’inspirant de l’héritage d’un leader qui a cherché à unifier et à émanciper son peuple.

L’appel à candidature pour le « Grand Prix de Poésie Thomas Sankara » 2024 a commencé le 21 décembre 2023 et se terminera le 1er février 2024. Ce concours est ouvert à tous les passionnés de poésie, sans restriction de nationalité ou de résidence. Il est destiné aussi bien aux poètes déjà édités qu’à ceux qui n’ont pas encore été publiés.

Les candidats doivent soumettre un poème inédit, respectant les critères de format et de présentation spécifiés dans le règlement. Cette opportunité offre aux poètes une scène pour exprimer leur talent et leurs idées dans un cadre respecté et reconnu.

Plus de détails sur le règlement du concours, ici.

Organisation du « Grand Prix de Poésie Thomas Sankara »

Le jury du Grand Prix de Poésie Thomas Sankara se compose de personnalités littéraires éminentes, dont Bakhita Joseph Sanou, Désirée Aimée Ki-Zerbo, et Koba Boubacar Dao. Le gagnant du concours recevra un trophée, divers lots surprises et une reconnaissance significative, notamment la mention « Grand Prix de Poésie Thomas Sankara 2024 décernée par Afrique Wilila » sur toute publication relative à son œuvre poétique. La cérémonie officielle de remise du trophée aura lieu le 21 mars 2024, lors de la Journée internationale de la poésie.

Les douze meilleurs poèmes sélectionnés lors de la 4ème édition ont été compilés dans une anthologie nommée Penser la paix, panser la plaie. Le livre est publié par les éditions ICRA-Livre, proposé au prix de 2 500 francs CFA. Ce recueil est en vente à la librairie MERCURY à Ouagadougou.

 

 

 

18 janvier 2024 5 Commentaires
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